CHAPITRE IX
ZALACOSTAS. — CALLIYOURSÈS.
ZALACOSTAS.
G. ZALACOSTAS, après s'être distingué dans les rangs des défenseurs de la liberté, a servi comme officier de comptabilité dans l'armée royale. Les chiffres qui faisaient l'occupation, et, nous devons le dire, la torture de sa vie. avaient de quoi tuer les neuf Muses à la fois ; cependant la sienne est restée robuste et fière; elle n'y a rien perdu de sa vigueur ni de sa fraîcheur, et dans tous les loisirs que lui laissaient ses fonctions prosaïques, il lui empruntait des inspirations dignes des plus beaux temps de la littérature nationale. Il a écrit des chansons, des odes et des poèmes ou nouvelles en vers, qui contiennent des beautés de premier ordre. Sa langue, soit qu'il emploie le dialecte vulgaire, soit qu'il s'attache au style plus pur et plus élevé, est toujours noble, correcte et substantielle, et comme inspirée par l'esprit sain de Tantiquité. Il donne le plus grand soin à son vers, et le travaille en artiste. Son imagination est riche et ardente, mais il sait la tenir en frein, et en modérer les élans de manière à donner à ses productions la mesure et la forme dont l'art ne peut se passer.
I 70 //. Partie. — Livre II. — Poètes.
Le fragment suivant, tiré d'une de ses pièces patriotiques intitulée nV embouchure de Prévézai> est une réminiscence des faits belliqueux dont il fut lui-même un des acteurs. L'inspiration du poète s'y allie à l'enthousiasme du patriote.
«Déesse des grandes pensées, toi qui crées les héros, dis-moi, quel est ce bruit qui se fait autour des hommes de mer? Une foule en armes les a entourés. Etends sur eux ta large chlamyde pour les protéger.
«La rage de l'ennemi ne connaît pas de frein. Le plomb fait voler en éclats le flanc du navire et arrête sa marche. Les rames cessent de battre les flots.
«Feu! feu!» crie le commandant, et les canons aux larges gueules vomissent le tonnerre; les boulets volent en tout sens, et l'air mugit au loin.
«La flotte des infidèles s'arrête. Une barque s'en détache et aborde le navire. Elle est pleine d'hommes qui brandissent des sabres avec des cris féroces.
«Sèche, ô Muse, ta larme divine, et retiens les battements violents de ton cœur. Bien des siècles ont passé sur nous, pleins de souffrances et de pleurs.
«C'est à nos tyrans à pleurer aujourd'hui. Pénètre dans la chambre mortuaire du navire, où un jeune Grec expire de la mort non pleur ée du brave.
«Voyez; Andrée dort. Autour de lui ses amis sont rangés en cercle. Il dort; mais on dirait qu'une dernière menace erre sur ses lèvres muettes.
«Les marins le regardent, tristes et silencieux. L'un d'eux semble anéanti. Il se tient près de lui immobile, et les bras croisés sur la poitrine.
« Ses lèvres bougent seules ; il attache sur le mort