‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 39 sur 159 · Chapitre 111. — Ecrivains. — Buhjaris · texte numérisé non relu

Chapitre 111. — Ecrivains. — Buhjaris

Il jmblia à cet effet les ouvrages jusque là inédits de deux savants ecclésiasticjues de la fin du 15*^ siècle, de Bryennius et de Thêodoret., dont le dernier consacra sa plume à repousser les attaques des détracteurs de l'église grecque; il traduisit du latin l'ouvrage sur la procession du St. Esprit par Adam Zœrnicabius^ théologien prussien converti à l'église grecque, ainsi que trois autres traités qu'il publia sous le titre »de Jil bien tordue *), l'un sur la divinité du christianisme par Soam Jeni/us^ l'autre sur l'autorité des évangélistes par Deausobre , et le troisième sur la généalogie de J. C. par Camlet. Sous le titre d^ Entretiens pieux, il écrivit d'excellents commentaires philologiques et archéologiques des deux testaments, et plusieurs autres dissertations de mêrue nature. Il traduisit aussi les confessions de St. Augustin.

Mais son esprit juste et clairvoyant, sachant concilier l'autorité avec la liberté, comprenait que la vraie piété n'exclut pas la tolérance. Afin de renforcer ce principe salutaire chez ses compatriotes, le théologien profond, le chrétien dévoué, ne craignit pas d'emprunter la plume spirituelle du plus grand esprit de son siècle, et traduisit le traité de Voltaire sur les dissidents de Pologne.

La philosophie à laquelle Eugène consacra les plus puissantes facultés de son âme était le reflet de ses

i; Znapriu'^ eurpiro> , d'après ce passage de l'Ecclésiaste (IV, 2): »Le fil bien tordu ne se rompra pas.»

Rangabé, Littérature néo • hellénique. 5

66 Livre IL — Fx^etour à la vie, 1700—1800.

principes religieux. Fortement convaincu des vérités du christianisme, mais convaincu aussi que la vérité est une, il répudia et combattit constamment tout principe qui était hostile à la religion, ou qui ne l'admettait qu'avec certaines restrictions mentales, avec des accommodements qui répugnaient non moins à sa sincérité d'homme qu'à sa foi de chrétien et à ses convictions de philosophe. Repoussant également les systèmes fatalistes de Spinoza et de Hobbes, il est dans ses écrits essentiellement éclectique, prenant dans les anciens et dans les modernes tout ce qui lui paraît constituer un système qui se concilie le mieux avec les grandes vérités, enseignées par la révélation à la faiblesse de l'entendement humain, et mises hors de l'atteinte de toute discussion.

Fidèle à ces principes, il traduisit la logique de Grabesend et la métaphysique de Genuensius ^ deux philosophes éclectiques. C'est ce même esprit qui préside à ses propres compositions philosophiques, la logique et la Métaphysique^ écrites en grec ancien, ainsi qu'un traité fort remarquable sur la crainte de la mort.

Ses ouvrages sur les sciences exactes ne sont pas moins recommandables. Après avoir traduit le cours de mathématiques de Tacuetius ^ il écrivit lui-même des éléments de cette science, et sous le titre de Récréations philosophiques il publia un cours de p>^^y' sique^ où il expose de la manière la plus méthodique tous les progrès que la science avait faits jusqu'à son

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époque, sans exclure souvent les théories les plus abstraites, vers lesquelles l'entraînait la nature spéculative de son esprit. Il a aussi composé une astronomie d'après Tycho-Brahé; mais il y laisse planer le doute sur tous les principes qui paraissent ne pas répondre exactement aux témoignages de Tancien Testament. Une géograj)hie de sa composition fut plus tard complétée et publiée à Vienne (1304) par Anthime Gazés.

Dans le domaine des belles lettres cet homme universel signala son étonnante activité par la traduction d'une archéologie homérique et d'une archéologie de Corfou^ écrites en latin par le Vénitien Quirini. Mais ce qui le met hors de pair comme helléniste et littérateur, cest sa traduction en vers homériques de l'Enéide et des Géorgiques de Virgile^). C'est Catherine qui, ayant jugé ses forces, exigea de lui ce travail monumental. Il s'en acquitta d'une manière qui dénote en lui une très-grande familiarité avec le langage du prince des poètes , et une vive conception de l'esprit et des beautés du poète latin. Par un effort gigantesque, il rendit au Parnasse grec ce chef-d'œuvre qui paraît lui appartenir, e't n'avoir que fortuitement été produit sur les bords du Tibre; et si son style manque parfois de cette souplesse et de cette aisance qui fait le plus grand charme de la poésie homérique, c'est qu'il avait à lutter corps à corps avec le plus grand écrivain de l'antiquité

I) Trois Vol. in Fol. St. Petersbourg, 1791.

68 Livre IL — Retour à la vie, 1700—1800.

romaine, embarrassé de Tarmure du géant de l'antiquité grecque. Du reste si Bulgaris n'est pas toujours simple en traduisant Virgile, on sait que Virgile ne l'a guère été en traduisant Homère.

Jusqu'à Théotokis et jusqu'à Bulgaris, les Grecs, fidèles à leurs traditions, exagéraient leur juste admiration pour leurs ancêtres au point de croire qu'il n'y avait rien audelà de l'antiquité hellénique, que tous les progrès que les modernes avaient fait faire aux sciences n'étaient que des innovations oiseuses, et qu'il était inutile, souvent même dangereux, de les étudier. Eugène opposa toute l'autorité de son bon sens à cette prévention funeste; et tandis qu'il discutait avec Néophyte Cavsocalybite , grammairien distingué, professeur au Gymnase de Janina, et plus tard son ami intime, sur l'étendue et la compétence de la grammaire, il écrivait des réfutations contre un autre savant de la même ville, Balanos Vasilopoulos, qui, adorateur obstiné du passé, traitait l'algèbre avec un mépris souverain, croyait fermement qu'Euclide avait dit le dernier mot des mathématiques , et envoyait à toutes les académies de l'Europe une solution qu'il croyait avoir trouvée par la géométrie élémentaire, pour obtenir deux moyennes proportionnelles entre deux lignes de longueur inégale.

Bulgaris, champion des idées modernes et d'un sage progrès dans l'enseignement en Grèce, se livrait avec zèle à ces débats scientifiques, qui rappelaient les disputes des écoles de l'ancienne Grèce, et qui en étaient

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