BOUSSARD (GEOFFROY
GEOFFROY BOUSSARD a écrit lui-même, sur Thistoire de sa vie , quelques pages un peu emphatiques , dont nous traduirons plusieurs passages. Cette citation aura le double avantage de faire connaître , au début de cet article , la manière de l'écrivain , et de nous épargner à nous-mêmes im récit biographique que nous ne trouvons pas mal placé dans la bouche de notre docteur. Voici comment il s'exprime :
(1) Je lis, en effet, dans la Bibliothèque des Minimes , de Luc Yadding :
« Bonaventura Brocharti, norniannus, vir egregius, constaolissimus haereticorum impugnator, labores pluriinos per universam Galliam pro fidei RomaniB contra novatores defensîone perpessus, peragratis Palestin» et Arabiae regionibus,aoiplani edidil Chrono^ grapkiam Syriœ et uiriusque Arabiœ.* Il y a sur ce Bonayenlurc Brocha une longue dissertation de La 11 onnoye . dans les BibHo^ tkèques/rançoiseê , éditées par Bigoley de Juvigny.
« Jeune encore , à Yhge de dix-sept ans • je vins & Paris , cette cité fameuse , la plus renommée dn monde entier par ses vices et par le culte des lettres. Quand je fus dans cette Babylone , tu me conduisis d*abord , 6 mon Dieu , par tm don de ta grâce , dans ton illustre maison de Navarre. Je dis ta maison, car, sainte et saintement pudique , elle ne cesse d'entretenir pour toi une pépinière de jeunes arbustes , qui portent des (hiitt en leur temps , et qui , transplantés au loin , décorent le monde entier. Elle est la retraite des Muses , Texanple de toutes les vertus , le sanctuaire de Téloquence , h colonne de la religion , le séjour de la pudeur : que dirai'je? elle est le sol où ont été semées toutes les bonnes choses que possède Tunivers. • A cet éloge du collège de Navarre , Tauieur ^youte le panégyrique des docteurs qui en ont occupé les chaires. Puis il conthme en ces termes : • Il est vrai de dire que je ne marchais pas sur leurs traces avec assez de zèle : aveuglOi insensé que j'étais! je suivais la voie mauvaise , la voie du tii1« gaire , m'écartant de tes sentiers , Seigneur, comme une brebis malade qui s'éloigne du sacré troupeau. J^ai donc grandi dans ce saint asile , où j'ai quelque peu profilé dans l'étude élémentaire des arts, ayant obtenu de ta grùce des professeurs vertueux et énidits , sous lesquels , à la fleur de mon adolescence , j'ai été successivement élevé à tous les grades qui , suivant l'antique usage de l'école de Paris , sont accordés à ceux qui se livrent aux études libérales. Pour gagner ces grades , pour les conserver, que de fois , Seigneur, n*al-je pas péché? Tu le sais ; je le sais, moi aussi , mais moins bien que toi!... Quand j'eus quelques années de plus, je me consacrai , malgré mon inexpérience , à fbrmer
quelqaes jeunes gens peu nombreux que Ton voulut bien confier à mes soins ; j'adoptai ce parti, d*abord pour gagner de quoi vivre et de quoi me vélir, car, privé de mon père et de ma mère , je ne pouvais espérer que de toi, Seigneur, un secours à ma détresse , et ensuite pour me fortifier dans la connaissance des lettres saintes. Ainsi je passai quelques années , et quand vint le temps déterminé par les règlements universitaires , je me fis initier aux études sacrées, aspirant avec une audace téméraire au premier grade qu'obtiennent les élèves de la Faculté de Théologie. »
Bonssard raconte ensuite avec quelques détails que, dans le temps où il se livrait tout entier à ces études , il fut atteint d*une fièvre aigué , et que , sauvé de la mort par une grâce divine , il monta de degrés en degrés jusqu'au grade suprême de Técole de Théologie. S'il faut l'en croire , il ne méritait pas cet honneur ; mais nous avons lieu de supposer que , lorsqu'il fait de lui-même si peu de cas , sa modestie n'est pas sincère. Ce qui nous confirme dans cette opinion , c'est qu'il n'oublie pas de mentionner qu'à cette époque de sa vie , il était recherché par les courtisans , par les hommes haut placés dans l'estime du prince , vtri clarUsimi et summa auetoritate pollenies ; que plus d'une fois il rédigea pour quelques-uns d'entre eux les discoiu^ qu'ils récitèrent dans le Parlement ; qu'il fil même , pour un membre du conseil du roi , une traduction de quelques opuscules latins, dont il réclame le prix et la gloire. Ce sont là des souvenirs quelque peu vains dans l'esprit d'un homme qui parait faire si bon marché de lui-même, et quand Bonssard sgoute : « InnumeraHlia afia si- 1ère me eogii pudar, qtue illorum causa tam dili-
genter quant Uhenter efficieham • ^ on ne croit pas à cette fausse honte , ou tient pour suspecte cette ostentation d*buniilité.
Après avoir maudit en des termes fort amers le siècle et les hommes du siècle , après avoir vivement imploré de la grâce divine le pardon de ses égarements , Bonssard recommence le récit des tribulations que lui a fait éprouver la profession d*écrivain aux gages d*aatnii : • Appelé souvent et trop souvent par quelques bommet grands selon le siècle , par des patriciens , par des membres du sénat , je les ai servis ,j*ai traduit en latin les discours qu*ils devaient prononcer ; ils ont eu les applaudissements , moi la peine ; ils ont eu la gloire , moi le travail....: ils croyaient me payer assez et aihdelà, alors qu'ils m'invitaient à leur table. Quand j*ai eu besoin d eux , soil pour moi , soit pour mes amis, iU ne m'ont pas reconnu , ils ne se sont rappelé rien de mes services passés ; je les ai trouvés plus fâcheux à mon égard que des gens avec lesquels je n'eusse jamais eo aucun rapport. Us se figuraient que j'avais été mis au monde à cause d'eux , et qu'ils m'avaient fait trop d'honneur en me chargeant de les suppléer dans l'accompUtsement des devoirs de leur charge... — Je viens à leur logis j pour leur demander un bon office. Je frappe trois fois; un valet daigne à peine me répondre, et m'introduit en toussant , en fronçant le sourcil. Je reste debout de\'ant le vc*stibule , je demande le maître de la maison , lequel jadis m appelait , moi , le Maître {Magiâier) : le valet me n*pond qu'il ignore où il est. Une senraote tourne dans toute la maison , en parcotul tous les recoins. Le maître est au logis , elle le sait , elle sait aussi que je le demande ; mais il se repose, il dort , ou il joue
aux dés j ou , je rougis de le dire , il s*ébat avec une courtîsanoe. Le valet revient , et , Tair contrit , et me faisant la moue , il me dit , le menteur ! que son maître est sorti. Je reviens donc dans mon modeste asile , las , indigné , et vomissant contre Tingrat toutes sortes de
malédictions » Voilà une peinture fort curieuse des
mœurs du temps. Certes , la condition de Thomme de lettres est bien changée depuis celte époque ! De nos jours , il n'y a plus que certains parvenus , glorieux d*une opulence plus ou moins bien acquise, qui estiment récrivain créé pour leur menus plaisirs , et qui se dispensent de lui rendre ce qu'ils lui doivent.
Mais écoutons encore les doléances de Boussard. Non seulement il a fort à se plaindre des dignitaires séculiers , pour lesquels il a rédigé tant de mémoires ; les puissances de Téglise ne Font pas mieux traité. Il avait (il s'en repent avec la contrition la plus parfaite) servi dans ses intrigues un méchant homme , qui , à Taide de moyens réprouvés , s'était élevé jusqu'à l'épiscopat. Boussard , qui le considérait comme sa créature , pensa qu'il pouvait lui demander^ comme récompense du service rendu, quelque charge ecclésiastique. Comment fut accueillie sa requête ? Il se vit préférer par ce traître (nous ne traduisons pas l'épithète beaucoup plus énergi que de êcortator) un autre théologien qui n*avait aucun titre à sa reconnaissance. En somme, Boussard n'a rencontré partout que des ingrats, dont il serait trop long, dit-il, de citer tous les noms et de raconter toutes les perfidies : aussi n'a-t-il plus confiance que dans la miséricorde du Seigneur, et c'est en lui qu'il cherche un refuge, renonçant au monde, contre lequel il prononce cetanathéme : « Malediciui omniê quiconfidit in homine!»
