Chapitre IV. — J. R. Rangahé. IO
son fils eut essayé pour la première fois de ce vers, J. R. Rangabé, habitué à la mélodie du tetramètre alexandrin, se refusait à admettre la possibilité de faire revivre le vers de l'épopée antique, et ne voyait pas beaucoup plus en lui que de la prose légèrement cadencée. Cependant, s'y étant graduellement familiarisé, il finit par s'en éprendre au point de vouloir l'employer pour traduire Virgile. Il le fit avec cette consciencieuse exactitude et cette perfection soignée qui caractérisent tout ce qui est sorti de sa plume. Il ne se départ sur aucun point des règles pour ce genre de versification, et , à part l'absence ou au moins la grande rareté des spondées, qui tient à la nature du grec moderne, il ne se permet aucune de ces licences qui sont l'excuse et la preuve de la faiblesse. Avec une intelligence parfaite de l'esprit de Virgile, il a su donner à ce vers grave le caractère propre à la manière un peu recherchée de l'imitateur d'Homère. La traduction de Théotohis en grec ancien était un tour de force qui fait honneur à sa vaste érudition, mais qui ne pouvait pas avoir d'autre but. Celle-ci au contraire ajoute à la littérature grecque moderne un rare trésor, et l'enrichit d'une des plus glorieuses productions de l'antiquité, en indiquant la manière dont ces magnifiques conquêtes doivent être faites. Convaincu que le traducteur, surtout celui d'une œuvre poétique, n'a pas à rendre seulement la pensée de son auteur, mais aussi la forme dont cette pensée est revêtue, et qui est à la poésie ce que la couleur est à la
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peinture, il s'est attaché à reproduire l'Énéïde vers par vers, beauté par beauté, et il l'a fait avec plein succès, en un style aisé et coulant, pour lequel il profite habilement et sans effort de toutes les richesses qu'il est permis au grec actuel de puiser à la langue classique. Cette traduction , supérieure à celle de Pope et de Barthélémy en ce qu'elle est plus fidèle et plus proche de son grand original, peut soutenir la comparaison avec celle de Voss, sur laquelle elle a même l'avantage d'un langage plus naturel.
CLÉON et EMILE R. RANGABÉS.
Afin de compléter un tableau de famille, nous ajouterons ici un mot sur Cléon R. Rangabé, fils d'Alexandre, déjà cité comme auteur d'un traité sur la vie privée des Grecs aux temps homériques. En poésie, il a écrit de charmantes pièces lyriques., qui brillent par leur originalité, et accusent un grand fond de sensibilité. Epris de la langue ancienne, convaincu que l'idiome moderne va au-devant d'elle, mais pas assez vite à son gré, il a cru pouvoir, dans ses compositions poétiques, anticiper sur les progrès à venir, et se permet d'y admettre des formes et des tournures qui sont correctes d'après la grammaire, mais qui, n'étant pas encore suffisamment sanctionnées par l'usage, font, aux yeux de quelques critiques, du tort à la souplesse de son style.
Il a aussi écrit, partie en prose partie en vers blancs, un poème dramatique dont Julien le Parabate est le