I. Observations générales
Pendant que le flambeau des sciences étoit éteint dans les régions occidentales de l'Europe, l'empire grec, qui penchoit vers sa chute, e'toit-il plongé dans la même ignorance et la même barbarie? Je crois que c'est une des questions que mes lecteurs pourroient me faire. Tant que la connexion entre Rome et l'Orient fut conservée, et que nous pûmes lireet admirer les productions littéraires des Grecs; comme elles fixoient l'attention, il fut facile de suivre leurs progrès sans lacune et sans interrup^tion : elles réclamoient même une place qu'on ne pouvoit leur enlever dans un système bien conçu. Mais le temps amena bientôt d'autres circonstances; la langue des Grecs cessa d'être entendue; et il ne me fut plus dorénavant possible de m'occuper avec convenance de leurs écrivains dans mon Histoire littéraire du moyen âge. Les faire connoître et exposer leurs travaux dans cette histoire, auroit été rompre cette unité de plan que j'avois été jaloux de conserver. Mais quoique je n'aie pas retiré brusquement mes lecteurs du spectacle de ce qui intéressoit les écoles grecques, je crains qu'ils n'aient trop souvent éprouvé le désagrément de, transitions soudaines et non préparées.
Vers la fin du Ve siècle, lors de la chute de l'empire d'Occident, nous avons laissé les Grecs en
possession de la supériorité litte'raire qu'ils avoient eue pendant si long-temps; leur langue e'toit encore pure ; on reconnoissoit du goût, de l'élégance et du jugement dans les ouvrages qu'ils composoient ; et leur esprit ainsi que leurs talens e'toient très-utiles aux arts, autant que ceux-ci e'toient encouragés. J'ai, oublie' jusqu'ici de faire remarquer comme une circonstance singulière que, même quand la langue latine fut à son plus haut degré de culture, les Grecs ne paroissent pas l'avoir étudiée, encore moins avoir tenté de l'écrire. Ils vivoient à Rome, ils y étoient protégés avec une partialité prodigue, et ils écrivirent souvent sur les objets qui intéressoient immédiatement l'empire romain ; mais la langue grecque fut celle qu'ils employèrent. Dans le même temps, les Latins, tant qu'il resta quelque goût parmi eux, ne cessèrent d'admirer et de cultiver la langue des Grecs. On peut demander quel effet a été produit ou s'il a été produit quelque effet sur cette langue par la translation du trône impérial de l'Italie à Byzance. Constantin fut suivi par une cour brillante , composée des hommes qui e'toient les plus remarquables pour leurs talens, ainsi que pour leurs connoissances, et qui transportent avec eux la science et les productions littéraires de leurs pères. Cette arrivée des Latins dut nécessairement produire quelques effets ; mais attendu que le nombre de ces étrangers étoit comparativement petit , et qu'une longue mode dominante
leur avoit appris à préférer les arts et les lettres de la Grèce, ils furent plus jaloux de copier ce qu'ils virent et entendirent , et de devenir eux-mêmes Grecs, que d'apprendre et de faire connaître à ceux-ci, ce que les Latins estimoient le moins, leur propre langue et ses meilleures productions. Je ne sais pas même si cette translation de l'empire ne contribua point à donner une nouvelle force et un nouveau lustre à la langue grecque. Placée entre l'Europe et l'Asie , Byzance devint, à compter de cette époque, le grand centre où les savans, jusqu'alors dispersés et sans aucun lien, purent se réunir, recevoir les récompenses dues à leurs travaux, et stimuler respectivement leur activité par une mutuelle émulation. La langue grecque fut même préférée par ceux que leurs espérances et leurs projets futurs portoient à donner une attention à celle de Rome. Cela est prouvé par un fait remarquable, c'est que l'empereur Julien, qui avoit beaucoup vécu dans l'Occident, et qui étoit gouverneur de la Gaule , conversa et écrivit en grec.
La richesse et l'harmonie de la langue des Grecs avoient incontestablement des charmes particuliers ; mais ce qui contribuoit le plus à faire cultiver cette langue, c'est le grand trésor de connoissances qu'on trouvoit dans ses écrivains. G est de celte mine que je ferai voir un jour (i) que, pendant l'époque la plus brillante
(i) Dans le second appendice de Pouvragfe ançIo.L-
du califat , les disciples de Mahomet , tandis qu'ils détachoient successivement des parties de l'empire de Byzance,ne dédaignoient pas de tirer ces tre'sors de science, qui pouvoient augmenter et améliorer leur propre fonds. Les Grecs euxmêmes ne refusoient point d'instruire les Mahométans ; ils devinrent leurs maîtres ; ils mirent à leurs pieds les volumes des sages et savans grecs ; c'est ainsi qu'ils firent revivre le souvenir des temps précédens où les Latins fréquentoient les écoles des Grecs, et dévoient leurs plus précieux monumens d'élégance et de goût aux écoles de ces derniers. Tandis que les Grecs accordoient ainsi leurs faveurs à leurs ennemis 5 on ne peut présumer qu'ils négligeassent eux-mêmes de cultiver leur esprit , ou que 1 tenant dans leurs mains les richesses de leurs pères, ils laissassent tomber dans une apathie mortelle cet esprit qui avoit amassé ce patrimoine sacré.
