‹ Histoire littéraire du Maine (volume 2)Chapitre 14 sur 39 · III Q · texte numérisé non relu

III Q

450 JBin DC BELLAY.

le détroit, et coonit eo Italie. Lee cardinaux étant assemblés, il prit devant eux la défense du roi, leur déclara que ce prince n*était animé d*aucun sentiment hostile à Tégard de la cour romaine , et les exhorta ▼ivement à prévenir par de bons procédés le scandale d'une rupture qui devait consterner la chrétienté tout entière. Ces remontrances furent écoutées : on prit rengagement de suspendre, jusqu'au 23 mars, le jugement des actes de Henri VIII. Mais, en l'absence de révéque de Paris, ce prince n* avait pour conseillers que les parents et les courtisans d'Anne de Boleyn ; négligeant donc de mettre à profit le délai qui lui était accordé , il manifesta , plus fermement qu'il ne l'avait fait encore, la volonté de rompre avec l'Église de Rome; et, le 23 mars 1534, la sentence d'excommunication fut prononcée contre Tadultère époux do Catherine d'Aragon, à la majorité de 19 voix contre 3. Du Bellay n'ayant reçu de Londres aucune dépêche, aucune nouvelle , avait de nouveau sollicité , mais n'avait pu , cette fois , obtenir un sursis de quelques jours (1).

La malheureuse issue de cette négociation ne compromit en rien Tévéque de Paris près de la cour romaine. Clément VII lui témoigna souvent qu'il eût été plus sage de retarder encore la conclusion de cette déplorable affsire , mais que les agents de VEspagne et de l'Autriche avaient entraîné la majorité des cardinaux. Bien placé dans la confiance de Clément VII, Jean du Bellay ne fut pas moins considéré de Paul III,

(1) Lingard, Bitt. d'Àngl, p. 221 et suiv. — Mémairti é$ Jforrm du Bellay, t. Il , p. 390 et sotv. — Fleary, BUt, êccL , lit. CXXXIV.

JEAN DU BELLAY. ISi

qui le nomma cardinal-prêtre , au titre de Sainte- Cécile, le 21 mai 1535 (!]. Il y avait longtemps déjà qu'on lai avait promis le chapeau, mais on avait jusqu'alors ajourné l'exécution de cette promesse. Dans une de ses lettres qui porte la date du 9 janvier 1534 (2], il se plaint vivement de n'avoir pas été compris dans la dernière promotion. Et à qui cette plainte est-elle adressée? au pape lui-même. Jean du Bellay le prenait sur ce ton avec toutes les puissances.

n était de retour en France, à Paris, quand, en l'année 1536, François !•' se rendit dans la Provence, menacée par les armes impériales. Connaissant l'hu* mcur du cardinal, et sachant qu'on ne pouvait pas moins compter sur son aptitude à commander une garnison que sur l'énergie de son caractère, François lui confia la garde de Paris, et lui donna le titre de lieutenantgénéral des provinces de Picardie et de Champagne. Jean du Bellay ne refusa ni ce titre ni cet emploi : les circonstances exigeaient que chacun s'employât de tous ses moyens à secourir la patrie menacée. Quand l'arrivée des bandes ennemies sous les murs de Péronne vint jeter l'épouvante dans tous les esprits, l'évêque de Paris se montra le premier citoyen de cette ville :

Regai dubiis hisce tumultibus,

Quos flagrans Garoli Cssaris excitai In Francos odiumque et yiolentia Et yindex animi insania lividi ,

(1) Il le fut ensuite aux titres de Saint-Vital , de Saint-Pierreaux-Liens , de Saint-Adrien et de Saint-Ghrysogone.

&) MSS. de la biblioth. du roi , fonds Dapuy, n<* 209.

132 JEAN DU BELUT.

Ostendis procercm te mtiiiorabUeni Cedenlem eiimio robore neniioi Terrorum et jaculis iœpenetrabilem (1).

Ayant d'abord réuni le pré?ôl des marchands et les échevins, il leur 6t comprendre que la prise de Péronne devait avoir pour conséquence inévitable le siège de Paris. Il fallait donc se préparer à recevoir prochainement les troupes impériales , et , si faire se pouvait » à leur donner bonne chasse. Les magistrats municipaux s'engagèrent à mettre sur pied une armée de dix mille hommes, à fournir les munitions de guerre avec un train d'artillerie et à soudoyer cinquante mille pionniers que l'on envoya sur-le-champ travailler aux fortifications de la ville. Les vivres manquaient : le cardinal fit partir, dans toutes les directions, d'actifs émissaires qui allèrent réclamer au nom du roi, chez tous les fermiers de rile-de-Franco, le tiers des grains entassés dans leurs greniers ; en huit jours , la ville fut approvisionnée, et les Parisiens, encouragés par l'exemple de leur évéque, attendirent , pour se porter aux ramparts , la nouvelle de la prise de Péronne. Hais Péronne fut vaillamment défendue , et , battu sous les murs de cette place , le comte de Nassau fit une prompte retraite (2).

Le roi loua beaucoup la conduite héroïque de l'évéque de Paris. Lorsque, Tannée suivante, il prit le

(1) Salœonis Macrini H^mni, lib. I , hjmn. 1.

(2) Mémoires de Martin du Bellay, t. iv, p. 217 et suiv. En lisant CCS détails sur la défonsc do Paris par jcau du Bellay, no se rappel Ic-t-on p«is , sans le secours des annotateurs do Pffitagrutl, les exploiis de frèro Jean ei terminant arec un bâton de croii les ennemis qui rarageaient le clos de Tabbare de Sérillé?

parti de traverser les Alpes avec son armée , il partagea Vadministration da royaume entre Charles , dnc d'Orléans, le duc de Guise et Henri, roi de Navarre , et donna pour conseil au duc d'Orléans le cardinal du Bellay (1). Quels que fussent les embarras de la situation , Jean du Bellay sut administrer le diocèse de Paris, contrôler de loin la gestion financière de Tévéché de Bayonne , et gouverner l'Ile de France, sous le nom du duc d'Orléans, sans se sentir accablé par le poids des aiFaires. Il trouvait même assez de loisir pour passer aux champs, dans son château de Saint-Maur, des semaines, des mois entiers. C'étaient ses vacances, et il les employait bien , non pas en évèque , mais en gentilhomme. Il n'aimait ni les cartes, ni les spectacles, ni les danses, aucun des passe-temps recherchés par les esprits paresseux; il dédaignait même , dit-on (mais c'est un de ses flatteurs qui dit cela], d'appeler à ses fêtes de Saint-Maur cet aimable troupeau de nobles courtisanes qui étaient l'ornement de la cour de François I*' :

Quœnam transigitur digaa per otia Hœc secura quies , optime pontifex , Mauri ad cœlitis œdem Indtdget quam tibi Deus?

Non ludo ancipitis conterîs alœ Tempus , non choreis , irrevocabilo , Nec te putrida mollit Blandis illecebris Venus .

Nec capiunt

te fabulaa ,

(l) Mémoires de Martin du Belhy^ t. iv, p. 365.

454 iBATi DO BEtXAÎ.

