‹ Histoire littéraire de la Suisse romande des origines a nos jours (volume 2)Chapitre 54 sur 76 · CARACTÈRES GENERAUX · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GENERAUX

caractérisées, la bible et les édits ayant imprimé partout leur cachet austère. » Ce qui sauva la Réforme dans notre pays fut moins le dogme que la morale; Tunité entre les membres de l'Église, unité menacée de toutes parts, se maintint à peu prés, grâce à la discipline imposée par Calvin. Ce n'est pas que les rigoureuses prescriptions des édits ne reçussent aucune atteinte. Les registres de Genève nous rapportent, en 1607, que « le luxe est si grand dans la ville qu'on ne peut discerner les gens de qualité d'avec les roturiers et les mécaniques. » Les autorités sévissent contre ces retours à la libre vie d'avant la Réforme ; elles finissent par avoir le dessus.

Les institutions, à Genève comme ailleurs, se dépouillent insensiblement de leur vernis démocratique. Les gentilshommes que les persécutions chassent en Suisse, les magistrats qui s'arrogent des privilèges au détriment des droits populaires, les pasteurs qui sont pour le principe d'ordre, tous concourent à créer ou plutôt à fortifier dans l'État une aristocratie, que le goût du pouvoir et les querelles théologiques éloigneront de la culture des sciences et des arts.

En 1685, la révocation de l'Édit de Nantes bouleversa de nouveau nos contrées ; nous eûmes à subir l'invasion du « refuge. » Dans une lettre écrite par un ministre de Genève, en novembre 1685', nous voyons que, « pendant plus de deux mois de suite, il ne s'est pas passé un seul jour que Genève ne reçût 50 et jusqu'à 80 et 90 personnes de tout âge... Les femmes et les filles revêtaient des habits d'hommes, les enfants étaient enfermés dans des coffres comme des bardes, d'autres sans aucune précaution dans leurs berceaux... Le Pays de Vaud est plein de Français fugitifs ; depuis trois semaines, on a calculé que plus de 17,500 personnes s'étaient rendues à Lausanne. » Cet immense exode n'eut cependant pas sur la Suisse romande l'influence que l'on pourrait lui attribuer; à Genève, spécialement, on eut soin de faciliter aux immjgrés leur passage en Allemagne, en Hollande et dans les cantons réformés de la Confédération. Le refuge du XVI"® siècle avait transformé notre pays en s'y installant; celui du siècle suivant n'y fit guère qu'une assez courte halte. La révocation de l'Édit de Nantes n'est pas un fait aussi important qu'on l'a cru dans notre histoire politique ou littéraire.

Dès que le flot des persécutés eut passé, les disputes religieuses reprirent de plus belle. En 1706, le Consensus, en 1725, la confession de foi obligatoire furent abolis. Ces victoires de la liberté ou ces

' Bull, de la Soc. de l'hist. du prot. franc. XXII, 559 et s.

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