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Despois, le Théâtre français $ew Louis Y7 J

2. On trouvera aux documents les discours de réception à l'Académie française de Claude Boyer et de Michel Leclere. Root avons pensé qu'on les lirait avec plaisir, et nous en avons pris une copie dans le recueil des discours de l'Institut.

CLAUDE BOYER DE l' ACADÉMIE FRANÇAISE. 259

un peu de leurs échecs1. Nous en trouvons la preuve dans la préface du Jeune Marius (1669), qui fut dédié à Colbert. « Soutenu, dit Boyer, par la dignité de mon « sujet, je vous ai consacré mon travail avant que de « le commencer; j'ai envisagé toute la gloire que je « pouvais attendre de votre appréciation...., et je me « suis dit sans cesse, qu'ayant été choisi pour être un « des sujets des gratifications du Roi, je devais sou- « tenir, ou plutôt justifier un choix si honorable. C'est « avec ce grand secours que j'ai travaillé assez heu- « reusement. Quoique la fortune et la cabale se mê- « lent aujourd'hui défaire le bon et le mauvais des- « tin des ouvrages de théâtre, celui que je vous ai « consacré n'a pas succombé sous leur injustice. »

Ce document est précieux en ce qu'il contient une allusion à la cabale et à la fortune des ouvrages. C'est la première fois que Boyer se plaint en termes, d'ailleurs très-modérés, des agissements de ses ennemis; ce ne sera pas la dernière. Nous lisons dans la préface de la Fête de Vénus, dédiée à la duchesse d'Orléans : « Dans le dessein que j'avais d'offrir à V. A. R. la « Fête de Vénus , je craignais bien que la fortune qui « n'est pas de mes amies, ne me jouât quelque mau- « vais tour... 2 » Que faut-il penser des mauvais tours dont parle Boyer ? Sans doute, il ne lui était pas facile de désarmer des ennemis aussi implacables que Boileau

1. On lit dans une lettre de Chapelain à Colbert : « M. du Perrier a ébauché là-dessus (la maladie du Roi, 1G63) une petite ode latine qu'il polit, et qui sera bientôt en état de paraître. MM. Valois m'ont promis de s'appliquer à la même chose en latin. M. l'abbé de la Mothe Le Vayer les suivra en français, aussi bien que M. Boyer, qui a trop de reconnaissance pour se taire en un si juste sujet de parler. M. Fléchier travaille pour cela, et suspend à ce dessein l'accomplissement de son grand poè'me latin du Carrousel. J'en ai écrit à MM. d'Ablancourt et Levlerc, desquels il ne faut attendre rien de médiocre... » (Lettre du 9 juin 1663. — Voir Correspondance administrative de Colbert.)

2. Ce fut dans cette pièce que la plus grande actrice de cette époque , la belle Champmêlé, fit ses débuts. Dans une de ses Lettres en wr*, Robinet

et ses partisans, mais que ne songeait-il au public devenu plus difficile, à mesure qu'il entendait des pièces nouvelles comme Andromaque et Britannicus 1 Malheureux, notre compatriote l'a été souvent, mais pas toujours.

Il s'agit donc de distinguer. Voici, par exemple, une pièce, le Comte oVEssex (1678), qui contient de réelles beautés, et qui malgré cela n'eut pas un grand succès. Cependant, nous ne saurions trop dire où est le coupable. Thomas Corneille venait de faire représenter une tragédie sur le même sujet et avec le même titre ', deux ou trois semaines seulement avant que Boyer fît paraître la sienne. Ici c'est de la maie chance, plutôt que du mauvais vouloir. On comprend, en effet, que le public se tînt pour satisfait après la pièce de Corneille et qu'il fut médiocrement intéressé par celle de Boyer. En fait de théâtre, le proverbe bis repetita placent a bien peu de crédit, et tant pis pour ceux qui l'oublient. Nous n'en persistons pas moins à dire que le Comte d'Essex

constate que, dès ce moment, on put fonder sur elle les plus grandes espérances :

« Au spectacle, il ne manque rien :

Tous les acteurs y sont fort bien, Notamment Y actrice nouvelle.

