Chapitre VII. — Pnparrigopouloa
«Pouniuoi prolonger le printemps lorsqu'il est flétri? pourciiioi continuer le chant, lorscjue des accents de mélancolie se mêlent à sa mélodie? A (juoi sert la rose, si elle a été brisée et qu'elle a perdu ses couleurs? et que reste- t-il de la vie, si nous lui enlevons le bonheur?
«A quoi sert-il que des momies embaumées trompent la mort dans des pyramides immenses, et que les hommes, sous les cendres de l'espérance, continuent à vivre comme des momies de leur printemps?
«Tout est misère! La fleur sera fanée; l'orage menace de loin le calme, Thiver s'avance pour détrôner le printemps, et les rides avec le désespoir marchent sur les pas de l'enfant.»
Nous y ajouterons encore un fragment, qui est dicté
par les mêmes sentiments.
«La lanterne du cimetière d'Athènes.
«Les étoiles forment un diadème au fantôme de l'obscurité; elles avancent dans leur carrière interminable, et brillent comme des présages de bonheur au milieu du deuil, comme des phares qui dévoilent à l'esprit les étendues de l'immortalité.
«Mais vois là, au loin, dans le cimetière, une lanterne, dont la lumière se confond avec l'horizon. Elle n'a pas la grandeur ni l'éclat mystérieux d une étoile ; mais ses rayons nous sont plus sympathiques.
«O lanterne qui veilles sur les tombeaux et qui éclaires les morts, tu es la lumière et la vie; qui t'a jetée au milieu dun cimetière? Tu y es comme un sourire qui ornerait les lèvres d'un cadavre. Ceux qui dorment dans leur cercueil te voient-ils?
«Perce les ténèbres de la nuit, et, menaçant les vivants, projette la lumière oii la terre est remuée et où
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règne l'obscurité éternelle. Compte les pierres mortuaires et ceux qu'elles recouvrent. Que leur nombre est grand l Le cœur se glace lorsqu'on y pense.
«On peut compter les vivants; peut-on compter les morts ? Une goutte lancée dans l'océan des siècles disparaît avant d'exister, est oubliée avant de disparaître. Le temps n'a d'autre mesure que la mort.
«Tu vis là, ô lanterne, comme un souvenir solitaire, et tu éclaires une double mort, les tombeaux de ceux qui ne sont plus, et l'oubli, cette autre mort qui les attend, ce cimetière dans l'âme des vivants.
«Oui, ils oublient; ils oublient même ceux qui vivent. L'oubli recouvre le passé comme d'un linceul. Les survivants pleurent les morts pendant un instant, et il n'y a que le cyprès qui verdisse sur les tombeaux.
«Pauvre, pauvre lumière! Tandis que tes sœurs brillent en des banquets, au m.ilieu de la joie et de la gaîté, ton rayon ne s'arrête que sur des tombeaux, et n'éclaire que les pâles festins de Charon.
«Festin étrange! Les tables sont dressées en désordre. Elles sont en marbre, et sont surmontées d'une croix. Des inscriptions couvrent les nappes, et le silence verse l'oubli dans le cimetière.
«Ta lumière y tombe comme la pâleur des morts. Qui a jamais vu une fête aussi tranquille? Çà et là se dresse un convive de marbre. Oh! nous nous asseoirons tous à une table pareille.
«Caresse, ô lanterne, la pierre des morts, de ceux qui sont morts sans avoir eu une autre caresse. Combien qui eussent encore Joui de la vie, si un regard sympathic^ue les avait jamais caressés!
«Ta lumière, triste étoile des tombeaux, éclaire en tremblant le dernier voyage, et vacille au souffle glacé