El qa» plarima mimi Effundoiit jocultria ;

maifl il employait volontiers son temps à chasser à coarre dans ses riches garennes,

Loporos ctomn

Vexas alile cnrsu (1) ;

à lire les vieux poètes, i faire des vers; ou bien encore » et c'était une de ses principales occupations , à greifer ses rosiers , à tailler ses arbres fruitiers , à semer des graines nouvelles en France, qu'il avait acquises i grands frais de divers voyageurs. Le soir, une société nombreuse se réunissait au château. Curieux de la bonne chère, le cardinal traitait honorablement ses conviés. C'étaient les poètes en renom , qui tous s'accordaient à le nommer leur Uécéne; c'étaient ses familiers, ses amis, Michel de LHospiul , qui avait déjà, dans les chambres du Parlement, la renommée d'un grand jurisconsulte, et le docte André Tiraqueau, qui joignait au savoir l'expérience acquise par les années (2] ; c'étaient les principaux officiers civils de la provbce de Paris , les hauts fonctionnaires de Tévéché, et une foule de jeunes gens de qualité, entre lesquels on remarquait le cadet d'une maison de la Bresse, gentilhomme de grande espérance , nommé Gaspard de Coligny. Rien n'était brillant comme les réunions de Saint-Maur.

Puisque nous venons de parler de la vie privée de

(1) Salmonis Maenni, 0dm, lib. III.

(2) Daos une ode , publiée par Salnon Macria, Àd aamoi qui M ItmnH lolisiM ottupêto Miuranl.

Jean du Bellay, de ses habitudes , de ses goûts, de ses mœurs » c'est ici que nous devons enfin aborder une question grave , délicate , à l'occasion de laquelle nous avons fait plus d'une recherche vaine. On lit dans un chapitre de Brantôme : a J'ay ouï raconter à une dame de grande qualité et ancienne, que feu M. le cardinal du Bellay avait espousé , étant évesque et cardinal , Madame de Chastillon et est mort marié. Et le disoit sur un propos qu'elle tenoit à M. de Manne, Provençal, de la maison de Seulal et évéque de Fréjus, lequel avoit suivi l'espace de quinze ans en la cour de Rome ledit cardinal et avoit été de ses privés protonotaires : et, venant à parler dudit cardinal, elle lui demanda s'il ne lui avoit jamais dit et confessé qu'il fftt marié. Qui fut étonné, ce fut M. de Manne de telle demande. Il est encore vivant , qui pourra dire si je mens , car j'y étois. Il respondit que jamais il n'en avoit ou! parler, ny à lui ny à d*autres. — Or, je vous l'apprends donc, dit-elle, car il n'y a rien de si vrai qu'il a été marié et est mort marié réellement avec ladite dame de Chastillon (1). 9 Tel est le récit de Brantôme. Qu'en faut-il croire? Pour ne pas émettre une opinion témé-raire sur un fait aussi problématique , devons-nous dire simplement que les habitudes peu rigides de Jean du Bellay purent autoriser et même accréditer diverses hypothèses de cette nature , qui, les unes et les autres, manquaient de fondement? Si pourtant Jean du Bellay étant évéque , étant cardinal , avait recherché , sans l'obtenir, la main de quelque autre dame que la veuve du sieur de Chàtillon , et si ce fait singulier nous était

(1) Dames galantes, 1. 11.

iS6 JEAN DC BBLLiT.

attesté par un témoin irrécosable» on pourrait accepter comme vraie « ou, du moins, comme yraisemblable lanecdote racontée par BrantAme. Or, au nombre des lettres manuscrites de Guillaume du Bellay, que contient le numéro 269 de la collection Dupuj , il en est une qui est conçue dans ces termes :

De la Caste 'Saint-Ànâré , jeudi taint 1537.

Mon Frkrr ,

Depuis la response que je tous fis à la longue lettre que m'arci escripte , j^ay parle à Monsieur de Laval des tors et eutreprinses que TOUS font ses ofilciers, qui me promit de y mettre tOt ordre , que j'en demoureray cooteot , remettant k la Tonuo do M. de Cha8toaubr}'ant , qui s'attend icy aprèb la feste, de y mettre une conclusion. Mais, depuis , j*ay sceu par un gentilhomme du Poictou qu*un sien Toisin , qu'il m*a nommé , 50 Tante que tous luy faictes grande poursuitto d'aroir sa fille en mariage , di^^ant que il no tient que k quelque argent comptant , aussi qu'il no Teut assez bailler de terre, que non soyez d'accord ensemble. Vous scaTez , mon frère , que ce ne sont les derniers propos que TOUS me tinstea , et trouTe bien estrange que me mettez en peine de demander tu roy des bénéfices pour tous , ce qu*avez faict n*a pas encore quinze jours , et ai racation (ust escbeutte , tous en aTiez un de plus de deux mille liTrcs de rente, et ccpen* dant ]*aille rocepvoir cette honte et morquerie que j*aye pourchassi^ des bénéfices pour homme marié , qui ne seroit tel contentement envers luy que TOUS pouTCZ penser. Voyant cela , je me suis délibéré do tous en demander la Térité , et attendant Tostrc res< ponce ne me rocsler d'affaire qu* ayez , non plus que je (crois pour le plus grand onnomy que j'aye en ce monde : car entendez que \h où fiTÏcz rc qur de^su^ , je vous tioudrois À janMi<i pour autre. .\u?di , au (^mtfairo, lii '»ù w^u*^ nu: u»'ndrez \ostre pnrolle et me

JEiN DU BELLAY. 137

donnerez à connoistrc par eflecl que ne vous serez mocqué de moy, TOUS ne tronyerez en ce monde tel amy, ni qui plus ayt Tos affaires en recommandation que moy.

Cette lettre est-elle bien de Guillaume du Bellay? elle n'est pas originale et ne porte aucune signature ; mais Dupuy n'a pu la mettre au nombre des lettres de Guillaume sans y être autorisé par des motifs suffisants. Elle a d'ailleurs été copiée par la même main que plusieurs autres lettres du même recueil » qui ne peuvent être que de Guillaume et auxquelles sa signature manque pareillement. Mais auquel de ses frères Guillaume a-t-il adressé cette missive curieuse? Le copiste ne nous l'apprend pas. Est-ce à Martin du Bellay? en cette année 1537» il commandait, dans le nord, une compagnie de chevau-légers, et s'occupait de toute autre chose que de solliciter des bénéfices. Est-ce à Louis du Bellay? il était chevalier de Malte , et dés sa jeunesse, dès sa dixième année, il avait été transporté loin du sol natal (!]. Est-ce à Bené du Bellay? depuis Tannée 1535, il occupait le siège épiscopaldu Mans. Est-ce enfin à Jean du Bellay? nous n'émettons pas nous-méme cette hypothèse, mais nous ne pouvons ne pas tenir compte d'un renseignement qui nous est fourni par un autre manuscrit de la bibliothèque du roi. Dans ce manuscrit, inscrit sous le n"» 1832 , provenant de la bibliothèque Seguier ou Coislin, se trouve une seconde copie de la lettre qui nous cause tant d'embarras. Or , voici ce qu'il y a de remarquable dans cette copie : à défaut de signature.

