‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 27 sur 159 · LES PHANARIOTES · texte numérisé non relu

LES PHANARIOTES

rerrassée par la massue de fer de Mahomet II, la Grèce l'accusait plus un dernier souffle de vie que par les fai- )les accents qui s'échappaient encore de ses lèvres déàillantes. La tempête avait brisé sa lyre éolienne ; mais es cordes frissonnaient toujours au vent de l'orage, comme )0ur prouver qu'elles n'avaient pas perdu toute leur sou- )lesse et qu'elles n'attendaient que la main de la provilence pour les renouer. Le flot du déluge avait englouti a Grèce entière; mais à peine quelques débris de l'e- :istence nationale trouvaient -ils un abri pour s'y réfugier, qu'une littérature, portant l'empreinte des lieux et des temps, antôt comme la fleur sauvage des rochers, tantôt comme a plante nourrie de sucs étrangers, ne manquait de germer ;ur ce sol toujours généreux. C'est surtout l'arche de l'éjlise qui, bien que flottant au gré de la tempête, em-

46 Livre IL ~ Retour à la vie, 1700-1800.

portait dans son sein la lampe vacillante de la vie nationale. La littérature y trouva également un refuge dès la première heure de la conquête.

Mais cette heure écoulée, le conquérant, dont la sauvage énergie consistait surtout en son instinct de rapine, ayant fait autour de lui le désert et le vide, et n'ayant plus sur qui exercer ses fureurs, tomba dans l'inertie, qui était sa véritable nature. Les flots de l'inondation s affaissèrent sur eux-mêmes^ et tandis que leur surface croupissait immobile, les éléments toujours actifs et toujours vivaces de la nationalité grecque se recherchaient, s'attiraient et se recomposaient, le terrain submergé s'élevait insensiblement, et plus d'une fois l'œil étonné voyait fleurir audessus de l'algue stérile une végétation plus saine et plus robuste, qui lui était étrangère, et qui avait ses racines dans le fond primitif et solide; et tandis que le peuple vaincu revenait, ainsi à la vie, l'empire turc se décomposait, et n'était pas même arrêté dans sa décadence par les administrateurs habiles et les hommes d'Etat distingués qui l'ont souvent gouverné pendant les 400 ans de son existence; parce que ces hommes n'appartenaient pas à la race victorieuse, et n'étaient point des témoins et des agens de sa vitalité, mais au contraire des emprunts que l'impuissance des Turcs était forcée de faire au génie et à la capacité innée de la nation subjuguée. Comme toujours et partout, la barbarie triomphante rendait involontaire-

Page 1