§ II. VIe Siècle. — Règne de Justinien (de 627 à 565).
Pendant les trente-huit ans du règne de Jus-
de Berington , intitulé Histoire littéraire du moyen âge. A. M. H. B. a publié la traduction de cet ouvrage qui est terminé par deux appendices. On offre ici la traduction du premier; on va mettre sous presse le second, sous le titre suivant : Etat des comioissances de» Arabes on. des Sarrasins pendant le moyen dge.
PENDANT LE MOYEN AGE. j
tïnien (1) ,. prince ayant du talent, qui parmi les plus nobles objets d'ambition, ne dédaigna point les noms moins éclatans de poète, de philosophe, de jurisconsulte, de théologien-, de musicien et d'architecte; onpouvoit espérer que les lettres et les arts ne réclameroient point de protection sans qu'elle leur fût libéralement accordée. Cependant il parut peu d'ouvrages qui eussent quelque mérite remarquable, si l'on excepte les compilations laborieuses de jurisprudence , connues sous le titre de Code, à1 lîistitutes , de Digeste où Pandecles, et de Novelles, qui furent en partie extraites des écrits des anciens jurisconsultes et rédigées en un système complet de lois r par cet illustre savant et homme d'état, Tribonien, aidé de plusieurs hommes d'un grand talent (2). Justinien encouragea leurs travaux comme liés avec sa propre gloire; tandis qu'à d'autres égards , il a été représenté comme un ennemi de la philosophie (3), parce qu'il avoit
(1) Voyez sur ce prince V Histoire du Bas-Empire , par Le Beau et Ameilhon , t. VIII ; pour abréger, nous la citerons par la suite seulement sous le nom de Le Beau, quoiqu'il n'ait composé que les vingt-un premiers volumes de cet ouvrage qui en a vingt-sept, indépendamment des deux volumes de tables que M. Ravier en a données.
(2.) Voyez Brucker, Hist. crit. philos., t. III , p. 535,. edit. Lipsiae,an 174^»
(5) Voyez aussi les ouvrages de Dupin, de Bernai, de Saint-Prix, de Meyer, de Savigny , etc.; la Biblio-
imposé par un édit un silence perpétuel aux écoles d'Athènes, d'après l'idée que les leçons de leurs professeurs inculquoient encore le paganisme; et parce que, par rapacité, ou plutôt, peut-on dire , par manque réel d'argent pour terminer les édifices dispendieux qu'il avoit entrepris d'élever , il écouta les pitoyables avis de conseillers mercenaires , et confisqua le traitement qui avoit été accordé depuis un temps fort ancien aux maîtres des arts libéraux. La rusticité, dit un écrivain (1) de qui je tire ce fait, envahit alors tellement les anciens séjours des sciences que , quand les écoles d'Athènes furent fermées , les cris d'indignation des amis des sciences se firent entendre hautement, et leurs professeurs émigrèrent pour se rendre en Perse.
§ III. Effets des controverses théologiques.
Mais si les lettres furent cultivées alors avec moins d'ardeur, on peut en assigner une cause bien plus puissante et bien mieux fondée que
thèque de l'avocat, de Camus, édition donnée par Dupin ; Y Histoire du Droit romain, de Schomberg, traduite par Boulard. La Revue encyclopédique de 1822 a rendu compte des Institutions de droit, de Meyer.
(1) Zonare, Annal, in Justin. Zonare vécut jusqu'au douzième siècle. Le Dictionnaire historique dit qu'il mourut avant le milieu de ce siècle. Juslinien mourut le 14 novembre 585.
l'édit décourageant ou la rapacité de Justinien. Qu'on considère les controverses religieuses , la violence avec laquelle on s'y livra, le caractère de ces controverses, et le nombre d'hommes de •tous les rangs et de tous les états qui s'y engagèrent depuis l'empereur jusqu'aux derniers artisans travaillant dans les rues de Constantinople ; on reconnoîtra que , d'après la nature contagieuse des discussions populaires , peu d'esprits peuvent se préserver de l'influence de parti ; et que les plus grands talens ont un nouveau champ ouvert devant eux, sur lequel on peut obtenir de la renommée, et satisfaire beaucoup de passions. Alors les pages des poètes, des orateurs, des historiens admirés, peuvent continuer d'occuper accidentellement le loisir de quelque heure vacante; mais des motifs plus puissans rappellent sans cesse l'attention aux sujets de controverse. Ces sujets peuvent actuellement nous paroître vides d'intérêt. Nous ne pensons point, par exemple, à rechercher si le grand Origène , mort depuis long-temps, et ses doctrines, ont dû être condamnés; si les trois chapitres 3 comme on les nommoit alors, c'est-à-dire les écrits de trois évêques orientaux, qui étoient aussi depuis longues années dans le tombeau, méritoient d'être anathématisés , ou si on pouvoit dire proprement qu'une seule personne de la Trinité avoit souffert sur la croix.
