Chapitre IX. — Zalacoatas
fait retentir sa douce chanson, et un zéphir caressant ride la surface de Tcau.
«Des Néréides invisibles tressent des couronnes d'or îur le sommet de la montagne. Des anges président à :ette heure mystérieuse.
«C'est l'heure délicieuse du matin, où la nature jette »es parfums sur les fleurs et les feuilles, une heure bénie 3ar tous les cœurs qui ne plient pas sous la douleur.
«Assis au bord de la fontaine, un jeune poète pronène ses regards autour de lui. Tout lui paraît terne; 1 soupire et adresse ses plaintes à la nature déserte.
«Triste nuit, dit-il, tu es sombre comme mon âme. \vec quelle joie je te saluais autrefois à côté de celle jue j'adorais!
«Ecoute comme les oiseaux chantent deux à deux mr les branches. Et moi dans ma douleur, je cours iprès un fantôme, je cherche une ombre à travers les orêts solitaires.
«Ces forêts étaient autrefois le paradis pour moi. "'aimais tant cette fraîche fontaine. Insensé qui compte lUr les joies de ce monde!
«Des rêves m'ont égaré, et mon cœur a cru à des élicités célestes. Oiseaux des montagnes, vous connaisez l'histoire de mes peines.
«Si l'un de vous se plaint de son isolement et d'avoir perdu sa compagne, que de sa voix musicale il ré- )ète ma souffrance.
«Elle s'appelait Chrysô; elle brillait de jeunesse et le beauté. Elle était la reine de la danse et la prenière à l'église.
«Ses sourcils étaient tracés comme au pinceau; ses ^eux bleus n'avaient pas leurs pareils, pas plus que ses èvres de corail.
I 74 II' f'cfrtie. — Livre II. — Poètes.
«A quoi lui ont servi la beauté et la grâce contre la mort inexorable ? Charon le cruel, Charon, le chasseur des âmes, la vit et l'emporta.
«O vous qui l'avez connue, oiseaux, fleurs des champs et fontaines, ne me croyez pas insensible si je puis continuer à vivre sans elle.
«Pâle cadavre, vain fantôme errant sur la terre, je veux que mon âme s'y consume; car la vie m'est un enfer, et la mort me serait une fête.
cfLa mort l'a entendu. Les amandiers de la campagne n'avaient pas refleuri une fois encore, que le malheureux fut enlevé, et dort dans la terre à côté de sa Chrysô.
«Deux arbres, plantés sur la double tombe, les couvrent de leur ombre mystérieuse. Lorsque la brise souffle, ils se donnent le baiser fraternel.»
CALLIVOURSÈS.
Le savant médecin P. Callivoursès, dont nous avons déjà cité les travaux et les découvertes scientifiques, est aussi un poète distingué et original. Ses ouvrages poétiques appartiennent surtout au genre didactique, et brillent tout autant par l'imagination que par un style vigoureux et richement figuré. Sa langue est d'une pureté et d'une correction irréprochables, à moins qu'on ne veuille lui faire un reproche de l'exagération même de cette qualité. Si les vulgaristes restent au-dessous de l'état actuel de la langue parlée, notre poète s'élève souvent beaucoup au-dessus d'elle. Il écrit comme on a parlé autrefois, ou plutôt comme, sur la foi de la grammaire, il espère qu'on écrira un jour. Fidèle aux