‹ Histoire littéraire du Maine (volume 2)Chapitre 13 sur 39 · GUILLAUME DE LAMGEY DO BELLAY · texte numérisé non relu

GUILLAUME DE LAMGEY DO BELLAY

Latins , etc., etc. ; œuvre achevée, mais inédite, snivani 1a Croix da Maine : a à quoy, selon du Yerdier, il a?oi't desjà bien travaillé et advancé ; mais prévenu de mort, Vœuvre est restée imparfaicte, et, qui pis est , en ont esté perdus les fragments, o .— 5<> EpUre auroy François I" du nom, lorsqu'il itoit prisonnier en Espagne. — 6^ Epîire d madame la duchesse scbwt de François /*'• Ces deux lettres se trouvaient manuscrites, an témoignage de La Croix du Maine, dans te cabinet de René du Bellay, baron de La Lande. Elles ont été perdues, mais il y en a beaucoup d*autres qui ont été conservées et dont La Croix du Maine ne parle pas. Nous allons ici remplir une lacune qui existe dans les catalogues de du Verdier , de La Croix du Maine et de dom Liron.

Outre les épitres diplomatiques éditées dans les Mémoires de Martin du Bellay^ il n'a été publié que trois lettres de Guill. du Bellay : l'une , adressée à Mélanchthon , citée par Seckendorf , dans sa polémique contre le P. Maimbourg ; les deux autres extraites par Le Grand des manuscrits de Béthune , et insérées parmi les Preuves de F Histoire du Divorce.

Ce qui nous a été conservé des lettres manuscrites de Guill. du Bellay est dispersé dans divers recueils de la bibliothèque du roi. De ces recueils, celui qui en renferme un plus grand nombre appartient à la collection Dapuy et porte le n' 269 ; il s*y trouve environ trentecinq lettres originales , ou missives diplomatiques , de Guill. du Bellay, adressées au roi , au maréchal de Montmorency et au cardinal du Bellay. On ne peut toutes les lire , car celles qui sont à l'adresse du cardinal sont , pour la plupart , intégralement ou partiel- III 8

114 GUaUCllE DE LANGET DU BELLAY.

lemenl écrites ea chiffres. Ces lettres sont des années 1536, 1537 et 1538 ; on y voit le détail des négociations suivies par G. da Bellay avec les princes allemands , et ses embarras financiers dans le Piémont. Un manoscrit provenant de la bibliothèque Coislin , inscrit sous le n* 1832, contient des copies da plus grand nombre de ces lettres.

Cinq manuscrits de la bibliothèque de Béthune, inscriU sous les n*»* 8502, 8511, 8545, 8604 et 8605, renferment encore diverses lettres originales de Guill. du Bellay, adressées au roi , au sieur de Villandry et au maréchal de Montmorency. Oo en lit douze dans le n* 8604, et neuf dans le n* 8605. Elles ne sont pas de la même date que celles de la collection Dupuy, mais des années 1530, 1531, 1532, et concernent, pour la plupart, l'ambassade en Angleterre près de Henri YIU.

Parmi les œuvres de Guillaume du Bellay, du Verdier compte des In$iruction$ $ur le faici de la Guerre , exiraieîes des litres de Polybe , Frontin , Vegéee , Cormaxan^ Machiavel , publiées à Paris , in-4* et in-S*, par H. Vascosan» en 1553; à Lyon , en 1592, in-8, et traduites en italien par Mambrino Roseo, sous ce titre : Délia Disciplina milHare likri ire ; Venise , Borelli , 1571, in-8<». Brantôme parle en ces termes de cet ouvrage : « Le livre qu*a fait M. de Langeay sur Tart militaire le fait connoistre autrement capitaine que ne fait Machiavel , qui est un grand abus de cet homme qui ne sçavoit ce que c*estoit de guerre , etc. • Du Verdier et BraniAme se sont trompés : les Instructions sur le faict de la Guerre ne sont pas de Guill. du Bellay. Mais, s'ils se sont trompés , c'est avec Téditeur