Également bonne et belle.

Et bref la pièce est de Boyer, De cet auteur si singulier, Qui sur son chef sans cesse entasse L'immortel laurier du Parnasse. »

(Lettre du 23 février 16G9.)

1. Cette tragédie était tirée d'un roman de La Calprenède, comme celle de Thomas Corneille. Les frères Parfait, dans leur Histoire du théâtre fra rirais, disent de cette pièce qu'elle est le chef-d'œuvre de Boyer. Elle fut jouée pour la première fois au théâtre de l'hôtel de Guénégaud, le vendredi 26 février 1678, et n'eut que huit représentations. Malgré cela, elle a trouve grâce devant le,s auteurs que nOUfl venons de eiter. lesquels ne sont pas

tendres, d'habitude, pour notre compatriote. Ils conviennent même qv

le Comte oVEssex « n'a pas , u de réussite, il ne faut s'en prendre t/u'à ce malheur qui uceotnjiatjnait ordinairement Ls ouvrages de ce poète. » L'aveu nous paraît bon à retenir. (Voir Histoire du théâtre français, t. XII, p. 1 1 1 .)

est une œuvre d'une valeur réelle, et qui mériterait certainement la réimpression. Voici, par exemple, quelques vers d'une grande allure et que nous nous plaisons à citer. La reine d'Angleterre presse le comte d'Essex d'avouer un crime qu'il n'a pas commis ; elle va même jusqu'à le lui commander. Celui-ci répond :

J'ai toujours respecté la grandeur souveraine ; Nul n'a porté si loin les ordres de ma Reine : Je n'ai rien ménagé pour les exécuter ; Les plus affreux périls n*ont pu m'épouvanter. Votre voix redoublait ma force et mon courage : J'ai vaincu, j'ai tout fait, je ferais davantage... Mais le sacré pouvoir, que je dois adorer, Ne saurait me contraindre à me déshonorer ; Je n'ai pas moins d'horreur, malgré votre colère, D'avouer les forfaits que j'aurais à les faire, Et me le commander, c'est me faire une loi Trop indigne, madame, et de vous et de moi !...

Ces vers, et beaucoup d'autres aussi remarquables par la forme comme par le fond, n'empêchèrent pas la pièce de tomber. Cependant Boyer ne désespérait pas. Il était peut-être même le seul à croire encore à son étoile , lorsqu'un incident très-curieux vint prouver qu'il ne se trompait qu'à demi. Nous l'avons vu se plaindre de la cabale, nous savons également ce que pensait Furetière à cet égard. Qui donc avait raison, de l'auteur ou du public? Boyer voulut en avoir le cœur net. Il venait précisément de terminer une tragédie qui semblait vouée d'avance au même sort que les autres, lorsqu'il imagina le moyen suivant qui eut le double avantage de lui réussir à merveille et de mettre tous les hommes d'esprit de son côté. « Pour « éprouver si la'chute de ses ouvrages ne devait pas « être imputée à la mauvaise humeur du parterre, le « stratagème dont usa M. Boyer, fut d'afficher son « Agamemnon (1680), sous le nom de Pader d'Assé-

« zan, jeune gascon, nouveau débarqué à Paris. « Qu'en arriva-t-il ? que la pièce fut généralement « applaudie '... »

Cette fois, Furetière était bien battu et n'avait rien à dire ; c'était une réponse victorieuse à l'épigramme si méchante que l'on sait. Quant au public qui venait d'être surpris en flagrant délit de partialité et d'injustice, il dut croire plus que jamais que notre spirituel compatriote avait réellement vu le jour sur les bords de la Garonne. Ajoutons que l'histoire de Pader d'Assézan était mieux qu'une vengeance; elle était une leçon, et nous allons voir si l'on en profita.