Le monarque théologien entra dans ces dis-
putes ; leur caractère convenoit à ses goûts et k son genre d'esprit , et quel spectateur pouvoit être indiffèrent, lorsque Justinien sollicitoit la sanction de sa voix? Tandis que les barbares envahissoient ses provinces, ou que ses légions victorieuses marcboient sous les bannières de Bëlisaire et de Narsès , ce successeur de César sie'geoit dans un concile, et ëtoit occupé à reconnoitre et définir les ombres , qui s'évanouissoient , de quelque distinction métapbysique. Si des flatteurs applaudissement à sa sagacité, ou si, comme les annales du temps l'attestent , l'esprit public étoit porté par son exemple à n'aimer que les recherches de la théologie, il y avoit aussi des personnes qui, lorsque d'autres sentimens prédominoient , se moquoient des occupations de l'ergoteur impérial. Un conspirateur disoitàson associé ; a Celuilà est vaiment un lâche , qui craint de tirer son glaive contre Justinien, tandis que ce prince, sans aucun garde,est assis des nuits entières dans son cabinet , discutant avec des moines à barbe grise, et tournant les feuillets de volumes où Ton traite de matières ecclésiastiques (1). )) Son épouse même , l'impératrice Théodora , passionnée pour les plaisirs des sens , qui étoit d'un avis différent de celui de son royal époux sur la question monophysite, ne put échapper à la contagion géné-
(1) Procop. , de Bell, gothic. , 1. III. c. 7>2. Je parlerai de Procope daas la suite de cet ouvrage.
PENDANT LE MOYEN AGE. il
raie; et non-seulement la capitale, ainsi que les provinces , mais encore le palais et le lit nuptial furent agités par des troubles spirituels.
L'ardeur polémique fut principalement animée par la controverse d'Arius dans le IVe siècle; et nous pouvons la suivre , d'autant plus qu'elle fut soutenue dans l'ère suivante , où les sectateurs de Nestorius troublèrent ou divisèrent la foi de l'Orient. Le génie de ce peuple , en même temps qu'il etoit irritable et litigieux , étoit vif, pénétrant et subtil. Aussi nulle question ne pouvoit être épuisée; il s elevoit chaque jour de nouveaux sujetsde dispute, etla même source se partageoit en cent courans. Les ramifications seules des hérésies mères de Nestorius etd'Eutychès ne peuvent point aisément être comptées. Les empereurs, qui devinrent parties dans toutes les disputes , donnèrent en vain des édits, et les conciles promulguèrent leurs décrets sans plus de succès. Ces édits et ces décrets ne servirent qu'à donner de l'importance à des opinions que le ridicule et le mépris auroient peut-être réduites au silence. Ils resserrèrent et raffermirent l'union des combattans ; et , en excitant la compassion ou la popularité , ils multiplièrent quelquefois les moyens de nuire et de se défendre, en même temps que tous les hommes de talens , qui étoient enrôlés dans la liste de la controverse, pouvoient être regardés comme une perte pour la cause de la littérature.
Pendant le règne de Justinien, il exisloit en-* core différentes sectes qui fomentoient des divisions dans l'Eglise chrétienne , quoiqu'elles eussent souvent été persécutées et affligées. Dans la Perse et dans quelques provinces de l'Empire , les manichéens soutenoient toujours et disséminoient leurs opinions dangereuses. Pendant que les vandales possédèrent l'Afrique, les donatistes jouirent de la liberté et de la tranquillité. Sous les différens princes de la race des Goihs, on peut dire que les ariens ont triomphé. Dans la Perse, l'Inde, l'Arménie, et les autres contrées hors des limites de V empire romain (car c'est ainsi que les Grecs affectoient de nommer leur état qui tomboit en décadence), les nestoriens , ayant leur patriarche à leur tête , continuèrent de propager leurs principes et de multiplier leurs églises. A la vérité , ils étoient traités quelquefois avec sévérité ; mais , le plus souvent , leurs souverains respectifs avoient de l'indulgence pour eux , comme pour des hommes que l'oppression avoit rendus vivement opposés à leurs anciens maîtres.
Les euty chiens ou monophy sites , quoique long-temps divisés par des guerres intestines,, possédoient une autorité fort étendue ; ils furent protégés, même à la cour de Byzance, comme on le vit, i° au commencement du VIe siècle par l'empereur Anastase , 2° et dans la suite , comme il a été remarqué^ par Théodora, pendant que, dans beaucoup de provinces plus éloignées , ainsi
que dans beaucoup de royaumes, ils jouirent bientôt de toute l'influence d'une Eglise établie (i).
