Manuscrits de la Bibliothèque d'Albi
grœco in latinum a I. Eringcna, jubente Carolo rege , Ludovici imperatoris fdio, neuvième siècle. En somme, les manuscrits qui figurent à la bibliothèque et qui proviennent tous du chapitre de Sainte- Cécile , témoignent suffisamment du goût du clergé albigeois pour les belles-lettres et les sciences. Sur le nombre, on en compte un qui est peut-être antérieur au septième siècle, un du huitième, quinze du neuvième, deux du dixième, neuf du onzième.
Toutefois il y a lieu de regretter que les malheurs des temps ou l'incurie des hommes aient facilité la disparition de quelques-uns d'entre eux et des plus précieux1. Nul doute qu'ils n'eussent fourni des indications précises sur le sujet que nous traitons, et qu'il nous eût été ainsi permis de remplacer par des certitudes absolues les probabilités que nous sommes obligé d'édifier péniblement sur des textes laconiques ou tronqués.
Primitivement, l'école cléricale d'Albi dut se tenir dans la cathédrale ou dans ses dépendances. Dans certaines villes, elle se trouvait dans l'évêché même, sous l'œil et sous la direction de l'évèque , qui s'y rendait fréquemment pour interroger les élèves et donner une nouvelle impulsion à l'enseignement. Le jeune homme qui se destinait au sacerdoce n'avait point de libertés
1. M. Jolibois, archiviste, a raconté dans Y Annuaire du département du Tarn de 1870, comment les bibliothèques des abbayes et monastères des anciens diocèses d'Albi, de Castres et de Lavaur avaient été livrées au pillage pendant la Révolution, et dépossédées d'une foule de livres précieux, de manuscrits rares, qui doivent grossir aujourd'hui le trésor de certaines bibliothèques publiques ou privées, à moins que les bandits révolutionnaires n'aient jugé à propos d'en faire des feux de joie ou des bourres de fusil. La bibliothèque actuelle d'Albi, d'après les documents officiels, aurait été formée d'éléments divers : la bibliothèque du chapitre de sainte Cécile a fourni 1,8G0 imprimés et 123 manuscrits; le Séminaire, 1.000 volumes. ; les Capucins. 1,996; les Dominicains. 2.114: les ('aimes. 1.112; les Cordeliers, 1,412; l'Archevêché, 1.051) volumes et 4 manuscrits. Eu tout : volumes et 12S manuscrits.
comme l'écolier de l'Université. Il vivait et grandissait à l'ombre de l'autel , dans le silence, l'étude et la piété. Pendant que le clerc laïque remplit la cité du bruit de ses querelles, de ses ébats et quelquefois de ses provocations, le clerc d'église se recueille, prie et travaille. Les hautes murailles des cathédrales sen>blent absorber tous les bruits du dehors et n'en rendre aucun. Ce sont là deux contrastes qu'il importe de signaler et qu'il est à peine besoin d'expliquer. On connait, en effet, les privilèges et immunités accordés aux écoliers laïques ; l'on sait aussi que la liberté dans l'Église est plutôt morale que matérielle, et qu'elle consiste surtout dans le respect de la hiérarchie et l'exacte observation des devoirs de chacun.
D'ailleurs, le milieu dans lequel vit l'étudiant ecclésiastique ne favorise guère ses penchants pour les distractions et les jeux de la vie extérieure, si par malheur il s'y sent entraîné. On peut dire que dans chaque cité épiscopale il y a deux cités : l'une agitée, bruyante, celle du peuple, du commerce et de l'industrie; l'autre, silencieuse et morne, celle du clergé. Ces différences, très-apparentes dans presque toutes les villes du moyen âge, étaient très-accusées à Albi, surtout depuis que Bernard de Castanet avait jeté les fondements de la cathédrale et que Dominique de Florence avait entouré d'un mur flanqué de tours le vaste emplacement occupé aujourd'hui par Sainte-Cécile et l'archevêché.
