‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 54 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

COUMANOUDÈS, — ORPHANIDÈS. — CAR YDIS.

COUMANOUDÈS.

Un littérateur qui eût été un des meilleurs poètes s'il n'était un des philologues les plus distingués de son pays, est Etienne Coumanoudès de Philippopolis en Macédoine, le savant professeur de lettres latines à l'université d'Athènes. Ses travaux archéologiques honorent non seulement la Grèce, mais la science en général.

Avant de s'y livrer exclusivement, il avait cultivé les Muses, et fut pendant les premières années de sa jeunesse un de leurs favoris. Il a écrit plusieurs poésies fugitives, marquées au coin d'un esprit fin et d'un goût épuré au contact de l'antiquité, qui pour lui n'avait pas de mystères.

I I O //. Partie. Livre IL — Poètes.

Son plus long ouvrage poétique, dont il n'a publié que des fragments, est intitulée Stratis Calopicheiros. C'est rOdyssée d'un enfant du peuple, dont les aventures n'ont rien de bien merveilleux, dont les idées et même les principes sont peu fixes et rien moins qu'élevés. Pauvre et délaissé, il ne cherche que les moyens de gagner sa vie, et les prend comme ils lui viennent. Ainsi que le commun des hommes, il est guidé par les impulsions du moment. Il aime le bien d'instinct, ce qui ne l'empêche point de faire souvent le mal. Il n'est ni un scélérat, ni un martyr de la vertu; c'est un homme, ou plutôt un gamin des plus ordinaires, peu digne d'être pris pour le héros d'un poème. Aussi ne Test-il point en effet. Son histoire n'est que le fond sur lequel le poète a brodé une foule de digressions très -spirituelles, et qui font la véritable valeur de son œuvre. Le vrai héros est le poète lui-même, et celui-ci se montre toujours animé des principes les plus nobles, des sentiments les plus élevés. A chaque page éclatent les qualités de son cœur épris de la vertu, et la délicatesse de son esprit cultivé. On y trouve le patriote enthousiaste, le critique subtil, l'artiste éclairé, le satirique mordant, et le poète plein de grâce et de verve, et l'on s'attache bien plus à lui qu'à son jeune et obscur vagabond. Sa poésie est pleine de grâce et de malicieuse gaîté. Plusieurs de ses traits pourraient être avoués par la Muse d'Aristophane. Sa langue est souple et belle, et il en sait habilement exploiter toutes les richesses, depuis les

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