GOlLLiCME DE LANGEY DD BELLAY. 415

de ces Instruciùms, qui les a publiées , en effet, sous le nom de G. du Bellay. Or, Tauteur de ce livre nous apprend quen rannée 1528, étant simple gendarme dans la compagnie du sieur de Negrepelisse, il servit, en Italie , sous le commandement de Lautrec ; il ajoute qu'en 1536, capitaine d'une seule bande de gens de pied , il reçut Tordre d'assister le sieur de Roberval à la saisie du défilé de Saint-Martin de Lucerne. Or, ces détails biographiques ne peuvent s'appliquer à Guill. du Bellay, qui, dès Tannée 1528, occupait une haute position dans les conseils du roi , et qui remplissait , en 1536, les fonctions d'ambassadeur près des Euts d'Allemagne. Au témoignage de La Croix du Maine, qui donnait sa BMiothêque en l'année 1584, Jes Instructions sur le faict de la Guerre , publiées sous le nom de Guill. du Bellay, étaient attribuées par aucuns au connétable Anne de Montmorency ; mais cette attribution est encore moins fondée que toute autre , le connétable n'ayant jamais eu la moindre connaissance ni de la langue de Polybe ni de celle de Yegèce. Dans ses Ties de plusieurs capitaines Fran-fois y publiées en 1643, le baron Pavie de Forquevaulx a réclamé les Instructions sur le faict de la Guerre pour un de ses proches, Rémond de Forquevaulx, de l'antique famille des Beccaria de Pavie. Le gendarme de la compagnie du sieur de Negrepelisse , le capitaine chargé d'occuper, en 1536, levai de St.-Martin, est bien, en effet, ce Rémond de Forquevaulx, et si le manuscrit de ses Instructions fut trouvé dans les papiers de Guill. du Bellay, c'est qu'étant un de ses amis , il lui avait demandé sur cet ouvrage un avis et des conseils. Bayle ayant rapporté ces fiaits d'après le

116 GOILLAOU DE LAMGBf DU BELUT.

baron de FôrcpieTaulx , dont les dires méritent ici tonte confiance, nonsne comprenons pas que HH. Peignot (1 ) et Benchot (2) aient de nouveau mis les Initruc-^ tiam iur le faid de la Guerre au nombre des ouvrages laissés par Guill. du Bellay.

Quelques mots maintenant sur les œuvres poétiques de Guill. du Bellay. La Croii du Haine lui attribue plusieurs Dialogues 9 Epigrammes , Elégies , Sylves, Epistrès, sur les événements contemporains: ces poèmes ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Nous ne connaissons pas non plus les Poésies françoises , amoureuses ei autres, qu'il composa , dit-on , dans sa jeunesse. Nous n'avons de Guill. du Bellay d'autres vers que ceui qu'il fit publier» chez Gilles de Gourmont, in-4®, sans date» sous ce titre : Peregrinatio humana: item de beaiœ Virginie Mariœ nativiîaîe Elegia, etc.» etc.» et qu'il appelle lui-même» dans sa dédicace à Louis de Bourbon, c les prémisses de son petit esprit» ingenioli metprtmtltos. » Le poème qui a pour titre Peregrinatio humana, est le plus considérable de ceux que contient le volume. On y trouve des vers bien tournés » mais un plus grand nombre de médiocres. Le passage le plus remarquable de cette complainte en trois chants sur la destinée humaine » est le récit des infortunes de saint Eustache et de ses enfants. Du Bellay raconte encore plusieurs autres de ces légendes » entre autres celle de Théophile , si célèbre dans le moyen Age :

Theophilas raounot qanm forte ambiret honores , Omine se msgicas I»to eonvertit ad arlet ,

(1) Diitionnairt historique,

(2) Biographie mnirmellt*

JEAN DU BELUT. 117

Catho]icaiD<iae miser legem sanctomque negarit Chrisma , sed optatum proyectas ad usqne cacumea lafandum noTit facinus scelerisque poposcit Patrati veniam. Tum deliquisse fatenti Omnipotens Chris tus , génitrice precante , pepercit.

Cette citation, si courte qu'elle soit , suffit pour faire comprendre que si Guillaume du Bellay a laissé la renommée d*uo habile diplomate , d'un orateur éloquent et d'un historien recommandable , on ne saurait le placer, parmi les poètes , qu'au rang le plus humble.

DD BELLAY (jeaw).

