‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 86 sur 135 · Chapitre IX. — Callivoursh · texte numérisé non relu

Chapitre IX. — Callivoursh

règles, il ne se heurte parfois qu'à une seule, celle de l'usage, qui n'est pas rarement dans son tort. Comme il puise à pleines mains, et sans ménagement, dans le vocabulaire antique, le sens de ses vers en devient souvent obscur et difficile à saisir même pour les plus érudits, auxquels seuls il s'adresse pour le moment, en attendant que le reste de la nation s'élève jusqu'à lui. Il y a cependant une circonstance qui s'oppose à cet espoir: C'est que les langues sont, comme les peuples, capricieuses de leur nature, et qu'elles se laissent moins guider dans leur développement par l'exemple d'un seul, aussi autorisé qu'il soit, même par les arrêts d'une académie, que par la pratique générale, qui est arbitraire, sans cesser toutefois d'être conséquente. Le trop grand archaïsme de Callivoursès dégénère aussi quelquefois en défaut dans ce sens, que la construction de sa phrase, sans jamais être défectueuse, devient forcée en quelques circonstances, et ses vers y perdent leur harmonie habituelle. Mais la beauté des pensées, qu'ils expriment toujours d'une manière poétique et neuve, compense et fait oublier ces rares et légères imperfections de la forme.

Le plus considérable de ses poèmes est celui qui a pour titre: aPoésies insulairesy> (Nr^atujrtxà Ïtzt^). En près de mille alexandrins rimes il chante la belle nature et l'ancienne gloire des îles de la mer Egée. Après avoir parlé longuement et avec amour de Naxos, sa propre patrie, il introduit ainsi qu'il suit la description des autres Cyclades:

1^6 //. Partie. — Livre II. — Poètes.

«Voyez ces nymphes si belles et si gaies, qui entourent leur sœur ainée, comme à une de ces rondes qu'exécutent les jeunes filles de ces îles mêmes. Le voile qui va de l'une à l'autre et unit les mains des danseuses est ici tissé par la main de Dieu, et a pour trame l'argent et pour chaîne l'émeraude. C'est la mer aux vagues étincelantes.

«Un collier de diamants brille au cou de chacune; c'est son antique gloire. Elles ont toutes leur symbole distinctif, comme celui que l'artiste grave sur l'agate ou l'onyx de la bague.»

Il passe toutes les îles en revue et énumère avec des couleurs souvent saisissantes tous leurs titres à la renommée. En parlant de la petite Oliaros ou Antiparos et de sa magnifique grotte de stalactites, il se rappelle que le Marquis de Nointel, ambassadeur de France en Turquie, y a fait célébrer, en 1673 une messe de minuit selon le rite catholique en latin. Nous traduisons les termes dans lesquels le poète exprime à cette occasion sa prédilection pour le grec. Nous choisissons ce fragment moins pour le mérite poétique que pour l'intérêt littéraire qu'il présente:

«Combien, s'écrie-t-il, le spectacle eût été plus grand si le clergé oriental avait célébré cette fête, en habits dorés, chantant les mélodies de Cosmas et de Damascène, en langue hellénique, cette langue divine, qui plus que toute langue parlée sur la terre convient aux hymnes adressées à la gloire de Dieu. Ses beautés sont les échos de la mélodie des anges qui chantent le Très-Haut. Aussi les chants en langue grecque sont -ils plus agréables à Dieu que ceux en tout autre idiome.

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