I. Tout à la Ihéologie. — II. Siècle peu littéraire
Le XVIP^ siècle n'est pas, dans la Suisse romande, le grand siècle littéraire. On croirait que la Réforme a trop dépensé d'intelligence et qu'elle éprouve le besoin de se reposer. L'œuvre n'est-elle pas accomplie, d'ailleurs? Y a-t-il quelque espérance à concevoir que le protestantisme s'étende en Europe? N'aura-t-il pas assez de beso-
' Histoire de la litt. franc, à Vétranger, XYII'"^ siècle, par A. Sayous, 2 vol. in-8, Paris, 1853. Bibl. universelle de Genève, 53™« année, tome III, nouv. pér., 24 et s. (étude de M. L. Vulliemin sur « les gens de lettres » en Suisse). Revue suisse^ XI, 212 et s. (article de M. Gaullieur sur « le théâtre ») et XIV, 170, 246 (du même, sur « la poésie satirique»). Senebier, vol. II, 129 et s. Lettres inédites adressées de 1680 à 1737 à J.-A. Tiirrettini, publ. par M. E. de Budé, 3 vol. in-12, Paris et Genève, 1887. Consulter en outre la bibliographie générale du XVI'»^ siècle (p. 93 et 94, en note), entre autres les revues, dictionnaires, et encyclopédies, puis, plus spécialement, Bayle, Morikofer, Gaberel, Gindroz, etc.
gne à conserver ses positions? Il ne s'agit plus pour lui de se répandre mais de se concentrer, d'attaquer mais de résister. Et puis, ses chefs sont morts, ses soldats ont assez lutté. La paix ! qu'on nous donne la paix! Tel est le cri général — auquel va répondre, il est vrai, la guerre de trente ans, qui passa heureusement sans nous coûter trop cher. Les réformés, que la nécessité avait contraints de ne pas étaler leurs discordes intestines, n'auront plus à réfréner cette passion qui les pousse à diviser l'Église en petites chapelles où chacun s'imagine enfermer toute la vérité. L'esprit sectaire éclatera tout à coup. On se battra désormais en famille, et les querelles de ménage ne sont pas les moins vives. Il aura peu d'émulés, ce Mathieu Scarron dont parle Senebier : « Scarron avait fait un traité sur le pain de la communion, où il recherchait quand on avait introduit le pain commun pour la célébration du sacrement et quand il avait été adopté dans la Suisse. Cette question de pure curiosité pouvait devenir dangereuse dans un moment où l'on aimait les disputes sur ces matières, où les plus petites choses les faisaient naître et où l'on venait d'en soutenir sur ce sujet avec les Églises de Suisse; aussi l'on pria prudemment Scarron de ne point faire imprimer son ouvrage à Genève, afin qu'il ne parût point avec l'approbation de la République. Scarron garda sagement cet ouvrage dans son portefeuille. » Ce sacrifice, héroïque en son genre, arrache un cri d'admiration à l'honnête et candide Senebier : « Il est beau de voir un auteur sacrifier son amour-propre au bien public, car, quoi qu'on en puisse dire, ce sacrifice est un des plus grands qu'on puisse faire. » Il a raison, l'excellent Senebier, il est sublime, le modeste Scarron, mais les pasteurs de Genève et de nos villes romandes ne l'entendaient pas de cette oreille. La plupart étaient gens à conviction étroites et violentes, qui prétendaient jouer au Calvin. Les théologiens indépendants, qui eussent cédé le pas à l'auteur de VMstitution chrétienne, n'étaient point d'humeur à se laisser dicter la loi par des égaux. De là des conflits, que provoquèrent surtout le synode de Dordrecht (1618), puis la longue affaire du Consensus,
Comme l'a fort bien dit M. Sayous, « si le protestantisme n'eût été que la croyance à certains articles théologiques, il était perdu... , mais il était déjà, comme tout ce qui est difficile à détruire, un composé bien compact d'éléments divers ; c'était une manière particulière d'aimer Dieu, de sentir sa présence, une façon aussi de le craindre et de lui rendre hommage ; c'étaient des sentiments religieux, des passions, des habitudes d'esprit et de cœur fortement