‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 46 sur 159 · Chapitre I. — J.a langue. — Coraï. 7Q · texte numérisé non relu

Chapitre I. — J.a langue. — Coraï. 7Q

h la jeunesse grecque les chefs-d'œuvre des anciens, non })lus pour l'initier seulement au mécanisme de la langue, et pour lui apprendre la lettre morte, mais aussi pour lui en faire sentir les beautés immortelles, auxc^uelles son âme apprenait à s'ouvrir, et pour lui enseigner les préceptes sublimes de dévouement et de patriotisme, contenus dans les ouvrages de ces grands maîtres de l'humanité.

C'est ainsi (}ue la Grèce épure et forme sa langue, dont elle se servira comme d'un puissant instrument pour sa résurrection morale, qu'elle s'instruit aux vertus tant privées que publiques qu'elle aura bientôt besoin de pratiquer, et que cette jeunesse ardente, à côté du courage passif du martyr que lui recommande l'église, apprend à estimer la bravoure des héros, dont elle trouve les grands exemples chez ses ancêtres.

En même temps les sciences positives, ces germes fertiles de tous les progrès matériels, et la philosophie, la source vivifiante de toutes les connaissances humaines, sont cultivées dans les écoles, et enrichissent la littérature de traductions et d'imitations nombreuses. Il n'y avait pas d'études , si fortes , si substantielles qu'elles fussent, auxquelles on ne se livrât depuis cette époque, et dont on ne nourrît la jeunesse, qui se sentait déjà une vocation plus élevée que celle de végéter en traînant ses fers. Aussi la Grèce, appelée à s'asseoir au banquet de la civiHsation, y prend- elle immédiatement sa place, sans efforts et sans un long apprentissage,

8o Livre III. — Renaissance. — De 1800 à 1821.

comme si, réveillée après un long sommeil, elle se retrouvait au même échelon social qu'elle occupait lorsqu'elle fut enveloppée par les ténèbres de la nuit.

Mais partageant le caractère de l'époque, littérature, sciences et philosophie n'ont encore , jusqu'à la guerre d'émancipation, qu'une tendance plutôt théorique et préparatoire, sans aucune application à la vie sociale, qui s'annonçait déjà, mais n'avait pas commencé d'exister pour les Grecs.

Le temps pressait, la domaine de l'instruction s'élargissait ; on devait apprendre beaucoup et apprendre vite. Clèobule de Philippopolis , un savant qui s'était formé aux hautes écoles de l'Allemagne et de la Suisse, avait donné dans ces deux pays une attention toute particulière aux méthodes didactiques; il écrivit un livre sur la méthode de Lancastre, qui avait l'avantage de rendre accessible aux masses l'instruction primaire et d'en abréger le cours. Appelé, en 1819 — 1820, à Jassi par Jacques Rizo Néroulos, à Bucharest par Jacques Rizo Rangabé, les premiers ministres des deux Hospodars, Clèobule introduisit cette méthode aux écoles centrales de ces villes, d'où elle se répandit par toute la Grèce, et devint un des puissants auxiliaires des progrès intellectuels de la nation renaissante.

On s'appliqua aussi à simplifier les livres d'enseignement; on réformait les grammaires volumineuses, qui avaient absorbé autrefois les plus belles années de l'étudiant; on en écrivait de nouvelles d'après Buttmann,

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