‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 156 sur 159 · PRESSE PÉRIODIQUE · texte numérisé non relu

PRESSE PÉRIODIQUE

Si le journalisme donne la mesure des progrès d'une nation dans la vie publique, nul peuple ne se vanterait à meilleur droit d'en avoir fait de plus grands en un plus court espace de temps que les Grecs. Jusqu'à la fin du siècle dernier ils n'avaient pas un seul journal écrit dans leur langue. Avant leur guerre d'indépendance nous avons vu quatre ou cinq journaux qui commençaient timidement à paraître, loin de la Grèce, à l'ombre de la liberté relative dont les colonies grecques jouissaient à l'étranger. Encore ne traitaient- ils les questions politiques qu'accessoirement, et ne s'occupaient -ils surtout que de langage et de littérature. La langue était un des premiers éléments constitutifs de la nationalité, et toute la politique d'alors consistait à la conserver intacte.

Aujourd'hui ce n'est plus la même chose. Dans le petit royaume de Grèce les journaux politiques se comptent par centaines. Il est impossible d'en fixer le nombre. Il en naît tous les jours, et il y en a qui disparaissent aussi inopinément qu'ils sont apparus. Plusieurs d'entre eux, servis par un seul rédacteur, dont ils représentent souvent les opinions, dont ils servent quelquefois les intérêts individuels, n'ont d'autres ressources que la com-

Chai>itre VIL — Presse périodique. 257

plaisance de tiuelques centaines d'abonnés, et s'éteignent dès que la bonne volonté ou la patience de ceux-ci est épuisée , ou que l'intérêt qui a déterminé leur publication a disparu. Dans de telles conditions le maintien de journaux sérieux devient très -précaire; aussi n'est-il pas rare d'en rencontrer qui n'ont qu'une fort médiocre valeur, leur rédaction péchant contre la logique non moins que contre la grammaire. Cependant même les plus imparfaits ne laissent pas de contribuer aux progrès intellectuels ; car ils sont les véhicules des idées , dont le propre (.st, une fois qu'elles sont mises en mouvement, de se rectifier et de se compléter par elles-mêmes.

Le premier journal qui parut en Grèce après son soulèvement fut la Cltronique de Missolovghi. Enseveli sous les ruines de la ville héroïque, il fut remplacé par la Gazette d^Hydra^ rédigée en grec par le philhellène italien Kiappe.

Dès que le gouvernement grec eut un siège fixe, les journaux politiques commencèrent à s'y multiplier, d'abord à Egine et plus tard à Nauplie. Quand l'île d'Hydra fut le siège d'une opposition extralégale contre le président Capodistria, A. Polyzoidés y rédigea \ Apollon^ le chef de file de tous ceux, des journaux grecs qui ont continué depuis à se distinguer par la violence des opinions et par l'emportement du langage.

UAthéna (Minerve) naquit au milieu des troubles qui suivirent la mort du président. Elle inscrivit sur son drapeau les libertés constitutionnelles, et fut particu-

Rangabé, Littérature néo - hellénique. I7

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lièrement l'organe du parti anglais. Pendant les 40 ans de son existence, qui ne cessa qu'à la mort de son rédacteur, le Cretois E m. Antoniades, frère du traducteur si actif dont nous avons souvent parlé, elle dévia rarement de la ligne d'une opposition sage et modérée.

Il en fut de même de VAïôn (le Siècle), qui avait commencé sous le nom de Chronos (le temps), et était dès la première année de l'arrivée du Roi Othon publié sous les auspices du parti russe. Il fut un courageux défenseur du principe autoritaire en politique et en religion, durant la vie de son fondateur et unique rédacteur, J. Philémon, l'auteur de Thistoire de la révolution. A la mort de celui-ci, arrivée récemment, son fils imprima au journal une direction diamétralement opposée, se faisant le champion d'idées démocratiques, que, malgré son grand talent, il ne réussit point à inculquer dans un pays avide d'ordre, et ayant avant tout besoin de concentrer ses forces.