JEAN BU BELLAY, né au château de Glatigny, vers Tannée 1492, frère putné de Guillaume, entra dans les ordres moins pour obéir à une vocation secrète que pour se conformer à Tusage. C'était un homme ûer, impétueux, remuant, qui eût mieux porté l'épée que la crosse épiscopale ; mais il devait céder à son frère aine le droit et l'honneur de représenter dans les camps la noble race des du Bellay. Arrivant à la cour avec l'habit ecclésiastique, jeune, bien appris et jaloux de parvenir, Jean du Bellay fut bientôt dans les bonnes grâces de François I*', et son frère osa réclamer pour lui , dès l'abord, un des plus hauts emplois de l'Église : mais il avait si peu d'inclination pour le sacerdoce, son naturel ardent protestait avec tant d'énergie contre la rigueur des vœux ecclésiastiques, qu'il était bien difficile d'obtenir de lui même le simple respect des

il8 JEAN DU BCIXAT.

coDTenaocM. Cependant, depuis qu'en France les rois nommaient aux éTécbés , les anciennes prescriptions étaient bien tombées en désuétude ; on n^exigeait plus d*un candidat aux fonctions épiscopales que la régularité constante de ses mœurs fût attestée par la voix du peuple et par celle des clercs : quelle que fftt donc la mondanité de ses goAts et de ses habitudes , Jean du Bellay fut, en l'année 1526, placé par le roi sur le siège de Bajonne (i). Personne n'étant moins disposé que ce gentilhomme à subir la contrainte des régies canoniques, il accepta volontiers tous les privilèges, mais non pas toutes les obligations du ministère épiscopal ; pour ce qui regarde la résidence , 3 ne quitu pas la cour, et, suivant la coutume des prélats de bonne maison , il employa les revenus de son évéché à faire noble figure dans les antichambres de Fontainebleau.

Au mois de septembre 1527, le maréchal de Montmorency , Jean Brinon , premier président du parlement de Normandie, d'Humières et le nouvel évéque dé Bayonne furent envoyés ambassadeurs en Angleterre. Leurs lettres de créance sont du 25 septembre (2); au mois d'octobre , ils étaient rendus i Londres. On se demande quelle mission allait remplir un évéque , un héritier du pallium apostolique , près de Henri VIII séparé de Catherine d* Aragon et manifestant le dessein d*élever jusqu'au trftne la fille d'une de ses premières maltresses, sa propre fille peut-être, qui, par son libertinage précoce, avait acquis déjà, sur les deux

(1) Gallia ehristiana, 1. 1 , col. 1320.

(2) Ces lettres se trouTent lui minascrits de la bibliothèque du roi , dâos le MS. de Bëthuoe qui porte le n* S506 , et deni les JVtHTM de Mltffotrt du Dirorre , de Le Grand , p. 13.

rives de la Manche, une triste bélébrité. Tràs-prompt à composer avec ses devoirs épiscopanx , lorsqu'il s'agissait d*un intérêt grave » l'évéque de Bayonne allait à la cour de Henri VIII n'ayant aucun parti pris sur l'ailaire du divorce , mais prêt à tout faire , à tout dire, suivant les circonstances » pour maintenir en bon accord les deux rois unis contre Charles Y. Le maréchal de Montmorency ne séjourna pas longtemps en Angleterre 9 et y comme il était chef de l'ambassade , Jean du Bellay lui envoya de Londres les rapports les plus étendus et les plus curieux sur Tétat des affaires. La bibliothèque du roi possède toute cette correspondance. La première lettre de Jean du Bellay au maréchal de Montmorency est du 2 janvier 1528. Il lui écrivait le 9 du même mois :

Une des filles de chambra , Monseigneur, de Mademoiselle de Bonlan , se trouya mardj actainte de la suée ; à grant baste le roy deslogea et alla à douze miles d4cy ; et m*a-t-on dict que la damoyselle fut enroyée pour le suspect au viconte son frëro , qui est en Cainet (1). Jusques icy, Monseigneur, Tamour n'a point prins de diminution. Je ne scay si Tabsence , ayec les difficultez de Rome , pourroyt engendrer quelque chose. Ce mal de suée dont je parle, c'est , Monseigneur, une maladie qui est surrenuë icy depuis quatre jours , la plus aisée du monde pour mourir. On a ung peu de mal de teste et de cueur ; souldain on se met à tuer , il ne fanlt point de médecin , car qui se descouvre le moins du monde ou qui se couvre ung peu trop , en quatre heures , aulcunes fois en deux ou troys , on est dépesché sans languir.... Hier, estant allé pour jurer à la trefve , on les veoyt dru comme ■lousches se jetter des rues et des boutiques dedans les maisons • prendra la suée incontinent que le mal les prenoyt. Je trouvay

