CHAPITRE PREMIER
L<e mouvement des idées au début du XV!!!""' siècle.
I. La littérature romande et l'esprit nouveau. — II. La science et les savants : N.Fatio ; G. Cramer et J.-L. Calandrini ; Micheli Du Crest ; Ph. Loys de Cheseaux: L. Bourguet.
« L'esprit de dispute, a dit Bayle, dégénère souvent en fausse subtilité. » Rien de plus exact au XVir"% rien de moins vrai au
^ Lettres de M"* Aissé écrites à Madame Calandrini {5™« éd., Paris, in-8", 1853). Études sur Vhist.Jitt. de la Suisse française, par E.-H. Gaullieur, Genève, in-8<>, 1856, p. 8 à 59. Le dix-huitième sil'cle à Vétranger, par A. Sayous, déjà cité, I, 64 à 157. Senebier, déjà cité, III, 1 et s. Genève et ses poètes, de Marc-Monnier, déjà cité, pass. Lettres adressées à J.-A. Turrcttini, déjà citées, pass. A. Gindroz : His-
XYIH"'^ siècle. Si la [)lnpart des écrivains qui prirent feu pour les canons de Dordrechl ou les propositions du Consensus se sont égarés en des débats aussi vains que ceux de la scolastique au moyen âge, les contemporains et même les précurseurs immédiats de Jean-Jacques ont remué tout un monde d'idées. 11 est certain que le calvinisme traditionnel n'est point abattu, que le néo-calvinisme est seulement une orthodoxie moins ombrageuse que l'autre; mais la philosophie, que la religion avait absorbée ou tout au moins asservie, se réveille, redevient une science distincte et libre, s'applique avec une nouvelle ardeur à la solution des grands problèmes, se venge à coup de belles hardiesses des longues années de silence et de compression. Soudain la foi doit se mettre en garde eontre les attaques du doute. On avait cloué la bouche aux « blasphémateurs, » ils vont crier à pleine gorge, et l'incrédulité aura ses fanatiques.
La littérature de la Suisse romande fut, jusqu'au XVIir"' siècle, essentiellement protestante et cosmopolite. « Elle flotte sur le pays, écrivait dernièrement M. A. Sabatier; elle n'y plonge pas ses racines; elle campe sur les bords du Léman comme une armée en campagne, elle n'y a pas encore élu domicile et n'a pas encore pris le goût ou l'accent du terroir. » Seuls, quelques-uns de nos auteurs, Bonivard, Pierrefleur, Biaise Hory par exemple, sont réellement suisses, — ou genevois, vaudois et neuchâtelois, — par d'évidentes originalités d'esprit. Les autres sont des réformés, et ils ne sont que cela. Et puis, la plupart ne nous arrivent-ils pas des quatre coins des cieux ? Ils ont certes des traits communs, un air incontestable de parenté. S'ils se ressemblent, c'est infiniment moins parce qu'ils vivraient tous sur le même sol que parce qu'ils professent la même religion. Leur œuvre ne se confondra avec leur personnalité, ne portera l'empreinte de leur race, ne sera nationale, que lorsqu'ils cesseront d'être les instruments d'une cause pour redevenir les écrivains d'un pays. La métamorphose s'est opérée au XVIH'"' siècle. On s'est évadé alors de la dogmatique, de l'exégèse, de la controverse ; on n'a pas renoncé à la théologie assurément, on ne lui a plus tout sacrifié. Et, à côté de la littérature protestante, la littérature suisse est née.
