‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 78 sur 135 · Chapitre VllI. — Carassoutsas · texte numérisé non relu

Chapitre VllI. — Carassoutsas

«Ces violettes ont poussé sur les tombeaux de nos martyrs, et la liberté en ornait son front immortel.

«Il n'a pas, comme d'autres, renié par une palinodie la grande déesse. Il a voué à ses charmes un culte et une fidélité chevaleresques.

«Il était philhellène, comme l'est toute grande âme. Athènes était sa patrie; il Ta dit sur sa lyre.

«Lorsque Mars faisait de notre terre l'image du Tartare, et que Canaris changeait nos mers en un Cocyte qui engloutissait les âmes des barbares,

«voyant la main des puissants hésiter encore, il jeta dans la balance le poids de sa lyre dorée.

«Un chant divin, s'élevant de la contrée qui nous envoie le zéphyr embaumé, est venu plaider pour les fils d'Homère.

«Aussi sa renommée vivra-t-elle chez nous à travers les siècles, et sa mémoire restera sacrée jusque chez nos derniers descendants,

«aussi long- temps que Phébus élèvera au-dessus des nuages sa torche enflammée, et que le chœur des Heures renouvellera sa course à travers la Grèce, patrie de la gloire.

«Muses et Amours, prenez le deuil. Réjouissez- vous, Jésuites et tyrans. Béranger n'est plus!»

Nous donnerons encore un petit poème d'une nature

plus subjective, qui caractérise mieux le genre de talent

de Carassoutsa, et en tire toute sa valeur.

«A une étoile.

«Toi qui dans l'immensité des cieux te révèles par une lumière vacillante et douteuse, comme le coquillage qui blanchit au fond des mers et qui paraît et disparaît tour à tour.

158 //. Partie. — Livre IL — Poètes.

«si tous ces points étincelants que nous apercevons sont des ornements qui brillent au pan de la tunique du Créateur, tu es donc un diamant suspendu à un de ses derniers plis.

«Ou, si ce n'est pas son vêtement que nous voyons, mais bien un autel éclairé de la lumière éternelle de milliers et de myriades de lampes, tu es donc un flambeau qui conserve sa flamme divine en dépit de la violence des ouragans.

«Si enfin la voûte du firmament, qui semble semée de pierres précieuses, d'émeraudes et de rubis, n'est ni sa tunique dorée ni son saint autel, mais bien un amas de mondes d'une étendue incommensurable,

«tu es une source vive de lumière et de beauté, un soleil autour duquel gravitent des planètes, dont chacune s'entoure de planètes moindres, comme la poule de sa couvée;

«Et tu portes donc, ô géant, sur ton large dos des continents et des mers, des montagnes, des plaines, et peut-être des myriades de cités bruyantes. Mais quels sont leurs destins, quelle est leur histoire?

«Les choses, ô monde, se passent-elles en toi comme ici bas? Y a-t-il en ton sein des myriades qui naissent et des myriades qui meurent?

«Y a-t-il la joie pour les uns, les pleurs pour les autres? Des torches mortuaires s'y allument-elles à côté des flambeaux de noce?

«Quelle est la loi qui régit tes habitants? Est-ce la liberté qui préside à leurs conseils, est-ce que ton peuple plie le genou devant des- tyrans, et le faible est -il la victime du puissant?

«Au moment où mon œil te fixe, ô étoile, des troupes et des flottes te traversent peut-être. Ton sol gémit

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