(1) Voir une IcUre de Jean du Bellay, citée précédemment, Hitt. lift, du Haine, t. III , p. 73.

158 JEAN W BCLLAT.

elle porte an titre» et ce titre désigne Jean du BelUj comme celoi des frères de Goillaume auquel fot adressée la lettre dont nous arons publié le texte. Mais si noas avons i dessein rapporté toutes les preuves qui peuvent être alléguées à l'appui de cette désignation» disons enfin quel est notre sentiment à cet égard. Il est impossible que Jean du Bellay» doyen de Saint-Haur, évéque de Bayonae» de Paris» et cardinal-prétre» ait publiquement demandé la main de cette jeune fille du Poitou dont nous parle la lettre de Guillaume. Rien » d'ailleurs» dans cette lettre» ne se rapporte à l'un des prélats les plus éminents et les mieux dotés de l'Église de France. Si donc il est vrai que Guillaume Tait écrite à son frère Jean » il faut nécessairement qu'une erreur de date ait été commise dans Tune et dans l'autre copie. Substituons» en effet» Tannée 1517 à l'année 1537» Jean du Bellay n'est plus ni doyen de Saint-Haur » ni cardinalprêtre » ni recteur des églises de Bayonne et de Paris ; c'est un jeune et brillant seigneur» que l'on destine é l'Église» mais qui voudrait bien suivre une autre carrière» et qui se laisse aller» avant d'avoir prononcé ses vœux» jusqu'à convoiter la fille ou les écus d'un gentilhomme du Poitou. Cela n'a rien d'invraisemblable. Mais si l'on prétend maintenir la date qui est donnée par les deux manuscrits » il faut rejeter comme une frivole hypothèse l'indication fournie par le registre provenant de la bibliothèque Coislin » et chercher encore à qui peut être adressée la lettre de Guillaume. Voilà ce que nous avions à dire à ce sujet. Si dans les manuscrits par nous consultés rien ne nous semble confirmer le dire de Brantôme » ajoutons que rien ne rinfirme. Le cardinal du Bellay fut-il ou ne fut-il pas

JBÂM DO BELLAY. 139

uni secrètementà la dame de Chàiillon. .• ? Notre dernier mot sur cette affiaiire est que nous ignorons la vérité*

Au mois de janvier de l'année 1640 » le cardioal du Bellay put faire valoir » dans une circonstance solennelle» les grâces de sa personne et la magnificence de sa maison. Pressé d'aller châtier les Gantois rebelles , et n'osant traverser TAIlemagne où il y avait plus d'un motif d'agitation , Charles Y avait fait demander i François !«' le passage à travers ses États , et celui-ci s'était empressé d'accéder â cette requête. Les deux fils de France et le connétable de Montmorency allèrent jusqu'à Bayonne au-devant du vainqueur de Pavie; le roi lui-même courut à sa rencontre jusqu'à Châtellerault et ils s'accordèrent réciproquement les marques de l'affection la plus vive. Charles Y ayant fait son entrée dans la ville de Paris le !«' janvier , le cardinal du Bellay eut l'honneur de le recevoir en son palais épiscopal (1).

Ce fut sans doute pour acquitter les frais de cette réception qu'il obtint du roi» au mois d'août de l'année suivante, un troisième évêché, celui de Limoges» car il était admis que l'Église devait payer les dettes de l'État. Jean du Bellay prit possession» par procureurs, du siège vénéré de Saint^Martial» le 22 septembre 1541 (2). Mais ce n'était pas assez encore : Paris» Limoges etBayonne» le fief de Saint-Cloud» les abbayes de Saint-Maur » de la Fontaine-Daniel (3) » et divers autres bénéfices

(1) GalHa christ,, lococitato.

(2) Gallia christ., t. il, coll. 539.

(3) M. Gauvin, Géographie ancienne du diocèn du Mans, pag. 205.

440 IKAN DD BCLUT.

de moindre importance , qu'était-ce que ceb pour le plus libéral des cardinaux? Déjà possesseur de nous ne savons combien de domaines , il sollicitait encore, mais non plus un simple diocèse; il voulait une province entière, et une des plus considérables. Le roi l'aimait assez pour lui accorder cette nouvelle faveur, mais il fallait attendre une vacance. Sur ces entrefiaites, mourut l'abbé du monastère d'Aniane , au diocèse de Montpellier, maison bénédictine de grand renom ; pour complaire à l'insatiable solliciteur et modérer son impatience, François s'empressa de mettre en commande cette abbaye et de lui en faire présent ( 1 ) . Enfin , dans les derniers mois de l'année 1543, le siège de Bordeaux perdit son archevêque. L'administration de cette riche province fut aussitôt donnée au cardinal du Bellay, qui en prit possession le 25 janvier 1544 (2). Il faut entendre Salmon Macrin applaudir à cette largesse do François I*'. c Béjouissez-vous, prêtres des Muses, habitants du mont à la double crête, car voici que du Bellay, le tuteur des poètes et des arts, chargé par le roi de gouverner la pieuse milice des fidèles bordelais , va ceindre sa tête de la plus haute de toutes les mitres*.. La vertu est estimée ce qu'ollcvaut, le mérite obtient sa juste récompense (3). s Salmon Macrin était le courtisan domestique du cardinal ; celui-ci l'avait pris, pour ainsi parler, à son service, et lui avait donné pour emploi de chanter ses louanges sur

(1) « Joh. du Bellay, primum com monda Urius a rrgc Domina las , rffiteris quibiîs toCo vitA su» (cmporo ditatus est sacordotiis Aniaoam quoquo adjuniit. » Gaîlia (hrist., t.vi . col. 861.

,2: Gall ehntL, X. Il . col Ri8.

'i S Macrini Ohr.

JEAN DU BELLÂÏ. 441

ions les modes y dans tous les rhyihmes. Aussi , que d'épttres congratulatoires a-(-il reçues do cette muse gagée I Que de paraphrases adulatrices accompagnent son nom dans les odes » et jusque dans les hymnes de Salmon Macrin :

Bellai, pater et pa trône yatum. . . .

tutela prœsens vatibus. . . .

Vatam fautor et artium

Magne, Bellai, citharœ arte pollens... etc., etc!

Après avoir pris note de tous les vers adoniques , saphiques» trochaîques» asclépiades, composés et publiés par Macrin en Thonneur de Jean du Bellay , nous ne savons dire lequel des deux demeure l'obligé de Tautre. Ronsard n*hésite pas à déclarer que le poète a payé même arec usure le loyer du plus honorable entretien, et que le cardinal lui doit encore de la reconnaissance. Nous lisons^ en effet, ces vers dans une ode à Jean du Bellay :

. . . Celui qui acquiert la grâce

D'un bienheureux escrivant , De mortel se Cait rivant Et au rang des célestes passe ,

Comme toy, que la muse apprise

De ton Macrin a chanté ,

Et t'a un loB enfanté Qui la fuitte des ans mesprise ;

Elle a perpétué (a gloire En logeant là haut aux cioux , Et a fait esgale aux dieux

L'éternité de ta mémoire.

