‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 77 sur 135 · Chapitre VlII. — Caraasoutsns. I · texte numérisé non relu

Chapitre VlII. — Caraasoutsns. I

branches, les plus infimes insectes possèdent la vue qui les éclaire à travers la vie.

cLe vermisseau sans intelligence a son œil qui étincelle, et voit, plein de joie et d'admiration, la création s'y refléter.

«Je n'ai nulle vertu, nulle valeur, mais je l'ai connu, lui. Il avait la modestie d'un ange ; il était doux comme l'agneau, pur comme le lys blanc.

«J'ai vu ce cygne mélodieux, qui devait un jour devenir un nouvel Orphée, et répandre des flots d'harmonie, et donner des jouissances sublimes.

«Aujourd'hui sa vie s'écoule en soupirs, les larmes sont sa seule jouissance depuis que dans ses yeux, où brillait la joie, les rayons ont été éteints.

«Et il avait raison, ô mon Dieu; car il était jeune, et les belles pupilles de ses yeux étaient le séjour des Grâces.

«Comment parcourra-t-il la triste carrière de la vie, privé de toute joie, à travers une nature morte et une nuit éternelle?

«Avec quels sentiments entendra- 1- il autour de lui les accents de gaîté, les chants et les rires d'une jeunesse folle de joie?

« L'aurore viendra , et il ne la verra pas ; la terre sera saluée par le printemps, et il ne cueillera pas les fleurs que la rosée fait éclore.

«Compatis, ô père, à ses maux. Ton plus humble fils t'en conjure. Rends -lui la vue, et fais luire dans mon âme un rayon de consolation.

«Ta puissance est grande; rien n'y met de bornes. Si le ciel est plongé dans les ténèbres, si le soleil est éteint, tu peux le rallumer dun clin d'œil.

«Tu as voulu produire le monde, tu as dit et la

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terre fut, et les astres peuplèrent le ciel, et les légions des chérubins apparurent.

«Ils apparurent; et comme un fiancé lance autour de lui une pluie de monnaies d'or^), tu as jeté sur toutes leurs ailes des yeux innombrables.

«Lorsqu'à ta voix ils se rangent autour de toi, leurs plumes reflètent la lumière comme autant de lustres à mille lampions d'or.»

On ne lira peut-être pas sans intérêt l'appréciation d'un des plus grands poètes français, faite par le poète grec.

«A la mort de Béranger.

«Muses et Amours, prenez le deuil. Réjouissez- vous, Jésuites et tyrans. Béranger est mort.

«Elle s'est tue, la lyre qui consolait le malheur. Le pauvre artisan voyait en lui son Dieu tutélaire.

«Il préférait l'indigence de Diogène et la simple rose de Lisette à l'ennui doré de l'esclavage officiel.

« Sa muse vengeait les faibles et abaissait l'insolence des grands. Elle était la divine justice pour ceux qui n'en craignent pas une autre.

«Dans les marais fétides de la politique il lançait, comme Apollon, ses flèches mortelles contre les Pythons venimeux.

«Par un art merveilleux, la même main tenait à la fois la lyre d'Anacréon et les traits d'Archiloque.

«Français, permettez -moi de déposer sur le cercueil de votre poète une couronne immaculée, que les Muses ont tressée sur le Cithéron.

1) Usage suivi aux noces populaires en Grèce.

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