(1) Le pays de Kent.

liO JEAN DU BELLIT.

rambassadeiir de liilan sorUot & grant basie de soo logis, povr ce que deox ou troys sottldainement en estoient prins. S'il fauldra, liooseigoeur, que tous lee ambassadeurs en ajent leur part , au moins en mon endroict n'aurez-vous pas gaigné Yostre cause , car TOUS ne pourrez vous Tenter que m'ayez faict mourir de faim , et d*aTantage le roy aura gaigné neuf rooys de mon service qui ne luy auront rien cousté ; ce ne luy aura esté fait peu de pronffict. Par Dieu de paradis ! Monseigneur, quant la suée et la •uerye me viendra Teoir, et qu*il me fauldra passer la carrière et la suée , je n'y auray pas si grant regret que ceulz qui sont plus à leur aise que moy Mais Dieu les y maintienne [1)1

On voit, dans cette lettre» qno , dès le mois de jaayier de Tannée 1528, J. du Bellay désespérait déjà de la cause de Catherine d* Aragon , mais que cette affaire le touchait peu 9 moins que la suette, moins que l'état de êes finances. On devait lui compter quinze livres par jour (2), somme insuffisante puisqu'il ne dépensait pas moins de quatre cents écus par mois en vins de toute espèce (S), et encore ne lui envoyait-on pas les termes échus de ses appointements. Dans la pitoyable situation où se trouvait alors le trésor public , François I*** avait converti le plus grand nombre des charges ecclésiastiques en autant de sinécures dont il attribuait les revenus à ses ministres 9 i ses ambassadeurs » clercs ou laïques , et même à ses portes et à ses courtisans ; mais comme les deniers des bénéficiaires devaient d*abord passer par les mains de leurs suppléants » de leurs économes et de leurs banquiers » ils n'en recevaient»

(1) MSS. de Béthune, et Le Grand. Preuttt d# l'Hùi, dm Divorce.

(3) Lettre du 27 nov.. dans Le Grand.

.3) Lettre du 21 juilM

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AJS I

429 JEAN DU BElXiT.

fi*avoit esté ; en Cainel est i ceste heure fort. Mademoiselle de Boulan et son père ont sné, mais sont escbapex. Le jour que je snay , chez M. de Gantorbery en mourut dix-huit en quatre heures : ce jour*là ne 8*en saulva guères que moy , qui n*en suis pas encore bien ferme; le roy s'est eslongné plus qu*il n'estoit, et espère qu*il n*en sera nul mal.... a La fin de cette lettre contient encore une très-vive requête, et c*est toujours de Targent que demande Jean du Bellay. On lui répon* dit par le même silence, car le 27 novembre» c'est-idire après un an passé de séjour à Londres , il n'avait pas encore touché le premier écu de ses gages. C'est alors qu'il prit parti de venir les réclamer en personne, et on le vit i la cour de Fontainebleau dans les premiers mois de l'année 1529 ; mais il n'y séjourna pas longtemps , puisque , le 2 mai , il était de retour à Boulogne 9 attendant le navire qui devait le transporter i Douvres. Il arrivait à Londres le 22 de ce mois.

Avait*il obtenu » dans ce voyage, ce qu'il était venu solliciter, ce qu'il semblait avoir plus i cœur que tout le reste , le règlement de ses comptes avec le trésor royal ? Rien ne l'indique ; mais comme nous le voyons, de retour i Londres , parler de ses vignes de Saint- Cloud , nous supposons que , touché de ses remontrances , le roi lui avait abandonné les revenus de ce fief ecclésiastique , compensation bien insuffisante , comme J« du Bellay ne tarda pas à le déclarer au maréchal de Montmorency : « A dire vray, les jardins de Saint^Clou ne sont bien asseï en perfection , s'ils ne sont accompagnez de la garenne de Saint-Mor (t). a

1; Lattre du i «vtobre . dans Le Grand.

