LA POLITIQUE ET L HISTOIRE
n'ait un peu t'ait le contraire. Son existence lut assez agitée. Professeur de littérature latine à l'Académie de Lausanne, rédacteur en chef du Nouvelliste vaudois, l'un des hommes les plus écoutés du parti conservateur, l'un des plus vigoureux défenseurs du principe de la liberté des cultes, membre influent de la Diète fédérale, doctrinaire en politique, orthodoxe et même adhérent du « Réveil » en religion, il fut emporté par le coup de vent révolutionnaire qui renversa, en 1845 et 1846, \v gouvernement et l'Académie. Monnard, destitué par le nouveau régime, accepta la chaire de littérature et de langue romanes à l'Université de Bonn, y fut nommé en opposition au fameux philologue Diez et ne quitta plus cette Allemagne dont il a fait connaître le génie à ses compatriotes (voir ses travaux sur Schiller, Ritschl, Dahlmann, etc., dans la Bibliothèque universelle). On ne saurait, quelque opinion que l'on ait de ses idées, ne pas s'incliner devant ce Vaudois inflexible dans ses convictions, irréprochable dans sa vie, d'une dignité légèrement théâtrale, si l'on veut, mais d'un caractère antique par l'intégrité et le courage. Sainte- Beuve le comparait à « un soldat suisse inébranlable dans la mêlée, comme à Sempach, la pique ou la hallebarde à la main. »
Que subsiste-t-il de toute l'œuvre de Monnard? Un vaste monument, qu'on ne visite plus guère et qui n'est pas tout entier de sa main : l'Histoire de la Confédération suisse de Jean de Millier, traduite et continuée; puis, deux ou trois opuscules qu'on lit encore : une chaude et belle notice sur le général Laharpe, une onctueuse biographie du pasteur Manuel, et puis encore une substantielle étude sur Jean de Mùller... V Histoire de la Confédération suisse de J. de Millier, R. Glutz-Blotzheim, et Hottinger, mise en français par Vulliemin et Monnard, a été poursuivie par eux jusqu'en 1815; elle compte dix-huit volumes, qui furent publiés de 1837 à 1851. La part de Ch. Monnard dans ce travail est considérable; les huit premiers volumes, qui partent des origines pour arriver à la mort de Waldmann (1489), les quatre derniers, qui vont, de 1712 au Pacte fédéral, ont été rédigés exclusivement par lui. Le tableau du XVIIP* siècle, tracé par l'écrivain vaudois, aurait besoin de bien des retouches; il est toutefois le plus large, sinon le plus exact, que nous possédions sur cette période troublée.
Monnard, historien grave, a dans le ton quelque chose de solen-
(lu 14 janvier 1865. Dayuet, 1. c. 74 et s.
suisse, 111,401 et s. (étude de M. Eug. Secrétan). De Montet.
nel et de pompeux. Sa pensée est assurément virile, ses principe^ sont fermes et réfléchis, sa langue n'a rien de cette sécheresse ou de cette gaucherie qu'on rencontre trop souvent dans nos auteurs romands. Mais cette forme majestueuse et cette impeccable raison ne seraient-elles pas quelque peu prétentieuses et moroses? Mais cette méthode largement oratoire est-elle toujours conciliable avec la précision du détail et la vérité de l'ensemble ? Quoi qu'il en soit, le prodigieux travail auquel Monnard et Vulliemin ont attaché leurs noms est de ceux que le temps respectera. Bien des parties en ont vieilli, ainsi tout ce qui se rapporte aux origines de la (Confédération et au XVP^ siècle ; l'œuvre n'en est pas moins debout, telles ces puissantes constructions d'un autre âge, bâties de matériaux trop résistants et sur une assise trop solide, pour qu'elles ne bravent pas la solitude dans laquelle on les abandonne et les lézardes qui s'y remarquent.
D'un talent moins imposant, mais plus délié et plus fin, le collaborateur de Monnard, Louis Vulliemin' (1797 à 1879) a de très bonnes chances d'être considéré un jour comme le meilleur historien de la Suisse française au XIX"^ siècle. La spirituelle bonhomie du tour, alliée à la judicieuse aisance de l'esprit et à la parfaite rigueur de la science, font de la plupart de ses ouvrages des livres classiques, — élégants, concis, achevés. « Jeune déjà, dit-il dans ses Souvenirs, je préférais Tacite à Tite-Live. » Voilà peut-être, toutes proportions gardées, Vulliemin et Monnard, un Tacite agile et souriant, un Tite-Live guindé et sévère.