Dans tous les pays où les ministres de ces différentes sectes voyageoient, et dans tous les lieux où ils séjournoient , la langue grecque étoit le véhicule de leurs opinions ou l'instrument de leur éloquence; et si leurs esprits avoient été aussi éclairés que leur zèle étoit ardent , en même temps, qu'ils charmoient leurs auditeurs par l'euphonie de cette langue , ils les auroient amenés à en cônnoître davantage les beautés , ou ils auroient au moins répandu parmi eux, par des traductions , ces trésors de goût et d'érudition dont elle étoit si enrichie ; mais leur zèle étoit animé par des motifs moins nobles d'intérêt ou d'ambition , ou , pour parler avec plus d'indulgence , par celui de faire des prosélytes à leur foi , et de lui donner ainsi plus d'étendue et de permanence. Il est arrivé rarement, à ce que je crois, que des hommes possédés de l'esprit de secte, quelle que fût la délicatesse de goût que leur première éducation leur avoit donnée , l'aient conservée pendant que cet esprit opéroit, ou qu'ils aient éprouvé le désir de communiquer à leurs sectateurs une partie de cette délicatesse. Un esprit poli par la littérature , ou auquel des sentimens libéraux ont donné
(i) Voyez sur ce sujet Mosheim , ou tout autre écrivain ecclésiastique.
l4 HISTOIRE LITTÉRAIRE DES GRECS
de l'extension , n'est guère dispose' à e'couter des de'clamations grossières, ou à adopter des dogmes étroits et oppose's à la charité'.
Lorsque, d'après l'edit de Justinien et d'autres actes oppressifs, les belles rêveries de Platon, auxquelles il avoit e'té fait de grandes additions par ses modernes sectateurs, particulièrement dans les écoles d'Alexandrie, ne purent plus être enseignées publiquement , on dit qu'elles trouvèrent un asile dans les cellules des moines de l'Asie ( i ) . Ces moines étoient fortement attachés à la mémoire d'Origène, qui étoit lui-même un platonicien, et ils manifestèrent leur zèle pour sa cause. Mais l'usage qu'ils firent des lumières d'Origène, ou de celles soit du sage et éloquent Grec , soit de ses nouveaux disciples , ne fut pas d'ouvrir leurs esprits àfinfluence pure d'une sublime théorie, ou d'étendre les bornes de la science; mais cet usage fut celui d'embrouiller les vérités simples du christianisme, de multiplier des interprétations obscures et allégoriques, enfin d'affecter une supériorité aux infirmités inhérentes à la nature humaine, ou d'établir un système de mysticisme extravagant.
Il parohroit qu'à cette époque nous devrions chercher l'état réel des connoissances, non dans ces retraites académiques où on les avoit cultivées
(1) Historia crilica philosophiœ , t. III, p. 553. On peut consulter Brucker , son auteur, sur le sort de la philosophie de Platon pendant ses différentes vicissitudes, t. II.
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anciennement , mais dans les écoles de théologie , dans les de'bats des conciles , et dans les ouvrages de ces hommes dont les talens s'e'toient exerce's sur les controverses du siècle. M'occupant d'autres objets , il y a quelques années , je feuilletai, et je parcourus même quelquefois avec attention un grand nombre de volumes, dans lesquels les sujets auxquels je fais allusion étaient discutés. Si je fus force' d'admirer la facilité avec laquelle la langue grecque pouvoit adapter son heureuse harmonie et son élégance à l'expression d'idées souvent neuves et souvent barbares , il n'en fut pas moins évident pour moi que pendant le temps où ceux qui se présentoient dans la lice s'occupoient de traiter les questions jouissant de la faveur populaire, ils négligeoient de puiser le goût aux vraies sources qui seules pouvoient le donner. On ne peut nier qu'ils ne fussent supérieurs aux Latins à beaucoup d'égards; mais cette supériorité éloit due en grande partie à la langue dans laquelle ils parloient et écrivoient ; langue qui avoit encore conservé son caractère primitif par l'heureuse circonstance d'avoir été préservée d'un mélange qui l'auroit viciée.
§ IV. Tribonien, Procope.