62 GEOFFROY BOUSSÀRD.
Boussard fait cet inventaire de toutes ses disgrftces, au début d*une paraphrase qu'il a composée sur les Sepi Psaumes de la Pénitence. Nous parlerons plus loin de ce petit livre. Disons encore quelques mots sur sa biognphie, et voyons s*il ne se montre pas lui-même ingrat envers le monde , lorsqu'il Tincrimine avec tant d'amerttwie.
Boussard nous apprend qu'il vint à Paris âgé de diir sept ans ; mais il omet de nous dire dans qudle amM^. Assurément ce n'est pas ime affaire du plus bam intérêt que la désignation précise du jour natal de Geoffroy Boussard , et cependant il s'est élevé sur ce point une curieuse controverse. Dom Liron j dans son livre des Sitfgulariteê HUtoriqueê (i)» s'emporte asseï vivement contre de Launoy qui , dit-il , faisant venir Boussard à Paris en 1456, le suppose né en 1U9 : d'où il suit, comme le prouve le critique , que Boussard aurait écrit , à l'âge de quatre-vingts ans,uu livre désigné par lui-méaie comme l'ouvrage de sa première vieillesse. Après Dom Liron , Ansart répète cette date de 1&56 et ne la ditcute pas ; mais il traite avec beaucoup de dédain Tautorité de de Launoy et dénonce, dans l'article publié par l'historien du collège de Navarre , plusietirs autres erretuY signalées déjà par Dom Liron , qu*il ne cite pas. M. Tabaraud , dans la Biographie CmtfenelU , et M. Pesche dans son Didionnaire ^tndopieni aussi , sur la foi d* Ansart , cette date l/i56 , critiquée » mais acceptée à défaut de renseignements exacts , par Dom Liron. Nous allons maintenant énoncer à voix basi« et avec toute la modestie convenable , im simple fait qui
(I) Toin. ni , p SI et tuU'.
résoudrai y nous avons lieu de le croire, cette grave difficulté. Ce fait , c'est que Dom Liron a contredit de Launoy sans Tavoir lu avec Tattenlion convenable , et que les biographes (xostérieurs ont naïvement copié Dom Liron sans s'inquiéter du reste. En effet, celte date de 1456 , qui a si fort embarrassé l'auteur des Singulariiéê Hiêtariqueê , n'est pas dans l'article biographique de de Launoy : il y a , en tous chiffres , 1666. Et cette date j qu'il y a lieu de croire vraie , non seulement parce que de Launoy pouvait en vérifier l'exactitude sur les livres du collège de Navarre , mais encore parce qu'elle concorde avec les judicieuses observations de Dom Liron , nous indique que l'année natale de Boussard n'est pas, comme nous le disent la plupart des biographes, Tannée 1&39 , mais bien l'année 1649.
Boussard naquit au Mans ; sa famille était fort ancienne et fort considérée, mais peu riche. En 1466, alors âgé de dix-sept ans, il vint étudier la philosophie au collège de Navarre ; il fut ensuite professeur dans cette faculté. Vers l'année 1678, il abandonna la philosophie pour se livrer tout entier à l'étude des lettres théologiques et, après avoir interprété avec un grand succès, devant de nombreux auditeurs, le Maître des Sentences j il obtint les insignes du doctorat en 1689. Ce fut vers ce temps qu'il édita YHUtoire cTEusèbe , traduite par Rufin, X Exposition de saint Paul, compilation du diacre Florus, et un traité sur le célibat des clercs, qui lui fit beaucoup d'honneur. En décembre 1698, il était au nombre des représentants de l'Université , devant lesquels fut lue la sentence qui prononçait la dissolution du mariage de Louis XII et de Jeanne de France. Vers l'année 1506 , il fit le voyage de Rome et vint ensuite à
6i GEOFFROY DOUSSARD.
Bologne, OÙ il prononça, devant le pape Jules II, le jour de la Circoncision , un sermon sur le nom de J(*sus. Il assista, comme député de l'Université de Paris, aa concile de Pise (15 11), et en revint chargé par les membres de cette assemblée, de soumettre à la censure de rUniversité le célèbre livre du cardinal Cayetan , sur Tautorité du Pape et du Concile (1). Ce fut J. Almain qui répondit aux diatribes de lavocat du Salnt-Siége. La même année 1511 , Boussard fut élu chancelier de l'Université de Paris. Jean des Fossés lui contesta ses litres à cette dignité : en attendant Tissue dti procès qui s'engagea entre les deux compétiteurs , Jean Magnen ou Maignan, archidiacre de Passais, fut choisi par compromis pour remplir les fonctions de chancelier ; Boussard gigna sa cause. Kous le soupçonnons un peu d*avoir contribué pour une bonne part à ses infortunes domestiques, car nous le voyons souvent engagé dans des contestations et des procès. A peine est-il installé dans sa charge, par arrêt de justice, qu'il attaque le chancelier de Sainte- Geneviève , prétendant que celui ci empiète sur ses attributions, et, en 1518, il attire a rUniversité une réprimande de la cotironne , pour avoir voulu défendre Judaîquement ses privilèges (3).
Nous ne savons ce qui l'engagea ik se démettre de sa charge et à fuir Paris , mais nous trouvons qu'en cette annexe 1518 , il revint aux lieux de sa naissance , ayant échangé avec Nicolas Dorigni, profi*sseur de droit canonique , la dignité» de chancelier contre une modeste cure. Avant de quitter l'Université , il avait obtenu
(1) I>u Boulay , llîtt. L'niv, Par. Octavam seculam , p. 50. (i) IImiJ. p. loi.
nn succès flatteur. La reine ayant fait son entrée à Paris le 12 mai 1517, Michel Manterne, doyen de la faculté de théologie , lui présenta le salut d'honneur au nom de rUniversité. Enchantée de la bonne grâce des docteurs, la reine leur dit qu'elle prenait plaisir à les entendre , et qu'elle les recevrait volontiers en son palais des Tournelles. Cette visite fut faite à la reine le 15 mai : c'est Geoffroy Boussard qui , dans cette circonstance , prit la parole au nom de ses collègues.
De retour dans le Maine , Geoffroy Boussard partagea ses loisirs entre l'office pastoral, et, comme nous le supposons avec Dom Liron , l'enseignement des jeunes clercs de l'église du Mans. Le cardinal de Luxembourg, qui gouvernait alors le diocèse, parait l'avoir eu en grande considération. « On peut croire , dit l'auteur des Singularités Hisioriques ^ qu'il étoit Scholastique , car il nous apprend que ce qui donna occasion à la publication de son Explication du Sacrifice de la Messe , est que , pendant le Carême , il en avoit expliqué tous les mystères dans les leçons qu'il faisoit dans l'église du Mans , in ecclesia nostra Cenomanensi , vespertinis lectionibus, » Nous n'avons rien à objecter à cette hypothèse. On présume, avec quelque fondement, qu'il mourut vers 1522. Il fut enterré dans l'église de l'abbaye de Saint-Vincent.
Nous avons maintenant à nous occuper de ses ouvrages. Le premier qui fut publié , et que nous avons sous les yeux , est une édition nouvelle de V Histoire Ecclésiastique ù'Eusèhe^ traduite par Rufin.Elle parut, à Paris, chez Pierre Leret, en 1497 (et non pas en 1495, comme le dit Ansart,) in-Zi'*, gothique. Cette édition n'est pas ime reproduction piu*e et simple de l'édition
00 GEOFFROY ROUSSART).
:mlmeinv. Un poète du temps, Fnuntuê Andelinuê ^ nous lappreiKi dans ees vers qne nous lisons à la fin de
1 ouvnpje :
luclyta si qiixrrs sanctoriifn gosla viror ans
Oinnia lain cultuDi scripta voluioen habet: OI>si(:i «itia' fuerant iiia((noquo oppre5i$a veterno
Russanli poliit lima discrta inei...
