‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 91 sur 159 · Chapitre I. — Caractère général de Vépnque etc. I · texte numérisé non relu

Chapitre I. — Caractère général de Vépnque etc. I

(lu patriotisme le plus jnir et le plus désintéressé. Mais, éloigné lui-même du théâtre des événements, et voyant souvent à travers les préventions des partis (jui le renseignaient, il a plus d'une fois émis des jugements regrettables, et parlé un langage propre à attiser les passions qu'il aurait dû mettre toute l'énergie de son patriotisme à éteindre.

Lorsque enfin, par une lutte héroïque, alors applaudie sans réserve par tous les peuples civilisés, la Grèce fut sortie triomphante de sa lutte désespérée, son affranchissement rappela du même coup à la vie son activité littéraire. Son problème social avait changé de nature. Il s'agissait pour elle non plus de préparations ou de combats pour acquérir, mais bien d'efforts pour conserver et pour organiser les dons précieux de l'indépendance qu'elle avait acquise ; et la littérature, expression suprême et miroir fidèle de la société, a dû porter, elle aussi, cette empreinte des temps. Le peuple grec n'était plus une masse inerte, écrasée par la tyrannie; chaque individu, relevé à la dignité de l'homme, devenait un citoyen, ayant des droits à défendre et des devoirs à remplir. Ces droits et ces devoirs sont les mêmes partout, car ils émanent de la nature; mais il n'y a que les nations civilisées qui s'occupent à les approfondir, et cherchent à se mettre à même de sauvegarder les uns et de s'acquitter dignement des autres.

Voilà pourquoi, dès le premier instant de leur émancipation, les Grecs ont considéré l'instruction comme un

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besoin universel, et non comme un luxe réservé à quelques individus d'élite, qui, autrefois, se donnaient la mission de se passer à eux seuls le flambeau sacré, et d'en entretenir la flamme. Leur premier congrès national, réuni au bruit du canon ennemi sous les orangers d'Epidaure pour proclamer leur droit de s'asseoir parmi les peuples libres, n'eut pas de soin plus pressant que de s'occuper de l'instruction publique. Son second décret après celui qui consacrait l'existence nationale concernait l'organisation des études. Dans tout le pays il consacrait pour les écoles primaires la méthode lancastrienne, que déjà avant la révolution Cléobule avait introduite aux collèges grecs de Jassy et de Bucharest, et plus tard à celui d'Odessa. C'était celle qui convenait le mieux aux temps et aux nouvelles conditions du peuple ressuscité, impatient d'obtenir le plus de résultats avec le moins de moyens possible.

Cette méthode est pour ainsi dire l'instruction en fabrique. Elle a tous les avantages, mais aussi quelques uns des défauts communs à tous les produits d'atelier, une production plus rapide et plus étendue, mais aussi moins perfectionnée. Plus de matière et moins de solidité, plus d'objets et moins de persévérance, tel devait être le caractère de l'instruction à laquelle le peuple entier était appelé à participer.

Dans l'ardeur que les Grecs mettaient à entretenir les écoles créées par cette assemblée on peut voir la meilleure preuve de leur ambition de ne pas déchoir^ mal-

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gré tous leurs désastres, de la dignité de peuple civilisé. Ces établissements ne pouvaient pas être soutenus par l'Etat, engagé dans une lutte de vie ou de mort. Cependant, même au milieu des plus grandes catastrophes, ils n'étaient jamais désertés. Le jeune Pallicar, déposant son fusil encore fumant, venait s'asseoir sur leurs bancs, où il était appelé par le devoir de se rendre plus digne de la liberté qu'il achetait de son sang.

Mais c'est surtout lorsque l'indépendance de la Grèce fut assurée sous le sceptre du Roi Othon que l'instruction du pays fut définitivement organisée. Le règlement des écoles primaires fut l'œuvre de M. de Maurer, membre de la régence du Roi mineur, un savant éminent et un sage administrateur. Le premier projet organique de l'instruction secondaire et supérieure, comprenant les écoles helléniques, les Gymnases et l'université, fut élaboré par A. R. Rangabé, alors conseiller au ministère de l'instruction publique, et reçut depuis plusieurs remaniements.

Touts ces établissements, auxquels il faut ajouter ceux d'enseignements spéciaux, tels que l'école militaire, d'abord fondée par le président Capodistrias , le séminaire théologique , dû à la munificence d'un citoyen , G. Rizaris, l'école des beaux arts, etc. sont aujourd'hui annuellement fréquentés par 85,000 jeunes gens et 15,000 jeunes filles, ou 100,000 élèves sur une population de 1,500,000 âmes. Les plus aisés des étudiants de l'université vont d'ordinaire, à la fin de leurs études, se per-

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fectionner aux hautes écoles de la France ou de l'Allemagne. On en voit les plus pauvres ne pas reculer devant les travaux les plus abjects, pour se procurer, comme Cléanthe dans l'antiquité, les moyens de s'instruire, s'engager même quelquefois comme domestiques à la seule condition de se réserver les heures de l'école. L'Etat dépense pour l'instruction 0,053 de son budget de recettes, ce qui est une proportion beaucoup plus élevée que dans le reste de l'Europe. La raison en est que l'instruction, considérée en Grèce comme un instrument indispensable de régénération, est gratuite à tous les degrés.

Après cette extension des établissements scolaires, ce qui manquait encore à la Grèce pour compléter son développement intellectuel, c'était une Académie. Les éléments pour sa formation ne faisaient pas défaut , et un grand patriote, le Baron Sina, a fait élever à Athènes, pour la recevoir, un palais dont la splendeur et la beauté peuvent être admirées même à côté des merveilles d'architecture dont les ruines parent la ville de Périclés. Ce qui manque jusqu'ici à cette œuvre de haute nécessité, c'est l'organisation qui doit l'appeler à la vie. Le peuple grec y a suppléé en partie de sa propre initiative, en formant des Sociétés savantes, qui s'occupent de sciences, fcfnt des cours libres, et se donnent pour mission d'établir des écoles partout où les conditions locales ne permettent pas aux habitans d'en entretenir. Plusieurs de ces Sociétés sont des sections d'académies, qui attendent

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