Chapitre 1. — La langue, — Coraï
Thiersch et d'autres; on publiait des Encyclopddies, qui dispensaient les élèves de l'obligation d'acheter les auteurs entiers, ou, à défaut de moyens, de sacrifier tout leur temps à les copier. La lexicographie produisit également des travaux importants, (jui aidèrent puissamment au succès des études philologiques.
CORAÏ.
Celui qui dans la littérature savante de la Grèce a acquis le plus grand nom, un nom Européen, et qui représente et résume pour ainsi dire cette époque, c'est sans contredit Adamantios Coraï (^K(tparjÇ) de Chios, un descendant 6! Antoine^ le poète helléniste du 17^ siècle.
Dans leur impatience de répandre les connaissances utiles et de populariser les sciences, des patriotes soucieux surtout de l'avenir, s'attachèrent à l'idiome vulgaire, tel qu'il était parlé par la classe la moins éclairée du peuple, convaincus que c'était par son organe qu'ils pouvaient le plus facilement et le plus rapidement répandre et multiplier les idées. Quelques uns écrivirent dans ce dialecte non seulement des poésies légères, qui admettent le langage naturel du peuple et le style familier, mais aussi des ouvrages plus sérieux; ou bien, comme Katardji, Daniel Philippidés et Christopoulos, ils voulurent en ériger l'usage en système, et essayèrent d'en composer des grammaires ; mais leurs ébauches paraissent plutôt donner la preuve qu'ils s'étaient engagés dans une fausse voie. Il y en eut même qui allèrent
Rangabé, Littérature néo- hellénique. 6
82 Livre III. — Kenaùsance. — De 1800 à 1821.
jusqu'à condamner l'orthographe traditionnelle comme inutile dorénavant. Cependant à lire quelques uns d'entre eux, on serait presqu'autorisé à croire qu'ils avaient pour cela leurs raisons personnelles, et qu'ils n'étaient pas fâchés de se débarrasser des règles un peu compliquées de la grammaire, qui semblaient les gêner eux-mêmes autant au moins qu'ils affectaient de craindre qu'elles ne gênassent les autres.
Par contre, des érudits n'ayant de sens que pour le passé, représentants des traditions, vieillis dans la seule étude de la langue ancienne et dans la pratique des anciennes méthodes d'enseignement, croyaient indigne d'un Grec instruit de faire usage d'une autre langue que de celle de Xénophon et de Thucydide.
Ces deux partis opposés, les hellénistes et les partisans de l'idiome vulgaire, se livraient des combats non moins acharnés que les Platoniciens et les Aristotéliciens du 15^ siècle, lorsque Coraï vint rétablir la paix. Après des études préparatoires au gymnase de Smyrne, il reçut son diplôme de docteur en médecine à l'université de MontpeUier. Ses vastes connaissances, sa grande sagacité et ses nombreux travaux philologiques placent Coraï au premier rang des critiques de ce siècle, et lui ont fait une réputation universelle très -justement méritée. L'influence immense qu'il exerça sur l'épuration de la langue de son pays par de savantes observations contenues surtout dans les six volumes de ses Mélanges littéraires ÇAraxia)., et ses efforts pour inculquer à la