C est , du l'esté , ce que Boiissard nous apprend htimême , dans une préface qu'il adresse , sons forme d'épitre , à Etienne Poncher, professeur en Tan et l'autre droit, et président au Parlement. Il paraît même que la collation des textes et la correction des erreur» commises dans ledition précédente, ne furent pas une besogne sans difïicidté.
Boussard donna ensuite an public Y Explication dès epUres de saint Paul ^ tin'*e des livres de saint Augustin. Botissanl attribuait cette compilation à Beda. Ou sait aujourd'hui quelle est du diacre Florus.
Le plus curieux , Ir plus remarquable des ouvrages de Boussard, est celui qui porte ce titre : Gaufiredi Boustfurdi ^ CafteeUarii Paritdcnsis , de Contineniia Macerdotitm nuh quœntionv nora ; utrutn Papa poêsii rum xacerdotihuM dtjtpenxare ut nu haut. Parisils, apiid Had. Laliseau , l.îOô, ui-li''; — Bothomagi , aputi Laur. !lostin<(, 15t5. La Bibliothèque du Mans ne possible pas cet ouvraî^e , qui est de\euu fort rare. l>e Launoy en a fait ime analyse latim*, (pii se trouve en français dans la Bibliothèque de* auteurs ecclésiastiques dTiru's du Pin. Xous allons la reproduire.
• L'opusnilf d«* la Continence des Prêtres^ ainsi s exprime du Pin, sur 4*<'ite quesiiim nouvelle , si le pape
GEOFFROY DOUSSARD. 67
peut pennetire à un prêtre de se marier , contient sept propositions. La première : Il est permis et il a toujours été permis partout , tant en Orient qu'en Occident, aux clercs qui sont dans les Ordres mineurs , de se marier. — La seconde : Il a été permis , tant en Orient qu*en Occident ,*depuis le commencement de l'église jusqu'au temps des papes Sirice et Innocent 1*', de promouvoir des gens mariés aux Ordres , jusqu'à celui de Prêtrise inclusivement, et à eux de vivre avec leurs femmes, sans être exclus des fonctions de leurordre. — La troisième : Depuis le temps de Sirice et d'Innocent T', il semble qu'il n'ait plus été permis , en Occident , de promouvoir au Diaconat et ù la Prêtrise des hommes mariés qui vécussent avec leurs femmes , et que tous ceux qui étaient promus à ces Ordres devaient n'avoir point de femmes , ou que , s'ils en avaient , ils étaient obligés de promettre qu'ils vivraient en continence ; mais jusqu'au temps du pape Grégoire , les personnes mariées pouvaient être promues jusqu'au Diaconat , sans s'obliger à la continence. — La quatrième : Depuis le temps de saint Grégoire , il n'a été permis , en Occident , de promouvoir an Diaconat que ceux qui promettraient de garder la continence. — La cinquième : Il a toujours été permis et il l'est encore aux Grecs et aux Orientaux , qui ont des femmes , d*être promus aux Ordres sacrés jusqu'à la Prêtrise inclusivement , et de vivre avec leurs femmes. — La sixième : Il n'est pas permis , et il ne l'a jamais été à ceux qui sont dans les Ordres sacrés, c'est-à-dire qui sont Prêtres , Diacres , Sous-Diacres , de contracter mariage. — La septième : Le souverain pontife peut donner dispense dans certains cas , à un homme qui est dans les Ordres sacrés , de se marier. »
Ne |>urlaiu que sur la foi d'autrui du livre où se iroiivent ces propositious, nous Q'^joutoDs rieo à Tanalyse qui nous est fournie par Ellies du Pin ; quant aux assertions historiques de Boussard , ce u*est pas ici le lico d examiner celles qu'il faut admettre et celles qall Eiiit rejeter. Depuis la controverse avec les protestants, Il question du mariage des prêtres a été plus sérieusenienl éttidiée qu'elle ne Tavait été par le clergé cathoUqne » quinze années avant que Luther livrai aux flammes , sur la place publique deWittemberg, et la bulle de Léon X et le recueil des décisions émanées da Sainl* Siège.
Parmi les autres ouvrages de Boussard, nous mentionnons le discours ou sermon prononcé par lui ,4 Bologne, devant Jules II , et ptiblié en 1507. Il y a plus à dire sur son Exposition du Sacrifice de la Messe, publiée,en tSil, chez Jehan Petit , in-^" , sous ce titre : De dimmUrimêm Misêœ êacrificio , per Gaufr. Bousêurdum Cêmamm* nufn iheologum , doctorem, poêt Gabriêlem et G. Durandi, eompendioia et breviê Expoeiiio, Ce peiil livre est en effet un abn'*gé de deux fameux traités de Guillaume Durand et de Gabiiel Biel , mais un abrégé fait par un maître , qui sait retrancher atissi bien qu'ajouter à ses modèles. Boussard avoue lui-même qui! y a des fautes dans son opuscule ; mais il ne veut pus qu'elles lui soient impunies. Il raconte donc que^ pendant un carême , ayant du loisir , il n^iigea et lut à ses collègues, aux exercices du soir , cette dissertation sur le sacrifice de la messe ; qu*un des auditeurs , du nom de René Croisard, ayant pris des notes pendani ces lectures, les mit ensuite en ordre et vint à Paris les livrer à im imprimeur \ qu a cette nouvelle , il s'emporta fort
vivoment, mais que ses menaces n'eurent aucun effet auprès du voleur, fwrille; et qu'il ne lui fut accordé , à lui Boussard, à Tauteur spolié, que la permission d'imprimer, en tête de l'ouvrage , une préface dans laquelle il invite le lecteur à mettre les négligences sur le compte de cet abominable Croisard.
A vrai dire , cette anecdote nous paraît fabuleuse ; cet éditeur responsable nous est bien suspect de n'être qu*anpréte>nom complaisant. Nous n'osons le décider, mais on se tromperait si l'on croyait que le XIX* siècle a inventé la théorie et la pratique de la réclame : jamais peut-être elle n'a été cultivée avec plus de soin , jamais elle n'a été accommodée avec plus d'art , jamais elle n'a été produite avec plus d'impudence, pour se servir du mot propre, qu'au joiur naial de l'imprimerie. La réclame prenait alors les formes les plus diverses : elle t'appelait jE'pfjgrramma ad atic forent , commendatoria eratio , iesiinumia de auctore^ dédicace, épttre au lecteur, épttre à l'auteur , sonnet , anagramme , etc. : quelquefois même , au début d'un volume , nous trouvons à la fois et l'anagramme , et l'oraison , et le sonnet , et les éptires. Ai]yourd'hui , les plus merveilleux , les plus téméraires de nos bibliopoles croient avoir beaucoup osé poiur le succès d'un livre , quand ils ont obtenu quelques mots d*éloge à prix fixe , dans la troisième page d'un joiunal en renom. Les Petit, lesOiivier, et autres éditeurs du XVI* siècle, y menaient moins de réserve et tendaient au lecteur un appât plus séduisant. Yeui-on un spécimen de la réclame au XVr siècle? Nous allons en produire une qui n'est pas trop immodeste pour l'époque ; nous la trouvons en tète d'un traité de Boussard sur les Sept Psaumes de la Pénitence , signée par un ba-
cbelier d'Angers, du nom d'Etienne Alard : la voici; BOUS traduisons avec la plus scrupuleuse c?iacUiude :
« J*ai la dernièremeot, daos mes loisirs, quelques commentaires sortis à peine de la presse du libraire : ces commentaires , sur les Sept Psaumes de la Pénitence, ont été composés, comme le titre llndiqne , par notre maître Boussard. La première lecture rolnvita à une seconde , tant j*y al trouvé d'utilité et d*agrément. Ce qa*cn dira la critique d'autrui , je ne sais ; mais, quant à ce qoi OM concerne , je dis tant de cas de ces commentaires , quMIs me paraissent dignes d*ètre lus par tout bommc docte et bon. Qo*on les lise, qu*on les relise... Crois-moi , bonnèie lecteur , cette lecture ne te causera aucun dégoût , aucun ennui : je dis nilenx , quand une fols tu les auras lus, ces commentaires , un si vif désir dejes relire s*emparera de toi , que tu voudras les lire et les relire de nouveau. Tourne et retourne les feuUleU , lis et relis , prends et reprends encore le livre. Ouvre-le au hasard , et lis ce qui 8*offre à toi tout d*abord ; si tu ne trouves partout quelque cboee qui flatte ton goût, dis que je suis un menteur , dis à ce volume un éteniel adieu... etc., etc. »
On le voit , dans cet art qui consiste à invoquer Tattention du public par l'emphase cl les mensonges du prospectus, nos vénérables aïeux ont éié nos niatires.Et si Boussard , loin de protester contre les éloges qui lui sont donnés si copieusement par le bachelier Etienne Alard , a lui-même autorisé Tinsertion de IVpttre que nous venons de citer au début de son commentaire sur les Sept Psaumes de la Péniience, il est permis de croire quecequ*it nous raconte des indiscrétions, de lobstination et même des perfidies de Kené Croisard , n*est qu'une ingénieuse fiction , imaginée pour embarrasser la critique. Mentir un peu , à son propre avantage , ce D*est qu*un péché véniel.
