Archives communales, série AA
2. Voir plus particulièrement, dans le Dictionnaire biographique de Didot. un savant article de M. Victor Fournel but Molière.
sage à Toulouse, et l'aurait longuement entretenu des beautés de la langue moundine. De là, une légende dont les détails ont été sans doute embellis, mais qui n'a pas paru sans fondement aucun, malgré la remarque faite par les critiques en question que Molière était allé pour la première fois à Toulouse, en mai 1649, c'est-à-dire à une époque où Goudelin s'était retiré dans le cloître des Carmes et ne se préparait plus qu'à mourir. C'était amoindrir les chances d'une entrevue, sans cependant les détruire complètement. Si nos conclusions sont admises, l'entrevue devient tout à lait vraisemblable, et la tradition se trouve confirmée, puisqu'il est dit dans le document de nos archives que la troupe du duc d'Épernon venait de Toulouse, lorsqu'elle arriva à Albi, en juillet 1G47. Molière a donc pu voir Goudelin 'cette année-là, s'il ne l'a pas vu en
Nous ne nous étendons pas davantage sur ce point. D'autres troupes théâtrales ont séjourné pendant les dix-septième et dix-huitième siècles dans notre ville; pour si remarquables qu'elles fussent, aucune n'intéresse autant que celle du duc d'Épernon1. Qui ne vou-
1. Xous ("lovons une mention particulière à la troupe du duc d'Or: qui séjourna à Àlbi en août et septembre Wô7. Il y aurait peut-être lieu de se demander si ce n'est pas celle de Molière. On >;:it, en effet, que le duc d'Orléans remplaça, à cette époque, le prince de Conti dans le ment de Languedoc. Il est donc très-possible que Molière ait changé pour cette raison le titre de .-a troupe pour la mettre l Ci U«
veau gouverneur. Ce qui nous le fait croire, c'est qu'il est dit. dans plusieurs documents des \ \. ."-7: BB, 11! : CO, 498), que cette troupe se rendait aux HStats de la province, tenus, cette ani à Pézenas, sous la présidence du duc d'Arpajon, lieutenant-général. Or. eo ■ duc d'Arpajon appela cette troupe en son château de Béverac, en août 16Ô7, en attendant l'ouverture des Etats, qui eut lieu en octobre, t ne quittance du lo septembre l<;.*>7. signée par Mignol et Dubois, du duc d'Orléan que les consuls ont fait transporter '•
ara camarades jusquès . Le nom de Mignol i ouïrait être aussi
une révélation. Qrimarest dit. eu effet, que Mignot,dont i nom
de théâtre était Moudorge, avait jonéen proviu • et qu'il 'lut
cirait savoir, on effet, lo nom « de tous ces honnestes gens, » de ces « très-bons artistes, » dont parle le comte de Breteuil dans sa lettre aux consuls albigeois? Nous en connaissons trois, à la vérité : DnfVesne, Berthelot, Rébellion, mais ces noms, loin de satisfaire notre curiosité, ne font que l'exciter davantage. On reste tourmenté à la pensée qu'il est un autre nom passé inaperçu, an autre que personne ne remarquait à cette époque, et qui depuis rayonne sur la scène française et qui n'a peut-être pas d'égal dans aucune littérature. Molière jouant à Albi, au début de sa carrière dramatique, avant d'aller jouer à Narbonne, Lyon, Béziers, Pézenas, etc., mérite d'arrêter l'attention des lettrés. C'est un des mille épisodes de cette vie agitée qui doit aboutir à la salle des gardes du vieux Louvre et à l'hôtel du Petit-Bourbon; une étape de ce génie qui semble résumer toutes les qualités de l'esprit français, peut-être parce qu'il l'a étudié un peu partout, dans toutes les provinces, avant de le fixer d'une manière définitive dans des œuvres immortelles où nos mœurs, nos goûts, nos ridicules sont reproduits d'une main sûre, inflexible, avec cette assurance que donne aux grands artistes une longue et consciencieuse étude du modèle.
A un point de vue plus restreint, personne ne s'étonnera de nous voir accorder une place à part à Molière séjournant à Albi. Assurément, c'est une bonne fortune pour nos pères d'avoir assisté aux débuts, d'avoir
mSme à cette circonstance de recevoir des secours de ce dernier. On sait également que Molière, pendant cette année 1667, donna des représentations aux États, et que lui seul pouvait en donner, grâce aux influences dont parle l'abbé de Cosnac dans se> Mémoires. Or, la troupe de passa.ee à Albi en septembre 1 G "3 7 se rendait aux États. On pourrait donc conclure que c'était celle de Molière; mais nous laissons à d'autres le soin d'éclaircir ce point délicat. Pour le moment, nous ne voulons nous attacher qu'aux documents relatif- à la troupe du duc d'Bpernon, qui nous paraissent plus décisifs.
applaudi aux essais du plus illustre de nos poètes comiques, de celui-là même qui, au jugement de Boileau a le plus honoré le grand siècle. Sans vouloir
bâtir un roman sur les documents sérieux qu'on vient de lire, il est bien permis de suivre par l'imagination, à travers les rues étroites et tortueuses de notre cité le jeune Poquelin, récitant tout bas le rôle du soir; visitant notre splendide cathédrale; devisant avec l<-s Madelons et les Mascarilles de l'hôtel des trois Rôts; riant sous cape de nos mœurs et de notre langage languedocien ; toujours préoccupé de la Béjart qu'il accompagnerait au bout du monde; jouant la Thébaide ou toute autre pièce de la troupe sur les planches d'un théâtre improvisé, à la lueur de quelques quinquets fumeux; applaudi peut-être par Antoinette de Salies, encore tout enfant; révélant à nos pères habitués aux Mystères, les beautés du nouveau genre dramatique; beau, jeune, fier, marqué au front du sceau du génie, plein d'espoir dans l'avenir, mais décidé à attendre patiemment son heure; voilà le spectacle qu'il a été donné à nos pères de contempler, et qui méritait d'être signalé comme un des événements les plus remarquables de notre histoire locale. Que si des doutes subsistaient encore après la lecture des documents cités plus haut, nous avons conscience d'avoir soulevé une thèse digne des plus graves méditations, et qui vaut bien l'honneur d'une contradiction. Nous n'avons pas dit, en effet, le dernier mot sur cette question, et d'autres ne tarderont pas à venir, qui, complétant nos recherches, changeront ce beau rêve en une réalité absolue.