JEAN R0CS
Le monde est vne mer , la galère est la vie,. Le temps est le noclier , Tespérance le norl r La fortune est le vent . les orages Tenuie , Et rbomme est le Torçat qui n*a port que h morC
Il n*y point de mort soudaine à Thomme sage , Be tons les accidents son cœur Ta au detiant : Quand il s*embarque , il pense au péril du naufrage *. Et cesse de voguer quand il n*a plus de vent.
Puisque tu ne sçais pas où la mort te doibt prendre. Si de nuict ou de jonr, en quel aage, en quel point,. En tout temps, en tout lieu, il te la faut attendre ; Car de ce qu'on attend en ne s*estonne point.
Ne remets k demain le départ des affaires, Gbés le retardement loge le repentir ; En vn moment la mer et les vents sont contraires, Tonte heure est bonne à qui se resoult de partir. ...
Il De faut pas déprc^eier les modernes pour exaller tes anciens ; il ne faut pas professer pour l*ccole de Ronsard un culte aveugle ; il faut croire , avec Bolleau ^ que la venue de Malherbe fut un heureux événement. Cependant nous prisons ces vers de Mathieu au-desstis de quelques-unes des Stances à Dnperrier, Dans cette ode fameuse , nous lisons la strophe suivante , où Malherbe encourage le chrétien à la mort , à peu prê^ dans les mêmes termes que Mathieu :
I>e murmurer contre elle et perdre patience
Il est mal à propos ; Vouloir ce que Dieu veut est la soute science
Qui nous nielle en repos.
Quel que soit notre respect pour le maître de la cadence, nous devons dire que ces vers sont moins beu-
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reasement tournés que ceux de notre poète. La phrase de Mathieu est bien faite; elle est tout à la fois sonore, ferme, correcte; la pensée est développée avec abondance; le tour du vers est harmonieux, Tagencement des strophes irréprochable. — Madame Deshoulières a fait , sur le même lieu commun , quelques vers libres auxquels ceux de Mathieu peuvent élre comparés. Les voici :
Que rhomme conoall peu la mort quMl appréhende
Quand il dit qu^dle le surprend !
Elle naît avec lui , sans cesse lui demande Un tribut dont en vain son orgueil se défend. II commence à mourir longtemps avant qu'il meure , Et périt en détail imperceptiblement.
Le nom de mort, qu'on donne à notre dernière heure,
N^en est que l'assoupissement (i).
Cette paraphrase est médiocre , banale , sans couleur, sans art. Nous ne pouvons mettre en parallèle avec les strophes de notre Mathieu que ces quatre vers de Lafontaine , dont nous n'avons pas besoin de recommander la simplicité charmante :
La mort ne surprend point le sage * Il est toujours prêt à partir , S'étant su lui-même avertir Du temps où Ton se doit résoudre à ce passage (2).
Personne n*avait encore , nous le croyons du moins, exhumé le nom de Mathieu ; il n'est parlé de lui dans
(1) Madame Desboullières, Réflexion» diverses, (S) Livre VIII , fable if*
r>0 JEAN ROUSSON,
aucun des impriuiés ou des manuscrits que nous possé* dons sur Thistolre du Maine. Nous avons encore h fiiire connaître un autre petit poète , né dans le bourg dont Rousson fut le sacerdotal berger^ Barthélémy Boutîefi de Giantenay , pour lequel la postérité n'a pas été plos indulgente. Ansart » dans sa BibUothèque UUerairê du Maine, a omis Boutier; Tabbé de la Crochardière observe à son égard le même silence, et si M. Pesche ne lui avait pas consacré quelques lignes dans sa Biographie^ Dons aurions pu commettre, nous aussi, la même omission. Hélas ! que la gloire littéraire est chose décevante ! Ce poète oublié obtint , de son vivant, les plus brillants succès. Un de ses contemporains lui donna le surnom de second Ronsard : quedisoosHM)tts? dans uu quatrain , qui mérite d*être cité à cause de Tétrangeté du fait , on le compara même à Virgile : et dans quels lermes ! Les voici ; ils doivent être notés :
Vl tolum poêàt Romanum macM poeiam
( Ifam tint Vtrgilio carmina nuUa/onm) Galiica de poim le poêcU , Bariholomœe ,
Xam ceuante tuo perditur eloquù) !
