Chapitre VII. — Paparrigopouloa
du vent. Pouniuoi, o lumière, me fixes -tu comme si tu étais rœil de la mort?
«Je ne crains pas cet œil. Je marche debout à rencontre du trépas. Je ne chante pas sa puissance en demandant l'immortalité. J'attends sans émotion son baiser glacé. Qui ne désire le calme après l'orage?
«Qu'il est doux le sourire du matin! Le soleil est beau lorsqu'il envoie ses premiers rayons. Oh! J'ai partout rencontré une ombre du bonheur, mais le bonheur lui-même nulle part, pas même dans l'espoir de l'avenir.
«L'avenir! jouet du sort, ironie de la vie, mot qui n'a d'autre sens, si ce n'est que le temps s'écoule; remède que la douleur absorbe, mais qui laisse revenir la douleur le lendemain aussi intense que la veille.
«L'avenir! mot qui ne signifie que l'absence du présent ; écho de nos désirs secrets, souvent simple réflexion du passé, pâle et toujours trompeuse.
«L'avenir! qui, comme l'éclair, redouble l'obscurité; raillerie du malheur, force de l'impuissance; il penche sur les tombes sa face ténébreuse, et il s'en relève sous la forme d'un nouvel espoir d'immortalité.
«Voilà ce qu'est l'avenir. C'est une ride, la première caresse de la mort; c'est la larme qui suit la larme; c'est le cri de désespoir, jusqu'à ce qu'enfin dans la bière nous croisions les mains sur notre cœur qui a cessé de battre.
«Seul, comme cette lumière dans le cimetière, je passe la vie à éclairer les tombeaux de mes désirs, les cadavres de mes rêves. En proie à une peine intime, je traîne les lambeaux de ma vie et de mon passé.
ft Lanterne, quand l'huile viendra à te manquer, que deviendras -tu? Tu seras éteinte. Ce sera un bonheur
140 //. Partie. — Livre IL — Poètes:
pour toi. Le destin ennemi t'a condamnée à briller sur la poussière des morts. A quoi te sert la lumière, et de même à quoi me sert la vie?»
BASILEIADÈS.
Sous le nom d'Or ion, Basileiadès a publié plusieurs poésies, qui ont de la verve et du nerf. Il y avait en lui l'étoffe d'un poète, et il aurait été une des gloires de son pays, si le temps lui avait été accordé pour épurer son talent au creuset de l'expérience et d'une saine critique. Une aberration regrettable de sa Muse lui fit perdre un temps précieux à cultiver la poésie dramatique, pour laquelle il lui manquait les qualités nécessaires, et dont il ne connaissait pas les ressorts. Dans toutes ses pièces il y a de l'inspiration, une langue correcte et poétique et des idées brillantes. Mais ce sont ses poésies lyriques qui méritent surtout des éloges. Nous en donnons deux fragments:
Fragment d'une pièce intitulée: Adieu à la
poés i e.
«Quiconque aime le monde d'un amour désintéressé et ne s'attache pas à la puissance des grands ou à l'éclat de 1 or, sera comme Jésus, qui a eu la croix pour récompense. Toute sa vie sera sa croix à lui.
«J'ai aimé les hommes d'une affection ardente ; mais chacun de mes baisers me fut rendu dans une blessure.