Celle-ci ne pouvait guère, dès le début, voler de ses propres ailes; elle regarda du côté de la France. Elle s'était, nous l'avons vu, cloî-
toire de Vinstr. puhl. dans le canton de Vaud, déjà cité, pass. Histoire du Canton de Vaud, de A. Verdeil, III, 229 et s. Journal helvétique et Mercure suisse de 1732 à 1750.
trée dans sa Uétonne, deux cents ans durant. Les chefs-d'œuvre et les grands hommes de l'école classique se suivent : Pascal et Malebranche apparaissent, les tragédies de Corneille et de Racine se succèdent, le théâtre de Molière, les Oraisons de Bossuet, les Caractères de La Bruyère, les Pensées de La Rochefoucauld, sans même provoquer de curiosité. On polémise contre les catholiques, on se querelle entre frères. Qu'importe le reste! Le protestantisme, triste et sec, semble condamné à ne produire que de graves prédicateurs, de sombres dogmatîstes et des folliculaires. Faudra-t-il donc que l'art, cette tleur de civilisation, soit dédaigné par ceux-là même dont les chefs furent, l'un le créateur de la prose française, l'autre le père de la poésie allemande? Non, avant même que Voltaire vienne à Genève, « pervertir cette cité pédante, » nos ancêtres ont senti les premiers souffles d'un esprit nouveau. Les Louis Tronchin et les Jean- Alphonse Turrettini avaient déjà rompu avec les vieilles traditions d'un calvinisme rigide et fermé. Turrettini avait beaucoup voyagé, en touriste bien plus qu'en apôtre ou en ambassadeur d'un culte. Il avait conçu une vive admiration pour ces lettres françaises, dont les représentants les plus illustres furent de ses correspondants ou de ses contradicteurs. Son horizon s'était élargi... Il trouva des disciples.
Nos petits États finissent par s'ennuyer dans leur austère isolement. Une aristocratie de négoce et de banque rivalise avec l'aristocratie de naissance et la supplante bientôt. Une société très différente de l'ancienne se forme, qui a de l'argent et qui veut le dépenser gaîment ; Paris exerce sur elle une attraction de plus en plus puissante. Les officiers suisses au service de la France retournent dans leur pays — quand ils y retournent — plus légers et plus spirituels qu'ils n'en étaient sortis. Les habitués ou simplement les passants, qui reviennent de la capitale, déteignent sur leur entourage. L'élite de notre monde romand se dégourdit et se polit. Comme elle n'est pas indisciplinée de tempérament et d'éducation, elle a protesté d'abord à la sourdine contre les dures lois subies longtemps avec résignation. Ses mœurs changent et,^ avec elles, ses opinions. Un calviniste aimable n'est plus qu'une moitié de calviniste : il transige ou il capitule.
Mais si nous ne restons pas insensibles aux revendications intellectuelles du siècle, si nous nous intéressons, pour les défendre, les excuser ou les combattre, à ces novateurs qui entendent substituer aux dogmes issus du principe d'autorité et consacrés par les acceptations do la foi, un Code inspiré par la liberté et dicté par la
raison; si nous nous débarrassons de nos solennelles attitudes et de notre vertueuse raideur, nous n'en conservons pas moins notre individualité, une façon particulière d'écrire et de penser, une manie de prédication et de propagande, je ne sais quel ton prêcheur et quelle langue liturgique, qui furent et sont peut-être encore les caractères les plus saillants de la littérature protestante. Le style « réfugié » lleurit chez nous, et presque tous les ouvrages du cru se distinguent parleur allure pesamment exhortatoire. Nos auteurs, qu'ils soient dans un camp ou dans l'autre, prennent ou gardent volontiers un air de convertisseurs ; ils ne vivent que pour édilier ou pour convaincre. Et ils y mettent une constance, un zèle, une passion qui ne se démentent jamais. Les œuvres de nos plus grands et de nos plus libres esprits, Rousseau, M"® de Staël, ne sont-elles pas de véritables sermons laïques? C'est là proprement la marque romande, avec l'absence de génie créateur compensée par l'étonnante puissance d'assimilation. En effet, nous ne sommes en général pas des initiateurs; nous ne livrons pas beaucoup de conceptions nouvelles à la circulation, mais nous donnons souvent à celles des autres la viabilité qu'elle n'ont point, les formulant et les enseignant. Nous avons plus de volonté et de raisonnement que d'art et d'imagination, ou, pour parler avec Bonstetten, nous brillons plus « par l'esprit et la pénétration, que par la grandeur des idées. »
J'ai déjà eu, j'aurai maintes fois à signaler ces tendances diverses: je n'insiste pas. Il faut, en revanche, indiquer d'un mot le rôle de la science dans la rupture commencée par la Suisse française, vers l'an 1720, avec ses traditions deux fois séculaires d'intraitable calvinisme et de littérature éminemment théologique.
