‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 61 sur 135 · Chapitre VI. — Bernardalcis. I · texte numérisé non relu

Chapitre VI. — Bernardalcis. I

leurs charmes. Les unes étaient blondes, et dans leurs yeux se reflétait le bleu du ciel limpide, comme il se reflète dans la source de cristal. La chevelure des autres était plus noire que l'aile du corbeau, tandis que leur peau était plus blanche que les flocons de la neige, et leurs membres semblaient coulés dans le moule du fondeur. D'autres étaient formées, eût-on dit, de miel et de lait pétris avec les plus brillantes fleurs.

«Elles étaient toutes fraîches comme des roses du mois de mai, toutes tendres comme le lys, et exhalant ses parfums. Leur œil était le soleil, leur regard le rayon. Elles étaient des êtres fantastiques, comme on n'en voit qu'en rêve. Elles avaient de quoi bouleverser l'esprit du vieux et sage Nestor qu'Homère chante dans ses vers.

«Oh, si vous aviez été là, vous autres, hommes de sang, si vous aviez vu ces charmes comme la nature n'en connaît pas de pareils, vous ne chanteriez pas vos sauvages chansons, et vous deviendriez de tout autres hommes. Oui, vous le deviendriez, car l'œil de la beauté est un piège où sont pris les tigres et les lions. Une bouche de corail, séjour des Grâces, ensorcelle les hommes de son irrésistible magie: la parole qui sort des lèvres d'une belle est un piège, c'est le chant des Sirènes, un filet tendu à l'ouie; les sourcils sont des arcs qui lancent dans le sang un poison mortel; le regard est un hameçon qui attire, et auquel pendent les cœurs palpitants des hommes .... »

Voici un autre beau passage sur la prière:

«Elles sont un baume consolant les larmes qui mouillent la paupière de la beauté affligée; elles sont un arôme les paroles qu'inspire la foi et que la prière exprime. Prière, don sublime du ciel, parfum exhalé de la bouche du créateur; plus odoriférant que les fleurs,

124 !!• Partie. — Livre IL — Poètes»

plus précieux que Torl Bienheureux ceux à qui tu es accordée ! Durant leur vie et au moment de leur mort ils jouissent de délices dignes du paradis. Je t'adorais dans mon enfance, et j'ai été nourri de ta manne sacrée. Je n'avais alors que toi; mon cœur n'avait d'autre protection, d'autre joie, d'autre consolation, d'autre espérance ni d'autre gloire. Je t'adorais dans mon enfance, je t'invoque dans ma jeunesse, ô fille de Dieu, qui reposes dans son sein! Viens réchauffer mon esprit de ton feu divin; fais tomber sur mon sein une goutte de la rosée céleste; éclaire mon âme, épure mon cœur; Pose tes mains sacrées sur ma tête froide pour en chasser les pensées profanes, et pour rouvrir la source ancienne de mes larmes!

«Mais hélas! Comme les ailes des abeilles ne se posent que sur la fleur parfumée, de même toi, ô prière, tu n'habites que dans les âmes saintes. Ennemie des méchants, tu ne souris qu'à l'innocent. Fuyant le toit des hommes rusés et des impies, tu ne descends que sur les âmes candides et sur les lèvres des jeunes filles que la foi inspire.»

Bernardaki a aussi fait quatre drames. Deux d'entre eux ont des sujets classiques: Ce sont les Cypsélides^ ou la cour de Périandre, tyran de Corinthe, et Méro'pe.^ si souvent traitée par les poètes tragiques. L'héroine de la troisième pièce, Marie Doxapatri est la fille d'un des chefs militaires du Péloponnèse, qui dans le 13^ siècle ont vaillamment défendu leur pays contre les Croisés, et le sujet est l'amour de cette jeune grecque pour l'un des barons que son père combattait. La quatrième tragédie enfin a pour titre Fhrosyne.^ le nom de cette jeune et

Page 1