Qui le croirait? Deux ans après le succès retentissant à'Agameûinon, Boyer présente Artaxeree, mais cette fois la pièce est signée de son nom. Aussitôt, le parterre de siffler à outrance et de parti pris, comme s'il avait voulu se venger de s'être laissé mystifier par un homme d'esprit. Cette férocité à l'égard de Boyer nous remet en mémoire ce que disait quelques années auparavant le Mercure galant de juin 1673 au sujet

l.jPelisson et d'Olivet, Histoire de V Académie française, t. IL p. 3G1. — Boyer exposa lui-même, deux ans après, dans la préface d' Artaxeree, les raisons qui le poussèrent à user de ce subterfuge. Voici ce qu'il dit : « Ayamcmnon ayant suivi le Comte d'Esse.r, et roulant la dérobes aune « persécution si déclarée, je cache mon nom et laisse afficher et annoncer « celui de M. d'Âssézan. Jamais pièce de théâtre n'a eu un succès plus « avantageux. Les assemblées furent si nombreuses et le théâtre ri rempli, « qu'on vit beaucoup de personnes de la première qualité prendr- « places dans le parterre... Qu'arriva-t-il après cette réussite extraordi- « naire? On soutint, on voulut faire des paria considérables, que je n'; « aucune part à cet ouvrage; on aima mieux en donner toute la gloî « un nouveau venu... » On peut objecter, il est vrai, que le nom de Pader d'Assézan n'est pas de pure invention, puisque c'est le nom d'un | toulousain contemporain. Il est même sûr que la pièce à'Âgamemmo* due en partie à sa collaboration. Mais on remarquera aussi que la pu

iY Arta.i'rrcc parut deux ans après la représentation d' A'jaincmnin,

que Pader d'Assesan n'eûl pas manqué «le protester, si la pièce lui avait appartenu en propre, contre les déclarations si clair* lises qu'on

vient de lire.

du mauvais accueil qu'on avait fait kDemarate, autre tragédie du même auteur. Le passage est piquant et mérite dj être rapporté... « Plutarque remarque qu'un de « ces bateleurs de l'antiquité, que le vulgaire confond « mal à propos avec les comédiens, et qui s'appelait « Parménon, ayant appris à contrefaire le cri d'un « pourceau, le peuple y prit un merveilleux plaisir : « de sorte que ses compagnons qui voyaient que cette « sottise lui attirait toute la libéralité des spectateurs « se mirent tous à imiter la belle voix de cet animal. « Mais quelque soin qu'ils apportassent à cette étude « ridicule, le peuple leur cria toujours que ce n'était « pas Parménon. Un de ces gens piqué au vif de la « gloire et du profit de l'autre, jugea qu'il y avait de « la préoccupation en cela, porta un jour un cochon en « vie caché sous sa robe, et le fit crier devant le « peuple qui dit encore que ce n'était pas Parménon ; « et lors faisant courir cet animal sur la place, il leur « fit voir que l'opinion est un mauvais juge, puis- « qu'elle avait fait croire un homme plus pourceau, « qu'un pourceau même. Je crois, Madame, que vous « voyez bien que cette histoire veut dire qu'il faudrait « que M. Boyer, pour faire réussir ses ouvrages, prît « le nom d'un de ces auteurs heureux, en faveur des- « quels on est si préoccupé, qu'on ne croit pas qu'ils « puissent jamais mal faire. Cette préoccupation qu'on « a pour eux, fait qu'on en a une toute contraire à « l'égard des autres auteurs, et que l'on condamne « leurs plus beaux ouvrages, 'sans les avoir été voir, « au lieu que l'on dit souvent du bien des ouvrages « des autres, avant qu'ils aient fait, le premier vers de « leur pièce et quelquefois avant même qu'ils en aient « trouvé le sujet. »

Si nous n'avons pas hésité à reproduire ici l'histoire de Parménon et de son modèle, c'est que nous la trouvions dans le journal de la cour de Louis XIV, et que

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malgré sa crudité, elle dépeint à merveille l'injustice du parterre toutes les fois qu'il s'agissait d'une œuvre de Boyer.