Les sciences, les sciences expérimentales spécialement, sont hétérodoxes de leur essence. Elles vivent non de foi, mais de contrôle. Cependant leur hétérodoxie étant plus réelle qu'apparente, il est possible, avec quelque prudence, de les cultiver sans alarmer les hommes religieux et sans sortir de l'Église. C'est aux sciences que se vouèrent à l'origine les esprits fatigués des querelles de sectes et désireux de jouissances intellectuelles. Ils travaillaient discrètement; le clergé, quelque soupçonneux qu'il fût, n'était pas inquiet du côté de ces naturalistes, de ces mathématiciens et de ces astronomes de cabinet. Et ainsi se forma peu à peu cette « température morale et religieuse » dont Sainte-Beuve a dit qu'elle « permettait d'être à la fois dans une certaine mesure chrétien, philosophe, géomètre et physicien, hommef d'expérience, d'examen, de doute respectueux et de
foi. » La Suisse romande du XYIH"'^ siècle commença par avoir des savants, puis des philosophes et des httérateurs. Mais comme il est nécessaire à une minorité qui s'émancipe de se faire des alliés contre une majorité mal disposée à la comprendre ou seulement à la tolérer, on tourna, ainsi que je l'ai fait observer, ses regards vers la France qui était à Tavant-garde dans la lutte de l'avenir contre le passé. Notre pays ne se jettera pas pour autant dans le mouvement qui va droit à la révolution ; il le suivra d'assez prés, avec une curiosité sympathique et légèrement effrayée chez les uns, avec, chez les autres, une indignation faite de surprise et d'accablement. Notez que les adversaires de l'esprit moderne n'ont plus les réprobations tranchantes de jadis ; on sent même dans leurs discours et dans leurs livres les plus agressifs quelque chose d'une colère factice et d'une ardeur qui s'éteint. La mer est grosse; l'orage est déchaîné : c'est par habitude qu'ils tiennent encore le gouvernail de la barque humaine emportée vers l'inconnu.
Le dix-huitième siècle s'ouvre, dans la Suisse française, par une renaissance scientifique, à laquelle les Genevois ont le plus contribué. Intelligents et positifs, ils aba'ndonnent sans trop de peine aux autres les domaines où régne l'imagination. Ils vont, dès 1700 ou 1720, offrir à l'Europe presque autant de savants qu'autrefois de théologiens.
Je passerai rapidement en revue les noms qui illustrèrent la science genevoise pendant la première moitié du siècle. Jean-Robert Chouet avait en quelque sorte frayé la voie, quelque trente ans auparavant, précédé de Philippe Mestrezat, l'auteur des Thèses physicœ de Comela, et suivi de l'historien Gautier, de Pierre Violier et d'autres qui composèrent des traités de physique, d'astronomie, de géographie. Nous eûmes, après ces derniers, Nicolas Fatio ' (1664 à 1753), qui se fit connaître, à dix-sept ans déjà, par une lettre au fameux Cassini, lettre dans laquelle il proposait une nouvelle méthode pour calculer la distance de la terre au soleil. On lui doit d'heureuses applications des mathématiques et de l'astronomie à l'industrie et à la navigation, des thèses importantes sur la théorie de la lumière zodiacale, un moyen de déterminer la vitesse de la marche des vaisseaux, etc. Un de ses frères, Christophe Fatio,
^ Senebier, III, 155 et s. Bulletin de Vinst. nat. gen., II. De Montet.
fut un savant inoins original, mais non insignifiant, qui a laissé des notes estimées sur l'observation de Téclipse totale du soleil du 12 mai nOB et sur l'histoire naturelle des environs de Genève.