142 IBAN DU BCUiT.

En Tannée 15U , undis qoe Charlei Y formait à Spire une nouvelle coalition contre la France , François I*' crut devoir envoyer dans cette ville quelques ambassadeurs chargés de démentir, auprès des grands vassaux de la couronne impériale » les propos calomnieux au moyen desquels l'Espagnol réussissait trop bien à se concilier des partisans. Le cardinal du Bellay partit pour l'Allemagne avec celte mission , ayant en sa compagnie le président Olivier et le bailli de Dijon. Mais ils ne purent pénétrer au sein de la diète ; le héraut envoyé près de Tempereur revint sans avoir obtenu le sauf-conduit réclamé pour les ambassadeurs français : ils protestèrent» du moins , dans un écrit rédigé par Jean du Bellay » contre les perfides déclamations de Charles V (1). Cette protestation est éloquente ; on doit croire qu*elle produisit quelque eSét : mais les princes d'Allemagne nosèrent pas se prononcer en faveur delà meilleure cause; et» aussitôt après la clôture des séances de la diète de Spire , les armées coalisées de l'Espagne, de l'Autriche» de l'Angleterre envahirent à la fois le nord» l'est et Touest de la France. Ce grand effort eut» on le sait» un très-médiocre résultat. S'étant rendus maîtres de quelques places, les rois confédérés se virent contraints i prendre euxmêmes l'initiative des propositions pacifiques. L'amiral Annebaull traita de la paix avec Charles V : le cardinal du Bellay fut envoyé vers le roi d'Angleterre » qui tenait Boulogne assiégée; mais cette négociation n'eut pas de suites » et , la paix conclue avec l'Eau pire» la guerre continua sous les murs de Boulogne»

(1) Mém. âê Mari, du AtUof , t. V. p. 319 et saiv.

et dans la Manche » avec les bataillons et les navires anglais.

L'évéché du Mans fat le dernier présent que Jean du Bellay reçut de François I*'. II en fut pourvu en l'année 1 546. Quand, en Tannée 1547, mourut ce prince, que tant de regrets accompagnèrent dans la tombe, 1» cardinal du Bellay célébra ses obsèques dans la cathédrale de Paris, en compagnie de neuf autres cardinaux et de quarante évoques. Se voyant ensuite desservi près de Henri II par le cardinal de Lorraine, il quitta la France et se rendit à Rome où, par le privilège de rage, il fut évoque d*Ostie et tint rang de doyen des cardinaux en Fabsence de ceux de Tournon et de Bourbon, ses anciens. S*étant démis successivement des évéchés de Paris (1), de Bordeaux et du Mans en faveur d'Eustache du Bellay, son cousin, de François de Mauiny et de Charles d'Angennes de Rambouillet, il fit bâtir, avec ses épargnes, un splendide palais sur la place des Saints- Apôtres.

C*est là qu'il donna rendez-vous à tous les beaux esprits de Rome ; c'est là qu'en Tannée 1549 il célé^ bra la naissance du duc d*Orléans avec une magnificence dont le souvenir se perpétuera d*âge en Age. Ces termes ne sont pas emphatiques, car le récit des jeux , des combats, des festins qui, dans cette journée solennelle, remplirent d'admiration et de contentement la noblesse et le peuple de Rome , a été fait par le médecin du cardinal , et ce médecin était mattre François Rabelais I Ainsi , comme Ta bien dit Ronsard ,

(1) « Retentis fructibos episeqMitus et collatione beneficioram. » Gallia christ., t vu.

. . . Celui qui acquierl la graco

D*un bienheureux escrivanl , De mortel se fait rirant Et au rang des célestes passe !

Il faut lire » dans les éditions de Rabelais , ce récit ^Taiment curieux (1). Le cardinal du Bellay» ayant appris la délivrance de Catherine de Médicis, pré» pare , avec les seigneurs Horace Farnèse , Robert Sirossi, de Castres et de Maligni, les plus somptueuses réjouissances. Au jour fixé , la fête commence par un simulacre de combat. Sur la vaste place des Saints- Apôtres » s*élève un château fort quadrangulaire , flanqué de tourillons, et ayant pour ceinture un fossé large de quatre pas , profond d^one demi-toise. Attaqué par une nombreuse milice » défendu par de vaillants capitaines , le chAteau tient pendant un jour entier, vomissant des torrents de fumée de ses batteries inoflensives; enfin il est pris d'assaut, et les combattants ,. vainqueurs et vaincus , se rendent alors dans les salons du cardinal où les attend une table richement servie. Qu'on ne parle plus des c célèbres banquets de plusieurs anciens empereurs romains et barbares; » qu*on oublie désormais « la patine et cuysinerio de Vitellius tant célébrée» qu'elle vint en proverbe; • aucun de ces festins historiques n*est comparable A celui dont noos avons la description. € Je ne parleray point , dit le narrateur , du nombre et rares espèces des poissons ici serviz ; il est par trop

(1) La Sciomoehii ef FetUm faitx à Rome au pùhftdt mon Stigneur rét^tnd, cardinal du BtUa^i' Paos le« éditions Flui Johaoncau cl Lcdcoiu ; liffl \

JEi^ DU BELLAY. i45

escessîF. Bien tous diray que, à ce bancquet, fàrenl serries plus de mille cinq cens pièces de four, j*entendz pasiez» tartes et dariolles. Si les TÎandes fdrent copieuses, ans» forent les beavettes^nomereoses. Car trente poinsons de rin et cent cinquante douzaines de pains de bouche ne durèrent guères, sans l'autre pain mollet et commun. » Douze cardinaux occupent la première table ; plus loin on voit les ambassadeurs » les évéques, les ducs, et toute la foule des seigneurs italiens. Les grâces dites , on introduit un chanteur qui récite une ode latine composée pour la circonstance par le cardinal du Bellay. Après le repas « les dames envahissent les salons , le bal commence et se prolonge jusqu'au lendemain. On dut s'entretenir longtemps, à Rome, dans toute l'Italie , des détails de cette grande fête. Il n y avait qu'un gentilhomme français qui pût se montrer aussi libéral , aussi prodigue.

A la mort de Marcel II , en 1555 , les cardinaux réunis en conclave formèrent le dessein de lui donner Jean du Bellay pour successeur ; mais il ne paraît pas avoir recherché cette haute fonction. Se rappela-t-il qu'il avait, en d'autres temps, entretenu d'intimes rapports avec Helancthon , et qu'il n'avait pas été bien loin d'abjurer la créance catholique ? ou se dit-il que les clefs de saint Pierre devaient être un poids bien lourd pour ses mains énervées par l'âge et par une voluptueuse indolence? II parait constant qu il eût obtenu la tiare, s'il ne l'eût refusée. Il mourut à Rome le 16 février 1560, âgé de soixante-huit ans, et fut enseveli dans l'église de la Trinité-du-Mont, au courent des Minimes français, auxquels il léguait, par

III lO

146 IBAN BO BELLAY.

tettament, la moitié de sa riche vaisselle el 3»000 écss d'or (1).

Il nous reste à parler de ses écrits.