Raconterai-je la vie de Vulliemin? Toute cette paisible existence se résume en deux mots : travail et probité. Il nous a narré sa jeunesse dans ses Souvenirs, qui sont l'une des plus charmantes confessions que je sache. On y trouverait, je le concède, un brin, non pas même de douce vanité, mais de modestie qui s'émanciperait. Qu'importe d'ailleurs! Il n'est défendu qu'aux sots et aux méchants de ne point s'aimer. Nous y voyons qu'il étudia sous Pestalozzi, « notre père Pestalozzi, » dont il a parlé admirablement, qu'il suivit les cours de théologie de l'Académie de Lausanne, qu'il fonda, avec quelques amis, la Société de Zofingue toujours jeune en dépit de ses trois quarts de siècle. Il fut consacré en 1821 et chargé, pendant
* Souvenirs,àe L. Vulliemin; in-12, Lausanne; 1871 (ce livre n'est pas dans le commerce). Prodromus de Miilinen, 187. Daguet, 1. c. 76. Gazette de Lausanne, août 1879. Professeurs, etc., par M. P. Vaucher, 23 et s. (où l'on trouvera de nombreuses et intéressantes lettres de Vulliemin).
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deux ans, de la sutïragance de Chexbres : « Mon ministère était bien imparfait, écrit-il. Je ne suis pas de ceux que le Seigneur renverse foudroyés sur le chemin de Damas... Deus festijial lente. » Chrétien convaincu, mais retenu dans une orthodoxie avenante par la modération de son caractère, il n'en devint pas moins favorable au « Réveil, » grâce à l'influence de son oncle F.-A.-A, Gonthier, qui l'avait attiré à Nyon (Gonthier est l'auteur de nombreux ouvrages d'édification pour les grands et les petits ; il fut le rédacteur d'un périodique — Voix de la religion au ZLY"'' siècle — où l'on faisait de la bibliographie religieuse, etc.; il est né en 1773, mort en 1834). Le ministère évangéliq.ue, qui convenait à ses goûts et qu'il exerçait avec ardeur, fut fatal à sa santé. Son système nerveux, sa voix qu'il avait faible, s'altérèrent bientôt. Un voyage à Paris, au cours duquel il approcha Thiers, Mignet, Amédée Thierry, lui avait été ordonné par les médecins pour se distraire et se reposer. Il retourna en Suisse, plein de vigueur et d'entrain, croyait-il. La prédication l'éprouva néanmoins si fort qu'il dut résigner ses fonctions officielles en 1826.
C'est à l'histoire, sa passion dés les jours de jeunesse, qu'il donnera désormais tout son temps et beaucoup de son cœur. Et sa vie tient, à partir de 1 826, dans les travaux que je vais passer en revue. Je ne puis qu'indiquer nombre d'articles à la Bibliothèque universelle et à la Reime suisse, entre autres sur les Mémoires de Rovéréa, sur J.-J. Hottinger, sur Paracelse, sur les gens de lettres en Suisse aux siècles derniers. Il ne m'est pas possible de m'arrêter non plus, quelque regret que j'en aie, à ses aimables notices sur Auguste Pidou (1 860), Aimé Steinlen (1 863), le Doyen Bridel (1 855), celleci étant la [)lus étendue et, à mon gré, la meilleure, d'une émotion si délicate et d'une touche si légère! Des ouvrages importants nous attendent.
On se rappelle sa collaboration à V Histoire de Jean de Millier; il traduisit la continuation d'Hottinger et poussa lui-même cette immense entreprise jusqu'en 1712, pour la remettre entre les mains de Monnard. Son début dans les sciences historiques — je néglige ses premiers essais — fut très remarqué et méritait de l'être. On l'avait prié, en 1834, de « raviver les grands souvenirs » qu'évo(|uait l'établissement de la Réforme dans la Suisse française. Il consentit, non sans hésitation, à écrire un récit qui, sous la forme piquante du journal, retraçât « de quinze jours en quinze jours, durant les années 1835 et 1836, les événements écoulés trois siècles auparavant dans les années 1 535 et 1 536. » Et nous eûmes Le Chroniqueur,
avec ses docnmenls exhumés, ses feuilletons biographiques, littéraires, ou pittoresques, ses études de mœurs, tout cela jeté un peu pêle-mêle, au hasard de la découverte, mais très instructif, très fouillé, très nouveau, une récréation pour le grand public et, pour les historiens, un stimulant aux recherches sur le XVI"^ siècle. On comprendra sans peine que Vulliemin, sollicité par l'intérêt même de ses investigations sur les origines du protestantisme romand, ait accepté avec empressement, d'un de ses concitoyens, l'offre de rééditer VHistoire de la Héformalion de la Suisse par Abraham Ruchat. Les sept volumes in-8^ de l'édition Vulliemin parurent de 1835 à 1838. Ceux-là seuls qui ont eu l'occasion ^t l'utile plaisir de parcourir cette belle publication, restaurée et rajeunie, peuvent rendre à notre écrivain un juste hommage pour sa persévérance, sa sagacité et son érudition. Et combien sa copieuse biographie de Ruchat est déjà captivante !
