CLAUDE CHANTELOU
religieux furent condamnés à lui demander humblement pardon, que les autres lui furent rendus, et que le gêné* rai de la Congrégation de Saint-Maur reçut Tordre bien formel de ne plus désormais accueillir sans licence des moines insoumis ou vagabonds (1). Si ce récit est fidèle, il faiitJ|K)ire que notre Claude Chantelou fut un des religieux auxquels on épargna la honte de rentrer par con* irainte à Fontevrault, car, au mois de février 1660, il faisait profession de la règle de saint Benoit à Saint- Louis de Toulouse, suivant Dom Lccerf (2) et Dom Tassia (t); à l'abbaye de Notre-Dame-de-la-DonKle, sui- ▼«Ménage et Moréri. Il était alors âgé de vingt*iroîs ans. Il mourut de mort subite, en TabbayedeSalot-Ger* maÎD-des-Prés , le 38 novembre de Tannée 1 664 , âgé de quarante-sept ans , et fîit enterré dans le grand clottrey du c6té du chapitre (à).
llabîllon, dans plusieurs de sespréflicesi a fait le plus grand éloge de Témdition de Claude Chantelou. Ménage nous apprend qu*il était recherché par tous les gens de lettres de Paris, qui se plaisaient dans son com* merce. U a laissé plusieurs travaux littéraires très-re<* commandables. En 1660, il donna une édition de la règle de saint Basile : Saneti Basilii CcMareœ Cappaéoeim Arehiep, Hegufarum fuMs iUspuiaiarum liber ^ Parislis, Fred. Léonard , in-S**. Chargé par les frères de 800 ordre de comparer les diverses éditions, et les textes
[i, HiM.de tordre de Font-Eiruud, |)ar le P. Niquel, io-4«, p. S3I.
;S Bi'Mior*. des Ameur» et la ComyrtçaUom de Sathl-Maitr, io-8.
(5) ifiif. léU. de h Con^nyaiion de Saint- ilaur , iii-4o , p. 63.
(4) UiM, de l'abba^ de 5atiii-(kfiiMi«i-(iir«-/Vr: , |>ar dom BoiiiU
tXÀTJDE CHANTELOU. 39
manuscrits des œuvres de saint Bernard , il entr^rit ce (travail avec ardeur; mais la mort vint l'interrompre dans «es reckerches , qui furent continuées et achevées par Mabiilon. Il ne publia que les Sermons , sous ce titre :: Sanctî Bemardi cAb. Clarœv. Panenœticon, pan primai Parïins, ajmd Fred. Léonard.^ 1662 , in-6^ Il avait encore édité , de 1661 à 1664 , la Bibliothèque Ascétique : Bibliotheca Patrum, aseetiea, sive seleeta veierum Patrum de ehrUtiana et religiosa perfec- 4ione opuicula , en cinq volumes in-V. Cette collection «e recommande p»* de savantes annotations. Il travailla an Spieilegium de Dom Luc d' Achery , au grand re- «coeil des Atia SS. ordinis sancH Benedictijti au ^fvMofre de l'ordre, qu'il fit imprimer. Il avait écrit une histoire de l'abbaye de Montmiyour d'Arles , qui •est demeurée mi^.iuscrite. Elle a été , au dire de la Gai- -Ha ChiiiAma , d'im grand secours à de Ruffî , pour «es dissertations «ur les comtesde Provence (1). Il avait ^commencé l'histoire de Marmoutiers et celle de Saint- Florent-de-Saumur^qui fut terminée par Dom Gnigne : il •avait encore fait une histoire de Saintr André-d'Avignon, «qui était à l'abbaye de Saint-Germain-des-Préset dans la bibliothèque de l'abbaye de Montm^our. En 1726, Fran- <çois le Chevalier r^ publié une Carie géographique de ia France BénédicÈine^ gravée in-folio : l'auteur de •cette carte est Don Chantelou. Il était habile dans les :généalogies ; nous lisons dans Ménage : « Le P. An-
(I) « Caotelovius noster In historia HS. bujos monasterft (^ODtis-Hajoris) plurimas collegit chartas doDationam i[>si facta- Tom a comitibus provinci». Ex bis autem bene multas inseniit V. C. Lad. Ant. de Ruffi dissertationi, quam nuper edidit de Pr«winct» 4;MiiilU>us. > GalUa Christ, , L l , p 603.
40 RENÉ ESTURMY DE YILLECOCR.
selme a de luy la généalogie de CraoD, et celle de BeaumoDt-le-Yicomie , maouscrites (1). •
ESTURMY DE VILLECOUR (rené).