J'ai parlé du grand jurisconsulte Tribonien (1) qui étoit en effet un homme d'un savoir très-éten-
) Le Beau, t. IX,
l6 HISTOIRE LITTÉRAIRE DES GRECS
du , et dont il est dit que le génie avoit embrassé tontes les connoissances de son siècle. Il écrivit tant en vers qu'en prose, sur des sujets très-variés, curieux, difficiles et d'un genre très -différent; enfin il joignit à la culture de la littérature grecque l'usage de la langue latine. On peut même observer que la cause des lettres fleurit tant qu'il vécut; et sa vaste compilation de lois offre un style qui n'auroit pas déshonoré les plus beaux jours de la littérature. Cependant on doit remarquer, comme une circonstance très-curieuse, que la to alité de sa collection , en exceptant la plus grande partie des Novelles, fut écrite en latin , promulguée dans la même langue, et ensuite traduite en grec pour l'usage du peuple. Justinien mettoit son orgueil à être regardé comme le maitre de tous les pays qui avoient lormé l'empire romain , et qu'il méditoit alors de recouvrer; il paroit que c'est dans cette vue qu'il préféra alors de rédiger ses lois dans l'ancienne langue. D'ailleurs les anciennes sources légales, d'où le nouveau code avoit été tiré , avoient circulé dans cette langue; et il nous sera, je crois, permis d'après cette circonstance , et encore plus d'après celle de la publication en latin de cette nouvelle compilation , de conclure que la langue de Rome continuoit d'être entendue , au moins par les magistrats et les savans de la Grèce. On a néanmoins objecté, quant au style de Tribonien et de ses associés , qu'il étoit en général trop fleuri pour 3e sujet.
PENDANT LE MOYEN AGE. 1 n
Quelques personnes ont conjecture' qu'Etienne de Byzance . le grammairien \ vécut sous le même règne de Justinien, ou environ vers ce temps; mais comme cela n'est nullement certain , et qu'il n'existe aujourd'hui qu'un abrégé de son grand Lexique géographique (1), je vais parler dePriscien, dont j'ai fait mention ailleurs. J'en ai parlé dans un autre endroit, parce que. quoiqu'il fût Grec , et qu'il fût alors un maître célèbre à Constantinople , il employa principalement sa plume à éclaircir la grammaire de la langue latine. De là vient que nous le regardons comme le prince des grammairiens; mais je répète ici son nom pour confirmer l'observation qui vient d'être faite, que pendant le règne de Justinien la langue latine doit avoir été cultivée par les Grecs, puisque les lois de l'empire furent promulguées dans cette langue, et que sa grammaire fut l'objet des études et de l'attention de leurs professeurs.
Lorsque j'ai rapporté quelques événemens de la guerre des Goths, dans laquelle Bélisaire, général de l'empire, commandoit, j'ai cité souvent l'autorité de 1 historien Procope (2) : j'ajouterai maintenant à l'égard de ce dernier , qu'il professa l'éloquence à Constantinople , accompagna Bélisaire dans ses guerres, et fut ensuite élevé au rang de sénateur et de préfet de la cité. Ses ouvrages ,
(1) Bibliothecagrœca, 1. I V , c. 2 , t. III.
(2) Le Beau , tomes VIII et IX.
l8 HISTOIRE LITTÉRAIRE DES GRECS
qui sont principalement historiques, et forment huit livres , comprennent les évenemens des guerres persique, vandalique et gothique. Ils sont e'crits avec ve'rite' ainsi qu'avec élégance, et contiennent beaucoup de faits importans. Le récit des évenemens du même règne de Justinien a été continué par Agathias, en cinq livres écrits dans un style pareillement élégant.
Dans un autre ouvrage , Procope parle, dans le langage d'un courtisan adulateur, des différens bâtimens qui furent élevés ou restaurés par son souverain dans la capitale ou les provinces.
On a douté si Procope étoit l'auteur de l'histoire de la vie privée de Justinien, publiée sous le titre $ Anecdotes . S'il en est Fauteur, une pareille prévarication, d'après les louanges qu'il avoit auparavant prodiguées à son prince , doit non-seulement flétrir la réputation de l'homme, mais encore ôter toute confiance à l'historien. Il écrivit , a-t-on dit , ses anecdotes par voie de rétractation, afin d'effacer les impressions fausses qu'avoient faites les éloges qu'il avoit donnés à Justinien. Mais quand un homme est capable de flatter , il est assez vraisemblable qu'il est capable de calomnier. Quel qu'ait été l'auteur des anecdotes , ou quelle que soit leur vérité ou leur fausseté, elles ont servi de modèles à beaucoup de chroniques satiriques et souvent calomnieuses, qui ont été publiées depuis (1).
(1) Voyez Biblioth. grœca, 1. V, c. 5, t. VI.
D'autres écrivains, aussi contemporains de Justinien , ont travaillé à faire connoître les événemens de son règne , et leurs ouvrages forment une grande partie de la collection byzantine (1). Par rapport à cette collection , des critiques ont observé que , nonobstant la valeur qu'on lui suppose , elle a un grand défaut , savoir que plus de la moitié des auteurs qu'elle contient , à l'exception de quelques passages où ils ne se copient pas les uns les autres, ne mérite pas d'être lue. On prétend qu'à peine un autre que Procope a écrit avec la dignité convenable. Procope avoit formé son style sur le modèle des anciens.
î V. Connoissances et savoir de Justinien.
