Olivier de Magny lui dédia une ode où nous lisons
« Nul aussi mieux que toy n'est digne D'avoir le présent de cest hymne Tant pour ta vertu de grand pris Pour ta grâce et pour ta faconde, Que pour ta gravité profonde Et pour l'ardeur de tes esprits »
(V. les Odes d'Olivier de Magny, édition Lcmerre.)
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primitif se sorait transformé peu à peu en celui de Leblanc.
Quoi qu'il en soit, Guillaume Leblanc dut son élévation à la protection du cardinal d'Armagnac plutôt qu'à cette illustre parenté. Quand celui-ci fut nommé au siège de Toulouse, personne ne fut étonné de le voir choisir Guillaume Leblanc pour son vicaire général. Le pupille de Louis d'Amboise avait toujours conservé dans l'Albigeois, son pays d'adoption, des relations suivies ' ; il connaissait et appréciait la plupart des prêtres de notre diocèse. Aussi, avant même d'être à la tète de l'église de Toulouse, savait-il que Leblanc était à la hauteur de toutes les tâches et qu'il pouvait se décharger en partie sur lui du poids du gouvernement.
En 1550, nous trouvons notre compatriote à Rome auprès du cardinal, son protecteur, devenu ambassadeur près le Saint-Siège. Que faire dans la Ville- Eternelle si pleine de souvenirs, patrie des intelligences d'élite, sinon se livrer avec ardeur à la culture des belles-lettres ou aux travaux d'érudition? Un jour donc qu'il faisait des recherches dans la bibliothèque du cardinal, ses yeux tombèrent sur deux manuscrits grecs contenant l'histoire de Xiphilin, c'est-à-dire l'abrégé des XLV derniers chapitres de Dion Cassius. La trouvaille avait son importance, car on n'avait pas cette partie de l'histoire de Dion Cassius qui va de César et de Pompée jusqu'au règne d'Alexandre fils de Mamknée. Sans perdre de temps, Leblanc s'empare de ces manuscrits, Les prend à la campagne et les traduit en une saison. C'est ce qu'il apprend dans le passage suivant de sa préface à George d'Armagnac : « Itaque cùm « rusticarer hac œstatc cum Jabo Sabcllo, nobi-
1. Le cardinal d'Armagnac fut nommé prévôt de Saint-Salvy en 1664. (V. Jl'ist. (h- Languedoc, édition Privât, t. V.)
« lissimo et clarissimo cardinali, omni studio con- « tendi, ut hune XiphUihum tuum, cùm in Urbem « rediissemus , tibi possem latinum offerre et di- « cave. » Cette préface porte la date du septième jour des Calendes de Mars 1550. L'événement fit du bruit dans le monde savant et valut à l'inventeur traducteur des précieux manuscrits une réputation d'érudit hors ligne. Robert Estienne se hâta d'imprimer sa traduction qui depuis lors a eu plusieurs éditions1.
De retour à Toulouse, Leblanc s'adonna à l'étude du droit, fut nommé conseiller clerc au Parlement, puis chancelier de l'Université de cette ville. En 1571, il est évêque de Toulon, et quatre ans après , vice-légat d'Avignon. A cette époque, l'épiscopat était une rude charge pour les hommes convaincus et dévoués à la foi romaine. La Réforme faisait tous les jours des progrès menaçants et un souffle de révolte agitait toute l'Europe. Dans des circonstances si critiques, Leblanc n'oublia pas son devoir de pasteur. Laissant là un moment les Muses et l'érudition, il écrivit son livre des Recherches et Discours sur les points principaux de la religion qui sont aujourd'hui en controverse entre les chrétiens (1579), puis, bientôt après, ses Discours des sacrements de V Église en général. Le premier surtout de ces traités est un véritable arsenal de
1. Parmi les Odes d'Olivier de Magny, nous en trouvons une dédiée à Guillaume Blancliy ou Leblanc :
« Je t'ai cherché longtemps et t*ay enfin trouvé, Et te trouvant Blanchi, j'ai enfin éprouvé Qu'entre les grands trésors, il n'en est, ce me semble, Tel qu'un trésor d'amys qui par vertu s'assemble
Déjà notre coeur est égal
En l'endroit de ton cardinal,
Car si sa grande vertu j'honore,
Tu l'honores ainsi que moi,
Et si son loz est dict par toy,
Par moi il sera dict encore »
(V. les Odes d'Olivier de Magny, édition Lemerre.)
preuves où les catholiques purent largement puiser pour relater les huguenots de Provence. Indépendamment de l'érudition, on y remarque un style clair, simple, correct, serré, accusant une proche parenté avec les meilleurs prosateurs de la Renaissance, Montaigne entre autres; car, contrairement au défaut de la plupart des écrivains de son temps, il s'y montre sobre, ennemi de l'enflure, toujours préoccupé de la clarté et de la concision. En un sujet purement théologique, il sait se faire lire jusqu'au bout, et c'est un vrai plaisir de le suivre dans ses recherches sur l'origine des croyances contestées par les calvinistes , en particulier, sur l'usage de la figure de la croix et des images, l'invocation et l'intercession des Saints, les prières pour les trépassés et autres cérémonies de l'Église catholique. « Il m'a semblé, dit réminent prélat, qu'il était néces- « saire de discourir familièrement avec mes diocésains « pour savoir quelle doctrine a été enseignée en « l'Église depuis les Apôtres jusqu'à nous, afin que « chacun résolût de demeurer ferme et constant en ce « qu'ils nous ont appris de la vérité. »
Cet ouvrage, si remarquable à tant d'égards, est dédié à Henri d'Angoulème, grand prieur de France1. Dans la préface, on trouve cette belle pensée qui est bien faite pour donner une haute idée du caractère et des vertus épiscopales de notre compatriote. Je vou- « drais bien, Monseigneur, pour votre contentement, « que le langage de ces discours fût plus orné et poli ; « mais les choses saintes sont de telle vertu, et la « vérité est si belle d'elle-même, qu'elle n'a besoin et « ne doit recevoir aucun fard, non plus qu'un beau vi- « sage. Et pour ce, mou opinion a été toujours que ceux « qui entreprennent d'enseigner choses fausses, doi- « vent être éloquents à l'exemple des charlatans : mais