Un joli, un idyllique Tableau du canton de Vaud (1849) précéda l'œuvre, ce me semble, la plus accomplie de Vulliemin : Chillon (1851), bijou de science aimable et d'art exquis. Je ne connais rien, dans notre littérature historique, qui soit comparable à ce délicieux petit livre, tout simplicité, fraîcheur et grâce. Il y a là le goût et l'esprit, avec le cœur en plus, de la Grèce attique. Mais ce qu'on a lu et ce qu'on lira le plus, c'est encore son Histoire de la Confédération suisse depuis les plus anciens âges jusqu'à nos jours, dont la première édition date de 1875. Ces deux volumes de Vulliemin ne sont, à proprement parler, qu'un manuel, un résumé vif, exact et nourri. On n'ignore pas que bien des auteurs de manuels en prennent à leur aise avec la science, condensant avec une entière tranquillité d'âme ou plagiant les ouvrages d'autrui. Est-il besoin de dire que cette méthode n'est point celle de Vulliemin? Avec lui, nous sommes rassurés d'emblée. Rien de plus consciencieux, de plus substantiel, de plus original que ce « résumé, » écrit d'une langue nerveuse et claire, peut-être trop saccadée, trop elliptique, trop concise, partant plus nette que souple, composé, au surplus, de toute première main, avec une impartialité qui ne s'oublie jamais, une sincérité qui ne craint pas de reléguer les légendes au rang des légendes, et le secours d'une érudition à laquelle rien n'échappe que ce qu'il lui plaît de ne point voir. Sans doute, cette Histoire, dépourvue de tout l'attirail des livres savants, paraîtra au lecteur superficiel assez peu approfondie, bien qu'elle soit le résultat d'une fonte de métaux précieux, travaillés
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ensuite par un très habile orfèvre. Il faut voir dans les lettres de Vulliemin à M. P. Vaucher, qui collabora activement à la seconde édition (1879), il faut voir avec quelle sollicitude inquiète le vieil historien, sentant venir la mort, entretient cette « petite lampe » qui, suivant la poétique expression de Rambert, le guidait à travers les passages les plus obscurs de nos annales. Toutes les pages sont soumises à une revision méticuleuse, tous les mots pesés, toutes les appréciations contrôlées, toutes les assertions vérifiées à nouveau. « Je vieillis et m'afïaisse, mande-t-il à M. Vaucher; je ne sais si longtemps encore je pourrai faire mes corrections. Nous marchons lentement, sûrement, et j'y tiens. » Combien nous sommes plus pressés, plus aventureux, nous autres jeunes gens de cette fin de siècle! La postérité nous le revaudra, si tant est qu'elle s'occupe de nous.
Homme de bien, homme d'esprit, homme de science et de conscience, tel a été Louis Vulliemin. On pourrait presque en dire autant de Frédéric-Charles-Jean de Gingins-la-Sarra ' (1790 à 1863), s'il ne se présentait à nous, comme savant, sous des dehors moins accueillants. Il y a de la grâce et de la séduction dans Vulliemin ; Gingins-la-Sarra est un historien austère et un médiocre écrivain.
Une surdité précoce le fit renoncer à la carrière militaire, qui lui eût souri. Ses goûts ne se concilièrent point avec les entreprises commerciales dans lesquelles on songea plus tard à le lancer. Il préféra se livrer à l'étude de la botanique, qu'il délaissa bientôt pour s'adonner exclusivement à l'histoire. L'un des principaux membres fondateurs, avec Vulliemin, de la Société d'histoire de la Suisse romande (v. p. 407), il a publié, dés 1837, une série de notices, mémoires et ouvrages, qui annoncent une intelligence robuste, un investigateur sans cesse à l'afïût, un juriste distingué, un érudit judicieux, méthodique, non point un vulgaire arrangeur de documents et compilateur de textes, mais un historien original, le représentant le plus en vue chez nous de ce qu'on pourrait appeler, a dit M. Daguet, l'école critique et diplomatique.
Les Mémoires et documents de la Société d'histoire de la Suisse romande s'ouvrent par son grand et lumineux travail sur le Rectorat de Bourgogne, où Gingins-la-Sarra constate que c'est de l'époque des « recteurs » que « date l'ère bienfaisante des libertés communales qui servirent d'acheminement aux codes législatifs de la société
^ Notice biographique, par J.-J. Hisely; iii-8"', Lausanne, 18G3. Mém. et doc. de la Soc. d%ist. de la Suisse romande, XXVII. Frodromus de Mûlinen, 28. De Montet.
moderne. » L. Vulliemin s'écriera, à propos d'un autre monument de science exacte et pénétrante : « Quelle clarté n'a pas été jetée par M. de Gingins sur la question, longtemps et vivement agitée, de l'origine des libertés helvétiques, par son Mémoire sur l'état des personnes et des choses au XI W siècle dans le canton d'Uril » Mentionnerai-je encore deux volumes de dépêches diplomatiques, précieux pour l'histoire des guerres de Bourgogne, une Histoire de la ville de Vevey? Il faut au moins s'arrêter un instant aux Lettres de la guerre des Suisses contre Charles le Hardi, à « ce passionné et très érudit petit livre » selon le mot de Michelet. Ces Lettres constituent une chose à part dans l'œuvre de Gingins. Si impartial qu'il soit d'habitude, il s'est laissé entraîner ici à soutenir, par amour-propre de famille, une thèse au moins paradoxale. Ne s'estil pas mis en tête de réhabiliter Charles le Téméraire, pour la satisfaction de venger son ancêtre, Pierre de Gingins, l'ami déclaré des Bourguignons? Cette faiblesse n'a point compromis sa réputation d'excellent connaisseur de la Suisse au moyen âge.
