Chapitre I. — Les Phanariotes
lante, possédant le droit de vie et de mort, donnant ies lois et asseyant des impôts, ces Princes arrivaient dans les doux provinces suivis d'une cour nombreuse, Drdinairement composée de ce que la Grèce possédait d'hommes plus capables et plus éclairés. Deux siècles s'étaient à peine écoulés depuis que les Grecs avaient dû se courber sous le plus dur esclavage, que déjà ils remontaient presque au niveau de leurs oppresseurs, en attendant qu'il atteignissent la position que leur assurait leur supériorité morale.
Rien ne pouvait être plus instructif pour l'observateur de la marche des nations, que de voir d'un côté les Musulmans d'alors répandant la désolation et étendant les ténèbres de la barbarie sur les vastes contrées autrefois bénies par le ciel, les plus riches, les plus prospères et les plus civilisées de l'univers, et de l'autre quelques Grecs, qui avaient à peine réussi à alléger un peu le poids de leur chaînes semant à pleines mains les bienfaits de l'ordre et de la civilisation dans des pays sur lesquels l'aurore ne s'était pas encore levée. Ils y donnèrent des lois extraites de celles qui avaient régi Byzance aux jours de sa grandeur, ils réglèrent l'administration, ils développèrent l'agriculture et ouvrirent les voies du commerce, ils relevèrent la condition du peuple, et ils y répandirent l'instruction, ayant été les premiers inventeurs des lettres pour écrire la langue du pays, qui tire son origine d'un latin corrompu, et à la doter d'une grammaire. Tandisque sous l'influence des Turcs By-
52 Livre II. — Retour à la vie, 1700—1800.
zance devenait un amas de masures barbare et infect, sous celle des Grecs Burcharest et Yassi pouvaient rivaliser sans désavantage avec plus d'une ville européenne. Des imprimeries, des écoles de tout degré y répandaient les lumières , qui se reflétaient sur toute la Grèce , un théâtre y formait le goût aux chefs-d'œuvre des littératures étrangères, et y encourageait les premiers essais de renaissance du drame grec.
Les cours de ces Princes, images réduites de celles des Empereurs chrétiens de Byzance, étaient le rendezvous de Grecs et d'étrangers de mérite, de professeurs en renom, d'auteurs dont l'émulation était stimulée par des distinctions de tout genre.
Même parmi les Princes indigènes qui , après la révolution grecque, ont succédé aux Phanariotes, il y en eut qui, tenant à ceUx-ci par des liens de parenté et formés à leur école, ont continué à répandre dans leur pays les bienfaits des lumières et de la civilisation. Tel fut surtout le Prince Michel Stourdza, qui, connaisseur profond de la langue et de la littérature grecques, a pendant les 17 ans de son administration rendu à sa patrie les services les plus signalés, a complété les codes donnés par ses prédécesseurs, et a continué à y entretenir les germes civilisateurs de la culture hellénique.
Ces Grecs, qiii avaient presque réussi à se forger un sceptre de leurs chaînes, prenaient le nom de Phanariotes^ du quartier qu'ils partageaient à Constantinople avec le Patriarche et le haut clergé. Recrutés dans