‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 63 sur 122 · Archivée communal**, série CJQ · texte numérisé non relu

Archivée communal**, série CJQ

res, sur l'observation qui leur fut faite « qu'ils pour- « raient incommoder la ville. » Quant à l'enseignement qu'on donnera dans le collège, il n'en est pas question. Sans doute, les consuls se réservent le droit de surveillance, mais ils comprennent qu'ils ne traitent plus avec ces bons régents d'autrefois qu'il fallait aiguillonner de temps à autre; les nouveaux maîtres ont un programme bien connu et un zèle qui ne se dément jamais. Un seul passage du traité fait allusion à la discipline :

« Et pour ce qu'il est nécessaire pour le bon règle- « ment dudit collège, d'éviter tout désordre, les sieurs « juge et consuls promettent de tenir la main à ce « que les escolliers et pédagogues qui pourraient à « l'avenir se rendre discors et rêfractaires, soient « contraints de se ranger a leur devoir selon les « loix et disciplines dudict collège et pour l'observa- « tion et accomplissement de tout ci-dessus1... »

Cette clause rappelle l'article du Règlement de 1545 sur le même sujet et prouve que la communauté albigeoise avait pu modifier ses idées en matière d'enseignement, sans qu'elle eût pour cela changé d'avis sur

1. Ibidem. — Cette précaution n'était pas tout à fait inutile. On trouve dan-; les archives d'AIbi un dossier curieux relatif au procès intenté par la ville à trois écoliers qui avaient battu le consul Ichier. Le soir du 15 août 1701, Ichier rentrait chez lui, revêtu de la livrée consulaire, lorsqu'il fut '.-''. par une Lande d'écoliers qui lui donnèrent des coups de bâton, autant 'sur la teste qve sur le reste 'In corps. On ne put parvenir à retrouver tous les coupables, mais on arrêta Suc en attendant de pouvoir Arrêter Gaubil. Constans et Fraissinet — Le Conseil politique déclare qu'on poursuivra l'affaire. La Cour temporelle condamne ces trois derniers, qui tirent défaut, à être Un:':: entre le.-; mains (le Vexècuteur, auxquels la oart au col. pieds et tête nia, en chemise, tenant une torche ardente, clxacun du poids de 2 Itères, leur fera- faire amende d'honneur au devant de la porte du consistoire dj la Cour, et leur fera demander pardon à Dieu, au Roi, à Mgr Pareil cêque, à la justice et audit Ichier. lis sont, en outre, <•■ à si* ans de galère et à 300 livres d'amende. Suc et Constans, qui ëc constituent prisonniers, sont condamnés à demander pardon à Ichier et à l'amende, (Voir Archives communales, série FF, 15C.)

la discipline. Le Règlement do 1545 portait que escaliers proterveset rebelles seraient punis et courrigès par justice; en 1623, les sieurs juge et con promettent de tenir la main pour contraindre les escaliers discors et refractaires. Comme on le voit, si le progrés est quelque part dans le traité de 1623, il est dans la forme, mais non dans le fond, car le choix serait difficile à faire entre ces deux rédactions qui toutes deux laissent voir au bout de la révolte M. le juge et MM. les consuls prêts à tenir la main à l'observation de la discipline.

Mais si sur ce point le nouveau collège n'est pas en progrès sur l'ancienne école communale, du moins, le programme des études ne laisse-t-il rien à désirer, on peut se rendre facilement compte de la méthode suivie par les Jésuites en lisant le quatrième livre des Constitutions de saint îgnaceei le Ratio Sludiorum rédigé en 1588. Le plus grand éloge qu'on pui en faire c'est de rappeler que depuis plus de trois cents ans, elle sert de base à l'enseignement secondaire en France et que presque tous les génies du île de Louis XIV l'ont connue, suivie et pratiquée, ce qui mérite bien quelque considération. Sans et novateurs dans le sens absolu du mot, les Jésuites réforment volontiers; ils portent la cognée dans le fouillis touffu d<>s programmes universitaires; ils élaguent, retranchent, ajoutent, complètent et font partout pénétrer la iumièçe. C'est ainsi qu'ils font refleurir l'étude du grec généralement ignoré et donnent une large place aux langues vivantes complètement dédaignées. N'auraient-ils introduit que es doux réformes, la postérité en a retiré trop do bienfaits pour no pas leur en être reconnaissant'.-.

