‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 30 sur 135 · Chapitre III. — A. R. Rangabé · texte numérisé non relu

Chapitre III. — A. R. Rangabé

«Les jeunes accompagnent les vieux; tous se jettent en avant pour vaincre ou pour mourir. Tu t'avances le premier de tous, ô toi qui es jeune par la bravoure, vieux par la sagesse.

«Le cimier de ton casque^) flottait en flamboyant au-dessus des combattans, comme un météore qui préside aux tempêtes de l'Océan.

«Où les balles sifflaient, où les guerriers se heurtaient et le sang coulait, tu te jetais comme la foudre. L'épée dans ta main lançait des éclairs, et tu marchais sur des cadavres.

«Quand le Libyen féroce infecte la terre de Pélops, tu combats le monstre corps à corps, et tu écrases sa tête noire sous ton talon.

«Et lorsque, te délassant des combats, tu déposes le couteau du sacrificateur, alors, législateur à la pensée profonde, tu t'assieds au milieu des élus du peuple et de ses directeurs.

«Car en se frayant noblement une route à travers les combats, la Grèce n'a pas recherché une liberté sauvage ; elle s'est soumise au sage régime des lois.

«Les peuples qui l'avaient vue avec étonnement vaincre comme aux temps de son antique gloire, furent saisis d'enthousiasme en l'entendant de nouveau proclamer des décrets du haut de son Pnyx.

«Repose en paix, ô brave, et laisse dormir ton épée. Tes os sont déposés dans la terre d'une patrie libre et heureuse sous le sceptre des lois.

«Dans le tombeau qui t'a reçu au bout de ta noble carrière, de glorieux rêves viendront te représenter les fruits de tes exploits.

1) Colocotroni aimait a se couvrir dans les batailles d'un casque antique.

5 8 //. Partie. — Livre IL — Poètes,

«Tes brillantes victoires entoureront ta couche, et au milieu d'elles s'avancera ta patrie couronnée de rayons, et te payant le tribut de sa reconnaissance.

«Vois sa figure martiale et noble, son regard jetant des flammes ! Elle serre la croix et le glaive, et sa tête porte une couronne de reine.

«Les peuples l'applaudissent et l'entourent de leur admiration, et elle est en pleine jouissance des bienfaits inappréciables de la civilisation.

«Les Muses exilées retournent avec des paeans et des danses sur le Parnasse et sur l'Hélicon délivrés.

«Les destinées de tes concitoyens sont ancrées au trône, à un sol immuable. Ne crains plus pour eux et dors tranquille dans les bras de Dieu.

«Mais si dans ton sommeil tu entends soudain l'appel de la trompette, lève-toi alors, et viens en brandissant ton glaive étincelant.

«Invisible, du haut des airs conduis les légions héroïques, et trace leur la route à travers des triomphes vers le but qui leur est prescrit.

«Tel est le dernier salut que je t'adresse. Agrée cette larme furtive qui mouille ta pierre blanche, ainsi que cet hymne silencieux.

«Car l'hymne n'a pas été écrit par ostentation et pour les vivants. Il ne doit être entendu que par les victimes des glorieuses batailles et par leurs tombes muettes. »

c. Poésies légères.

«Elle.

«Pèlerin lassé et spectateur froid de la vie, je marchais sans but, ne soupirant que pour le repos, quand

Page 1