Certes lliyperbole est lémcraire. Nous ne voulons pas dire néanmoins que Barthélémy Boutier ne mérite aucune estime ; ses Essais poétiques (i) protestent contre un injurieux oubli. Les qualités de sa manière (si tant esl que Ion puisse appeler manière , Thumble fredon d*un des disciples les moins recommandables de llllustre maître) sont pluiùt la facilité et l'abandon , que la correction et la vigueur. Boulier a tenté plus d*une fob
(t) Là Flèche , Giurgc Gri^cau , 1123, îo-S*.
MATHIEU, BARTHÉLÉMY BOUTIER. 51
d'emboucher la trompette héroïque ; U n'en a pas fait sortir des sons mâles et pleins : son vers de douze syllabes est lâche et saccadé. Il suit de plus près Ronsard dans le genre pastoral. Voici quelques vers sur Chantenay qoi ne manquent pas de grâce :
Chantenaj, ma douce patrie , Ma douce patrie chérie , Qu'esperdument j*ayme bien mieux Qu*autres endroits ny que tous lieux ;
Cbantenay , ma douce naissance , L*esbat de mon adolescence , AUendant mieux » ceste chanson Accepte de ton nouriçon...
Si Phebas de moy se recorde , De mon luth s'il bande la corde , Je feray , si je puis , pour toy , Ce qu'as bien peu fiiire pour moy.
Je te diray la fromenteuse , Je te nommeray la vineuse , Je diray tes fertilitez Tes fertiles commoditei ;
Je diray tes belles prairies , Je diray tes belles saillies , Je diray la bonté de Tean Que donne ton petit ruisseau ;
Je diray llionneur de ta place , Je diray ta belle surface , Je diray ton air si serain , Je dy si serain et si sain.,.
Je te nommeray la jolie ; Des Tilles tu seras l'enuie.
En attendant, ceste chanson Accepte de ton nouriçon.
52 JEAN ROUSSON ,
Les poèmes de Barthélémy Boutîeront pour lilre:ir#êaiê poétiques sur les affaires du temps. Ponur on prêtre deChantenay, les affaires du temps sont ou la mort de quelque gentilhomme du Maine ; ou le retour de Tarmée du seigneur qui gouverne, au nom du roi, la drcooscription paroissiale ; ou le passage , non loin des lieux qull habite,de quelque prédicateur renommé. Parfois cependant, Boutier entreprend de traiter des siyets d*un ordre pltis élevé : il déclame contre les protestants en assez bons termes ; il trouve mieux encore , quand il s*élève contre lavarice et la cupidité des évéques catholiques. Sous ce titre : De'ploraiions sur les bénéfices simpies , il nous a laissé ime longue série de stances sur les désordres du clergé contemporain , où nous trouvons d'abord ce portrait de Téglise comparée à la Sulamite :
EUe est ooire , mais eUe est belle »
Les pigeoos ont des jeui oomoie elle , Mesme ses doigts sont faicts ao tour ; La luoe eo lueur elle passe , Le soleil reluist en sa face • Elle est plus belle que le iour ;
Il o*j a poioi de tacbe eo elle Qui face qu*eUe oe soit belle ; A tous sa grâce pbisl a| fort Que les roynes exprès Tout veûe , Admirans , Tayanl recognoe , Sa grâce , sa laille et son port ;
Soo babit , par grand artiÛCf^ .
N*a rien qu*un pur or n'embellisse • Et on j fo&l rire dans Tor , Les diamans , les marguerite • Les rubis , sapMrs , cUry^iotKes , d'Orient tout le trésor.. .