‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 49 sur 135 · Chapitre IV. — J. R. Rangahé. lOI · texte numérisé non relu

Chapitre IV. — J. R. Rangahé. lOI

«Apollon.

«Voici devant nous notre divin Hélicon, notre séjour bien-aimé. Nous en avons été privés, nous avons erré loin de lui pendant de longs siècles; nous foulons enfin de nouveau sous nos pieds son sol sacré. Reconnaissez cette terre glorieuse et belle entre toutes, la terre de notre choix. La nature y a établi son trône, et nous l'avons couronnée des rayons de notre lumière. Elle est la mère vénérable des Dieux, des grands rois, des sages et des héros. Le destin nous en a bannis ; voilà qu'il nous sourit aujourd'hui, et que la lance de Mars et l'égide de Minerve nous ouvrent de nouveau le chemin de la Grèce. Gravissons ce sommet qui nous est si cher, et nous y retrouverons nos anciennes jouissances. Élevez vos voix mélodieuses, et commencez vos hymnes sacrées : reprenez ces chants qui vous ont autrefois fait triompher des Sirènes. Je vous écouterai avec délices et je vous accompagnerai des accords de ma lyre.

« Calliope.

«Eh quoi? quelle est cette contrée inconnue et déserte? Tu nous trompes, ô mon frère, ou bien tu t'abuses toi-même. Apollon, tire-moi de ce doute affreux: Jupiter nous aurait-il envoyés à un nouvel exil? Tu appelles HéUcon cette montagne sauvage, et tu veux voir la Grèce dans ce chaos? Où sont ses beaux paysages, ses forêts, ses bocages sacrés? Comment ne reste-t-il pas une trace de son ancienne splendeur? Je cherche partout ici la Grèce et ne trouve que l'image du Tartare; je cherche ses villes, des temples, des théâtres et des stades, et ne vois que des monceaux de ruines informes. Nulle part ses chefs-d'œuvre, les monuments de sa gloire ne frappent ma vue, et un vaste désert

I02 //. Partie. Livre II. — Poètes.

s'étenel devant moi, cou\ert de ténèbres et plongé dans le silence. Où est Homère, où est Pindare, où sont ses hommes renommés? N'ont- ils pas laissé au moins des descendants, successeurs de leur grandeur ? Athènes, Sparte, Thébes, tout a disparu? Dis-nous, Phébus, où nous as-tu conduits?

« Apollon.

«Ton étonnement, chère sœur, est justifié ; mais sache que tu cherches en vain la Grèce que tu connaissais, le séjour de Tantique gloire. Non, il ne reste pas trace de ce que nous voyions autrefois, et la Grèce n'est aujourd'hui qu'un cadavre inanimé et privé de son ancienne parure. G'est notre exil, c'est notre absence qui l'a changée en désert.

« Clio.

«Je connais ses souffrances et toutes les tristes vicissitudes par lesquelles elle a eu à passer. Depuis plusieurs siècles elle gémit enchaînée, courbée sous un barbare, et elle a tout perdu. C'est bien notre départ qui lui a porté le coup mortel.

« Apollon.

'(Notre retour va la rappeler à la vie et à son ancienne grandeur. Les maux que la tyrannie lui a infligés disparaîtront sans laisser de traces. Voyez, déjà la terre fleurit sous nos pas; notre regard rajeunit sa face ; touché par nos mains le cadavre respire , et à notre souffle la nuit se dissipe. Les ossements de nos adorateurs se raniment à notre apparition.»

Un travail du même auteur qui date de cette époque et peut compter comme un chef-d'œuvre dans son genre est la traduction de VÉnéïde en hexamètres. Lorsque

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