En 1542, le premier des Robert Estieane publiait an libelle politique» contenant les deux pièces suivantes : Pauli in^ PontifUti Max., ad Carolum F, Epi$i. horiat. ad pacem; — Franeisei, Fr. régis, adversm ipsius Caroli calumnias Epùt. Apologetica ad Pau^ lum Illseripia; Paris» in-8. Tous les bibliographes s'accordent à dire que U seconde de ces pièces est de Jean du Bellay, l-ne traduction française en fut publiée, Tan* née suivante, chez le même libraire, vorA» et ia-8<*. Cette sorte de factum parait avoir eu beaucoup de succès.

Nous avons parlé de la protestation rédigée au nom des ambassadeurs français envoyés à la diète de Spire, en 1544. Elle fut publiée sous divers titres par Robert Estienne. Nous avons d'abord : Oraiio de eenterUia Chrieiianisêitni régis seripia ad ser. , rev. , illuslr. , exeelLt magn,, speciabUes viros, unitersosque sacri imperii ordines Spirm eonveniwn agentes ; Parisiis, Rob. Estienne , 1544 , in-4<*. Comme il importait beaucoup de Mre comprendre , en France, que l'initiative des mauvais procédés avait été prise par les Impériaux , cette protestation énergique , éloquente ,

(1) Gallia christ. , t. vu. Suivant quelques liistoriens ctirt- Btstet , Jean du BelUj ayant été chargé , comme évéque de Parts, déjuger Anna du Bourg, et Tajaot condanué, fut puni par la nam du Seigneur^ qui le retira du monde € quarante jours après Teiécution de cet illustre martyr.» (Tei^sier, Addition aux Éloges ésê hommts savomts. ) Ce rapprochement, d'ailleurs ineiact, entn la date du supplice d*Anne du Bourg et celle de la mort de Jean du Bellay, est fondé sur une autre erreur. Le procès d*Anne du Bourg commença le 19 avhl 1&59, et, depuis Tamiée 1550, Jssa du Bàlay n'était plus évéque de Paris.

lEAM AU BELLAY. i47

fut sur le champ traduite. En roici le titre français : Oraiion escnjo^e, suivant Vintention du roy tréS" ehresitafiy aux Seigneurs et Etas du S^ Empire àssem- Uez en la ville de Spire: Paris» R. Estienne, 1554, in-V et in-S*". Elle a été reproduite dans les Mémoires de Martin du Bellay (1). C'est la même pièce, avec des additions considérables, qui fut publiée sous ce titre : Joannis card. Bellaii, Francisci OUvarii, Africani Mallei, Orationes duœ, de senientia christ. Régis ad seren, Imperii ordines Spirœ conventum agenteSf nec non pro eodem rege Defensio adv. Jac. Omphalii maledicia: Parisiis, Rob. Estienne, 1544, in-4^ (2). La Défense de François P' contre les invectires d'Omphalius est, comme le discours des ambassadeurs, Tœuvre de Jean du Bellay. Elle fut traduite et publiée séparément sous ce titre : Défense pour le roy de France trés^chrétien à rencontre des injures et détraetions de J. OmphaliuSy faite naguêres en latin par ung serviteur du roy , et maintenant traduite en françois, par Simon Bunel; Paris» Rob. Estienne» 1544» et Ch. Estienne» 1554» in-4^

Les lettres diplomatiques de Jean du Bellay sont plus importantes encore que ses discours et ses libelles. La bibliothèque du roi en possède beaucoup. Dans le n^ 269 de la collection Dupuy » nous en lisons neuf qui se retrouvent dans le n<» 1832 » provenant de la bibliothèque Coislin. Yingt-trois recueils du fonds de Béthune contiennent une longue suite

(1) T. V, p. 333 de Fédit. de Tabbë Lambert

(2) La protestation des ambassadeurs a été publiée par Goldaste, partie 20 des Orionn. politiq. de l'empm, p. 951; Franeo&irti, 1614, in-fol.

i48 lEAN W BCLLIT.

de lettres de Jean da Bellay, de Tannée 1528 à l'année 1559. Ceux de ces recueils où Ton en lit un plus grand nombre, portent les numéros 8601 , 8€0i, 8603 , 8604 et 8605 (i) ; ce sont ses dépêches de Londres, adressées au maréchal de Montmorency. Cinquante-deux de ces lettres ont été publiées par Le Grand dans ses Preuves de VHistaire du Divorce de Henri VIII et de Catherine d'Aragon. On en lit, en outre, quelques-unes dans les Lettres ei Mémoires^ édités, en 1666, par Guill. Ribîer. Le style do Jean du Bellay est , à vrai dire , moins diplomatique que littéraire; il raconte les événements auxquels il assiste, auxquels il prend part, même les plus graves, sur un ton leste, dégagé, qui trahit sans doute la légèreté de son caractère 9 mais qui fait valoir son esprit, et il en a beaucoup.

li les Lettres de Melancthon , publiées par Jean , à Bftle , en 1565, in-8'', se trouve une lettre de Jean du Bellay, adressée à cet illustre réformateur. Dans les Annales de l'imprimerie des Estienne de H. Raynouard , nous trouvons Tindication suivante : Messire Jean du Bellay, cardinal. Harangues, Oraisons , Efisires et autres choses , tafU en latin qu'en françois: Paris, R. Estienne, 15i4, in-4*. Nous n'avons pu nous procurer ce volume. ( st-cc le même qui est désigné par M. Desportes sous ce titre : Odes recueillies par Robert Estienne; Paris, i5i9, in-8*? Cela n*est pas vraisemblable; cependant, H. Ray-

(1) Voici , d*«prè8 le calalo^e spécial des MSS. de Réihunc , les numëros des auUiss recueils qui renferment des lettres du csrdioal du BelUr : 8587, 8641. 8664, 8670, 8531, 85:)8, 8596, 8566, 8387, 8615, 8636. 9368, 8530. 8535, 8540. 8565, 8606,8639.

JEAIN DO BELLAY. 149

Douard ne nous apprend pas qu'aucun des EsUenne ait édité , soit en l'année 1549, soit avant » soit après , un recueil in-8^ contenant des odes de Jean du Bellay. Salmon Macrin a recueilli quelques poèmes latins de Jean du Bellay, et les a publiés, en 1546, à la suite de ses Odes. Dans une préface surabondamment laudatîve, il nous dit qu'il a pris sur lui-môme de livrer à la presse les compositions lyriques de son illustre patron , a $e inseienie atque inconsulto. 9 Nous n'en croyons rien ; mais cela importe peu. Nous avons été curieux de lire les poésies latines de Jean du Bellay, et cette lecture nous a causé la plus agréable surprise. Rien nest, en effet, plus ordinaire que de voir les sérénissimes protecteurs des lettres prendre euxmêmes, dans leurs loisirs, la lyre aux cinq cordes, et en tirer des sons vulgaires ; mais, par exception à la coutume, le Mécène de Salmon Macrin est vraiment un poète , un poète digne de l'estime des gens de goût. On ne s attend pas sans doute à trouver , dans les œuvres du cardinal du Bellay , un grand nombre de ces vers dogmatiques inspirés aux théologiens par la muse chrétienne : indifférent aux choses de la religion , il ne chante que des sujets profanes. Mais avec quelle verve il fait appel aux généreux instincts de la jeunesse française, lorsqu'il s'agit de jeter dans la Manche les troupes anglaises, maltresses de Boulogne et déjà campées sous les murs de Montreuil I Qu'il y a de noblesse dans son langage, lorsqu'il s'entretient, avec le cardinal de Lorraine, des grands intérêts de la patrie! On nous accordera, sans doute, que les poètes latins du XVI'' siècle ont laissé peu de vers supérieurs à ceux-ci :

ISO JKiM DO ULUT.