Quant au talent d'écrire élégamment , les hommes tels que Procope et Tribonien étoient rares alors, tandis que peut-être Justinien lui-
(1) Cette collection de trente-six volumes in-folio, en grec et en latin, est sortie de l'imprimerie royale du Louvre, sous Louis XIV. Il y en a une plus récente, de Venise ; elle est plus considérable, mais moins magnifique. L'Allemand Hanckius {de Scriptoribus histof. byzantines 1 in-4°) a donné une histoire diffuse des écrivains byzantins , dont Fabricius ( Bibliotheca grœca) a extrait ce qu'il a jugé le plus propre à compléter sou ouvrage si précieux. L'édition de Fabricius que je cite est celle de Hambourg, dont le premier volume a paru en 1728. Harles en a donné depuis une, dont le premier volume a paru à Hambourg en 1790.
même peut être regarde' comme un spécimen ou modèle juste du goût général de son siècle. Il connoissoit bien par expérience le labyrinthe des sophismes de théologiens disputeurs, discernoit les divers fils de beaucoup de questions compliquées , les discutoit avec facilité, et même avec quelque profondeur. Dans les derniers jours de sa vie, comme il avoit fait le tour du cercle métaphysique, il embrassa avec ardeur l'opinion « que le corps du Christ étoit incorruptible » , et qu'il ne connoissoit aucun des besoins et des infirmités auxquels notre chair mortelle est sujette. Cette opinion fut regardée comme hérétique ; mais le controversiste royal la conserva jusqu'au tombeau. Tel étoit le savoir de Justinien; un esprit, qui a pu se plaire à de pareilles recherches, étoit peu fait pour apprécier le mérite des difFérens genres d'ouvrages élégans ou utiles, et encore moins pour goûter les jouissances que donne leur lecture.
§ VI. Goût de Justinien pour les bâtimens.
Justinien avoit-il du goût pour les arts ? Sans recourir aux faits , peut-être la question pourroit se résoudre d'après le portrait que j'ai tracé de l'esprit de ce prince. Mais il est vraisemblable qu'il a pu soumettre quelquefois son propre jugement au goût supérieur de ses artistes. L'érection d'édifices somptueux peut annoncer la prospérité
d'un empire , ou servir à satisfaire à l'ambition , ou être l'effet d'une passion plus blâmable. Quelles qu'aient été les vues de Justinien , le nombre des bâtimens qu'il a fait construire , même en ayant égard aux ressources d'un long règne , est presque incroyable. Gibbon a dit trop sévèrement de ces travaux d'architecture (i), « qu'ils avoient été cimentés avec le sang et les trésors du peuple.» Sa pieuse munificence fut déployée dans la construction des églises , en même temps que presque toutes les villes de l'empire obtinrent les avantages de voir construire des ponts , des hôpitaux , des aqueducs. Quant à la restauration de son palais à Byzance , il consulta à cet égard sa propre satisfaction particulière. Il y déploya partout la magnificence et les ornemens les plus dispendieux (2).
§ VIL Eglise de Sainte-Sophie.
Mais c'est dans le temple ( aujourd'hui la mosquée) de Sainte-Sophie, qui av oit été originairement élevé par Constantin, et qui fut reconstruit depuis les fondemens par Justinien , qu'on doit chercher le goût , le talent et la magnificence de ce siècle. Cette église avoit été détruite deux fois par le feu;
(1) History ofthe décline and f ail, etc. , by Gibbon, vol. IV, p. 88.
(a) Traduction de Gibbon , t. VII.
:i% HISTOIRE LITTERAIRE DES GRECS
mais le fondateur du code voulut alors la faire reconstruire , avec plus de splendeur , sur une échelle e'tendue et perfectionne'e. Le principal ar«* chitecte fut Anthémius, qui présidoit aux travaux ordonne's par l'empereur. Anthémius donna le plan , et on dit que son génie dirigea dix mille ouvriers. Justinien, revêtu d'une tunique de lin, surveilloit chaque jour les progrès , qui étoient rapides; et il ne s'écoula point six ans avant qu'il eût le bonheur de voir cet édifice terminé, et d'assister à sa consécration solennelle. Cependant , quelques années après , un tremblement de terre renversa la partie orientale du dôme. La persévérance du même prince lui rendit sa splendeur \ et, dans la trente-sixième année de son règne, il célébra la seconde dédicace du temple , qui , après douze siècles , subsiste encore aujourd'hui comme un superbe monument de sa gloire.
Je ne répéterai pas ici ( car on peut consulter à cet égard beaucoup d'auteurs) (i) la description de la célèbre structure de son dôme aérien soutenu légèrement par des arcades , de ses murs incrustés de marbres , de ses différentes parties admirables par leur grandeur ainsi que leur beauté , et toutes embellies par une riche profusion de jaspes , de
(1) Voyez The history ofthe décline and f ail , etc3 hy Gibbon , vol. IV , p. 91— 96, dont j'ai copié exactement les expressions, quand il parle de Sainte-Sophie. Traduction de Gibbon, t. VII , p. 286.
pierreries et de me'taux précieux. Mais , quoique ce vénérable édifice ( qui exciteroit l'admiration des anciens Grecs, même encore aujourd'hui qu'il a été privé de ses ornenlens les plus périssables, soit par le fanatisme des Turcs , soit par la corrosion du temps) continue à procurer une grande jouissance à la curiosité du voyageur, je crois que généralement on conviendra qu'on aperçoit souvent des défauts frappans dans les combinaisons et les contrastes des parties , et que si Anthémius s'étoit contenté de copier les modèles exquis, qui de son temps ornoient encore les villes de l'Asie mineure et les provinces de la Grèce , il auroit produit un ouvrage tout à la fois plus beau et bien supérieur ; mais il falloit , pour y parvenir , une très-grande délicatesse de goût qui ne pouvoit plus se trouver.
