‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 71 sur 122 · Metiaglana, t. II, p · texte numérisé non relu

Metiaglana, t. II, p

?. Art poétique, chant IVe.

Furetière, qui fut plus tard chassé de l'Académie, fut d'autant plus impertinent qu'il avait plus de mauvais vers à faire oublier. Au milieu de tant d'attaques, nous aimons à rencontrer la sienne qui nous rappelle le coup de pied de l'âne de la Fable. Néanmoins, son épigramme est très-bien réussie, et il est fâcheux que les meilleurs vers qu'ait peut-être faits ce rimailleur de bas étage soient à l'adresse de notre compatriote :

Quand les pièces représentées De Boyer sont peu fréquentée-.

Chagrin qu'il est d'y voir peu d'assistante,

Voici comme il tourne la chose :

Vendredi, la pluie en est cause, Et dimanche, c'est le beau ten

Décidément, le protégé de Chapelain n'avait pas de chance ; il mettait Furetière en verve ! Après ce coup, tout autre que lui eût certainement renoncé au théâtre, mais il avait à un haut degré la patience et la résignation. Ces qualités précieuses que Pélisson lui reconnaît dans son Histoire de V Académie française, devaient l'aider puissamment jusqu'à la fin de sa longue carrière. On verra qu'elles ne lui furent pas inutiles, car elles lui valurent les succès de la dernière heure et lui permirent de retrouver un moment les applaudissements des premiers jours.

En attendant, notre compatriote se fait des amis à défaut d'admirateurs. Il dédie sa Clotilde (1659) à Fouquet, le fameux surintendant des finances et le protecteur de La Fontaine, Frédéric (1659), au duc de Guise, la Mort de Démêtrius (1660), au chancelier Séguier, Oropaste (1662), au duc d'Épernon, Policrite (1662), au comte Martel de Claire. Toutes ces pièces n'ont pas grand succès quoique Boyer dans Les préfaces affecte d'être assez content du public. Une d'elles, les Amours de Jupiter et de Sémélé, eut cependant

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un sort moins obscur, puisqu'elle fut représentée devant la Cour ([1666 ). C'est une espèce de pastorale pleine d'allusions plus ou moins transparentes qui durent faire sourire plus d'une fois les courtisans et surtout le royal amant de M1,e de la Vallière 1. Nous lisons dans la préface de cette œuvre, qui fut dédiée à Louis XIV : « Puis-je laisser à la postérité une idée plus avanta- « geuse de la bonne fortune de ma pièce que celle d'avoir « amusé agréablement le plus grand roi du monde, « d'avoir suspendu trois heures de suite ces glorieux « soins et cette royale inquiétude qu'il donne à la con- « duite de la première monarchie de la terre?... »

Un auteur moderne qui a étudié de très-près le théâtre français du dix-septième siècle, parlant des Amours de Jupiter et de Sémélé, pièce à machines qui tient le milieu entre l'opéra et la tragédie, observe que Boyer fut le créateur du genre : « On peut dire que « Boyer et par conséquent le théâtre du Marais ont

1. Parmi les allusions les plus piquantes dont cette pièce fourmille, nous ne citerons que celle-ci, qui nous transporte en plein Versailles. Jupiter s'adresse à Sémélé :

« Doutez-vous de mon nom? Ce merveilleux séjour Et ces lieux enchanteurs qu'a produits mon amour Sont-ils de ma grandeur un faible témoignage ? Vous voyez, au milieu d'une forêt sauvage, Naître, par un miracle aussi rare que beau, D'un amas de beautés le spectacle nouveau. Ces lieux, quand vous voudrez, vous offrent un asile ; Pour vous, comme l'accès, l'issue en est facile. Ici, loin de Junon et loin de votre cour, Et sans autre témoins que les yeux de l'amour, Nous goûterons tous deux tout ce que dans les âmes Piépandent de douceurs les plus heureuses flammes, Tout ce que font sentir de joie et de plaisirs Le commerce amoureux des yeux et des soupirs, Les combats d'amitié, de soins, de déférences, Les flatteurs entretiens, les tendres confidences, Ces beaux emportements de l'esprit et du cœur, Ces charmes composés de flamme et de langueur, Les doux égarements, les aimables faiblesses, Les extases d"amour, les transports, les tendresses, Tout ce qui peut enfin nous flatter tour à tour Quand on se donne tout au pouvoir de l'amour ! »

(Acte III, scène ire. — Voir aux documents.)

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« été vraiment ainsi les inventeurs du genre qui sera « l'opéra, — l'opéra du grand siècle, du moins. C'est « seulement en mars 1671, qu'on représenta en public « la première tragédie française en musique ; et deux « ans après, Quinault, unissant son talent facile à « celui de Lulli va commencer cette série de pièces « mythologiques et courtisanesques qui plaisaient tant « au roi ! . »

Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que c'est en cette même année (1666), que Boyer fut reçu à l'Académie française2. Il dut probablement cet honneur à l'amitié de Chapelain, autant qu'à ses titres, quoique déjà à cette époque, l'Académie ne soit plus une société d'admiration mutuelle, et qu'on y compte plus d'un grand nom. D'ailleurs, à quoi bon faire remarquer que même au plus beau temps du règne de Louis XIV, cette illustre assemblée fut composée d'éléments très-disparates, par la raison bien simple, qu'il est à peu près impossible qu'un siècle pour si fécond qu'on le suppose, puisse produire quarante écrivains ou poètes comme Racine, Corneille, Labruyère, La Fontaine, Bossuet et Fénelon. Boyer occupa donc parmi les immortels de ce temps un de ces fauteuils, (toujours plus nombreux que les autres), qui sont destinés aux hommes de talent: à ce point de vue, on peut dire que sa place fut bien occupée.

Cette distinction qui commençait alors à être trèsrecherchée, ne fut pas la seule qu'obtint l'auteur de la Porcie romaine. Le vieux Chapelain avait au moins cela de bon, que s'il compromettait ses amis, il leur faisait accorder des pensions de nature à les remettre

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