Nous avons de rené ESTURMY , sieur de Yilleconr, un volume ln-8*, dont le titre est Balance du Temps et de FEiemitei au Mans,Louis PeguineaUylGTGfin-S*. C'est ime traduction d*un ouvrage du célèbre jésuite espagnol Eusèbe Nierembert. Moréri , à l'article Nierembertj parle d'ime traduction française du P. Bignon y mais il ne parait pas avoir connu celle du P. Esturmy. Celle-ci n'est pas faite sur l'espagnol , mais sur tme version italienne , et le traducteur notis prévient qu'elle n'est pas fidèle ; qu'il s'est permis de faire quelques additions au texte original.
René Esturmy était dominicain au couvent de Laval : il nous apprend que Tévéquc du Mans , Louis de La* vergne-Montenard de Tressan , l'avait chargé • de quelque emploi considérable dans son diocèse , • mais il ne nous dit pas quel était cet emploi. Ecbard et Tonron ne parlent pas de lui dans leurs aimales de Tordre de Saint Dominique. Nous n'oserions affirmer qu'il fût du Maine; cependant il dit • notre ville , • en parlant de Laval .
(I) Hiu. de SabU.U II. US. de la Bibliotli. da Mans.
tmm
ROOSSON (jean), MATHIEU, BOUTIER (barth.).
Voici dans quels termes l'abbé de la Crochardière parle de ROUSSON : « Jean Roasson , ou Souênor^ qui est l'anagramme de son nom , sieur de la Nîchilière , prêtre, curé de Chantenay , au Maine , a donné au public un petit livre intkulé : Dialogue des trots Figne* rans, ouvrage peu digne de la gravîté des matières quHl y traite. > Où est situé ce lieu de la Nichilière? n'est-ce pas là un nom imaginaire , qu'il ne faut pas chercher ailleurs que dans la fantaisie de l'auteur ( mchil, nihill) Et quel serait alors le pays natal de Rousson? Tons les renseignements nous manquent sur ce point. Mais dès que Rousson nous est connu comme curé de Chantenay , près Brûlon , nous pouvons bien nous permettre de le compter parmi les illustres du Maine : la commune de Chantenay nous autoriserait d'autant moins à émettre quelques douies sur le pays natal ou adoptif de Jean Rousson , qu'elle lui est attachée par la reconnaissance : c'est à lui , c'est à ce digne pasteur , célébré de son vivant par coules les lyres du Maine , qu'elle dût , en 1611 , la fondation d'un collège , auquel , dans sa largesse , il avait accordé par dotation une maison, avec jardin, plusieurs bordages et autres immeubles.
L'abbé de la Crochardière ne paraît avoir connu de Rousson que le Dialogue des trois lignerons. La bibliothèque de Saint-Yincent , au témoignage non suspect de Dom de Gennes , possédait de lui le Jardin d'honneur de la Fierge Marie, ou Considérations
42 lEAN ROUSSO!^,
BUT les Mystères joyeux , douloureux et glorieux ; la Flèche, Hébert, 1619, io^. Nous ne savons où se trouve maiotenant cet exemplaire , mais il est à croire qu*il nous a été dérobé par quelque décret de la préfecture impériale. La dédicace du Jardin Jthomneut est adressée i Charles d*Angennes, sénéchal du Maine;BOiis y apprenons que le curé de Chanlenay fut précepteur de ce gentilhomme. L*ouvrage est un commentaire pittoresque de quelques fragments desévangites qui coo* cernent la mère du Sauveiu*. Il est divisé en trois parterres; chacun de ces parterres a cinq allées et dnq carrés émaillés des fleurs les plus variées et les phis odo^ rantes. Ces divisions sont mystiques \ elles signiient que le livre a trois parties, et que chacune de ces parties a cinq chapitres ; les fleurs sont l'esprit de Rootson. La bibliothèque de la Couture avak , de Ronsioa , un Jteeueilde ehansans tpkiiueUeê^ avec les tirsi la Flèche , L. Hébert, 1621 , iii-8* : ce volume nous^sl resté.