Mais ce fut surtout dans la manière d'enseigner et d'exciter l'émulation que les Jésuitçs déployèrent t}<'± facultés vraiment inconnues jusqu'alors, A toutes les

récompenses usitées dans l'Université, ils ajoutèrent

une académie littéraire composée des meilleurs è\i des classes de grammaire, de rhétorique et de philosophie. Chaque académicien portait un insigne et jouissait de certains privilèges. Dans les grandes solennités scolaires, il lisait ses compositions devant un public d'élite et les applaudissements qu'il provoquait en même temps qu'ils l'enflammaient d'une ardeur nouvelle, allaient rallumer l'envie des uns et secouer la torpeur des autres. Tout est dirigé vers ce but : entretenir l'émulation. En classe, par exemple, le professeur se garde bien d'occuper une place excessive comme ceux de l'ancienne Université; il se fait, au contraire, aussi petit que possible; ce n'est pas lui qui corrige les fautes, mais ses élèves qui, partagés en deux camps, se livrent des batailles acharnées autour d'un texte. Il n'intervient que pour contenir l'ardeur trop bouillante des bons sujets et piquer l'amour propre des paresseux. Il juge enfin des coups portés, décernant les palmes aux vainqueurs et soufflant l'espérance aux vaincus1.

Du reste, nous aurions tort d'analyser le programme des Jésuites. La règle était d'agir avec des moyens divers pour la plus grande gloire de Dieu. Toute latitude était donc laissée au maître pour apprécier l'opportunité de telle ou telle mesure, et quoiqu'il y eût des prescriptions générales desquelles il était prudent de ne pas trop s'écarter, on pouvait au besoin sortir du programme et pousser une pointe sur un terrain inconnu. C'est précisément cette liberté de mouvement qui a fait dire à un historien protestant que « les Jésuites surent mettre à profit toutes les ressour- « ces que leur offraient la nature humaine ou les idées

1. Voir, pour plus amples renseignements, l'ouvrage de M. Théry : Histoire de l'éducation en France, t. II.

« dominantes. Trouvaient-ils que la versification latine

« était en haute estime? leurs élèves composai

« poèdes sacrées. Observaient-ils le goût naturel des

« hommes pour les représentations dramatiques et la « faveur accordée à ce genre de littérature? les échos

« de leurs collèges répétaient des tragédies sacrées '. » Tels étaient les maîtres qui ouvrirent les cours du nouveau collège d'Albi, le 18 octobre 1023, sous la direction du P. recteur J. de Saint-Aubin. Ils furent reçus avec enthousiasme par toute la population et la communauté se mit à la tète d'une souscription publique qui leur permit de faire face aux premiers frais d'installation. En joignant au prix de vente de l'ancienne école une dépense extraordinaire de 12,000 livres, la ville put acheter sur l'emplacement du Ly actuel un corps de bâtiment assez vaste qui s'agrandit d'ailleurs dans la suite. Pour la première année, les classes de grammaire furent faites seulement. Mais l'année suivante les Jésuites ayant reçu 1,500 livres de plus, commencèrent les classes d'humanités et de rhétorique. Enfin, la somme de 4,000 livres, stipulée dans l'acte de fondation, ayant été versée en 1641, ils purent ouvrir le cours de philosophie. Dès 1625, Msr Delbène avait uni au collège le prieuré de Saint- Affric d'Albi; son exemple fut suivi par ses suce seurs et par de généreux bienfaiteurs, ce qui allégea considérablement les charges de la ville d'Albi, de telle sorte qu'elle ne contribua bientôt au paiement des Jésuites que pour une part de 900 livr<

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