Au quatorzième siècle, la cité cléricale, trop à l'étroit dans ce mur d'enceinte, s'étendit au midi par les rues de la Travaille et des Prêtres jusques aux ravins du Pigné et de Verdusse. C'est aussi probablement à cette époque que l'école de Sainte -Gemme fut transi'.' dans la rue qui p i >re le oom à'École-Ma
Le voisinage de cet établissement avec la rue des Prêtres, donne à penser que ce transfert s'opéra par suite d'une disposition testamentaire ou de quelque
autre libéralité. Cette hypothèse est d'autant plus admissible qu'on se rappelle la générosité du clergé à l'égard des pauvres, des couvents et des écoles. Qui ne connaît la munificence des évoques d'Albi en tous les temps, mais principalement au moyen âge? La plupart d'entre eux sont de magnifiques seigneurs appartenant aux plus illustres familles de France dont les noms se trouvent mêlés à tous les grands faits de cette époque. Certains sont proches parents des Papes, d'autres ministres du roi, comme Jouffroy ou Duprat; il en est peu qui ne soient investis de la pourpre romaine. Quelles immenses ressources ne fallait-il pas avoir pour mener à bonne fin une entreprise aussi grandiose que la cathédrale d'Albi et construire le palais épiscopal! Néanmoins, tous ces prélats paraissent porter sans trop d'embarras ces écrasants fardeaux. Entre temps , Berald de Fargues fonde le prieuré de ce nom ; Jean de Saya donne la magnifique vierge en argent massif qu'on portait en procession a travers les rues de la ville en temps de calamité ; le cardinal d'Amboise fait les pauvres ses héritiers ; son neveu lègue 12,000 livres de rente pour l'entretien de vingt-quatre enfants pauvres d'Albi ou du diocèse dans les écoles de Paris et de Toulouse. On connaît l'exclamation de ce mendiant auquel le cardinal de Lorraine, évêque d'Albi, fit un jour l'aumône sur le seuil d'une église de Rome; la somme était si |considérable , qu'il neq)ut retenir ce cri : « Tu es le Christ ou le cardinal de Lorraine î »
Tels sont les prélats sous la direction desquels se trouve l'école de Sainte-Gemme. Peut-on s'étonner, après cela, que des seigneurs aussi généreux eussent un souvenir pour l'école où ils recrutaient leur clergé? Ajoutez] qu'ils n'étaient point seuls à pourvoir aux besoins de l'Église. Il était bien rare alors que les testaments des prêtres ou des fidèles d'une certaine con-
dition ne continssent quelques libéralités pour les institutions charitables ou utiles, et l'école de Sainte- Gemme pouvait compter à bon droit parmi les œuvres qui sollicitaient le plus la bienfaisance publique.
Quant à l'enseignement qu'on y donnait, nous n'avons rien à en dire, si ce n'est qu'il était le même que dans toutes les écoles cléricales du moyen âge. La grammaire, la rhétorique, la dialectique, la théologie, la géométrie, l'histoire de l'Église, l'astronomie, la musique ou plain-chant, constituaient le bagage classique des clercs de ce temps. Certes, il n'est point médiocre, comme on le voit ; mais la plupart de ces sciences , sauf la dialectique et la théologie, étaient tronquées ou imparfaitement enseignées. On n'avait pas encore découvert tous les trésors de l'antiquité, et les sciences exactes et naturelles étaient dans l'enfance. Par contre, les études théologiques paraissent avoir été poussées très-loin dans cette école. Si l'on consulte en effet les anciens nécrologes du chapitre d'Albi, on remarque à la suite de presque tous les noms des chanoines décédés, le titre de docteur en théologie: beauc >up d'entre eux étaient également docteurs en droit canon. Ces titres indiquent que le niveau intellectuel de notre clergé était très-élevè"1.
1. La bibliothèque de Toulouse possède plusieurs manuscrit écrits
d'après l'ordre de Bernard de Càstanel qui peuvent nous renseigner sur
la valeur des études cléricales dans notre cité; ce Boni : Les Commentaires
de saint Ambroise but les Epîti int Paul; L'Exposition de saint
i ' «ramentaires de Bède ; les < iommenl • 1" saint Isidore de Béville sur l'.\ l iment : Les livr-
et des Soliloques; les Commentain Le, évèque de Turin,
l'Evangile de jaint Mathieu; les 11 >mé Les d'Origène ; le Traité des Sacrements par Eugues de Sainte
On y trouve aussi un splendide M: ri but parchemin avec miniatures, «'■■•lit à A 11 v •: terminé le 10 décembre i:; >'. Tous ces manuscrits sont d'une écriture ii
(V.-E. d'Auriae. — Hlstoin cathédrale (V Alby).