Si F. de Gingins avait abandonné la botanique pour l'histoire, son compatriote Auguste Verdeil' (1795 à 1856) crut pouvoir allier la pratique de l'art médical à l'étude du passé de son canton. Yerdeil est l'auteur d'une bonne Histoire du canton de Vaud (1849 à 1852), qui va des origines à l'Acte de médiation; E.-H. Gaullieur l'a conduite jusqu'en 1830. Nous n'avons pas là un ouvrage d'imagination et de poésie, comme le Canton de Vaud de Juste Olivier, mais un tableau plus consciencieux que brillant, très documenté d'ailleurs, et qui fait moins d'honneur à l'écrivain qu'au savant. Chaud patriote, Verdeil s'est tout particulièrement attaché à prouver que le despotisme n'a guère paru sur les rives du Léman avant l'arrivée des Bernois ; aussi son livre, accueilli avec une faveur marquée , est-il rapidement devenu populaire. Le chapitre le plus intéressant, pour le littérateur, de V Histoire du canton de Vaud, est celui (III, 229 à 339) qui traite du mouvement intellectuel chez les anciens sujets de LL. EE.
Je puis passer, sans appuyer, sur quelques autres historiens ou archéologues vaudois'. Le professeur de droit public et d'économie politique à l'Académie de Lausanne L,-G.-M. Edouard Secrétan
^ Prodromus de Mûlineii, 180. Bulletin de VInst. nat. genevois de 1856. De Mon- -tet. — On se rappelle que Verdeil a édité les Mémoires de Pierrefleur.
^ Voir De Montet, Prodromus de Miilinen, et les nécrologies de VArchiv fur schiv. ér£schichte.
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(1813 à 1870) a écrit un Essai sur la féodalité, sérieuse et lucide introduction à l'étude du droit féodal de son canton : il se rapproche de l'école historique des jurisconsultes allemands, nie ainsi l'existence d'un droit naturel antérieur au droit positif. Esprit sagace et vigoureux, il s'est occupé avec succès de l'histoire de l'Helvétie romande dans plusieurs mémoires qu'ont publiés des revues spéciales. A. Morel-Fatio (7 1887) a été un archéologue et surtout un numismate de grand savoir. François Foret (7 1887) est peut-être moins connu par ses Chartes municipales du canton de Vaud et son sohde Regeste romand (des temps les plus reculés à l'an 1 316), que par son hymne au drapeau national — je suis plus enthousiaste du Regeste que de l'hymne — :
Qu'on déroule de nos bannières
L'emblème respecté!
Et nos voix fortes et guerrières.
Répéteront avec fierté :
Patrie et liberté !
Le baron P.-M. -Louis de Charrière (1795 à 1874) est un annaliste à la Gingins-la-Sarra, plus méticuleux encore, entrant dans les plus minces détails, jugeant que notre histoire n'offre rien d'insignifiant, mais manquant d'esprit généralisateur. Consciencieuse exactitude, tel est le trait caractéristique des travaux du baron de Charrière, de ses Recherches sur les sires de Cossonay, de ses Dynastes de Grandson, etc. « Consciencieuse exactitude, » telle est aussi, suivant L. Vulliemin, la marque distinctive des monographies de Frédéric de Charrière (1806-1849), un frère du précédent, qui n'obéissait pas à un sentiment de vanité lorsque, dans ses Recherches sur le couvent de Romainmôtiers , il a écrit « qu'il pouvait s'engager à fournir les preuves de tout ce qu'il avançait. »
Les Neuchàtelois ont un historien qui est l'égal des meilleurs : Frédéric-Alexandre de Chambrier' (1 785 à 1 856), l'un des magistrats les plus éminents de l'ancien régime à Neuchâtel. On a dit que les qualités de l'orateur l'emportaient chez F. de Chambrier sur celles de l'écrivain. 11 est certain que ses harangues courtes et précises
' Biogr.neuchâteloises. Galerie suisse^ III, 140et s. (notice de M. J.-H. Bonhôte). Frodromus de Mûlinen, 12.
(l'orateur disert, d'homme d'expérience et de politique avisé, en faisaient un maître de la tribune parlementaire. Mais qui relirait ses discours au Corps législatif de Neuchàtel ou à la Diète helvéticpie? Conservateur de l'avant-veille, monarchiste décidé, la Révolution de 1848 le condamna à une retraite absolue dans laquelle il acheva ses jours, en regrettant le passé et en faisant du bien pour se venger du présent à sa manière.