SEl^ DC BELLAY. 123

Le roi, qoî Taimait et avait besoin de lai, lui donna bientAt cette baronnie de Saint-Maur qu'il convoitait avec tant d'ardeur.

Jusqu'à la fin de Tannée 1528, Jean du Bellay demeura près du roi d'Angleterre qui déjà l'avait adopté pour son confident. Il était de tontes les fêtes que le roi donnait en l'honneur de sa maîtresse. Aussi , quand il fut question du divorce , le pressa-t-on de donner son avis sur cette affoire délicate. Il se garda bien de l'examiner en canoniste, et répondit , en courtisan, que le royal amant de la marquise de Pembrock n'avait pas à s'inquiéter des scrupules de la cour de Rome (1). Ce fut un conseil qu'Henri YIII n'oublia pas. Dans les premiers mois de l'année 1529, Jean du Bellay vint en France. Il était à Blaye le 6 mars, le 17 juin à Bor^ deaux et, le 15 août, à Paris, quand son frère atné partait pour l'Angleterre avec les articles du traité de Cambray. Tous les historiens disent quelle part Jean du Bellay prit alors à la fondation du Collège de France. Plein de zèle pour tout ce qui pouvait contribuer à la gloire des lettres françaises , il appuya de toute son influence les démarches déjà faites au sujet de cet établissement par le célèbre Guillaume Budée , et ils obtinrent enfin les lettres patentes qui constituèrent le Collège Royal , en l'année 1530.

Vers le mois de juin de l'année 1532, Jean du Bellay accompagnait en Angleterre son frère Guillaume. Ils allaient tout préparer pour l'entrevue de Calais. Une lettre de l'évéque de Bayonne , du 22 juillet 1532^ con

(1; J. Liogard, Uisî. d*Àngl, t. m, p. 172 de la lrad.de M. LéondoWaillv.

424 JEAN DU BBLUT.

tient les plus intéressants détails sur cette négociation. Nous lisons dans cette lettre , qui est à l'adresse du maréchal de Montmorency :

MOTISKIGNBCR ,

Je scay véritablemeot et de bon lieu que le plus grant plaisir que le roy pourroit faire au roy son frère et à Madame Anne , c*e8t que le dit seigneur m'escripTe que le requière le rojr son dit frère qu*il Teiiille mener la dicte dame Anne avec luy à Callais , pour la veoir et pour la festoyer, alDn qu*il8 ne demeurent ensemble sans compaignie de dames , pour ce que les bonnes cbères en sont tousjours meilleures. Mais il fauldroit que , en pareil cas, le roy menast la royne de Navarre à Boullongne pour festoyer le roy d'Angleterre. Je ne vous escriray de là oh cela vient, car j*ay fait serment.... Quant à la royne, pour riens ce roy ne vouldroit qu*elle vint. 11 baït cest babillemeot à Tespaignolle tant qu'il luy semble veoir un diable.

Ainsi 9 même avant la célébration de son mariage secret avec Anne de Boleyn , Henri VIII désirait la présenter à François I*' dans une circonstance solennelle , et il avait chargé Tévéque de Bayonne de confier discrètement ce désir i la cour de France. On voit» du reste 9 que celui-ci était homme à remplir, sans aucun trouble de conscience» l'étrange commission qui lui avait été donnée. Il n'était pas seulement lami du roi , il était encore un des ftimiliers de sa maltresse. Il faut Tcntendre raconter , avec son abandon habituel , en quels termes il vivait , à Londres » avec ce couple abhorré par TËglise et parle peuple d'Angleterre. Voici un autre fragment de la lettre du 22 juillet :

