‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 4 sur 159 · Chapitre J. — Chants Clephtù/ues · texte numérisé non relu

Chapitre J. — Chants Clephtù/ues

une protestation permanente contre la destinée de leur patrie asservie. Le combat était leur existence, la vengeance et la liberté les sentiments qui les animaient. Ds étaient la branche inculte mais vivace du tronc abattu; et ce reste d'existence indépendante, caractère distinct dans la physionomie nationale, ne pouvait manquer de se retrouver dans la littérature.

Il y est en effet réprésenté par les Chants Clephiiques. Expression poétique de cette liberté sauvage et iière, qui, née de l'élan spontané des âmes les plus fortement trempées, n'empruntait rien aux théories étrangères, €t du haut de ses montagnes jetant son défi aux tyrans, fondait sur eux des régions d'oii descend la foudre, ces chants étaient des fleurs qui n'avaient rien d'exotique, et s'épanouissaient sur le Parnasse en friche aux brises du désert et aux inspirations de l'indépendance. Leur style hardi et naïf, figuré et souvent élevé, porte l'empreinte de la rude nature où ils sont éclos, et de la classe robuste du peuple qui en est le poète anonyme en même temps que le héros, et rappelle plus d'une fois les beautés simples et austères de l'ancienne épopée.

Le brave qui s'indigne contre ses fers et fuit ses tyrans n'a d'autre abri, d'autre refuge, d'autre confident de ses peines, que la libre nature, à laquelle il confie

«le plus grand de ses biens, le plus cher qui lui reste.» Aussi est-ce à elle qu'il adresse ses plaintes, et c'est sa voix qu'il entend lui répondre en sublimes accents.

«Je veux, dit le jeune brave, me faire Clephte, être

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