Ses écrits sont peu nombreux. Il suffira de citer son petit traité ingénieux, niais conçu dans un esprit fort réactionnaire : Des droits et des intérêts des États Suisses quant au pacte fédéral ; il y déclarait que la charte de 1815 était le palladium auquel on ne pouvait toucher sans compromettre l'avenir de la Confédération. Son ouvrage le plus considérable, une Histoire de Neuchàtel et de Valangin jusqu'à l'avènement de la maison de Prusse (1840), est encore, à cette heure, avec les Mémoires du chancelier de Monlmollin, le plus beau monument de la littérature historique neuchâteloise. Exposé substantiel, rédigé dans un style large et grave, peu châtié au reste et légèrement déclamatoire, d'une science très réelle quoique l'auteur ne rétale point, impartial en somme, l'histoire de Chambrier est un de ces livres qui éclairent admirablement un sujet, sans l'épuiser, je le veux bien. La vie de la principauté, les vicissitudes de ses destinées politiques, les transformations de ses mœurs et du caractère de ses habitants, le développement de ses institutions, tout est retracé d'une main adroite et vigoureuse. Jeanneret, après M. Daguet, reproche à l'auteur d'avoir fermé les yeux sur le mouvement intellectuel du pays. Ce reproche est fondé : la Chronique des chanoines, Biaise Hory, Montmollin, méritaient bien qu'on leur fît l'honneur d'un bon chapitre.
VHistoire de Neuchàtel et Valangin s'ouvre sur cet hommage dithyrambique au roi de Prusse : « Vous, Prince Auguste,... vous avez été pour nous l'étoile qui brille aux yeux des matelots durant la tempête, et, sous votre puissante égide, le peuple neuchàtelois jouit d'une somme de bien qui n'a pas été dépassée et peut-être pas atteinte dans aucune des sociétés humaines. » Je n'ai pas à rechercher si Neuchàtel était, en 1840, un Eldorado prussien ; les Neuchàtelois, à coup sûr, n'étaient pas tous de l'avis de Chambrier, — du moins furent-ils singulièrement aveuglés sur la question de leur bonheur, puisque, huit ans après, ils proclamaient la République... Mais notre écrivain ne s'occupe, dans son Histoire, que d'un passé lointain, remontant aux origines pour s'arrêter aux premières années du
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XVIir^ siècle. On ne me demandera pas une analyse de la partie purement historique de l'ouvrage. Quelques extraits, d'un intérêt général, seront les bienvenus. Voici un tableau, que j'abrège, de la société neuchâteloise quelque temps avant la domination de la Prusse : « Jadis, on mettait son honneur à être armé chevalier, à posséder un fief, à s'appeler noble ou généreux seigneur; maintenant on commençait à ne plus voir que trois classes d'hommes. On appelait Monsieur, ceux qui avaient de l'argent ; sieurs, ceux qui n'en avaient guère, et de leur nom tout court ceux qui n'en avaient point. On commençait à plaisanter de la qualité de noble, et comme on en (sic) avait beaucoup créé, le mot du jour était qu'il était honteux de l'être et de ne l'être pas... Le commerce et l'état militaire commençaient à faire abandonner les écoles et à détourner les études, et il y avait même un genre de connaissances qui était déjà perdu. Je ne trouve plus personne en ce pays, écrivait le chancelier de Montmollin, qui prenne plaisir à connaître les choses du vieux temps. »
On a maintes fois reproduit le merveilleux portrait que Chambrier a dessiné du vigneron neuchàtelois, dans le chapitre premier de son Histoire. On cite moins, je ne sais pourquoi, ce qu'il a dit du montagnard : « Vivant pendant six mois de l'année au milieu des neiges, le montagnard neuchàtelois est devenu industrieux par nécessité. Toujours assis et toujours travaillant, il ne songe qu'à accélérer, diviser et multiplier le travail. Vif et ingénieux, il poursuit toute espèce de perfectionnements et d'inventions. Actif et entreprenant, il cherche sans cesse des marchés nouveaux et plus lointains, pour les produits délicats et précieux de son industrie ; ouvrages d'un art admirable et où, souvent à son insu, une haute science a dirigé sa main. Dans le monde entier, ses montres indiquent les heures du jour et de la nuit, et donnent la mesure du temps. Lui-même aussi va visiter les Indes et fonder des établissements à la Cochinchine, à Mexico. xMais, quand la fortune a couronné ses efforts, il revient vivre et mourir dans la vallée du Jura qui l'a vu naître. Dans nos froides régions, disent ces hommes gais et amis du plaisir, il ne croît que de l'herbe et des sapins. Nous ne les abandonnerons pas toutefois, parce que là est notre patrie. »
Nul ne me blâmera d'avoir puisé dans V Histoire de Chambrier. Nous n'avons pas — si j'excepte Rilliet de Candolle, Monnard et Vulliemin — d'historien plus littéraire que lui. Cette austérité qui ne dédaigne pas l'émotion, cette dignité qui n'exclut pas l'aisance, et cette solennité sous laquelle l'observateur découvre bien vite une
àme qui a ses élaas et ses passions, constituent à Chambrier une originalité de bon aloi. On aime les gens sévères, quand ils ont l'esprit élevé et le cœur chaud.
