X PREFACE
l)as moins accessible à chacun. Je nie suis appliqué à la rendre attrayante, en multipliant les citations intéressantes ou curieuses tirées de volumes souvent fort rares, et en adoptant une manière qui ne respirât en rien le pédantisme.
Nous nous flattons tous un peu d'avoir une grande indépendance d'esprit. On se persuadera, je l'espère, que j'ai observé une stricte impartialité dans les jugements que j'ai portés sur nos auteurs et sur l'ensemble de notre littérature. Je n'ai voulu épouser les préjugés, les rancunes ou les enthousiasmes d'aucun parti. Je ne prétends pas avoir réussi à être absolument impersonnel ; j'ose dire néanmoins que toutes mes appréciations sont dictées par l'examen consciencieux des œuvres et l'évidence des faits. J'ai, en particulier, évité d'abuser du dithyrambe, de présenter nos auteurs nationaux comme des génies ou des talents pour la seule raison qu'ils étaient des Suisses romands. J'ai loué en eux ce qui méritait de l'être, blâmant ou négligeant le reste. J'ai cru même qu'il fallait réagir contre la tendance que nous avons presque tous de nous aimer un peu trop dans nos grands hommes ou dans ceux que nous envisageons comme tels.
Quant au plan de l'ouvrage, j'ai peu de chose à faire remarquer. On me saura gré de n'avoir pas exposé isolément l'histoire littéraire de chacun de nos cantons français : Genève, Yaud, Fribourg, Neuchâtel, Valais et Berne (Jura bernois). Je l'ai étudiée sous forme de tableau synoptique, n'omettant aucun nom de quelque importance, consacrant aux auteurs les plus distingués des chapitres fort étendus, expliquant toujours l'influence morale, littéraire et sociale exercée par les écrivains d'une époque, mais ne sacrifiant jamais les renseignements, qui sont l'essentiel pour le lecteur, aux considérations générales qu'il est par trop facile de délayer avec un peu de rhétorique. Je ne me suis point occupé de nos dialectes ; mon défaut de compétence me faisait un devoir de laisser à d'autres la tâche de traiter un sujet sur lequel nous avons déjà plusieurs travaux : le Glossaire romand du doyen Bridel, le Glossaire genevois d'Humbert, V Introduction à V étude des dialectes du pays romand de C. Ayer, etc.