Machno , musis dédite daleihu, Qno Tel canoram non alias chelyn Tractare doctus ait magis • rel Impaiibaa nameria jocari ;

Gur me voeaado firaogeris.

Keaeis propinquoa Secpianidain ad Ucvs Airam mephytim fenrere , qa« piia Vix meotibtts jam ait booonmi Ingenaiaque aniinia ferenda?

Portima , lenun perpetoo TÎoea VenareBolen* eogitat impetns Duroa, ab excmplia arorum Terrificum aibi nacta nomea.

Quoa looga planetns postérités rirûai Quas et querelas pectoribns trahet Iinis , prions eiecrata Inmemores patrii deooris !

Me ai qnis iatia aDoumeraTeril Oliffl Depotnm, si tamulo grave Adjeeerit poodus notamm T«rpi«m , et invidie grararit ,

Me iuverit nil El jsii domos , Nil prata remis consita floribas.

Nooen semel quisquis beatnm Pardidit , omnia perdidisse hiue

Verè patandiiffl : perseqvitnr seelos Aaetorem , in ipeis nse Utebris ssait ¥el sortis airo contiMn Fama agitatam hoaniMS» staiMrs. .

lEAN DU BELLAY. i51

Nous n'aroDs pas voulo traduire ces vers , craignant de leur 6ter quelque chose de leur énergie. On n'y trouvera pas , nous le savons , la langue pure et sévère du chantre de Venouse , mais il ne faut pas exiger de nos poètes latins do XYI* siècle cette perfection de style qui n'appartient même , chez les anciens , qu'à ceux du siècle d* Auguste. Ce qu'il faut remarquer, dans les vers que nous venons de citer , c'est la noblesse de la pensée , la vigueur de l'expression , l'harmonie pleine et sonore des strophes » qui s'enchaînent Tune à l'autre sans effort» sans contrainte; la dernière est notamment du plus bel effet.

Toutes les poésies latines de Jean du Bellay n'ont pas été publiées par Salmon Hacrin. Nous lisons à la fin de la Scùmaehie de Fr. Rabelais y l'ode en vers saphiques qui «r fust prononcée par Labbat, avec sa grande lyre , d dans le festin donné par le cardinal pour célébrer la naissance du duc d^Orléans. Nous trouvons, en outre, dans un recueil manuscrit de la bibliothèque du roi (1), quatre on cinq odes latines de Jean du Bellay , insérées , par nous ne savons quel copiste» parmi des pièces détachées de Jér6me Fracastor et de Jean Passerat (2).

(1) Sous le n» 8421.

(3) La Monnoye parle-t-il de ces petits poëmes , dans cette nota publiée par Rigoley de luvigny : « l'ai yn quelques epistres ea vers latins de sa façon , non imprimées , qu'il écrivist de Rome au chancelier de L'Hôpital , dans lesquelles il y avoit des traits hardis tant contre la cour de Rome que contre la France , où j'ai été surpris de trouter quelquefois des fautes de quantité? »

i^i MARTIN DO BEIXAf.

DU BELLAY (martin).

MARTIN DU BELLAY , troisième fils de Louis , sei^ gnenr do Langey, d'Ambrières el do LtTeiiay, né comme ses frères aa chàleau de Glatigny , Tint à la cour, en Tannée 1513, prendre le ton d'an gentflhomme et chercher un emploi.

L'expédition dans le Milanais ayant été résolae en 1515 , Martin du Bellay, qui derait aroir à peine atteint sa vingt-deuxième année , obtint du Roi la permission d*accompagner, en Italie, son frère Guillaume, et il combattit aux batailles de Novarre, de Marignan et de Pavie. Nous ignorons sous quels chefs il apprit ensuite le métier des armes. En 153G, nous le retrou- Tons enfermé dans les murs de Fossan , avec Montpexat et La Roche du Maine , se retirant de cette place à la tète de la cavalerie , après une héroïque résistance (1), et revenant en France défendre les frontières menacées. D commande alors , aux portes d*Aix , deux cents chevau--légers et quelques enseignes de gens de pied , harcèle constamment les Impériaux qui battent en retraite sur la ville de Fréjus, et leur feit éprouver des pertes notables (2). Quand la guerre change de théâtre et s'engage vers les frontières du Nord , Martin du Bellay est envoyé vers Térouane avec ses deux cents chevau-légers , et pénètre dans cette place après avoir forcé tous les passages gardés

(i; Sos Mémoiret, t. tu , p. 337.

;2) thid , 1. 1¥. p. 212 cl SUIT.

MABTIIH DU BELLAT. 153

par Vennemi (1). Chargé de défendre Liliers (2), il quitte bientôt ce poste, et court reprendre Saint- Venant. Quinze cents fantassins et trois cents cavaliers de la garnison impériale de Béthune , viennent d'enlever un convoi considérable que les Français attendaient au camp de Pernes : à cette nouvelle, du Bellay court à la rencontre de Tennemi, brusque l'attaque avec cent cavaliers et dégage le convoi (3). A la défense de Saint-Pol (1537) , il voit tomber à ses cfttés cent vingt de ses chevau-légers ; il tombe bientôt lui-même , et on le compte déjà parmi les victimes de cette malheureuse journée , quand , à la fin du combat, on le retrouve enseveli sous un monceau de cadavres (4). H est fait prisonnier , relAché sur sa parole, et, guéri de ses blessures , il court en Piémont oh il s'empare de Carignan et de quelques autres places voisines de Turin (1542 , 1543] (5).

Il était dans cette ville , oi^ il remplissait les fonctions de gouverneur , lorsqu'il apprit la mort de son firère Guillaume, qui , ayant sacrifié toute sa fortune au service de l'État, laissait à sa famille la charge de payer ses dettes* Contraint de faire un voyage en France pour mettre ordre à ses affaires, Martin du Bellay s'éloigna de Turin; mais, avant la fin de l'année 1543 , il était à la tête de ses chevau-légers aux portes d'Avesnes , où il se signalait par de nou-

(1) Ses Mémoires, p. 277.

(2) Ibid., p. 289.

(3) /6td., p. 296.

(4) Ihid., p. 316.

(5} Id., t. V, p. 127, 193. — Montaigne, Essais, Ht. 1 » ch. 14

154 MAaTlN DO BELLAT.

velles proaesses (1). As mois d'ami 1544, il irriTail près de Tarin, (A il s'agissait d'introduire de prompts secours (2). Ayant rejoint le corps d'armée commandé par le comte d'Enghien , Martin du Bellay faisait les fonctions d'aide-major général à la bataille de Cérisoles (3) ; il contribuait , pour sa part , au succès de cette bataille, et, après le combat, il empruntait trente mille écus pour arrêter les Suisses , déjà prêts à repasser les monts (4).