Un archéologue distingué : Georges-Auguste Matile ' (1806 à 1881), qui s'exila en Amérique après la révolution de 1848, a repris, au point de vue documentaire, l'œuvre généralisatrice de F. de Chambrier. Professeur de droit à l'Académie de Neuchàtel, il a préservé de l'oubli, par son recueil des Points de Coutume, toute l'ancienne jurisprudence neuchâteloise ; il a, dans son Histoire des institutions judiciaires et législatives, exposé consciencieusement les débuts et le développement de la vie communale de son pays ; son édition française du Miroir de Souabe, ses études sur la loi Gombette, la Caroline, le mettent en rang fort honorable parmi les historiens du droit. Son Musée historique de ISeuchâtel et Valangin, une collection unique de documents dédaignés et de manuscrits inédits sur la politique, la société, le mouvement intellectuel de la principauté, ses trois volumes de Monuments de l'histoire de Neuchàtel, enfin, son Histoire de la Seigneur erie de Valangin, jusqu'en 1592, attestent une vaste érudition, une admirable persévérance et un amour profond du sol natal.
Pas plus que son collègue Matile, Frédéric Dubois de Montperreux' (1798 à 1850) n'eut à se louer de la révolution de 1848 ; mais, déjà gravement atteint par la maladie qui devait l'emporter deux ans plus tard, il se résigna à subir le nouvel ordre de choses. « A la fois architecte, géographe, géologue, antiquaire, artiste, historien, philosophe, » dit son biographe Gaullieur, Dubois de Montperreux a tracé un large sillon dans plusieurs sciences. Il est surtout connu — à l'étranger mieux qu'en Suisse peut-être — par son Voyage autour du Caucase, qui est l'œuvre, non point d'un touriste en chambre, mais d'un véritable explorateur payant de sa bourse et de sa personne. Il s'était proposé de retrouver et de suivre la route prise par la civilisation indo-germanique pour pénétrer d'Asie en Europe. Il passa les années 1831 à 1834 à courir l'Orient, visitant à travers mille fatigues et mille dangers des pays dont on ne savait encore que très superficiellement la géologie, l'archéologie et l'histoire : « J'ai marché, j'ai vogué, aucun obstacle n'a pu me retenir.
^ Musée neuchâtelois, 1887, 39 et s. Baguet, 1. c. 81 et s. Prodromus de Mûlincn, 56.
'^ Bévue suisse, XVI, 493 et s. (biographie par E.-H. Gaullieur). Biogr. neuchâteloises. Dciguet, 1. c. 83, Notice en tête des Monuments de Neuchàtel (v. texte).
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et j'ai rempli ma tâche. » De ses longues et courageuses pérégrinations, il rapporta les six volumes, ornés de deux cents planches, de son fameux Voyage autour du Caucase, chez les Tscherkesses, etc. : le livre n'est pas d'un styliste, il est, ce qui vaut bien autant, d'un érudit et d'un révélateur. La Société de géographie de Paris décerna à Dubois de Montperreux son grand prix, les hommages les plus tlatteurs lui arrivèrent de toutes parts.
Moins modeste, moins attaché à sa patrie, Dubois de Montperreux eût cherché le bruit et la gloire où il était sûr de ne pas les manquer. Il préféra revenir à Neuchâtel, et vouer à l'étude de l'histoire et de l'archéologie nationales son expérience, ses talents et ce qui lui restait de forces. Sa santé, altérée par ses voyages, ne devait pas, ce semble, lui permettre d'entreprendre un grand travail ; il eut néanmoins assez de patiente énergie pour réunir les documents et dessiner les planchés de ses Monuments de Neuchâtel, dont un volume parut après sa mort, en 1852.
Auprès de ces noms illustres ou marquants, les autres historiens neuchàtelois ' rentrent fatalement dans une ombre discrète. Ce n'est pas la Relation d'un séjour du roi et de la reine de Prusse à Neuchâtel, en 1842, qui protégera contre l'oubli la mémoire de François-Auguste Favarger (1799 à 1851), homme d'état au demeurant bien plus qu'écrivain. La Petite chronique neuchâteloise de Georges- Frédéric Gallot (1782 à 1855), le personnage, nous dit Grandpierre, « le plus profondément détesté du parti royaliste, » et quelques brochures de circonstance veulent être seulement rappelées. J'ai trop d'obligations envers l'abbé F. -A. -M. Jeanneret (1834 à 1862), l'auteur des Biographies neuchâteloises , préparées en collaboration avec M.-J.-H. Bonhôte et continuées parce dernier, pour ne pas accorder un mot de souvenir à ce digne et laborieux ecclésiastique, auquel nous devons en outre une bonne édition de la Vie de Louise de Savoie (v. tome 1", p. 6'5), des Étrennes neuchâteloises et quelques monographies historiques. On admettra sans peine que je signale à cette place les travaux géographiques de J,-F, Osterwald dlvernois (1773 à 1850); les ouvrages de l'écrivain militaire, héraldiste et cartographe L.-A. de Mandrot (1814 à 1 882) ; le Neuchàtel-principauté et JSeuchàtel-république, étude sérieuse, sinon impartiale, de l'état politique du canton avant et après 1848, par le vénérable pasteur Alphonse Guillebert (1792 à 1861). Enfin, h's
^ Biographies neuchâteloises. Prodromus de Miilinen.