Les archives d'Albi contiennent quelques pièces relatives à l'orgnisation et aux droits des écoliers clercs ; une lettre en particulier du cardinal Bertrand de Bordes , invitant ceux qui résidaient à Albi à payer les tailles, une décision des auditeurs du Sacré-Collège qui les en exemptaient. Cette dernière pièce est plus importante que les autres, en ce qu'elle pose et résout le principe des franchises et immunités du clergé, conformément aux conciles ; elle montre en même temps que le titre de clerc était vivement recherché pour ce motif et que dans notre ville les ecclésiastiques n'étaient pas seuls à en exciper, pour se soustraire au paiement de l'impôt. C'étaient là des abus que le document en question voudrait faire disparaître.
En somme, rien dans nos archives communales ne révèle d'une façon précise l'existence propre et distincte de l'école de Sainte-Gemme en plein moyenâge , et n'étaient les documents cités plus haut , tous d'une provenance ecclésiastique, il serait bien difficile de l'établir. Toutefois, on sait à ne pouvoir en douter , qu'elle a fourni à l'épiscopat des individualités marquantes, de telle sorte qu'on peut dire que ce sont surtout les fruits qui ont fait connaître l'arbre.
Le premier évêque qui ouvre la liste des écoliers célèbres de l'école de Sainte-Gemme est Adémar Àmelius qui occupait le siège de Marseille en 1323. Il assista au concile d'Avignon avec Gaubert, archevêque d'Arles, et mourut peu de temps après. La Gallla christiana, h laquelle nous empruntons ce renseignement, nous apprend également que ce prélat se trouvait peu de temps avant sa mort dans le diocèse d'Albi, à Cahusac, qu'il y compléta son testament devant Pierre de Campagnac, notaire apostolique, et qu'il y fut inhumé. Un nécrologe de la bibliothèque d'Albi ayant appartenu au chapitre, confirme ces ren-
seignements en les complétant ; il rappelle que Adèmar Amelius avait été chanoine de notre église cathédrale avant d'être évêque de Marseille, et qu'il légua au chapitre des livres précieux1.
Près d'un siècle après, on relève le nom de Jean Roques parmi les évoques de Cavaillon*. C'est Le même Jean Roques qui, au commencement du quinzième siècle expliquait dans l'église de Saint-Salvy les évangiles en langue romane, et qui reçut des consuls 10 livres tournois en récompense. Ce fut un prélat éloquent, très-versé dans la connaissance i lettres sacrées et profanes3. Quand les consuls apprirent sa mort, ils firent célébrer un service funèbre. On trouve, en effet, mentionnée au registre de Tannée 1433 et à la date du 6 octobre, la dépense de six torches pour les honneurs de l'évêque de Cavaillon (Cavailho), Jean Rocas, natif d'Albin
A part ces deux noms qui émergent pendant les quatorzième et quinzième siècles, nous n'en avons remarqué aucun autre de saillant. Les rares nécro-
1. Anno 1333. — Obiit R. pater dorainus Ademarius Amelii, ej Ifassiliensis, qui fuit « Cantoret succentor inecclesiàAlhiensi et dédit capi- « tulo ipsius écoles, librum in magno volumiue qui Legenda aurea vocatur « alio nomine Flores sanctorum ; et est Bepultua in loco suie originis, in « ecclesiâ B. Mariai de Muntclhio prupe Cahuzacum. » (Manuscrit de la Bibliothèque d'Albi.)
2. n avait été précédemment évoque de Bethléem, une sorte de di miniature dont l'origine e-t assez eu;
de Palestine, Renier, évêque de Bethléem, suivit le comte de K
France. Celui-ci lui donna le ' ■
par le Saint-Siège. Le nom de Bethléem :
qui ne s'étendait pas au-delà des limites de Clamecy, qui relevait di:
ment des comtes de Nevers, subsista de cette Eaçoo jusqu'à la Révolution. — « Frater Johannes <!<■ Roca, magister i/i theologia, episcqpus Bt thleemir tonus <i Martino Y (1428) transfertur ml Càbetiiceiuem per obitum Fbrrerii CHlberti, ah K>i<j< n',,< I Y. (V. Oallia christiana, t. XII, p. 098.)