Le iraUé sur les Sept Psaumes de la Péoiience esi le dernier écrit de Bouss;ird. Une première édilion , que nous ne connaissons pas , fut , dit-on , publiée en 1519 ; nous en avons une de 1521 , Paris, J. Olivier, iu-S"*, dont voîci le titre : Gauffredt Boussardi, Cenomanni iheologi, nova et fructuosa interpretatio in Septem PêaltnoêPœnitentiales. Nous avons parcouru ce commeniaire avec quelque attention. Boussard connaissait bien la langue de Sénèque et ne l'écrivait pas mal ; c est un mérite qu'on ne peut aliribuer à tous ses contemporains. JVous dirions que c'était à la fois un bomnie de style et de goût . s'il n'avait gravement offensé le goût en voulant commenter les Psaumes. Boussard a ccboué dans cette entreprise, comme bien d'autres avant et après lui : sa paraphrase a beaucoup moins de sens que la lettre primitive, dans son énergique simplicité. Nous avons traduit plus haut quelques fragments de rimpiécation en forme de complainte , que fauteur a placée au frontispice de ce commentaire. Nous n'avons plus rien à en dire , si ce n'est qu'elle parut aux archevêques de Sens et de Paris contenir la censure de leur conduite , <*t que ces deux prélats intentèrent au diffamateur une action devant le Parlement. Il est à croire que Boussard se justifia de l'accusation, ou prouva la vérité de faits dénoncés comme calomnieux , car le Parlement autorisa une seconde édition de cette préface, qui avait motivé la poursuite.
Nous lisons dans La Croix du Maine : « Cetuy Geu* froy a composé en François un liure qu'il a intitulé : « Le Régime et Gouuernement pour les Dames et fem- » mes de chacun estât , qui veulent vivre au monde • selon Dieu. • Le liure n'est encores imprimé, ie sça-
che ; nous l'aucns par deaers nous escrit h la main et contient enuirou nne main de papier escrit en forme de minute. • Ce qu*est devenu ce manuscrit, nous fignorons.
Boussard a été , de son vivant , chanté par les poètes et estimé par les érudits. Un versificateur asses habile , du nom de Valeran de Varanes , lui adressa les vers suivants , dans lesquels il fait le plus grand éloge de ton éloquence :
Obstupet argutuu Bussardi iEnotrii tellus
Bloquium et Gallo Tincier ore podet :
Barbaries oliu Gallis objecta bcessit,
Splendet et emoncto lingiui diserta sita. Ora tenet vindex Roman» Felsina lingux,
Com resooai frauci culta loqveU viri.
Ptena deo arcanisqoe sacris oratio siiinimim
PoDtificeni pascit, cardineosque patres.
Gratior altamm Dilget saplenlia remm,
Si lepldo prodit vox decorata sale.
Ardoa cum lersis referas nysteria verbis.
Aillait Ansonte gens nmnerosa plag«.
ParLsius felii et tali proie beata
Qoap latios aimo hiinine spargU agros ! (I)
Un autre poète contemporain , cité aussi par Dom Liron , Michel Langlois , professeur de droit , a fait , eo Thonneur de notre Boussard , une pièce de vers fort louangeuse , dont voici les premiers distiques :
Gaafirede, Palladix spirahilis aura cohortii, Gaofrede, ParUiae lucida gemma scbolae ;
Ganfrede, terreni commmiis adorea mundi, Gaufirede, Sarlaai luique decosque soU...
(I) Dom UroB, Smg%dariiéi HiMoriqmes, t. m. p. 66.
Dans le titre de cette épître , Langlois ajoute au nom de Boussard cette qualification pompeusement apologétique : Uherrùnum êacrosanctœ litteraturœ ae bonarutn omnium aritum myrothecium.Le même poète célèbre encore les mérites de Boussard , dans quelques vers adressés à François de Luxembourg , évoque de Saint-Pons, neveu du cardinal Philippe de Luxembourg. Nous omettons de mentionner d'autres hommages moins considérables.
PERCHERON (luc).
Nous ne croyons pas que ce nom ait encore été imprimé; on le chercherait même vainement dans les tables manuscrites de Tabbé de la Crochardière : il n*y a donc pas lieu de témoigner quelque surprise , si nous savons peu de chose .sur la vie publique et sur les mœurs privées de l'homme qui l'a porté. Tout ce que nous ont appris de longues et stériles recherches, le voici. Vers l'an 1592 , dans la ville de Beaumont-sur- Sarthe , se trouvait un certain luc PERCHERON qui , après avoir étudié les lois , nous ignorons à quelle école , était revenu dans le Maine , sa patrie. Nous ne disons pas que Beaumont fût le lieu de sa naissance : comme il était d'une famille vassale de la maison de Beanmanoir, il est plus probable qu'il vit le jour sur les domaines de cette maison , c'est-à-dire , au territoire de Lavardin , de Milesse , ou de la Guierche. Voilà tous les documents qu'il nous a laissés lui-même sur sa bio-
graphie , dans la dédicace d*une tragédie en cinq actes , achevée à Beaumoiit, vers le mois d'avril 1592 , dont le mannscrit est à la Bibliothèque du Mans.
Une tragédie française, manuscrite, de 1592, Ignorée de tons les historiens du Théâtre-Français, même des frères Parfait , est assurément une pièce rare. Noos avons lieu de nous éionner de ce que personne avant nous n'ait e&humé celte précieuse relique. Jodeiie fil jouer Cleopàtre en 1552 , et Ton ne connaît , avant la CléopAtre de JodeUe^ que des farces et des mystères. Entre Jodelle et Robert Garnicr, on ne mentionne guère , comme dignes de souvenir , que Grévin et les frères de la Taille ; entre Garnier et Hardy , le nombre des tragiques n'est pas beaucoup plus considérable, et Us se recommandent moins encore par leurs mérites que par leur nombre. Or, d'après les historiens de nos origines théâtrales , la première faUe scéniqœ de Hardy , Théagène ci CharieUe , fût représentée vert 1600 : c'est donc une tragédie antérietire même lax essais de Hardy , que nous avons sous les yeux. Celle date nous importe : en effet , disons-le par avance , noos ne prétendons pas seulement révéler l'existence d'un tragique dout le nom ne figure pas ailleurs que dans le catalogue de la Bibliothèque du Mans; nous voulons faire connaître une composition dramatique qui nous semble au moins digue d'être mise en parallèle avec celles que l'on prise le plus dans les œuvres de ses contemporains. La Harpe a traité fort mal tous les prédécesseurs de Mairet : s'ils ne méritent pus tous d'être réhabilités par une critique plus équitable, n'hésitons pas néanmoins à nous inscrire , pour notre poète , contre les sentences beaucoup trop dédaigneuses de l'.Aristarque du Lycée.