;)90 LA LlTTERATllîT. CON TKMI'OllAINK.
journaux aiiiioiiraient n'ccmiiiont la \\u)[[ dii Loais-Auyusle Junod, Viuiivwv (l'un ()iivr;i,!4C li'ès simple cl trrs clair, mais sympathique à l'cMcs ;iii icgiiiie prussien, V Histoire du Pays de Neuckâtel jusqu'en ISiT). Je mentionne encore ses Phases de la (|uestion neucliàteloise, « récit véridiquc des événements de 1831, 1848 et 1856. » On voit en somme (jue Neuchâtel n'a pas grand'cliose à envier à Genève et au Pays de Vaud, dans le domaine de la littérature historicjue.
Nos cantons, même les moins lancés dans le mouvement littéraire ou scientifique, ont eu leurs archéologues et leurs historiens. C'est que, dans nos petits états où le patriotisme et l'amour-propre national sont si vivaces, l'histoire, en particulier celle du coin natal, a toujours sollicité les esprits curieux et les cœurs ardents.
AFribourg, le docteur J.-N.-E. Berchtold ' (1782 à 1860), qui a publié une excellente notice sur le chanoine Fontaine et une brillante réfutation des Lettres sur la guerre des Suisses contre Charles le Hardi de Gingins-La-Sarra, — le docteur Berchtold fut un écrivain robuste, un chercheur persévérant et heureux. Il restera de lui une Histoire de Fribourg (1841 à 1852) en trois volumes, un Uvre non certes définitif, mais très sérieusement fait, avec un grand souci d'exactitude et d'impartialité, quoique peu tendre au clergé et à l'aristocratie. J'y ai rencontré avec plaisir d'abondants renseignements sur les mœurs et le mouvement intellectuel du canton.
Nous rangerons parmi les Fribourgeois, bien qu'il soit originaire deNeuveville, l'auteur d'une belle Histoire de Gruyère et de divers travaux importants : Jean-Joseph Hisely' (1800 à 1866). Professeur en Hollande dans sa jeunesse, directeur dés 1837 du progymnase de Bienne, installé ensuite à la chaire de littérature latine de l'Académie de Lausanne qu'il occupa jusqu'à sa mort, Hisely n'a guère vécu que pour ses chères sciences historiques. Après quelques essais sans valeur, entre autres deux notices favorables à la légende de Tell, il reprit l'étude des origines de la Confédération suisse, « en se plaçant sur le terrain d'une raison froide et sévère.
' Confédéré de 1860, n°« 116 à 118. Prodromiis de Miilinen. JDaguet, 1. c. 79.
^ 3Iém. et docum. de la Soc. d'hist. de la Suisse romande, XXII, 1 et s. (biographie par M. J. Gremaud). Baguet, 1. c. 81 et s. Frodromus de Miilinen. — Presque tous ses travaux figurent dans les 3Iém. et docum. de la Soc. d'hist. de la Suisse romande.
LA POLITIQUE ET l' HISTOIRE. OUI
sur le terrain de l'histoire et des faits. » Ses conclusions ne sont pas aussi radicales que celles de Rilliet; c'est du juste-milieu historique que ses deux copieux et savants mémoires : Recherches critiques sur l'histoire de Guillaume Tell et Essais sur les Waldstœtten. Mais Hisely est avant tout le narrateur de la grandeur et décadence des comtes de Gruyère. Son livre, très érudit et fort intéressant, retrace les destinées de la petite patrie gruyérienne, si riche de souvenirs qui tantôt touchent à l'idylle et tantôt versent en plein drame, si originale par les mœurs et le caractère des habitants ; « il peut, a dit J. Hornung, être placé au premier rang des matériaux qui serviront à l'édification de notre histoire philosophique, » puisqu'aussi bien il contient un exposé complet de la vie sociale et des institutions civiles d'une partie de notre monde romand au moyen âge. L. Vulliemin n'a eu que des éloges pour V Histoire de la Gruyère; il a seulement regretté qu'Hisedy eût fait un rôle par trop secondaire à « l'élément traditionnel, » qui est si considérable chez les peuples simples et de mœurs pastorales. C'est qu'Hisely, comme le remarquait un de ses élèves, dont M. Gremaud nous a conservé l'impression, « préférait le fait à l'idée, » et se méfiait du légendaire. Avait-il raison? Avait-il tort? Une chose demeure acquise : V Histoire de Gruyère, œuvre remarquable à la fois par l'efîort de l'écrivain et par l'absolue nouveauté du sujet, peut se comparer sans trop de désavantage aux productions les plus estimées de notre littérature historique; — je dis littérature historique, car il ne s'agit pas que d'une grosse et savante compilation, mais d'un ouvrage où la science se pique d'être littéraire et l'est effectivement.
