Chapitre VllJ. — Tantalidés. I
qui fait regretter qu'il n'ait pas continué jusqu'au bout ce beau travail.
Son second ouvrage poétique fut un volume de pikces de circonstance^ qui sont un monument élevé à l'amitié, et consacré aux différents membres de la famille Carathéodori, à laquelle le poète avait consacré une sorte de culte d'affection et de reconnaissance. Ces poèmes offrent peu d'intérêt général, mais ils sont très -remarquables au point de vue du mérite littéraire. La pensée et la langue y sont également fortes, serrées, monumentales, et comme taillées dans le marbre.
Mais ce sont surtout ses poésies légères qui font le plus grand honneur à sa muse. Elles brillent toujours par le sentiment, par l'esprit, et souvent par une bonne humeur qui fait voir quelle était la richesse de son cœur, et ce qu'il eût été si la cécité n'eût sitôt éteint sa belle existence. Un poème satirique, intitulé «.les huîtres», qui est resté inachevé et encore inédit, sauf quelques fragments, donne, pour ceux qui l'ont vu, k mesure de la verve inépuisable du poète, et eût rivalisé avec V enlèvement du dindon de Rizo, s'il avait été complété.
Nous donnons la traduction d'une de ses dernières chansons du genre sévère, parcequ'elle a pris un triste caractère de pièce de circonstance. A sa mort, arrivée dans l'été de l'année 1876, toute la jeunesse de Chalké, qui lui était attachée par la plus tendre affection, a suivi son convoi en chantant ces vers, qu'il avait composés peu avant sa fin:
148 //. Partie. — Livre IL — Poètes.
«Chanson des morts.
«Le cœur contrit, nous nous réunissons pour reporter pieusement notre pensée vers les morts. Ceux qui nous étaient chers se sont assis avant nous dans le grand tabernacle, nous ayant précédés auprès du créateur.
«Leurs ossements odorants, qu'ils gisent dispersés sur la terre ou qu'ils soient ensevelis au fond des mers, sont sacrés et à jamais bénis. Nés de la poussière, ils y ont déposé leur enveloppe mortelle, et leurs âmes jouissent dans les cieux de la félicité suprême.
«A l'écart de la ville, les morts tiennent sous l'œil de Dieu leur réunion mystérieuse. Une étoile éclaire leurs sépulcres comme une lampe qui jamais ne s'éteint. L'air y est imprégné d'encens.
«Quel est ce bruit confus qui retentit dans la nuit sombre? C'est l'essaim des âmes qui chante l 'Alléluia. La paix soit avec toi, légion des vétérans de la vie! Emplis-toi du souffle de Dieu dans les régions où le soupir est inconnu.
«Entre les vivants et les morts la limite est étroite. Nous sommes unis par l'affection et par la prière nocturne. Attendez-nous. L'un après l'autre nous vous rejoignons. Soyez heureux. Il n'y a que les méchants qui redoutent la fin de la vie.»
Nous ajoutons à la suite une autre de ses compositions sérieuses, parcequ'elle est la seule larme qu'il ait, après son malheur, laissé tomber de ses paupières éteintes. Ce n'est pas une de ces pièces de sentimentalité fausse et malsaine, par laquelle une certaine école cherche ses effets et remplace souvent les qualités poétiques;