Chapitre J V. Poétiic. — Christopoulos
^]^es ficches de l' Amour.
L'Amour tire de son carquois une petite flèche envenimée, et se met en devoir de l'aiguiser sur une pierre. Il frotte et frotte si bien, que la flèche glisse et le blesse au doigt. »Maudite flèche!« s'écrie-t-il, et il porte le doigt à sa bouche. Il le mord, il souffle dessus, il trépigne de douleur, et jette de grands cris. Sa mère l'entend et se frappe le sein. ^Qu'arrive- t-il à mon enfant? demande - 1 - elle. Pourquoi ces cris? Qui fait souffrir mon garçon ? « — » Chère maman, une méchante flèche de mon carquois m'a piqué; maudite soit -elle! La piqûre me brûle; c'est du feu, et . . . et . . . et je suis perdu !« Sa mère lui dit en souriant: »Va, mon fils, tu sauras dorénavant combien la piqûre de tes traits est cuisante et amère^.
j>L>e voyage.
Ma bien aimée, l'Amour, le vieux Temps et moi, nous gravissions une montagne. La montée fatiguait ma belle, et l'Amour nous devançait avec le Temps. »Arrête, lui dis -je. Amour; ne cours pas. Ma frêle compagne ne peut vous suivre. « Tous les deux tendent alors leurs ailes et s'envolent en compagnie. >Amis, leur dis-je, où volez-vous ? Pourquoi si pressés ? Voyez, notre bien aimée s'affaiblit toujours d'avantage.* L'Amour se tourne alors vers moi, et me, répond qu'il est dans ses habitudes de toujours s'envoler avec le temps.
I 2 2 Livre III. — Renaissance. — De 1800 à 1821.
^IJ amour enchaîné.
La Grâce Euphrosyne avait dans de frais bosquets fortement attaché le pauvre petit Amour à un myrte fleuri. Je le vis en passant, et me dépouillant de mon vêtement, j'accourus et, en ancien ami, me mis en devoir de le délier. Je l'embrassai, le serrai dans mes bras, et j'allais briser ses chaînes, lorsque la Grâce accourut en colère. Elle me saisit par les cheveux. «Audacieux, s'écrie- 1- elle, tu oses mettre en liberté ce méchant, ce menteur, ce voleur des cœurs. « Elle me tourne les bras sur le dos , me pousse contre le buisson , et pleine de courroux, me lie à côté de l'Amour. Maintenant attachés tous les deux, les malheureux, à la même chaîne cruelle, nous subissons des tourments éternels, sans avoir fait de mal à personne.
^he hanneton.
Hanneton, audacieux voleur, comment oses- tu chaque nuit piquer à la bouche ma belle maîtresse? Tu suces le sang de ses lèvres roses, et peu t'importe de les faire pâlir. Ne t'ai -je pas averti que jetais jaloux, que je t'épiais, et que, si je t'attrapais, je t'écorcherais vif dans ma vengeance? Maintenant que tu es pris au piège et que te voici dans ma main, que ferai-je de toi? N'ai-je pas raison de serrer les doigts et de t' étouffer, pour t'apprendre à venir en tapinois la mordre au milieu des ténèbres ? Eh bien non, je suis bon, je te fais grâce cette