La campagne des Flandres , en 1545 , fut la dernière à laquelle prit part Martin du Bellay. Après avoir été reconnaître le fort d'Outreau , près de Bou«logne , et aroir rendu compte au roi de la situaUon des troupes françaises employées contre les Anglais, il rejoignit Parmée , se jeta dans Mézières arec deux mille hommes , releva les fertificaUons de Vîllefranche , et fit beaucoup de mal aux milices anglaises avant la conclusion du traité de paix qui fut signé, entre Ardres et Guignes, le 8 juin 1546.

Martin du Bellay passa les dernières années de sa vie dans le domaine de ses pères, au château de Glatigny , où il mourut le 9 mars 1559. Il éuit lieutenantgénéral en Normandie en l'absence du Dauphin et du duc de Bouillon » et prince d*Ivetot. Il tenait ce dernier titre de son mariage avec Isabeau Chenu , héritière de cette principauté d'Ivetot , dont l'origine a

(1) Sm Mémoires, t. v. p. 178. 181. 190.

(2) /W , p 274 el MIT.

(3) Ihid,, p. 29..

!4) M, t. VI, p. 12

MlRTm DU BELLAY. 155

semblé fabuleuse à Fauchet , aux frères Sainte-Marthe et à beaucoup d'autres historiens.

C*est durant son séjour à Glatigny que Martin du Bellay rédigea ses Mémoires, dans lesquels il inséra trois livres de la cinquième Ogdoade de son frère Guillaume. Ces Mémoires commencent à l'année 1513» et finissent à l'année 1547 : on y trouTe le détail de toutes les campagnes et de toutes les négociations qui eurent lieu sous le règne de François I*'. De tous les annalistes contemporains , Martin du Bellay est celui qui est encore le plus estimé. Sa manière est grave» sobre» et il ne raconte jamais que ce qu'il a pu bien savoir. Scévole de Sainte-Marthe a loué l'élégance et la sincérité de ces Mémoires (1) ; le P. Daniel nous apprend qu'ils ont été a ses plus sûrs guides; s la plupart des historiens modernes les ont fidèlement suivis. Us ont été» toutefois, l'objet de diverses critiques. Après avoir reconnu que Guillanme du Bellay » auteur d'une partie de ces Mémoires » eut a la plume aussi bonne que la langue et l'épée» b Bayle se contredit lui-même » en déclarant que le style des Mémoi^ res lui semble peu châtié. Mais doit-on exiger d'un historien du XVI< siècle la pureté» la correction du langage? La censure de Montaigne peut paraître mieux fondée. En voici les termes : <r Sur les Mémoires de MM. du Bellay » c'est tousjours plaisir de voir les choses escrites par ceux qui ont essayé comme il les fout conduire ; mais il ne se peut nier qu'il ne se découvre évidemment en ces deux seigneurs icy un grand

(1] Fraoeisei res gestas non minus ornafe quam sincère el prudenter populari sernone prescripsit.

156 MAariif do bellat.

déchet de franchise et liberté d'eacrire, qui relait h$ anciens de leur sorte, comme aa sire de Joinville » domestique de Saint-Loys » Eginard» chancelier de Charlemaigne, et» de plus fresche mémoire» en Philippe de Comines. C'est icy plustost un plaidoyer pour le roy François» contre l'empereur Charles cinqniesme» qu'une histoire. Je ne veux pas croire qu'ils ayent rien changé quant au gros du faict» mais de contourner le jugement des événements souvent contre raison » à nostre avantage » et d'obmettre tout ce qu*il y y a de cbastouilleux en la vie de leur maistre » ils en font mestier : tesmoing les reculemens de MM. de Montmorency et de Brion, qui y sont oubliez» voire même le seul nom de Madame d'Estampes » qui ne s'y trouve point. On peut couvrir les actions secrettes» mais de taire ce que tout le monde scait» et les choses qui ont tiré des effets publiques et de telle conséquence» c'est un défaut inexcusable. Somme» pour avoir l'entière cognoissance du roy François» et des choses advenues de son temps » qu'on s'adresse ailleurs» si on m'en croit. Ce qu'on peut faire icy de profit» c'est par la déduction particulière des batailles et exploiu de guerre où ces gentilshommes se sont trouvez » quelques paroles et actions privées d'aucnoa princes de leurs temps , et les pratiques et négociations conduites par le seigneur de Langeay » où il y a tout plein de choses dignes d'estre sçeues et des discours non vulgaires. » Tel est le jugement deMonuigna sur les Mémoirei. Il est trop sévère. S'il faut recon-» naître » en eflet » que le ton de l'apologie domine dîna cet écrit, et qu'on n*y rencontre aucun détail» ni sur la cour brillante de François I^^ ni sur les fai-

MARTIN DU BELLAT. 157

blesses de ce prince , qui en eut beaucoup , il ne faut pas oublier que Martin du Bellay s'est moins proposé de raconter tout le détail du règne de François V^, que de laisser des Mémoires pour servir à Thistoire de ce règne.

Les Mémoires de Guillaume et de Martin du Bellay ont été publiés pour la première fois en 1569, in-folio, par les soins de René du Bellay » baron de La Lande, gendre de Martin , qui en trouva le manuscrit dans la bibliothèque de son beau-père. Cette édition , imprimée à Paris, a été suivie de beaucoup d'autres, parmi lesquelles on nous désigne celles de Paris , 1570, }fl-8o; d'Heidetberg, 1571; de Paris, 1572, in-fol. et 1573, ÎA-S^"; de la Rochelle , 1573 et 1593; de Paris, 1582, in^fol., 1586, in-8<> et 1588, in-fol.; de Genève, 1594, in-S"". Une édition ou plutôt une traduction en a été faite, au dernier siècle, par l'abbé Lambert qui l'a publiée sous ce titre : Mémoires de Martin et de Guillaume du Bellai Langei , mis en nouveau style; Paris, 1753 , 7 vol., in-12. On les trouve encore dans les tomes 17, 1 8 et 1 9 de la collection publiée par M. Petitot. Il y en a une traduction latine de Hugues Sureau , sous ce titre : Martini BeUaii Langcei Commentariorum de rébus gallicis libri X; Francof urti , 1 575, in-fol. Enfin , on conserve à la bibliothèque du roi un exemplaire des Mémoires de Martin du Bellay, chargé de notes manuscrites de François de Noaiiles , évéque d'Acqs.

Il ne nousreste que deux lettres écrites par Martin du Bellay. Elles se trouvent aux manuscrits de la bibliothèque du roi , l'une dans le n» 1832, provenant de la bibliothèque Goislin , l'autre dans le n" 8604, du fonds de Béthune.

158 ftBff^ DU BELLAY.

DU BELLAY {beséde).