:;. < I) rtii w. nt'i a l/'iit, nti mixsam cehbrarit <1<-
çantemqu ■ habuit orationem. »> (QàUia ohrUtiana, t. 72. p. I 1. Archives commun;
loges du chapitre qui subsistent, sont d'un laconisme sévère et gTacé comme la mort, et les pierres tombales qui pourraient fournir quelques renseignements sur le clergé de cette époque ont en partie disparu de la cathédrale pour faire place à d'autres qui elles-mêmes n'ont pas toujours résisté aux injures du temps ou des hommes. D'ailleurs, ces inscriptions sont d'un intérêt médiocre pour les lettres. Partagés entre les soucis de l'enseignement et ceux du culte divin, les pieux chanoines du moyen âge ont pu être des prodiges d'érudition, des théologiens hors ligne, possédant admirablement la Logique d'Aris-tote ou la Somme de saint Thomas, les clercs en ont profité, l'église cathédrale s'en est enorgueillie, mais le monde savant ne s'en est jamais douté1. Docteurs en théologie ou serviteurs des muses, s'ils ont éprouvé de douces jouissances en feuilletant ces merveilleux manuscrits enluminés que nous a légués le moyen âge; s'ils ont savouré entre deux offices le miel de l'antiquité grecque et latine; s'ils se sont passionnés pour une pro-
1. n faut cependant mentionner à titre d'exception un ouvrage de la Bibliothèque d'Albi : De C'onsolatione philisopMca et scliolarium disciplina, cum comment ar lis P. Thomce. Bailli Ascensii, nec non elueidationibuH Raymundi Palasini Alhiensis dicti VtUderiei. On y remarque une épître de Palasy de Valderiès à Barthélémy de Manso, professeur de théologie, pénitencier de l'évoque d'Albi, et les vers suivants en l'honneur du commentateur albigeois :
« Perpulchre enarrat sensa occultissima Thomas :
« Cultior at Badins, si milii créais, erit.
<( Quid Raymundus? — Habet quaedam non dicta. — Qnid hoc est ?
« Vis dicam verum ? — Celsiur iste volât. »
Barthélémy Manso dont il est ici question revit et corrigea les Statuts tynodaux du diocèse d'Albi dont le cardinal de Montesquieu était l'auteur : Synodale diocesis Alhiensis /inciter Ileverendi in Christo Pat ris et Uni Ludovici de Amboysia aXbiensis episeopi Jussu ac precepto revisvm eorree-
tu m et emendatumper Bartholomeu de Manso artium saereque théologie
profe8gorempenitentiarivm ac canoniciim eeclesie alb'wnsis. (V. Histoire de Languedoc.)
position théologique; s'ils ont pâli enfin sur les chefs-d'œuvre de l'esprit humain; ils ont joui en égoïstes et la postérité n'en a rien su. Leurs admirations, leurs enseignements, leurs pensées, se sont évanouis, éteints, perdus comme leur psalmodie lente et monotone dans l'immense nef de la cathédrale. Leurs disciples seuls, réunis autour des stalles capitulantes, ont profité de leurs leçons, mais également sans les consigner; de sorte qu'il ne reste d'autres vestL de leur savoir qu'une courte inscription tombale ou une simple ligne de nécrologe mentionnant leurs ti* universitaires. Est-ce un malheur pour les lettres? Il serait puéril de le soutenir, il est doux de ne pas le croire. N'interrompons plus le sommeil de ces savants modestes; laissons-les dormir dans leur cercueil de pierre, sous cette superbe voûte de Sainte-Cécile, qui est après tout le tombeau le plus glorieux, le plus harmonieux, qu'un homme puisse rêver et souhaiter; leur part est assez belle.