Outre Procope et Agathias , qui dans leurs histoires ont décrit ce qu'ils avoient vu , Paul , silenciaire ou premier secrétaire de Justinien, dans un poème de 1 026 hexamètres, que , pendant les derniers encsenia(i), il lut publiquement à l'empereur , loua également le temple de Sainte-Sophie. Suivant que l'observe Agathias (2) , si quei-
(1) Dora Ceillier, t. XVI, p. 618. Les encaenia, suivant Pitiscus , étoient les cérémonies observées lorsqu'un édifice ou un temple étoient terminés , et qu'on en faisoit la dédicace.
(2) HisU , 1. V ; Bibîioth. grœca , 1. V, c. 5 , t. VI.
qu'un, éloigné de cette scène, veut néanmoins en contempler les différentes parties , qu'il jette les yeux sur ce poème.
§ VIII. Septième siècle.
Il y a peu de choses à dire sur l'état des lettres pendant les règnes des successeurs de Justinien jusqu'à la fin du VIe siècle ; le septième s'ouvrit avec le tyran Phocas, lorsqu'à l'expiration de huit ans Héraclius fut appelé sur le trône impérial. Il régna trente-un ans.
§ IX. État des choses sous Héraclius.
Héraclius se montra un héros dans la guerre de Perse , qui ne finit qu'après une sanglante période de plus de vingt ans , pendant les premiers progrès de laquelle l'empire fut mis sur le Lord de sa ruine par la conquête de ses provinces. Quoique cette guerre prolongée ait été terminée par un triomphe complet remporté sur le puissant Chosroès , elle fut extrêmement funeste non-seulement à la population et à l'agriculture , mais encore aux lettres et aux arts. Toutes les ressources de l'empire furent employées à sa défense ; l'anxiété de sa propre conservation , comme nous l'avons observé par rapport à la chute des royaumes d'Occident , empêcha de se livrer à toute autre pensée ; et les lettres éprouvèrent une perte irréparable
par la destruction des bibliothèques et des moyens généraux de culture de l'esprit. J'ai exprime' mes regrets sur la guerre théologique de Justinien, qui , occupant beaucoup l'attention publique, la détournoit d'objets bien plus importans, quoiqu'il faille convenir que les talens furent exercés , et que les facultés intellectuelles furj>qf excitées et anime'es par les débats de la polémique. Lorsque le goût du jour changea , on put ouvrir de nouveau les volumes remarquables par une littérarature élégante , et il s'ouvrit une nouvelle carrière pour se distinguer. Pendant une guerre qui désoloit l'empire , et qui s'e'tendit même quelquefois jusqu'aux portes de la capitale, et avant que la chaleur de la controverse se fut refroidiej, existoit-il dans l'ordre commun des choses quelque motif qui pût faire espérer de meilleurs jours ?
Après les exploits de six campagnes glorieuses, Héraclius avoit de justes droits à jouir du repos ; mais à cette époque , on le détermina malheureusement , pour aider les desseins d'un parti insidieux , et sous le prétexte de concilier les différends , à épouser une opinion dont l'effet fut de mettre en feu les églises chrétiennes, et cela dans un temps où il s'étoit élevé un nouvel ennemi • dans les sectateurs de Mahomet , qui , lorsque dix-huit ans de l'hégire s'étoient à peine écoulées , avoient fait une irruption terrible dans l'empire.
§ X. Nouvelle controverse.