Au-dessus de Fatio, il convient de citer Gabriel Cramer ^ (1704 à 1752) qui enseigna de 1724 à 1727, puis de 1734 à 1750, les mathématiques et la philosophie à l'Académie de Genève. Cramer a composé un ouvrage qui en lit le rival d'Euler : Introduction à r analyse des lignes courbes aUjébriques (1750). D'Alembert a écrit « que l'étendue de ses connaissances dans la géométrie, dans la physique et dans les belles-lettres le rendait digne de toutes les sociétés savantes, » et que « son esprit philosophique et ses qualités personnelles relevaient encore ses talents. » Que l'on ne soit pas étonné d'entendre D'Alembert vanter les mérites littéraires de Gabriel Cramer ! Le Sage a pu louer la « facilité et la netteté » de son style. Ch. Bonnet, mande, d'autre part, au grand Haller, quelque temps après l'apparition des Éléments de la philosophie de Newton mis à la portée de tout le inonde (par Voltaire, 1738) : « M. Cramer goûtait beaucoup la manière neuve et élégante dont l'ingénieux auteur avait su présenter les principes de cette philosophie sublime, qui ne paraissait pas faite pour se prêter aux ornements de la diction... Il ne dédaigna pas même d'employer quelques-unes des heures de son temps à composer des remarques critiques sur ce livre dans lequel il avait aperçu bien des inexactitudes et diverses erreurs. » Il avait placé à la tête de son travail une petite préface où il débutait par dire que « l'ingénieux auteur des Éléments avait su ceindre son front de toutes les couronnes qui naissent sur le Parnasse. » Cramer, lettré et savant, ne négligeait pas non plus la philosophie : il était platonicien en métaphysique.
Un émule de Cramer, Jean-Louis Calandrini' (1703 à 1758) fut, avec plus de modestie ou de retenue, l'une des lumières de Genève. Ses talents de mathématicien le placent au premier rang ; ses qualités d'homme d'État lui valurent les plus hautes dignités de la République. Il fut surtout un professeur hors ligne, ayant la passion et tous les dons de l'enseignement, avec l'universalité du savoir. A l'exemple de Cramer, il s'adonnait aux lettres; on a de lui, outre
^ Setiebier, lîl, 104 et s. Schweizerische Biographien, par R. Wolfif, Zurich, 4 vol. in-8, 1858 à 1862, III, 203 et s. Sayous, 1. c. I, 74. De Montet.
2 Senebier, III, 112 et s. Wolf, III, 207. Sayous, I, 74. De Montet.
t|iiL'iqiies opuscules en vers et ei\ prose, une Iraduction française — in édile — du Léonidas de Glower.
Il faut accorder deux mois de souvenir à un autre savant genevois, Jacques-Barthélémy Micheli du Crest '.(1690 à 1766), singulier {personnage , esprit éveillé , mais mauvaise tête , que l'on vit tramant des complots, prêchant des réformes, publiant des libelles, promenant sa science, ses rancunes, ses projets, sur les chemins de l'exil (juand il ne les faisait pas échouer entre les murs d'une prison. Les recherches scientifiques de Micheli ont soufTert de toutes les tribulations de sa vie accidentée. Il avait, au reste, plus de fantaisie et d'imagination que n'en peut supporter un physicien. « Dieu m'a doué d'un génie inventif, — disait-il dans une lettre à Haller, — qui me fournit le moyen de savoir me retourner. » Il « savait se retourner, » mais il mettait dans ses travaux plus de caprice et d'audace que de persévérance et d'étude. Il s'ingénia surtout à découvrir une base plus sûre que la glace fondante pour la graduation des thermomètres. Les nombreux thermomètres qu'il construisit furent une vogue extraordinaire ; ils étaient bien supérieurs aux « Réaumur » d'alors, et Gravesande pouvait lui écrire : « De tous les thermomètres que je connais, le vôtre est celui dont la disposition me plaît le plus, et je le trouve d'une commodité sans égale pour faire des observations. »
Il n'y a pas en Suisse que des savants genevois. Même essor scientifique dans le pays de Vaud et à Neuchâtel. Voici Jean-Philippe LoYs DE Cheseaux ' (1718 à 1751), un petit-fils de Jean-Pierre de Crouzaz. L'un de ses biographes en a fait un éloge dithyrambique : « Astronomie la plus sublime, géométrie la plus haute, les diverses l^arties des mathématiques, la philosophie, la théologie, le droit, la médecine... furent l'objet de son application. Il se rendit si habile sur chacune de ces sciences en particulier, que ceux qui s'étaient bornés à quelques-unes d'entre elles et qui y avaient consacré leur vie, étaient surpris et étonnés de l'entendre raisonner aussi pertinemment sur ces matières et de voir qu'il les possédât à fond. » Réaumur — était-ce jalousie de métier? — se contenta de déplorer assez lestement la mort prématurée de ce « garçon si vertueux, si sage et capable de travailler utilement pour les sciences. » Il est certain que les Essais de physique (1743) sont un ouvrage du plus sérieux mérite, et que Loys de Cheseaux a publié sur l'astronomie des études
^ Senehier, III, 166 et s. Wolf, I, 229 et s. De Montet.