Héliodore Rémy (1819 à 1867), le consciencieux éditeur de la Chronique fribourgeoise latine dont j'ai parlé précédemment (tome 1^^ oOI), a écrit une jolie brochure sur la Gruyère, et une Histoire du Rienheureux P. Canisius qu'on a lue beaucouj). Mentionnerai-je r. Kuenlin {\1S\ à 1840), Vdinienv d'un Dictionnaire du canton de Fribourg ; le P. Martin Schmitt ('\S00 à 1851) qui s'est occupé de l'histoire de l'évêché de Lausanne, et d'autres noms encore? A quoi bon refaire de la nomenclature?
Je ne puis cependant faire que cela pour les historiens du Valais. Voici le chanoine François Roccard (1808 à 1865) qui a composé, selon l'ancienne méthode oratoire, une Histoire du Valais (1844) des origines à 1815; cet ouvrage, qui est d'un écrivain médiocre et d'un savant insutlisarament armé, a du moins déblayé le terrain et préparé la voie ; et il est supérieur, autant que j'en puis
juger, à VHiMoirc du Valais du P. Furrer, traduite en français par U. de Bons. Voici Louis IHbordy (1815 à 1887), qui fut membre du gouvernement libéral renversé en 1857 et dont nous avons de |)récieux Documents pour servir à l'histoire contemporaine du Valais; il revoyait, au moment où la mort le frappa, un livre sur Le Sonder bund en Valais.
La moisson sera un peu plus abondante dans le Jura bernois. Le plus connu des historiens de cette contrée est Auguste Quiquerez ' (1801 à 1882), un autodidacte dont l'érudition offrait d'assez grosses lacunes, mais qui avait le génie de l'investigation et le feu sacré. Peut-être a-t-il vu plus de « romain » qu'il ne convenait, dans ses fouilles archéologiques ; peut-être aussi a-t-il été bien sévère pour le gouvernement des princes-évêques de Baie. C'était un passionné ; ce n'était pas un écrivain : je puis donc me dispenser de parler de V Histoire des troubles dans FÉvêché de Bàle en 17 40, et pareillement, de maints autres volumes qui ont, malgré leur réelle solidité, un petit air d'improvisation.
Auguste Quiquerez a fait un peu de l'histoire radicale; le doyen Louis Vautrey' (1829 à 1886), qui fut longtemps curé de Delémont, a fait le contraire de Quiquerez. Si l'un est tout disposé à condamner en bloc l'administration épiscopale, l'autre n'a que de l'encens pour les anciens maîtres du Jura. Si l'évêque Jean de Vienne est, au dire de l'un, le plus triste sire, le plus brutal, le plus vicieux du XIV'"^ siècle, le même Jean de Vienne est, aux yeux de l'autre, un modèle de vaillance et d'énergie :
Décide si tu peux et choisis si tu l'oses.
La science de Vautrey, plus sûre mais moins étendue que celle de Quiquerez, est compromise par une exagération blâmable du parti pris catholique. Il n'est pas nécessaire de rester indifférent; on peut ne pas abuser de la partialité. Le Jura bernois, V Histoire du collège de Porrentruy, sont encore conçus dans un esprit de modération relative. Que penser en revanche des deux volumes de Vautrey — d'ailleurs superbes comme impression et de quelque valeur littéraire — qui forment V Histoire des évêques de Bàle (1886)? Ils
' Actes de la Soc. jur. d'émulation, XXXII, 284 et s. (étude très complète de M. X. Kohler).
'^ Bévue de la Suisse catholique, XVII, 629. Notice à la fin de VHistoire des évêques de Baie, citée dans le texte.
datent, comme on voit, de la vieillesse de Fauteur, qui n'a pas éprouvé la vertu assagissante de l'âge. Son apologie systématique de princes et de prélats qui ne vécurent pas tous aux fins d'être canonisés un jour, ses attaques parfois excusables, mais extrêmement violentes, dans la dernière partie du livre, contre les autorités civiles du canton de Berne, ne sont pas de nature à augmenter le crédit d'une* œuvre qui aurait gagné à être écrite dans un sentiment de charité et de justice.
Joseph Trouillat (1815 à 1863), un Matile jurassien, journaliste incisif au demeurant et conservateur intraitable, a laissé un travail considérable, ses Monuments de Vhistoire de l'ancien évêché de Bâle, qui comprennent cinq gros in-octavo allant des origines à la fin du XI V""* siècle. C'est là une collection de premier ordre... L'histoire, chez les contemporains, nous a donné plus de science que de littérature. Il est à souhaiter que les successeurs des Chambrier, des Rilliet de Candolle, des Vulliemin, se prennent à estimer autant le titre d'historien que celui d'érudit.