Nous pourrions faire les mêmes observations en ce qui concerne les ordres monastiques, les Dominicains, les Carmes et les Cordeliers qui possédaient dans notre ville des établissements très-florissants. Là aussi, il y eût certainement des écoles particulières, des efforts intellectuels. On sait que nos consuls font l'aumône aux religieux qui vont au loin compléter leurs études, qu'ils assistent à la soutenance de leurs thèses, qu'ils acceptent la dédicace de certaines d'entre elles1, niais Les
1. Chaque fuis qu'une de ces thèseH était dédiée aux cône gieux recevaient une rémunération quelconque. On leur donnait, par exemple, une domaine de mouchoir* ou bien une Boxnme d'ara. coutume pc conserva jusqu'à la Révolution. Bn L760, par exempt
:resfont mention d'une dépense de 22 livrée 16 BOUS pour une douzaine de mouchoirs de poche donnés au professeur charg» nir la thèse dédiée à la ville d'Albi par 1rs Frères-Prêcheurs de la provin© Toulouse. Bn 1720, on avait donné KM) livres aux Cordelière qui avaient dédié des thèflte dé philosophie aux consuls pendant la tenue du chapitre
prouves s'arrêtent là. Le magnifique couvent des Frères-Prêcheurs a été détruit; sur remplacement de celui des Cordeliers s'élève une prison, et celui des Carmes est devenu le Palais de Justice. Ici, du moins, nous relevons une inscription relative à l'enseignement1.
On pourrait à la rigueur citer la Vie et légende de Madame saincte Fèbronie, glorieuse vierge et martyre, qui fut probablement composée par un religieux ou un prêtre albigeois, puisqu'un bourgeois de notre ville la fit imprimer pour l'usage du monastère de Fargues : A l'honneur et révérence de Madame saincte Fèbronie, a faict imprimer le présent livre sire Pierre Rossinhol, marchand et bourgioys Dolby, et à la louenge des dévotes religieuses du dévot monastère de ISostre-Dame de Fargues d'Alby. (Ternaux-Compaxs, Notice sur les imprimeurs qui existent en Europe.) Et cet autre traité mystique : Le sentier et l'adresse de dévotion et cont empilât ion
intellectuelle translaté de latin en françoys, par
frère Nicole Caling... pour les seurs de Notre-Dame de Fargues en la cité et ville Dalby. Ce sont là les seuls vestiges qui restent des travaux intellectuels accomplis dans nos couvents. Il y en a eu d'autres certainement, et beaucoup plus précieux, qui ont disparu pendant la tourmente révolutionnaire. C'est, en effet, sous le toit monastique que se donnaient rendezvous les plus belles intelligences du moyen âge; c'est dans ce milieu propice aux élans de l'âme comme à ceux de l'esprit, que se réfugiait la pensée humaine aux heures de trouble et de péril, c'est là que se retrouvaient tous les vaincus du siècle, tout ceux que
général de leur ordre à Albi. (V. Inventaire sommaire des archives communales, série CC.^.w i»/.)
1 . On peut lire encore cette inscription dans les couloirs du Palais de Justice.
l'infortune, la douleur ou les désillusions avaient visité de bonne heure :
<( Hue victi bellis. patriâ que e sede fngati
« Conveniunt, pacem que rogant » 1.
Mais quittons cette région des ombres; voici l'aurore de la Renaissance. L'école de Sainte-Gemme inaugure elle aussi une ère de prospérité et de grandeur. L'évoque Louis d'Amboise, dont on connaît la puissante activité, ne pouvait que s'intéresser à cette fondation, une des plus intéressantes, sans contredit, de son diocèse, après la cathédrale. Il y avait déjà porté ses soins, lorsque des circonstances fortuites vinrent encore accroître son zèle. Un de ses neveux, Georges d'Armagnac, fut envoyé auprès de lui dès l'âge le plus tendre pour commencer son éducation. Mais comme l'illustre prélat avait trop de charges pour élever luimême son jeune pupille, il le confia aux maîtres de l'école de Sainte-Gemme. Ce choix devait non-seulement profiter à cet établissement, mais encore assurer la fortune de quelques écoliers qui s'y trouvaient. En effet, Georges d'Armagnac avait à peine terminé ses études qu'il annonçait déjà toutes les qualités qui en firent un des hommes les plus remarquables de son temps. Quoique fort jeune, il sut prouver qu'il était digne d'occuper les postes les plus élevés et les plus difficiles. Successivement évêque de Rodez, administrateur des évêchés de Vabres et de Lectoure, ambassadeur à Venise, à Rome, conseiller d'Etat, archevêque de Toulouse, co-légat d'Avignon, il justifia par ses talents toutes les faveurs dont la fortune se plut à le combler. Mais de tous les titres qui L'honorèrent pendant sa longue carrière, il n'en est aucun qu'il ait