Pour donner au lecteur, qui n'est pas verse dans l'histoire ecclésiastique, quelques notions ultérieures des questions qui étoient alors agitées , et de Textr^f raffinement de la subtilité grecque , il peut être utile qu'on lui dise 1 ° que dans un concile général tenu à Ephèse en 45 1 , il fut décidé contre Nestorius , qu'il n'y avoit dans le Christ qu'une seule personne ; 2° que, dans un autre concile général tenu à Chalcédoine contre Eutychès , il fut décidé , que dans le même Christ il y avoit deux natures. Mais les nestoriens soutenoient encore, que, si l'on admettoit l'unité de personnes, il s'ensuivoit une unité dans les natures, pendant que les euty chiens prête ndroient toujours au contraire , que , s'il y avoit deux natures , il devoit y avoir deux personnes 5 en reprochant ainsi aux conciles , qu'en condamnant chaque hérésie ils admettoient les opinions respectives des hérésiarques. Si les deux natures , après l'union , restaient réellement distinctes , comment formoient- elles une seule personne? Tel étoit le grand problème dans lequel l'intelUgence des Grecs avoit exercé en vain toutes les forces et toute l'adresse de leurs disputes subtiles, La nature humaine (ils commençoient alors à raisonner ) , quoique distincte de la divine , ne pouvoit-elle pas lui être unie de manière à ne
pas conserver d'action qui lui fût propre , de sorte que le logos fut le seul principe actif, tandis que la volonté humaine e'toit absolument passive, guidée par la volonté' divine, et en recevant l'impulsion comme un instrument dans la main d'un artiste? Il n'y a qu'une seule personne, ils commençoient à raisonner, suivant ce que le concile d'Ephèse avoit décidé ; mais dans une seule personne il ne pouvoit exister qu'un seul principe voulant , qu'un seul déterminant ; une pluralité de pareils principes auroient constitué une pluralité de personnes; par conséquent il n'y a dans Jésus- Christ qu'une seule énergie, qu'une seule action , qu'une seule volonté. Les natures divine et humaine , ainsi que le concile de Chalcédoine l'a déclaré, sont deux à la vérité; mais il ne peut y avoir deux principes agissans , à moins qu'on n'admette deux principes , comme le faisoit Nestorius. Donc la proposition suivante est vraie, a que dans le Christ , après l'union des deux natures, il n'y a qu'une seule volonté et qu'une seule opé= ration. » Et ils concluoient, que cette doctrine, en même temps quelle corrobore les décisions des deux conseils , tendoit nécessairement à réconcilier les parues adverses, ou devoit imposer silence aux reproches que jusqu'alors elles s'étoient faits mutuellement. Les nestoriens ne peuvent dire que nous confondons les natures, parce que nous soutenons qu'elles sont distinctes; et que la nature humaine est subordonnée à la
divine ; et les eutychiens ne peuvent pas dire , que nous établissons deux personnes , parce que , comme il est évident , nous n'admettons qu'un seul principe agissant , une seule opération , une seule volonté.
Ce fut cette doctrine, appele'e monothélitisme , qu'Héraclius épousa , dans des vues de conciliation, et excité à le faire par Sergius, patriarche de Byzance. On ne pouvoit guère se dissimuler sa tendance à l'eutychianisme ; elle fut ensuite adoptée par le patriarche d'Alexandrie, et sur la représentation de Sergius, par 1 evêque de Rome Honorius. Mais l'intention de ce pape, quoiqu'il admît explicitement la doctrine, étoit d'empêcher toutes disputes ultérieures , en adoptant le système d'un silence général. Dans les églises de fondation apostolique , il n'y eut que Sophronius de Jérusalem , qui s'opposa au nouveau dogme. Si ceux qui conseilloient Héraclius eussent été sincères , ils auroient continué de garder le silence qu'ils avoient d'abord recommandé ; mais il est évident que leur but étoit de répandre une doctrine favorite , et de forcer de l'adopter en se servant de l'autorité impériale. Il parut en conséquence un mandat, publié sous le titre d'Ecthesis ou d'exposition , qui en imposant à tous une loi de silence relativement à l'usage de certaines expressions qui déplaisoient ouétoient suspectes , annonçoit le monothélitisme , sans aucune réserve», comme la doctrine de la vérité.
La guerre étant ainsi déclarée , les divers combattans se décidèrent avec ardeur pour un parti , suivant les motifs particuliers qui les y déterminèrent. L'église d'Occident étoit engagée. Les successeurs d'Héraclius , particulièrement son petit-fils Constant , soutinrent les mêmes mesures ; un synode romain fulmina des anathèmes , en même temps qu'il annonça sa foi orthodoxe. Enfin , en 680 , les décisions de Rome furent confirmées par un 6e concile général , assemblé à Constantinople , et protégées par l'empereur régnant Constantin Pogonat , qui avoit abandonné les erreurs de ses pères. Ce concile enveloppa dans la même sentence beaucoup de prélats de l'Orient et l'évêque de Rome Honorius. Il consigna leurs noms à l'exécration. Mais jusqu'au temps où une nouvelle controverse s'éleva au commencement du siècle suivant , ne peut-on pas dire avec justesse que l'esprit grec se trouva délivré de ces abstruses spéculations?
En faisant connoître les motifs qui donnèrent une impulsion si forte à ces recherches , j'ai omis de faire mention de la clôture des écoles de philosophie. Elles avoient fourni une occupation perpétuelle à l'esprit public; mais ce qui avoit été appelé la chaîne d'or de succession , qui lioit ensemble les disciples des modernes platonistes , étoit rompu dans la Syrie , dans la Grèce , ou dans l'Egypte; le geniiiisme étoit complètement renversé, et le manteau du philosophe n'étoit