Chapitre m. — A. U. Ilaïujahé. 8l
et celle, plus éclatante encore, de la chasteté, i3ure comme les nymphes de TOlympe , tu dresses ton front avec fierté . tu imposes le respect , tu reçois le tribut de Tamour et de l'admiration. Tout ce que renferme la boîte de Pandore est à toi, à toi tout ce c^ue le destin peut donner. Jette une miette de ton festin à la pauvre déshéritée du sort, à qui nulle jouissance n'est jamais échue en partage, vers laquelle nulle main amie ne s'est jamais tendue, dont tu détournes, dont tous détournent le regard avec mépris, et à qui manque même le dernier des refuges, l'estime de soi-même. Son destin cruel ne lui a donné qu'un seul présent, présent funeste! un cœur de femme. Celle qui n'a nul droit d'exiger de l'amour, est devenue elle-même la victime et la proie de l'amour. J'ai une âme qui sent; voilà pourquoi je mérite toute compassion, et aussi la tienne. Donne-moi une goutte de l'abondante fontaine où tu t'enivres. Ce n'est rien pour toi; c'est tout pour moi: c'est le présent et c'est l'avenir; c'est le bonheur dans ce monde et la félicité dans l'Elysée. L'amour de Thrasylle, pour toi de nulle importance, est l'unique fleur de mes espérances, le seul rayon de mon soleil éteint. Laisse, oh! laisse-moi son affection, et que les Dieux te comblent de leurs faveurs I
« Callippe.
«Femme, tu portes bien haut tes aspirations. L'insecte qui croupit dans la boue prétend s'envoler vers le soleil! Comprends l'inconvenance de tes paroles; rappelle-toi qui tu es, et où tu oses porter tes regards.
« Lamie.
«Insensée, ne t'ai-je pas dit que je l'aime? L'amour purifie mon cœur ; il consume tout ce qu'il y a de terrestre en lui, et envoie au ciel son sentiment sanctifié,
Rangabé, Littérature néo - hellénique. II. 6
82 //. Partie. — Livre IL — Poètes.
comme l'arôme d'un sacrifice. L'amour donne des ailes à l'insecte, et le brillant papillon s'élève vers le soleil. Je l'aime ; cela doit te suffire pour que tu me respectes.
« Cal lippe.
«Je te plains, Lamie; j'excuse ta passion aveugle. Des Dieux ont souvent été de même aimés par des mortelles. Mais si l'amour te semble être une justification, il te suffira d'apprendre que, moi aussi, j'aime Thrasylle.
« Lamie.
«Tu l'aimes? Tu crois l'aimer? Et sais-tu seulement ce que c'est que l'amour? Les politesses banales, les manèges de la coquetterie, voilà ce que tu prends pour de l'amour I As-tu jamais senti une morsure de vipère déchirer les fibres les plus intimes de ton cœur? les flammes du Phlégéton s'attacher à toi et te consumer? As-tu passé des nuits que le sommeil désertait, et des jours de désespoir plus sombres que les nuits? Quand il approchait, ton corps était-il saisi de frissons, ta joue s'enflammaitelle? Lorsqu'il s'éloignait, l'univers te semblait-il noir et vide ? Suspendue au souffle de ses lèvres , as-tu oublié ton père, tes amis, ta patrie, les Dieux même? La tunique enflammée de la jalousie s'est-elle attachée à tes chairs, et, pour l'en arracher, étais-tu prête à te déchirer toi-même et à le déchirer avec toi? Non, tu ne sais pas ce que c'est que l'amour. Je te suis étrangère: Tu ignores que je n'ai pas toujours été aussi humble que je me présente aujourd'hui devant toi. Les plus riches et les plus puissants entouraient ma fausse splendeur; fière, je leur donnais des chaînes, et je repoussais leurs vœux. Les maîtres et les esclaves, les sages et les fous se courbaient sous mon jong. Chacun de mes regards est un ordre, ma raillerie est une puissance. Cependant