Le troisième des partis étrangers qui ont pendant long- temps divisé la Grèce, le parti français, était représenté par le Sôter (le Sauveur), rédigé avec une grande habileté par N. Scouffos, le traducteur de Schœll.

iJElpù (Espérance) fut également commencée lors de l'institution de la royauté en Grèce. C'était un des journaux les plus populaires, et il continua pendant quarante ans, jusqu'à la mort de son savant et spirituel rédacteur, C. Lévidis. Des idées saines y étaient exprimées en un style élégant et clair. Le journal fut d'à-

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bord bilingue, allemand et grec, plus tard français et grec, et enfin grec seulement.

P. SorHiANOPOULOs, médecin originaire du Péloponnèse, esprit original, excentrique et peu embarrassé de scrujjules, a publié pendant trois ans (1836 — 1838) sous le titre de Proodos (Progrès) un journal hebdomadaire, où rien n'était respecté, l'autorité de l'état pas plus que celle de la grammaire, rien n'était é})argné, ni le poison subtil de la satire, ni même le trait haineux de la calomnie. Aussi ce pamphlet périodique, écrit avec verve, était-il plutôt craint qu'applaudi.

Des hommes d'État et des littérateurs ont souvent aussi fondé et dirigé des journaux. Le poète P. Soutso publia d'abord Vllélios (le Soleil), puis \!Anagennésis (Renaissance), dans un style prétentieux et enflé plutôt que poétique. Il semblait avoir moins à tâche de se rendre utile par des discussions sérieuses que d'étonner par des idées neuves. L'historien C. Paparigopoulos a été pendant quelque temps à la tête d'un journal, X Hellène^ dont le langage noble et sérieux était à la hauteur de son patriotisme éclairé. iJHellas du philosophe Brailas brillait par la profondeur de la pensée, mise avec un entier désintéressement au service des plus hauts intérêts du pays. Le journal cessa deux ans après, le rédacteur ayant été appelé à remplir des fonctions diplomatiques. Aux derniers temps de la rédaction il eut pour collaborateur A. R. Rangabé, qui vers la fin du règne du Roi Othon avait pendant trois ans publié

2 00 II' Partie. — Livre L — Prosateurs.

'^^Eunomie^ un journal institué pour s'interposer entre les violences d'une opposition sans frein et l'opiniâtreté du parti gouvernemental que le pouvoir semblait aveugler.

Les journaux de moindre importance, ou qui n'ont qu'une existence éphémère, sont en très -grand nombre. Athènes en compte plusieurs dizaines. Il n'y a pas de chef- lieu de département ou de province qui n'ait le sien, et souvent même deux ou plusieurs.

Les journaux humoristiques n'ont pas non plus manqué à la patrie d'Aristophane. Il en a même paru à différentes reprises plus que le bon goi^it et le bon sens n'en avoueraient. L'un d'eux, qui n'a eu qu'une courte existence, )!Asmodée., était dû à la plume fine du romancier Rhoidés, alliée au burin spirituel de Th. Aninos. Il abondait en sel attique, et pouvait être mis à coté du Punch, du Charivari ou du Kladderadatsch.

Même hors de Grèce, en Turquie, et partout oh les colonies grecques sont d'une certaine importance, le journalisme est actif autant que les circonstances de chaque pays le comportent. Douze journaux Grecs paraissent à Constantinople. Il s'en pubHe à Smyrne, à Alexandrie, aux provinces danubiennes. Trieste est le siège de deux feuilles politiques qui honorent la presse grecque, la (7/20, rédigée par Thérianos, et VHémêra (le Jour), fondée par J. Skylissi, et continuée d'abord par Anastase Byzaniios, et puis par son frère Alexandre^ les fils du littérateur distingué de ce nom. Ces deux journaux, dont la mission principale est de refléter en Grèce les idées de l'élite de la presse européenne, rivalisent de

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