Chapitre V. — Cournnvovdès. III
simples fleurs du dialecte populaire, jusqu'à ces nobles trésors que le génie du grec moderne lui permet d'emprunter à l'inépuisable dépôt de l'antiquité.
Le vers qu'il a choisi pour ce poème est le trimètre iambique, et nous ne pouvons pas dire qu'il en ait toujours évité le danger, qui consiste, ainsi que nous l'avons déjà indiqué (p. 76), en ce que, par sa trop grande mobilité, il entraîne souvent la pensée, surtout lorsque la césure n'est pas rigoureusement respectée. Ses négligences à cet égard ont jusqu'à un certain point une excuse dans la tendance comique du poème. Coumanoudès a été du reste le premier à les abjurer et à les condamner plus tard à l'occasion d'un concours poétique^), dont il était le rapporteur.
Un poème épique eût exigé un vers moins léger que le trimètre. Le poète ne l'ignore point; aussi s'estil laissé guider à son choix moins par la forme que par le fond de sa composition, qu'il n'a affublée du dehors d'une épopée qu'en guise de parodie. Voici comment il s'exprime dans le poème sur les règles techniques violées par lui de propos délibéré:
«Malheur à vous, inhabiles pâtissiers, à vous, cuisiniers corrupteurs du goût pubHc! Vous me dites de me garder soigneusement des exceptions. Eh bien, et Homère n'est -il par tout entier une exception placée au début des siècles ! O vous , maigres compilateurs de quelques règles futiles, vous croyez m'atteindre par vos critiques? C'est Homère que vous critiquez.»
1) Année 1866.
112 //. Partie. Livre IL — Poètes.
Sur sa langue il dit ailleurs :
«Que ma langue n'effarouche personne. Elle descend, il est vrai, quelquefois jusqu'aux bas-fonds où le peuple se tient. Et vous et moi ne faisions - nous pas jusqu'hier encore partie de ce peuple .f^ Pourquoi nous pavaner aujourd'hui dans la noblesse inflexible de mots travaillés au tour, et terminés par un n ou par un s H
Il parle enfin ainsi qu'il suit du vers qu'il a employé: «Faites attention à mes ïambes. Ce vers n'est pas aussi nouveau que vous pouvez le croire. Sur les montagnes il a retenti dans la bouche des clephtes, et il sonne agréablement aux oreilles habituées à Tharmonie de notre langue ... Si l'ïambe convient ou non à une narration épique, je vous prie de ne pas trop vous en inquiéter. Avons-nous dans la vie tellement tout réglé selon les convenances pour être en droit d'exiger la même exactitude de nos vers?»
ORPHANIDÈS.
Théodore Orphanidès, originaire de Smyrne, étudia à l'université de Paris les sciences naturelles, et surtout la botanique, qui avait le plus d'affinité avec la tendance poétique de son esprit. Comme Gœthe, il chantait la nature, dont il pénétrait les mystères. Professeur de botanique à l'université d'Athènes, il fit une étude approfondie de la flore hellénique, explora les recoins les plus reculés du sol classique, et enrichit la science de nouvelles découvertes, qui sont de précieuses additions à l'ouvrage de Siebthrop.
Comme poète, Orphanidès a écrit un grand nombre