lElN DU BELLAY. iââ

IIONSBIGREUR,

11 me semble que je De ferois un homme de bien , si je yous cellois la bonne chère que ce roy et toute la compaignie m*a faict, et la privaulté dont il use enyers moy. Tout du long du jour je suis seul à seul avec luy à la chasse , là où il me compte prirément de tous ses affaires , prenant autant de peine à me youloir donner plaisir en sa chasse comme si je feusse un bien grant personnaige. Quelquefois il nous mect, Madame Anne et moy, ayec chacun son arbaleste pour actendre les daings à passer, comme yous entendez leur façon de chasser. Quelqu'autrefois sommes , elle et moy, tous seuls en quelque auUre lieu pour yeoir courir les daings ; et comme nous arriyons en quelque maison des siennes , il n*est pas si-tost descendu qu'il ne me yeiiille monstrer et ce qu'il a fait et ce qu'il yeult faire. Geste dicte dame Anne m'a faict présent de robbe de chasse , chappeau , trompe et léyrier. Ce que je vous escripts , Monseigneur, n'est pas pour TOUS cuider persuader que je soye si honneste homme que je doyye estre tant aymé des dames , mais affin que yous cognoissiez comment l'amitié de ce roy s'accroist et continue ayec le loy (1).

On nous épargne de commenter cette lettre. Poor foire cojinattre Jean du Bellay, il suffit de le laisser parler de lui-même. Que Ton nous permette, toutefois , de placer ici ce que Gargantua nous apprend du célèbre frère Jean des Enlommeures : a Chascun le soubhaite en sa compaîgnye. Il n'est point biguot, il n'est point dessiré ( déchiré, misérable, gueux ); il est honneste, joyeulx, délibéré, bon compaignon. Il travaille, il laboure , il deSend les opprimez , il conforte les

(1) MSS. de Béthune , n« 8528, et dans L^Grand.

126 JEin DU BELLAY.

affliges , il subvient aux souffreteux » il guarde le clous deTabbaye. — Je foys, dist le moyne» bien dadvantaige. Car en dépeschant nos matines et anniversaires au cueur, ensemble je foys des chordcs d'arbaleste, je polyz des matras et guarrotz, je foys des retz et des poches à prendre les connins. Jamais je ne suys oisif. » Or quel est» suivant les interprètes de Rabelais, le véritable frère Jean ? Quel est le prototype de ce rude compère » qui , sous le froc du moine » n*a pas moins les allures que les mœurs d*un gendarme 7 On s*accorde i nous dire que Tauteur de Pt^fUagruelt recherché par Jean du Bellay, admis à la table de ce prélat trèspeu scrupuleux dans le choix de ses familiers, l'a fait paraître en scène , dans son roman , sous le nom de frère Jean des Entommeures. Qu'en faut-il croire? Il est incontestable que l'évoque et le moine ont de commun autre chose que le nom : ils ont Tun et Tautre l'humeur gaie, le cœur brave, et ne s'inquiètent guère plus l'un que l'autre des versets que l'on chante an chœur, tandis qu'ils préparent leurs engins de chasse ou de guerre. Oui , sans doute , ils se ressemblent , autant qu'une bouflbnne caricature est l'image fidèle de la réalité. Encore, oserait-on dire que l'évéquede Bayonne, vêtu d'une robe de chasse, ayant sur sa tète le chapeau retroussé, sur ses épaules la trompe aux joyeuses fanfares, à ses cAtés le lévrier au pied rapide, et poursuivant le dain , dans un bois de Windsor, avec la digne maîtresse du plus effronté libertin de la cour d'Angleterre, ait joué, sous ce costume, en ce lieu , dans cette compagnie, un personnage moins burlesque, moins facétieux, moins profane, que notre frère Jean vidant les pots ou devisant avec Panurge sur les in •

JEAK DU BELLAY. 4S7

convénients du mariage? Mais fermons ici cette parenthèse, et continuons notre récit. «

Deux mois après aToir écrit l'étrange épitre que nous venons de reproduire » Jean du Bellay était de retour en France. François de Poncber, qui avait reçu révéché de Paris des mains do son oncle Etienne, sous forme de résignation , était mort le 12 septembre, et le roi, voulant donner au conseiller intime de Henri VIII une preuve éclatante de son affection et de sa reconnaissance, l'avait appelé , dès le 20 septembre, à la possession de ce riche bénéfice. Il conserva , suivant Tusage, Tévéché deBayonne, et n'attendit pas même les bulles dû pape pour s'établir dansFévéché de Paris. Ces bulles ne lui furent remises qu'au cours de l'année suivante, car elles portent la date du 2 mai 1533, et le roi ne les confirma que le !«' octobre 1534. A cette époque, il y avait un an déjà qu'il acquittait, avec les revenus de l'évéque de Paris, les dettes de l'ambassadeur près le roi d'Angleterre. Un de ses premiers soins fut de /aire joindre l'abbaye de Saint-Maur à la manse de l'évéque de Paris, dont les revenus, dit-il, étaient insuffisants : il obtint cette faveur de Clément YI^, au mois de juin 1533 (1). Il y avait six cent soixante-cinq ans que le célèbre monastère de Saint-Haur était gou- ^ verné par des abbés réguliers; il possédait vingt-trois bénéfices, dans Tarchevèché de Sens et dans les évéchés de Chartres, de Paris et de Meaux : c'était une grande affaire que de confisquer ce riche domaine, et de le convertir en un doyenné épiscopal. François l^, adhérant aux motifs allégués par l'évéque de Paris,