Parlons d'abord du Dialogme des $roi$ f'Tgnermt» du jHus du Maine. Les interlocuteurs sont Maielia , Tiennot et Renault. Les deux premiers dissertent dans un fort beau kmgage ; ce sont des vignerons lettrés , qui ont lu les Pères et les poètes profanes , et pour qni cette lecture n'a pas été sans profil. Renault est un girs de souche normande , un faux bonhomme , qui parie u patois grossier, et n*aime pas les citations latines, mais qui comprend à merveille où tend le propos de ses oonft'ères , même lorsqu'ils dissimulent leur sentioMnt sur les misères du siècle sous les artifices de rallasion. Le si^ de la conversation entre ces trois drôles est œfaiici : A quelle cause Caut-il attribuer les désordres qui
MATHIEU , BARTHELEMY BOtniER. 43
^sADigenl le pays? quelle est Tori^De des guerres relî- ^[ieases? quels sont les vrais fléaux de TEglise et de l'Etat ? Et, après avoir approfondi la quesUon, ils admet^ lent d'un commun accord que tout le mai vient des mauvais prêtres, du relâchement de la discipline ecdésiasiique, des empiétements du clergé sur le domaine temporel des courtisans , etc. , etc. Cette conckisîon est assez audacieuse , et nous comprenons que le curé de Cbantenay l'ait produite sous la responssd»ilité4u pseu*donyme Souênar.
Les poésies de Rousson durent mieux plaire que sa prose aux catholiques rigides. Cet honnête curé s'était persuadé que les chansons pouvaient beaucoup contribuer à la réforme des mœurs , et il s'était mis à l'oeuvre avec la bonne foi la plus naive et la plus sérieuse. « Si les poêles françois , nous dit-il dans la préface de son Jiecueii^s^ooaapoyeBtà. composer des cantiques spirituels propres à chanter les louanges ^e Dieu , et que les musiciens .y acconlmodassent des airs convenables, ils meriteroyent beaucoup les tins et les autres ; car non seulement ils divertiroyent la jeunesse -ée chanter toutes ces vilaines chansons lasciues^ ains^es leur rendroyent odieuses , -et seroyent causes que l'on n'entendroit que chansons q^irituelles^, en sorte que de toutes parts l'air retentiroit les lo&anges de Dieu. Les bergers gardant Vernis troiqpeaux , les laboureurs cultiuant leurs lerres , les artisans «xerçans leurs métiers , les femmes «t les filles faisant leurs ouurages et filant à levs quenouilles. Si bien que la gloire de Dieu s'augiiiaiieroit , et le règne du diable «'afiaibliroit peu à peu* » C'est ému par oetle considération qu'il a publié $on recueil. Toutes les pièces qui s^jr trouvent ne doi-
44 JEA5 ROUSSOM ,
vent pas lai être ailribuées , mais il y en a on certain nombre de sa façon qui commandent de ne pas trop mépriser son talent poétique.
Voici une paraphrase du psaïune Super flumma Bmr hyloniê, dont le tour est assurément fort heiveux :
Nous peosans repeser à Tombre da riusge
Et DOjer nos cfaigrins dans on somme oubUeu «
8*tpptrut de Skm b misénble ima^
Qui fit rendre nos ccrars et fit fondre nos yeux...
Nos paones luths muets , pendus à la ramée Des saules pasies verds » combattus de lépMrs , Lisans tant de tristesse en nos cœurs imprimée , D>m langoureux murmure Imilojent nos soupirs.
Lors ceux qui condulsojent cette trooppe captiue • Rechercbans leur plaisir eu nostre aflHction * Noos pressojent de cesser ceste clameur plalafior Et les hymnes chanter de la saincte Sion.
Entonnes , disoieot-ils , ces chanaoos triompàmitas « Qu*on oyoit en Sion retentir autrefoto , Quand Sion surmootoit les cités florissantes D*aotant qu*un pin sacré surmonte un ieuoe bois.
Hélas ! leur disaoes-nous , seroit-U bien possible Qu*il sortist des chansons de nos cceurs si serres ?....
Ces vers appartiennent à Técole de Ronsard; ils sont nomt>reux , pleins de languetu* et de grâce : la phrase est coupée au quatrième vers avec une monotonie Imîtative ; les reprises sont fort heureuses, et roreille est totyours satisfaite, même lorsque le goût ne Test pas. On préférera ces vers , nous n*en doutons pas, à ceux-ci de Harot, sur le même si^et :
MATHIEU , BARTHÉLÉMY BOUTIER. 45
Estant assis aux riues aquatiques ,
De Babylon , plonrions mélancholiques ,
Nous souuenaDis du paîs de Sion.
Et au milieu de l^babitation ,
Où de regret tant de pleurs espaodisines ,
Aux saules verdz nos barpes nous pendismes.
Lors ceux qui là captifz nous emmenèrent , etc., etc.