* Journal helvétique^ mars 1752. Wolf^ III, 241 et s. I)e Montet.
fort remarquables. N'est-ce pas lui aussi qui découvrit la comète de 1747 ? Il est le j)remier et l'un des seuls d'entre les Suisses qui ait une semblable découverte à l'actif de sa gloire.
Tandis que Loys de Cheseaux scrutait les mystères du ciel, Louis Bourguet' (1678 à 1743), professeur à Neuchâtel, trouvait le temps d'enseigner les mathématiques , de rédiger le Journal helvétique et de composer son excellent Traité des 'pétrificalions {M kT), ainsi que ses Lettres sur la formation du sel et des cristaux, et sur la génération et le mécanisme organique des plantes et des animaux. On a fait observer avec raison que ces deux livres assuraient à Bourguel une bonne place parmi les créateurs de la géologie scientifique. Le Traité des pétrifications fut un événement qui donna une vive impulsion aux études de paléontologie. Neuchâtel était, au surplus, vers 1740, le centre d'un petit monde de savants plus distingués que célèbres : Laurent Garcin (1683 à 1752), le fameux médecin qui eut le premier en Suisse l'idée de l'hydrothérapie, P. Cartier et surtout Abraham Gagnebin, de Renan, qui devint le conseiller de Rousseau, lorsque l'auteur de la Nouvelle Héloïse, réfugié à Motiers-Travers, s'enflamma pour la botanique '.
Mais la littérature nous attire davantage que la science. Au moins convenait-il de signaler au passage les origines d'un mouvement qui mit notre petit pays en évidence. Nos théologiens ne s'adressaient guère qu'aux réformés de langue française ; nos savants parlèrent à toute l'Europe cultivée. On s'habitua bientôt à voir chez nous autre chose que des « prédicants ; » on sut que l'esprit de recherche et d'examen s'était éveillé à Genève, à Lausanne, à Neuchâtel ; on dut se convaincre que si nous priions encore beaucoup, nous ne travaillions pas moins.
* Musée neuchâtel ois, 1866 (article de M. L. Favre). Journal helvétique, février 1743. Biographies neuchâteloises. De Montet.
^ Rousseau écrit à Dupeyrou, le 21 avril 1765 : « J'ai plus que jamais la passion de la botanique, mais je vois avec confusion que je ne connais pas encore assez de plantes empiriquement pour les étudier par système. Cependant je ne me rebuterai pas, et je me propose d'aller dans la belle saison passer une quinzaine de jours auprès de M. Gagnebin, pour me mettre en état du moins de suivre Linnseus. » Les rapports entre Gagnebin et Rousseau furent assez suivis; celui-là travaillait, par exemple, à l'herbier de celui-ci. Voir sur Gagnebin une étude de J. Thurmann, Porrentruy, 1851, et Wolf, HT, 227 et s.