(I) GaUia ehriU., t. Tll , coll. 160.

12^ ICAN DU BELLiT.

avait lui-même appuyé sa requête auprès du saintsiège. Les moines murmurèrent , mais on ne les écouta pas (1).

Au mois d'octobre de cette année 1533, J. du Bellay se rendait à Marseille» avec la cour, pour assister à Ten* trevue de Clément VU et de François I«r. Il ne devait pas remplir un rôle actif dans cette cétèbre conférence ; mais un incident fort singulier l'appela sur la scène pour occuper l'emploi d*autrui. Le 4 octobre , parut en vue de Marseille la flotte qui portait le pape et ses cardinaux ; le maréchal de Montmorency les reçut dans un des faubourgs de la ville, et il fut convenu que la cérémonie de la réception aurait lieu le lendemain. C'était le président Poyet qui devait haranguer le saintpère ; mais comme ce personnage ne s'exprimait pas fticilement et correctement dans la langue de Cicéron, il avait fait composer un discours latin du plus bel effet par quelque docteur émérite, et n'avait pas sans beaucoup de peine conflé à sa mémoire une longue série de phrases sonores qu'il entendait à demi. Quel fiit donc son embarras, quand il apprit que le pape, voûtant demeurer en de bons termes avec l'empereur et les princes alliés à la cause de l'Empire , avait chargé son maître des cérémonies de faire entendre sur quels points itnelui convenait pas d'être entretenu * publiquement par l'orateur du roi de France. Toute la harangue du président était à refaire. Il prit un détour pour dissimuler sa déconvenue, et, s'étant rendu précipitamment auprès du roi, il lui dit que le pape, ne roulant entendre parler que des affaires de la religion,

[\] Le ThéàlTi d€$ Àntiq, de Parti, d% du Breul , p. 1179.

JEA?( DU BELLAY. 129

il convenait mieux de lui donner pour interlocuteur , dans cette circonstance, un évéque qu*un président. On le comprit, et Jean du Bellay fut chargé de faire à la bâte le discours officiel ; si bref que fut ce discours, tout le monde admira la facilité , la présence d*esprit ^t réioquence de Tévéque de Paris (1). Il a été publié par les frères Sainte-Marthe (2).

Avant de quitter Marseille, le pape avait promis à François P' d*agir avec ménagement , pendant quelque temps encore, à Tégard du roi d'Angleterre et de suspendre l'exécution des menaces dont celui-ci paraissait , d'ailleurs , s'inquiéter peu. Aussitôt après la rupture de la conférence de Marseille, Jean du Bellay se rendît en Angleterre et fit tous ses effo;rts pour tempérer le ressentiment de Henri VIII. Il lui représenta qu'il valait mieux entrer en accommodement avec la cour de Rome que l'irriter par des coups d'État; qu'il s'agissait uniquement d'envoyer des députés à Clément VU, de produire pièces sur pièces à l'appui du divorce, et de traîner ainsi l'affaire en longueur; que ce gage de déférence devait être favorablement accueilli par le saint-siége et compromettrait la cause de Catherine d'Aragon. Quelle que fût sa violence naturelle, quels que fussent ses griefs contre la cour de Rome , Henri YIII se laissa persuader par l'évéque de Paris, et le pria d'aller lui-même à Rome faire au pape des propositions d'accord. Malgré la rigueur de la saison { on était aux approches de Noël ) du Bellay traversa

(1) Mémoires de Martin du Bellay % t. ii , p. 279. — Montaigne , Essais, Ht. I, cbap. 10.

(2) Gallia christiana , t. vu, coll. 161.

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