AssurémeDt, la langue poétique de Percheron n'est pas celle de Corneille. En 1592 , la réforme de Ronsard €si accomplie , mais celle de Boileau n'est pas même prévue : on n'a pas encore distingué les termes familiers des termes nobles; on n'a pas fait, à l'usage des poètes tragiques, un vocabulaire particulier; aucune «ntrave n'a été mise à leur liberté , et ils abusent avec tant de confiance de leur propre génie , qu'on scrak mal venu de leur proposer l'établissement d'une dictature académique : ils ne sont pas en révolte , mais ils ne comprennent pas la nécessiié d^«ne loi sur le langage, autre que le goût muable du public. Quant à ce qui regarde Tarrangement des scènes , la contexture de la fable , ils ont pour modèles les Grecs , et (es imitent le mieux qu'ils peuvent. Ce mieux, sans doute , n'est pas toujours le bien : les Grecs ont été étudiés avec plus d'intelligence et plus de fruit par les tragiques du siècle suivant : il faut toutefois reconnaître qu'au XV I^ siècle, l'imitation est pins naïve , plus fidèle , par cela même qu'elle est moins savante , et parlant moins scrupuleuse.
C'est aux Grecs que Percheron a emprunté le sujet de la tragédie que nous nous proposons de mettre en lumière. Elle a pour titre : Pyrrhe. Voici d'abord la légende grecque. Pyrrhus , ou Néoplolénie , fils d'Achille et de Déidamie , roi d'Epire , introduit par le cheval de bois dans les murs de Pergame , y a commis une foule de crimes héroïques : on n'a pas compté le nombre des Troyens vulgaires qui «ont tombés sous ses coups ; mais, parmi ses illustres victimes, on cite Astyanax , le plus jeune des fils de Priam 9 précipité du haut des remparts de la ville , et Polyxène , sœur d' Astyanax ,
76 LUC PEECHERON.
fiancée d* Achille » immolée sur la tombe de ce héros. Après la mine de Troie, Pyrrhus reloume dans ses provinces , emmenant avec loi , comme sa part de boiin , le devin Hélénus et la veuve de Priam , Andromaque. Abdromaque est admise , comme esclave , i partager la couche du meurtrier de ses enfiMits. Cependant , Pyrrhus a été uni , d*auire part , devant les autels de Vémmê Ugiiiime , i Hermione , fille de Ménélas. Geiie-ci , jalouse de la préférence que son époux accorde i une esclave 9 se jeite dans les bras de Taventurier Oresie , qui massacre Pyrrhus dans le temple de Delphes , el biîi avec Hermione en Arcadie. — De ces divers épisodes, Percheron n'en a introduit qu'un sur la scène : bi hmm de Pyrrhus.
Euripide avait traité ce st^et ; mab, dans la tragédie d'Euripide , le personnage principal est AndroauMpie. Hermione , jalouse d' Andromaque , conspire avec Ménébtt la perte de Tescbive troyenne et d'un Ils qn'eUe a eu de Pyrrhus. Pelée , aïeul d' Andromaque , arrive à son aide et la protège. Le complot éclate et avorte en l'absence du roi. Hermiono craint son retour. Survient Oreste , qui offre galamment à la reine jalouse le secours de son glaive , et qui calme ses terreurs en lui promettant de bi délivrer au plus tôt d'un mari periUe. En effet , au cinquième acte , un envoyé de Delphes apprend à Pelée que le crime est accompli , que le sang de Pyrrhus a coulé sur les degrés du temple d'Apollon. Tel est, dans sa brutale simplidlé, tout le drame d'Euripide. Nous ne pouvons ne pas y trouver des invralsembbnces ; nous accordons même que ce drame est pins horrible que vraiment tragique , et que VyimJrotmmfme de Barine Batte bien phu notre goAt. Mais nous n'
dons pas une disserlaiion qui serait ici hors de son lieu : en regard de VAndromaque d*Euripide, nous ne placerons que le Pyrrhe de Percheron. Que, d'aulre part, ce rapprochement ne révolte personne! Nous professons une vive admiration pour les anciens ; mais on peut rendre justice aux modernes , sans faire preuve d'irrévérence à l'égard des gloires consacrées par l'hommage des siècles.
Dans la tragédie de noire poète , il n'est pas même fait mention d'Ândromaque. Hermione , unie à Pyrrhus par l'ordre de son père , refuse de partager son lit , et lui avoue sans détours qu'elle aime Oresie. Quand Oreste se présente, elle ne l'engage à tuer Pyrrhus, ni pour exercer une vengeance, ni pour éviter un supplice mérité , ni même pour s'affranchir d'un tien odieux. Elle déclare seulement au fils d'Âgamemnon qu'elle Tatme , et qu'elle hait Pyrrhus. C'est Oreste qui , de son chef, accomplit le meurtre- On le voit , les situations sont moins compliquées , moins forcées , le détail scénique est moins sauvage dans la pièce de Percheron que dans celle d'Euripide. On le jugera mieux , du reste , par une analyse fidèle , que par un avant-propos crittque.
L'acte premier est un long et solennel entretien entre liiane et Polyxène : Diane, la déesse des chastes amours ; Polyxène, l'épouse vierge, avupi<po« vufxçD, la triste victime offerte aux mânes d* Achille. Quel est le lieu de la scène? Diane nous l'apprend au début de son discours. C'est, en effet, un discours qu'elle prononce, un discours an'angé suivant les préceptes des rhéteurs. Voici en quels termes elle adresse la parole à Polyxène :
O vîcUme de Pyrriie , espouse infortunée D'«n lombea« fturieax , iprès ton byménée,
Fille du TieU Priaui , Polixène , voicy
Le lieu qui finira ton deuil et mon soucy.
Cet antre que tu veois, où , soucieui , se range
Un inonde de mortels , soit du Nort ou du Gange ,
C*est Tantrc delphien , dont mon fWire fcist choix ,
Qui de tout le destin y »bisma la voix ,
Soubx la nuit cauerueuse , effroiable en miracles
D*un oblicque verset mugissant les oracles.
Ce temple que tu veois, ricbement prétieux ,
Qui flambe sans cesser d'vn feu déuotieux ;
C*est où sont k Pbœbus les victimes menées
Des peuples, retournants riches de destinées.
Le meurtrier de Priam , brauant les f mmorteb ,
A ton meurtrier espoux y dresse ses autels :
Chétir, qui ne scaK pas que la p«issance humaine
N'est que Tombre d*une ombre , ou qu*vne enfleare vaiae
D>n peu de terre et d'eau , des Dieux le passetemps.
Jouet de b Fortune , et dcspouille du temps 1
Chétir^ qui ne scait pa^ qu'il nourri&t la vipère
Qui , nous vengeaut du filz « nous vt^ngera du père »
Et que son Hermione alluma le flambeau
De sa nopce sanglante au feu de son tombeau.
Diane nous dit ensuite quel triste sort les Dieux vengeurs réservent à quiconque ose les braver, et elle fait un tableau de la félicité qu'ils accordent à leurs élus :
.. Le nombre est petit de cetilx (\\w Juppilcr
FauorabVo a voulu de la terre fMn|K>rter.
Ceux-b d*un pied léger et d*aislc non rognne
Tous chargez de deslins oultre|)ercent la nue ,
Et bouueot leurs esprits desilaigoants leurs tombeaux ,
Vout volant per à |>er des anges les plus lieaux.
Deuant les yeux des roys ils marchent bonorableA,
Ils sont aux plus petits douc«'m<Mi( \i'*nôrablcs;
Héros, sauue-citez, droil-jugcanls, ayme-|iaix,
Les peuples soubz leur main par les champs sont e^iais :
L*esté riche de grains ses usures foissonne ,
Sur les cousteaux pampreux se cuist un bel automne,
Pour eux tout est plus beau , pour eux mesme les deux
Alument leur azur d'vn or plus gratieux ;
Ils meurevt pleins de temps , et la pompe espîorée
Du paîs gémissant suit leur bière honorée...