EEsé DU BELLAY eat ane fortune moins briDant» que ses aines ; destiné dés son enfance à l'état ecclésiastiqae, il fut d'abord abbé commandataire de Saint* Laurent du Gué-Launay« au diocèse du Mans , et vinl ensuite à Paris près de son frère Jean , chargé de lo produire dans le monde et de le rendre habile à gouyeraer un diocèse. Admis au parlement de Paris , avec le titre de conseiller-clerc » il fut nommé » le 8 juin 1532, à révéché de Grasse ; mais il ne s*éloigna pas de Paris , et » en 1533 ou 1534, il se démit de cet évécbé en faveur de Benoit Taglicame ou Taillecame» précepteur des enfants de France , abbé de Nanteuîlen-Vallée, au diocèse de Poitiers (f }. Durant le second voyage que Jean du Bellay fit en Angleterre , vers la fin do Tannée 1533, René du Bellay prit en main, sans mandat spécial, l'administration de TÉglise de Paris , et se trouva bientèt en présence de graves embarras. Des missionnaires luthériens avaient prêché dans plusieurs paroisses et s'étaient concilié des partisans : Kenè du Bellay no pouvant agir contre eux , on parlait à la cour de rappeler Jean de son ambassade , et Ton procédait au préalable contre les hérétiques incarcérés, sans avoir égard aux privilèges de la juridicUon épiscopale. Hais il parait que le maintien de ces priviléges n'était pas la seule affaire qu'eût alors à cœur Jean du Bellay ; la lettre suivante , qui lui fut écrite

(l) Moréri , ta mot Taglicarne.

dans ce temps par son frère , contient de si curieux détails , que nous croyons devoir l'exhumer des archives manuscrites de la bibliothèque du roi.

De Paris, jour saint Denis.

]*ai receu vos lettres des 3 et 7 de ce mois. Pour à ce estant que touche Beda , nous sommes toas prêts en nous mandant. Monseigneur rarchidiacre m'a promis des chevaulz ; le procureur du roj a piéça envoyé à M. le légat tons les noms des conseillers

qui sont en cette ville, pour prendre lesquels luy plaira

Laforest luy a mandé que le premier lieu où le roy sera de séjour, on nous mandera. Cependant je ne bougeray.... Touchant vos vins de Barbeau , il les fauldra mettre icy, ou à la maison de Barbeau ; laditte maison dont oscrivez est louée dès Tan passé à Magistri , qui y demeure. Je Gs hyer tester de vos vins de Saint- Cloud au gros Lhermitage , qui dist n'en avoir beu de cet an de si bon nouveau. Je les vous feray bien garder. Touchant vostre fauconnier, je feray ainsi que m'escrivez.... Il est vaqué cette sepmaine une cure de quatre vingt à cent louis , je Tay mise en main seure. Si ne me mandez le contraire , je la bailleray à llorelli ou à Tarchidiacre de Brie, en récompense des leurs qu'ils ont prestées. Mandez-moy vostre vouloir, s'il vous plaist (1).

Il faut» pour comprendre cette lettre , connaître les mœurs du cardinal du Bellay. Chargé des plus graves intérêts 9 et soucieux, nous n'en doutons pas, de remplir la mission diflBcile qui lui avait été confiée , il n'oubliait cependant , ni dans les antichambres de Windsor» ni dans celles du Vatican » les petites aiiaires de sa maison » et comme on le voit, il joignait volontiers à ses dépêches diplomatiques quelque note confidentielle touchant ses vins de Barbeau. René du Bellay

(1) IIS. de la biblioth. du roi , sous le n» 1832.

460 RENÉ DU BBLLAT.

eût assorément pu choisir un précepteur qui fftt plot austère et qui comprit mieux les obligations du ministère épiscopal.

Louis de Bourbon ayant été promu i rarcbevécbé de Sens , se démit de Tévéché du Mans en fareur de René du Bellay. Nous n'arons pas d'autres renseignements sur les actes de son épiscopat que ceux qui nous sont fournis par Le Gorvaisier. Les voici : « René ayant obtenu ses provisions en cour de Rome , presta le serment de fidélité an roy» qui estoit alors à Fontaine-Françoise, le 37 de septembre de l'an 1535, et, le huitième d'octobre ensuivant, Christofle Perot, seigneur do Pescoux , seneschal du Maine , luy fit délivrance et main levée du temporel de son bénéfice. Peu de temps après , il fit son entrée solennelle dans la ville du Mans. Il gouverna paisiblement son diocèse, y faisant sa résidence ordinaire dans son chftteau de Touvoye , où il menait une vie douce et tranquille , s'addonant aux estudes convenables à sa profession, et prenant ses divertissements innocents aux plaisirs de Pagriculture , du jardinage et de la curiosité des plantes rares, qu'il foisoit venir de toutes parts pour en peupler son jardin , qui fut le premier qui fit voir que les ébéniers , les pistachiers et la nicotiane pouvoient se nourrir i l'air de cette province (i).... Le bon

(1) ku dire de Gesner, le jardin de TooToje élsit alors le plus beaa , le plas riclie , noo-sealemeot de la France , mais eneoie de l'Allemagoe et de'riulie^ Cest ce que nous apprend aussi un des Cont€s de Bonarentnre Dee Perriers , dont tel est le début : « Pltuieors ont vu le nom de nkessire René da Bellajr. dernièrement décédé évéque du Mans , lequel se leooit sur son évéché Btudieui des choses de la nature , et singulièrement de Tagricultare , des herbes et dn jardinage. Il avoit en sa maison de Touvoye on haras de juaens , et preaoit plaisir k avoir des poulains de

GfiOFFROI DE GORRIN. 161

évesque Ait dépaté de son peuple pour aller à Paris remontrer au roy François l^ les misères de cette province, et demander qnelque soulagement et décharge des subsides et des gens de guerre. Il obtin^ ce qu'il demandoit par la ftiveur de ses frères » et , comme il estoit sur les termes de son retour, une maladie l'arresta « dont il mourut à Paris , dans Thostel épiscopal, 8tt mois d'aoust de Pan 1546.... Son corps fut enterré en Téglise de Nostre-Dame, et son cœur porté au Mans et déposé en la chapelle deNostre-Dame du Chevet (1). «

On a de René du Bellay deux lettres manuscrites adressées à son frère le cardinal. Elles se trouvent à la bibliothèque du roi , dans le n« 269 de la collection Dnpuy et dans le n* 1832 provenant de la bibliothèque Coislin. Il a donné un nouveau Missel à l'église du Mans : Missale ad uium ecclesiœ Cenomanefuis ; mû, 1541 , in-8; ibid., 1546, in-fol., et 1548«

GORRAN (geoffkoi db).

On attribue à geoffroi de GORRAN , né à Gorron en 1070, mort, en 1 146, abbé de Saint-AIban en Angleterre, un TractatiÂS de Sacramento, adopté , dit-on , par l'université de Cambridge, et sur lequel nous n*avons aucun renseignement.

belle race. Il ayoit un maître d'hôtel qui mettoit peine de lui

«ntretenir ce qu'il aimoit » Nouvelle XXIX , p. 125 de Tédit.

de 1843.

(1) Le Corraisier, Hist. des Év. dn Mans

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