CHAPITRE Vm
TANTALIDÊS. — CARASSOUTSAS. — VLACHOS.
YIZYENOS.
TANTALIDÊS.
Une des existences les plus aimables et les plus poétiques vient de s'éteindre à Constantinople. Elie TANTALIDÊS, né dans cette ville, en fut un des poètes les plus charmants, digne successeur de Christopoulos, qui avait lui-même hérité de la lyre d'Anacréon. Tantalidés fut un philologue savant et un profond théologien. Ame tendre et pieuse, amant passionné de la nature, il fut sevré de bonne heure des jouissances qu'elle lui procurait, car, comme Homère et comme Milton, il
R a n g a b é , Littérature néo - hellénique. IL lO
fut privé depuis sa jeunesse de la lumière du ciel. Il n'en fut cependant pas empêché de se consacrer au culte des Muses; et toutes les fois que ses accents s'échappaient de ses lèvres, empreints d'une douce résignation, et même d'une gaîté qui découlait d'un fond de bonté inépuisable, ils retentissaient au fond des cœurs et en arrachaient des larmes.
Malgré son infirmité, il occupa pendant toute sa vie avec un rare talent la chaire de littérature ancienne au collège théologique de l'île de Chalké. Il en était un des professeurs les plus brillants , et étonnait par sa grande érudition, qu'il devait toute à son application consciencieuse et à une mémoire peu commune.
Isolé du monde extérieur, il rentrait en lui-même, et y trouvait une source vive et limpide de gracieuses pensées et de sentiments généreux. Comme auteur, il avait à sa disposition tous les trésors de la langue classique, auxquels il savait faire de judicieux emprunts, avoués par le goût le plus pur. Ses poèmes écrits dans la langue élevée, peuvent servir de modèles d'élégance et de pureté ; mais, pour ses plus attrayantes inspirations, il préférait le langage familier, qu'il maniait avec une rare adresse.
Ayant eu connaissance de la traduction en hexamètres du premier chant de l'Odyssée par son ami A. R. Rangabé, il en voulut faire autant pour V Iliade., et débuta dans la carrière poétique par la publication d'une traduction en ce même rhythme, aussi du premier chant,