Après avoir parlé de sa puissance , avec une emphase glorieuse, qui rappelle d'un peu loin le monologue de Junon dans le premier livre de V Enéide^ Diane s'indigne contre Pyrrhus et le menace de sa colère. Elle veut venger Priam et îe meurtre de Polyxène , crimes encore impunis dont elle raconte le détail avec un luxe d'images qui eût plus charmé Lucain que Virgile. Voici la fin de ce récit : les traditions païennes et les chrétiennes se confondent dans l'esprit de la sœur d'Apollon , lorsqu'elle parle du séjour céleste , et , si l'on peut ainsi parier , des mœurs des Dieux ; et cette confusion donne à tout le morceau que nous allons citer ^ une tournure fort originale :
... Ainsy que le tygre horriblement affreux De son giste laissant Tespounantable creux , Deschire les troupeaux , gourmande le carnage , Tant que noyé de sang , enyuré de sa rage , Alors n'en pounant plus, il frappe Pair des dents ; Un murmure estouffé s'entend rompre au dedans De son goulfe estomach : mirant sa bouscherye , n regrette sa faim , defailly de furye. Pyrrhe non aullrement, tygre sans amitié » Lors qu'un chascun ploroit, attendri de pitié. Sans larmes regarda tant de grâces mourantes , Tant de graues beautés doucement esclairantes ; Il a son coutelas dans ton beau sein cachée Seio parauant non veu , parauant non touché.
80 LUC PERCUERON.
Sans force tu tombas , et lors ton soiog suprême
Fut coaurir ton honneur, bonneste en la mort mesme (1) :
Une clameur se Qst , le peuple s'en alla ;
Ton a me auesqties moy jusqu*au ciel s^enuola ,
Où Palme chasteté , d*estoilles couronnée ,
Regarde rarement la terre profanée ;
Où , mirant son (acteur « la trouppe des heureux
Home de ses yeui doux le nectar amoureux.
Le ciel te regardant son bostesse nouuelle ,
Admira tea beautés en une ame sy belle ;
Le grand père des Dieux de ton cœur s*estonna ,
Et de son feu plus pur . pour guerdon , rayonna
Ton beau chef frisotté , en sa clarté première
Quy la terre allumoit d*une sainde lumière. Cmel ! qui de 11 mort d*one fille braoant ,
Te Yis TU si long temps sur les Dieux esicuant.
Ne pente pas pourtant leur puissance cstre morte ;
La vengeance te soit, la mon est à u porte.
Ce poissant , ce tout bien , qui les biens entretieni , Qoy , rayonneux d*esclairs, en sa flamme se tient. Dont nous sommes partiz , esgonix de sa puissance , Ombres de sa clarté , miroirs de son essence , . Quy , quand il veult , nouà faict amiables et doux, Quy tenant de nous tous la force mezurée , Nous tient mesme lies en sa chaîne dorée , C*est luy , Pyrrlie . attendant ton tardif repentir , Lequel ne t*a permis ma colère sentir , Quy m*a lié les mains ; car lousiours sa clémence Est souddaiiie au pardon et lente à la vengeance.
(1 ) Imiution d^Euripide : Hecube, xers 568 et suivants. Le {lassa^ d*Eoripide a été aussi traduit par La Harpe. Comn de liaermmrt:
Elle tombe expirante , et, par un dernier soin , Elle rassemble eocor la force qui hii reste , Pour n* offrir aux regards qu*une chute modeste.
Ces vers D*oni pas assurément Tanipleur de ceux de Percberoo. Vm ckûu modette est , à notre jugement, une locution fort rkticole.
Majs, Pyrrbe, mainteDaot ton destin balancé, Pezant de tes forfaits , vers la terre est baissé : Yoicy le jour venir des quenouilles fatalles , Tentends le noir portier de ces royaumes pâlies; Oreste , je te veoy ; je veoy Pyrrhe assommé. De son père saignant sur Tautel diffamé. Ta, Pyrrhe, et maintenant Apollon desestime!...
A cette imprécation , Polyxène répond d'abord par quelques compliments précieux à l'adresse de sa divine tutrice. Puis elle continue sur le mode sublime :
Déesse , je me plains que Thuroaine prudence Veuille arracher aux Dieux leur saincte providence ; Que , voyant les meschans pleins de prospérité , Jouyr sy seurement de leur meschauceté , On estime le ciel et toute la nature N'estre qu\n roulement d*vne aveugle aduenture ! Depuis que cette rouille eut gaigné les esprits , Que , pour estre estimez entre les mieux appris , De la crainte des Dieux on feist une risée, La justice traisnant sa balance brisée Dans les astres cousins aussy tost retourna , Et an fer et au feu la terre abbandonna. Les Fureurs , qui pleuroient parauant prisonnières , Lors monstrerent au jour leurs affreuses crinières , Et le prince des nuiclz longuement combatn En triomphe mena la pleurante vertu. — Mocque toy des hauts Dieux , troupe foible et rebelle!...
Ayant interpellé les méchants en ces vers , dont nous
recommandons la belle et noble facture , Polyxène
ajoute que le crime de Pyrrhus, en l'arrachant à la vie ,
a du moins sauvé sa virginité. L'amour qu'inspire Vénus
lui est odieux ; mais elle célèbre les extases que produit,
dans une àme vraiment pieuse , la contemplaiion des êainctes beautés , avec un enihousiasnie qui nous engage fort à croire que ia fille de Priam a In quelque part , dans ses loisirs , les méditations séraphiques de sainte Catherine de Sienne.
Après avoir prête à son discours une oreille coroplaisanie , Diane prend congé d'elle et retourne à Dieu. £n la quittant , elle lui recommande d'être attentive à ce qui va se passer dans les lieux où elle l'a conduite. Polyxène, resiée seule, achève son amplification sur les vanités et les misères humaines :
Hélas ! où est le temps qoe le sceptre trompeur Esblouissoit mes jeux de son lustre pippctir ; Que j*allojs reuerant la majesté barbare D*vn Toj tout chargé d*or, courbé soubz la tliiare ! Las ! que j*etoys perdue ! — Ores, je cogouis bkn Que b grandeur des roys est semblable à f n rien. Je Teois que les soupczons et que les craintes btesmes Se perchent volontiers sur ces grands diadesmes ! Rojs , comme tout tous craint, tous craignez tout assaj ; Bourreaux , tous tous gosnez d>n continu soucy • Vous mourez mille foys et oVmi |>erdez Tenuye • Vous redoublez la mort , vous redoubtez la vye : Grands colosses sans cœur , qui paroisses dorez , l>es peuples gémissantz sainctement adorez , Vous î»emblez vu phantosme à Tapiiarence vaine , Que le vers du sorcier par les tombes pourmeine , Dont la voii est sans voix , dont le cor|is est sans corpt , Qui n*est rien au dedans et n'est rien au dehors.... Allez et caressez une grandeur sy \^ine ! Cle n*est qu*un désespoir de Pespérance humaine. L*houime est vu Trai jouet des dt»stins s*esbatant , Subicct infortuné des astres inconstans.
CoAtemplez donc , mortels, soobz combien de tciièbrts
Croupissent de vos jonrs les lumières fooèbres ! Regardez, qu*abiinez en rhuroaioe prison , Yoos n*eslouflez dans tous la cœleste raison ! C*est la seule raison qui, du hault ciel cousinne. De Tessence de Dieu vostre aysance auoisinne , Fille de Juppiter , quMl vous faull réuérer I Mortelz , en Padorant c*est son père adorer , Elle niesme est vn Dieu , les Dieux ont aggréable Qo^on adore les Dieux ; tout chérit son semblable. Fnyez moi doncq ce corps, ce corps est la prison Qui sy long temps des Dieux nous deffend la maison !
