Chapitre 1. — Churnctère général de l'époque etc. I
Ce silence absolu n'est quelquefois interrompu que par queUjues hommes privilégiés, qui, ne vivant (lue par la pensée, et faisant abstraction des vicissitudes du présent et des bouleversements du monde matériel, antici- ])aicnt sur l'avenir de liberté et de paix qui leur était révélé par la voix prophétique du cœur.
De ce nombre était le célèbre Coraï, que nous avons déjà vu si actif à rendre ses compatriotes dignes de meilleures destinées, lorsque leur avenir n'était encore que le rêve des esprits les plus nobles. Établi loin de la Grèce, quoiqu'il y fût toujours présent par le sentiment, et ne doutant pas un instant qu'elle ne sortît triomphante de sa lutte, il ne s'occupait déjà que de son organisation politique, et cherchait, dans de longues introductions , dont il accompagnait ses précieuses éditions des auteurs classiques de l'antiquité, à la guider dans la carrière de vie qui s'ouvrait devant elle, et à l'initier aux principes qui sauvent les peuples, qui leur donnent la liberté lorsqu'ils ont conquis l'indépendance, et qui les conduisent à la prospérité et à la gloire.
Ces discours préliminaires ou ProUçjomènes^ qui ont aussi été publiés à part, peuvent être toujours lus avec plaisir pour la limpidité et la beauté de leur style, bien qu'il manque encore de ce purisme absolu auquel tendent les meilleurs auteurs des temps postérieurs à Coraï, non moins que pour le patriotisme élevé et tout taillé à l'antique qui les inspire. Les intentions y sont pures, et les raisonnements ceux d'un esprit habitué aux spéculations
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de la philosophie et à la recherche de la vérité. La philosophie est sans doute le foyer où viennent se concentrer toutes les forces de l'entendement humain ; mais d'un foyer il part les rayons les plus divergents. La vérité est une, mais elle a plusieurs faces, et l'esprit humain, même avec l'aide de la philosophie^ n'en aperçoit souvent qu'une seule. C'est, croyons-nous, l'histoire de plus d'un système et de plus d'une école. Coraï avait consacré toute sa vie aux recherches philologiques. Or, la logique de la grammaire n'est pas toujours la même que celle de la politique. Ayant été témoin oculaire d'une partie de la révolution française, il en oubliait les égarements, dont il a failli une fois devenir lui-même la victime, lorsque, en sa qualité d'étranger, il fut arrêté comme suspect, et n'y voyait que l'enthousiasme d'une grande nation pour les nobles principes qu'elle imposait à l'Europe par ses triomphes, après se les être imposés à elle-même par les sacrifices les plus immenses. Il en fut imbu et épris à son tour, et écrivit ces Prolégomènes, qui témoignent souvent de la force et même de la violence de ses convictions, pour engager sa patrie renaissante à calquer sur le modèle des institutions françaises son organisation politique. Peut-être si, pour la gloire de la Grèce , il avait vécu plus long - temps , sa confiance dans l'efficacité absolue des doctrines nouvelles eût-elle été un peu ébranlée, et en eût -il vu les côtés vulnérables, auxquels peu de monde songeait alors. Tout ce qui sortait de sa plume portait l'empreinte