On peut aussi comparer à la paraphrase de Roussoq celle de son contemporain , Philippe Desportes ; la comparaison sera favorable à noire curé de Chantenay.
Ce n'est pas , nous le savons , sur quelques vers que l'on peut juger im poète ; nous devons même reconnaître que Rousson n'a pas traduit tous les psaumes atissi beiureusement que celui où il a surpassé Desporles et Marot. Mais , pour faire apprécier l'inégalité de sa manière^ il faudrait beaucoup trop citer. Cependant , nous ne voulons pas nous défendre d'emprunter encore au Recueil de Rousson ce gai noël en Thonneur des enfants de Chantenay :
Sus ! éveiUez-Tous, pastoureaux....
Choisissons nos meilleurs aigneaux De toute nostre bergerie , Et accordons nos chalumeaux Pour faire une bonne harmonie , Afin de resioiiir Tenfant En lui faisant nostre présent.
Aprestez-vous donc , compagnons , Et marchons en bon équipage ; Ceux qui ont la mule aux talons Se tiendront avec le bagage :
Les plus huppez iront devant Saluer le petit enfant...
46 JEAN ROTJSSOIf^
Escoute , Georget , n*oublie pa»
Apporter ta bonne Tielle ;
Je sais que lu gaigneras
Des doubles plain Tne escoelte ;
Car tous ceui qui foudronl danser
Ne faudra les en refuser.
Ne veui-la pas venir , Taurien , Et apporter ta grand'Qageolle ?
Et toy , mon grand museau de cbie» ^ Tu sonneras de ta pibolle.
Allons viste et ne tardons plus Saluer le petit Jesos.
Quand nous serons là arriTez , Tenons assez bonnes grimaces , Ne faisons point les estonnez , Découvrons nos belles fouaces :
Chacun dira et diront vray Sont les enlants de Cbantunay...
Jean Bousson fut considéré de son tempe parmi les poètes qui méritaient les honneurs du sonnet et del*épigramme. Barthélémy BOUTlEByion trèê-humbU discipU , Itii consacra des vers dans lesquels il rapproche son nom de celui de Ronsard. Nous trouvons , dans la Couronne poétique de Rousson ,1e sonnet sui> vant,dontrauteur nous est iticonnu^nousle citons c(»mnH» une pièce curieuse , nous dirious presque comme une pièce historique, car il peut senir à apprécier le goùi de 1 époque potu* rantilbèse :
Cher tUmuom ; quoff Bousêon f non Boumon , maii dotut ton ; Cher fkmx^on , i'ay proeti auexque la nalitrt A km occasion , qui le faut une iniure^ EnroMUitêant ton nom du roux nom de ItouMêom,
MATHIEU , BARTHÉLÉMY BOmiER. 47
Quoff ! doibt elV , la manMre , enrovutr tonfredon ?
Enrouuir de les eharas la nombreuse mesure ?
Je jure par les cloux de la kaulte cambrure
Que roux seront donc dicts les doux chants d'Ampfdon !
Une rousseur ne doibt , 6 mon non roux Ronsson , Enroussir roussement ton doux nom d'un roux son. Puisque ta douce voix non roussement entonne
Ces très douces chansons , Von te doibt dire doux , Kon ainsi roussement l'enroussir d'un nom roux , Mais , mon Rousson , ton son trop roussement je sonne.
Noos n'avons sur MATHIEU aucun document. C'est Rousson qui nous révèle son nom et ses litres; il a inséré de lui quelques fragments poétiques dans son Be^ eueil. Voulant parler de tous les écrivains qui ont illustré le Maine , nous pouvons d'autant moins laisser en oubli ce mystérieux personnage , que les vers publiés sous son nom nous paraissent fort estimables. Voici une déclamation sur la mort , dans la feçon des poètes du temps , qu'on ne lira pas sans intérêt .-
Cette diffonnité de la mort D*est que feinte ; Elle porte fn beau froDt soubs td masque trompeur ; Mais , le masque leué , il n'y a plus de crainte : On se rid de l'enfant qui pour yn masque a peur.
A qui craini ceste mort la yie est desja morte ; Au milieu de la vie il luy semble estre mort : 8a mort il porte au sein , elle au tombeau le porte : Car craindre de mourir est pire que la mort...
La Tie est vue guerre estrangëre et civile ; Lliomme a ses ennemis et dedans et dehors : Pour conseruer le fort la mort abbat la yille , Et pour sauner Tesprit elle destruit le corps.