Ici finit l'acte premier. Aujourd'hui , nous appelons cette manière d'introduire l'action, un prologue. Le plus grave reproche que La Harpe adresse aux coniemporaios de Hardy , c'est de n'avoir pas connu la dignité tragique, et d'avoir abaissé lents personnages au niveau de la nature réelle. Nous n'avons pas besoin de beaucoup insisier, pour faire comprendre que le prologue de Pyrrhe ne mérite pas celle critique. Non-seulement les personnages entrent en scène avec une allure solennelle , mais les paroles qu'ils échangent, sont graves , élevées, et nous doutons même qu'il eât été possible de leur attribuer une tenue plus héroïque , sans outrepasser les limites de l'idéal. 11 nous faut d'ailleurs recon* naiire que ce prologue est trop indifiërent à l'action. Un tragique grec eût fait apparaître de nouveau , dans un épilogue , après le dénouement , les interlocuteurs fantastiques de l'introduction.
Au second acte , Pyrrhus arrive sur la scène , suiv^ d'Hennione, sa femme, et de Phénix, sa mère. Il reproche à Hermione ses rigueurs. Bien qu'il ait vengé sa race sur les bords du Simoïs , roulant tant d'armetz
et JCeêcuz ; bien qu*il ait , promeDant le fer et la flanuDe dans les champs où fui Troie , offert aux màoes iTHélèDe et de sod époux outragé toutes les Tictimes que pouvait réclamer leur juste colère , HermioDe reftiae on gage à soo amour. Elle aime Oreste.
Ce n*est pas d'ailleurs qu'elle dissimule avec son ravisseur. A ses déclarations , à ses reproches , eUe répond avec assurance qu'en effet il ne l'a sa loiifiier, qu'elle ne croit pas aux sentiments dont il fait étalage devant elle , et qu'elle n'a pas oublié les eDgagenenls que son cœur a pris avec Oreste. S'il a commis m crime , les Dieux lui ont pardonné. D'aillevs , c'est pour venger le meurtre d'Agamemnon , qu'il a tué Clytemnestre , et un fils doit plus à son père qu'à sa nèra. Hermione développe cette thèse étrange dans les vers suivants , que nous citons moins pour Caire valoir les mérites littéraires de notre poète , que pour donner «i spécimen des lieux-communs qui étaient dans le goAl de ses contemporains .
Des peres nous auons les annes et le nom • Le père de son fils honore le renom , Il agence , il polist celle masse de terre Que luj donne la mère ; il le ponlse à li guerre , Il le blet tel qo*uii Dieu des peuples escovté , Conduisant , généreui , les cœurs d*?ne cité. Bref , luy disant chemin parmy maintes espiMS • Il le meine au sentier des âmes plus diuines. Car naturellement nous naissons imparfaits , Par l'art tant seulement nous pouooos estre hits. Nous avons tons de luy la seconde naissaooe ; Sans luy , Haage plus meur est encore ea eafcacf. Aiosy. den foys Baiasani . sni peret aoas Et le corps et Tesprit par leqael nous viaeas.
Qooy plosî pour leurs enfans ils ont basti les yiUes »
Us se sont polices de coustumes dailes ;
Pour eux ils ont appris Fœuvre sanglant de Mars ,
Mesprisant tout hasard au milieu des bazards ;
Pour eux, entre la mort et la vie doubteuse ,
Ils ont suiui des flots Tespérance venteuse.
Bref, nous tenons le Tiure et bien viure d^eux , —
Et doubtons-nous auquel nous debuons plus des deux ? —
Noas, BOUS ne pouuons rien, nous naissons prisonnières,
Nostre sexe et la loy nous ont Taict cazanières ,
Inutiles en guerre , inutiles en paix ,
Bu mesnage sans plus nous soubstenons le faix ;
€*est nostre Tray honneur d^vn chascun estre teues ,
Bt ne debooDs Jamais scauantes estre veues :
Sage est celle ^rayment dont le nom incogneu
ITest OBcques des voisins aux oreilles venu...
Des rayons do mary sa nuict est esclairée ,
Son honneur sans honneur la peult rendre honorée :
Morte elle vit par loy ; c*est son roy , son seigneur ,
Son tout, son bien , sa Tye, et, bref, tout son bon heur.
Celle donc trayment qui a tué sa vye ,
Celle qui si clarté soy mesme s*est rauye
Est Indigne de yiure, et son chef détesté
Indigne de jouir de la belle clarté.
A cette sqpologîe du crime d'Oreste , [qui n'est , il faut le dire pour rendre toute justice à notre auteur, qu'une paraphrase de ces vers d*£uripide :
IlaiTTip {Aiv i^puTcuoiv \Lt y 9T) ^^Ttxre irai; , T% airlp{<i*i^oup« irap«Xa€oûa*fliXXou icatpdt,l(l)
(I) Oresie,vers551 . On peut comparer toute la défense d*Oreste , •e justifiant devant Tyndare, aux vers que nous venons de citer.
Bans les Emnénides d*&chyle , Apollon présente la Justification d*Oreste à peu près dans les mêmes termes ; le sang deClytemnestre ne lui semble pas même une expiation aaffisante du meurtre d*Agamemoon.
Hermione ^oute une malédiction irès énergique contre Pyrrhus, assassin de Prlam et de Polyxènc. Celui-ci , qui a commencé lentretien par des paroles flatteuses, rendu furieux par les dédains insolents de l'amante d*Oreste, Tinterrompt et s écrie :
Va , tu De fbs jamais fille de cette Ilélène Qiiy suyuoit le iroyen . pitoiable à sa peioe 1 Uoe noire Furye , ingrate , te porta ,
Une noire Furje, ingrate, t'allaita —
Pays asscniissez-vous, faictes les tos roaistresaes 1 C*est vrayment entreprendre addoucir des tygretses; ArreMer le soleil ; auec un chien boiteux ,
C*est vouloir deuancer un cerf au pied Tenteux
Hélas ! seie cruel, nos soupirs et nos pleurs Ne TOUS sont rien que ris, nos espines que fleurs , Nos» irauaux que soûlas ; joyeuses au riuaget Vous allex regardant des amours le naufrage ! Sage donc c(*luy , pour fuir cette mer , Qoi fuit tous vos attraits , qui se garde d'aymer , Qui Tit libre et content, dont Tame généreuse Pour vous donner plaisir ne se faict malbeureose...
Après cette complainte sur le sort des amants maltraités , Pyrrhus sMance sur Hermione et va lui plonger son glaive dans le sein , décidé à s*immoler ensuite sur son cadavre. Phœnix le retient.
Phœnix a sur faniour Topinion de Polyxène; elle célèbre cet amour :
.... Ce sainct amour qui n>mploye ses ailles Qu*à voler au séjour des beautez immortelles / Bl quy fondant sou bcur sur une éternité Se pasme au\ doux baisert» de la diuinité. Puis parfoys néanmoins regarde nostre monde , Qoy esclaire nos nn\%c% de sa rlarti* féconde.. .
Et qny nous faicl aymer la mortelle beauté
Pour nous faire vue escbelle à rimmortalité...
Mais quand cet aultre amour , lourd enfant des désirs ,
Nous a faict Yne foys esclaves des plaisirs,
Tout rbomme est renuersé , la ciuile tem peste
De folles passions orage nostre teste !
Ce soDt là incontestablement de très beaux vers.
Un homme sage, au dire de Phœnix , doit écouler les conseils qui lui sont donnés, et ne pas suivre Télan de ses passions :
.... Celuy là qui desdaigne d'user
I>es bonsaduis d*aultruy, ny soy-mesme aduiser,
C^est un lourd faix de terre , vue soucbe inutile ,
Un bomme qui sera la perte de la ville ,
6*tt a jamais en main l'entier gouuernement ,
Ne se laissant guider qu'à son aueuglement.
Ha ! troys foys , quatre foys malbeureuses prouinces
Auxquelles Juppiter a donné de telz princes !
Tandisque leur oreille est close à la raison ,
Pour bumer des flatteurs le chatouilleux poison ,
Qu*ils n'escoutent personne et font tout à leur teste ,
Ils versent , et cbascun se sent de la tempeste.
