Henri de Joyeuse
« à persuader ce qui est vrai es choses divines , l'élo- « quence humaine n'y est point nécessaire. » Il termine en prenant pour devise ce vers du poëte :
« Ornari res ipsa negat contenta doceri. »
Il ne faudrait pas croire cependant que Guillaume Leblanc porte partout ce visage austère. Il sait au contraire se divertir avec la Muse latine qui n'a, d'ailleurs, pour lui aucun secret. Ses poésies, réunies par Boutrais à celles de son neveu, parurent en 1614 dans les Musœ Pontificiœ, livre édité avec grand soin et presque avec luxe. Dès les premiers vers, on s'aperçoit que l'écolier de Sainte-Gemme a si bien profité des leçons de ses maîtres de poésie latine qu'il semble impossible de pousser plus loin l'imitation des anciens. Guillaume Leblanc assista aux États de Blois en 1576, où il ne tarda pas à prendre une place importante parmi les évoques de France. Il mourut à Avignon en février 1588 et fut inhumé dans une chapelle du couvent des Jacobins de cette ville.
Son neveu nous apparaît comme une des physionomies les plus originales qu'on puisse étudier : les détails de sa vie, l'universalité de ses connaissances, la tournure de son esprit, le mérite de ses œuvres, tout en lui attache et intéresse. Actif, remuant, menant de front la science et les affaires, patronné par des amis illustres, admirablement doué de toutes les qualités qui faisaient alors les grands noms et les hautes situations, il peut servir de type à ceux qui voudraient étudier dans une personnalité puissante les idées, les aspirations, les mœurs, les préoccupations et les vicissitudes de l'épiscopat français au seizième siècle.
Guillaume Leblanc junior, comme il s'appela luimême plus tard pour se distinguer de son oncle, naquit à Albi en 1561. Il avait à peine terminé ses études dans
notre ville, que l'évêque de Toulon, qui avait apprécié la portée peu ordinaire de son intelligence, s'empressa de l'envoyer à Rome avec de pressantes recommandations pour certains membres distingués du Sacré-Collége. Là, le jeune clerc ne tarda pas à prouver d'une façon éclatante sa parenté avec son oncle par l'élégance et la facilité avec laquelle il maniait la Langue poétique de Virgile et d'Horace. Sixte-Quint fut un des premiers à remarquer ses aptitudes précoces et le combla de faveurs. Il l'attacha même à sa personne en qualité de camérier secret, titre dont aucun Français n'était investi à ce moment1. Guillaume Leblanc répondit par un poëme en vers latins dans Lequel il représente la France se prosternant aux genoux du Pape et le remerciant de l'honneur qui vient d'être fait à un de ses enfants :
c nia ego quœ semper nivei camions arnica Et quae de lactis nomine dicta fui Gallia, (sed sat crat solum praemitere nomen), Grandira ad patrios accido nata pedes. »
Il faut croire cependant que ce titre de camérier était plus honorifique que rémunérateur, car Guillaume ne cessait de harceler son oncle pour obtenir quelque argent. C'était le plus souvent dans des lettres trèscicéroniennes qu'il révélait sa pénurie, quelquefois même en d'excellents vers latins. La vie était si brillante, si ruineuse à Home, par ces temps de Rén* sance artistique et littéraire, les tentations si grandes et les ressources si exiguës! Cependant pour si séduisantes que fussent ces missives dans la forme comme