Aussi bien, nous crojrons avoir fini d'enregistrer les défaites de notre compatriote ; nous allons aborder maintenant une seconde partie de sa vie qui, fort heureusement pour lui comme pour nous, ne ressemble pas à la première.

Depuis le jour de la première représentation de la Porcie romaine, et pendant que Boyer poursuit sans jamais se lasser ses tentatives au théâtre, Les év^ ments ont marché avec rapidité. Nous louchons à la fin du grand siècle; le soir vient, et avec lui, les ombres et les tristesses de la nuit. Les fêtes et les amours ont passé de mode ; Versailles n'est plus aussi gai ; Louis XIV est devenu sage. Madame de Maintenon avec sa beauté austère et son jansénisme rigide, remplace MUe de Fontanges, Madame de La Vallière et Madame de Montespan. C'est dire que tout est rentré dans l'ordre et que si l'on se souvient encore des royales équipées d'autrefois, personne n'en parle.

Les poètes aussi ont changé ; il semble que le recueillement général les ait gagnés. Boyer plus que tout autre, cherche à oublier les Amours de Jupiter et de Sémélé, et le plus passionné de nos tragiqi celui qui afaitparler l'amour avec le plus de chaleur et de vérité, le tendre Racine, écrit successivement pour la maison de Saint-Cyr deux tragédies sacrées : Estltr/' et Athalie. On sait avec quel succès fut jouée la première de ces pièces. Tout le monde voulut la voir interprêtée par les jeunes pensionnaires, et la grande faveur fut bientôt d'y être admis. 11 est vrai que le spectacle en valait la peine. Indépendamment de la beauté de cette tragédie, les actrices de Saint-Cyr jouaient avec un merveilleux talent. Biles y mirent même tant de goût, de naturel et de passion, que l'on jug

prudent de suspendre cet exercice.1 Cette détermination prise en pleines répétitions à'Athalie, contraria vivement Racine qui comptait remporter avec cette seconde pièce un triomphe non moins éclatant que celui qu'il avait remporté avec Esther. Pendant deux ans, les représentations du théâtre de Saint-Cyr furent suspendues, et lorsqu'on se décida à les reprendre, ce ne fut plus Racine qui fut appelé, mais Boyer dont la longue patience va être enfin récompensée.

Ce fut le choix de Mme de Maintenon, conseillée peutêtre par le P. Lachaise, confesseur du roi2, qui fit naître Jephtè (1692). Certes, nous sommes bien loin à1 Esther et à'Athalie, mais cette énorme différence n'empêcha pas que la nouvelle pièce de Boyer ne fût très-bien reçue par Louis XIV qui, comme on sait, suivait très-assidûment les représentations de Saint- Cyr. Les difficultés n'avaient point manqué de surgir, car il faut convenir que malgré Polyeucte et Esther, la tragédie sacrée était encore un genre nouveau qui demandait une profonde connaissance de la scène et une grande variété de ressources. C'est ce que Boyer fait remarquer avec beaucoup de justesse : « Quand « on me proposa, dit-il, de travailler à cet ouvrage, « les règles qu'on me prescrivit et les soins qu'on « exigea de moi pour le rendre tel qu'on le souhaitait, « m'en donnèrent une idée qui me fit juger que la

« composition en était difficile et l'effet hasardeux

« Une des plus importantes règles était de retrancher « dans cette tragédie tout ce qu'il y avait de plus vif « et de plus touchant dans les tragédies ordinaires, « c'est-à-dire tous les emportements de l'amour pro-

« fane Mais l'attrait le plus engageant, ce fut de

« voir combien ce travail convenait à mon âge et à

1. Voir le savant ouvrage de M. Taphanel : Je Théâtre de Saint- Cyv.

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