Phœnix les compare au pilote ignorant qui s obstine à ne pas prévoir Torage , et à ces hommes vigoureux , à ces athlètes aux formes herculéennes , qui s'admirent dans leur vigueur, cl qui tombent frappés subitement par une congestion cérébrale , alors même qu'ils bravent la mort avec le plus d assurance. Elle exhorte son fils à vaincre Tempire qu exercent sur lui de funestes charmes , et à imiter lexemple qui lui est donné par les princes pacifi4ues,dunt les peuples honorent les vertus. Cette admonition termine le second acte.
Dans cet acte , faciion ne se développe pas , mais les figures principales du drame sont dessinées avec une grande vigueur. Nous prérérons aujourd'hui à ces grands discours des situations violentes, des effets de scène d*une succession précipitée : les passions tragiques nous émeuvent peu; nous ne nous intéressons qu aux événements imprévus , aux catastrophes violentes, et si la Fortune n*a pas , dans le cours d'un acte, transporté plusieurs fois le héros de la pièce du sommet a la base mobile de sa roue , nous restons indifférents : le débit oratoire nous est insupportable ; il nous faut un dialogue bref, pressé , heurté ; quand un acteur occupe les planches assez de temps pour nous permettre d'analyser les traits de son visage , il nous ennuie déjà , nous en appelons un autre. Dans cette disposition d'esprit , nous ne pouvons goûter la tragédie. Du moins, ne soyons pas injustes envers les tragiques. A juger le se* cond acte de Pyrrhe suivant les règles de la scène non* velle , il est plein de longueurs , il traîne , il fatigue ; ce ne sont que sermons monotones et insipides. Pour le défendre conure cette critique , nous ferons simplement obi»er\'er que les règles auxquelles Percheron s'est conformé, sont celles qui ont été suivies par Sophocle, Euripide et Corneille.
Le troisième acte commence par un entretien entre Oreste et Pylade. Ils ont traversé les mers pour venir défendre Hcrmione contre les entreprises de Pyrrhus. Cette scène peut être comparée à l'exposition de l'v^iidromaque de Racine. Si cette comparaison n'est pas à l'avantage de notre Percherun , encore dt'vra-t-on reconnaître que , dans quelques passages , il n'est pas très inférieur au maître de la scène française.
Oreste parle le premier :
Pylade mon doui soing , seul repos de mon aroe , Unicque parangon de ma loyale flamme , Nous sommes arrîTei » après tant de dangers ; Nous saluons enfin les démons riuagers.
Après avoir, en peu de mots, exposé à Pylade les soucis de son amour, il invoque tes puissances supérieures, et leur demande de s'associer à sa vengeance. Cette invocation a bien le caractère antique : pour le fond et pour la forme , elle rappelle heureusement les belles scènes d'Escbyle :
Apollon loing-dardant,
Soy lequel puissamment sur Parnasse commandes , O Roy , entends , bening , d*Oreste les demandes. Sy le rayon fatal de ton astre puissant Fauorable œillada mon genye naissant, Et sy , par ton moyen mon enfance eschappée , De ma mère trompa la parricide espée, 8y tn m*as eslevé vengeur de ma maison , 8y de tous mes bayoeurs tu m*as laict la raison , Fay que ce rauisseur de toute ma richesse Attelé dessoubz moy rende Tame thraitresse. Et fay que , ce poignard espongé dans le cceur , Ses yeux laissant le jour me confessent veinqueur ! Que ce braue là bas (1) à son père raconte Llionneur qu^il a gaigné à procurer ma bonté ; Sy qo*tn aultre en après reuérant mon renom , Craigne de s*esgaller aux fils d*Agamemnon ! Mais , Roy , sy tu ne veux (la nature diuine, Chiche du sang humain , volontiers est bénigne)
(1) Aux enfers.
Sy la ne Teui , o Roy , me guider eo eecy •
El sy , comme de moy , de luy tu as soucy ,
Fureurs , je tous invoqve !... O Fureurs , s'il tous reste
Fureurs digues de tous ou plus digues d*Oresle ,
Yenei Umles Icy ; Toicy la roesme main ,
Toicy le mesoie fer qui rougist , iohumain ,
HaDS le sang maternel ; le sanglant Aracide
Ne doibt ensanglanter tu fer moins homicide...
Déesse , je tous Teoy , je Teoy Toslre flambeau !... —
Mays quy est ce phanlosme appaly du tombeau ,
Qui me poursuit , affreux ? j*en recognoy la face ,
Cest ma mère... lia^ ma merc ! lia ! ma niere !... de grtce,
Deffendei moy , Pilade.. .
Ces vers, que Ton uous pardonne celle locutioD , sont assaisonnés avec toutes sortes dVpîces d*uu goût détestable , mais le tour en est heureux. Remarquons le dernier trait : Mayi quy eii ce phantotme^ etc. , etc. Oreste saisit son glaive et en menace Pyrrhus : aussitôt le souvenir d*un auire meurtre se réveille dans sa consdence^ et lorobre ensanglantée de Clytemue&tre lui apparaît! Ce mouvement est d*un bel effet ; il est d'ailleurs bien motivé, et il impressionne vivement Tauditeur, devant lequel le passé d'Oresie est remis en scène d'une manière tout à fait tragique.
Pylade s'occupe moins de consoler son ami que de le conseiller. Il accorde bien qu'il faut tuer Pyrrhus; mais il est besoin , dit il , d'agir avec prudence , et de ne pas donner léte baissée dans les périls de l'entreprise. Pyrrhus peut être facilement abusé
Je le rognois si fler, qu*il pense que les deux Ne luy scauroient plus nuire , et tes audacieux SoBl souoent corobatns par leur propre sinpiessc...
D*ailleiirs , il importe de savoir si la fille d'Hélène est restée fidèle au souvenir d'Oreste ; car, ainsi que Ta toujours observé le sententieux conseiller,
Il n'y a poinct de foy k la foy d*ane femme.
Voici donc \% moyen que Pylade propose pour abuser Pyrrhus et pour éprouver Hermione. Il n*est pas connu du roi , il se présentera devant lui , lui dira qu'Oreste a été jeté demi-mort sur le rivage, et qu'avant d*expirer, il a donné soin à quelques matelots de recueillir ses cendres, et de les aller déposer au giron d'Hermionc ; que de ces matelots deux seulement ont survécu , et qu'il annonce au roi l'approche de son compagnon , porteur de l'urne qui contient les cendres du héros. Oreste remplira lui-même cette mission funèbre.
Cette fable vraiment dramatique n'est pas , on le sait , nne invention de notre poète; il l'a empruntée à !'£*lectre de Sophocle. Nous ne lui reprocherons pas cet emprunt; les tragiques plus modernes se sont permis d'en faire bien d'autres à la même source , et elle n'est pas encore épuisée (1).
Oreste adopte le conseil de Pylade ; mais voici qu'Hermione se présente sur la scène avec sa nourrice. Les deux complices s'écartent pour entendre , sans être vus d elle , ce qu'elle va dire.
Hermione gémit sur l'absence d'Oresie ; elle se rappelle avec bonheur le temps , le jour où elle le vit pour la première fois...
Je hesDys le beau jour que de les yeux rauye Je conjuré la mort pour te liurer ma vye.
(1) SopliocHs Electra^ vers 1101 .
9S LUC PEECHBRON.
Hefwys ee Joor keorem q«*onblier J« ne poyt ,
Tms toltres n*oiit esté à Biet yeai que des noieU.
n me tOQfieiiC de tout; — les imants ae touTiemieiit ! —
Cestoit ta mois d*ApiirU , que les beaax jours reuieniieBl»
Que d*?ii œil gralieai le soleil blaDdissant
dresse la beauté da monde renalssani ,
Q«e je te tels Oreste....
De tes jeu dom riaots les amooreeses thmmes
Dardoiem tb (eu secret» do«ce flebwe des ises :
La blancbeor de ton teiot booteosemeiit ? eroMil
Ces pomnaes resserobloit, qv*no ueurissaot soleil
Termeilkmee sur Tarbre , et ta boocbe poorprlne
Promettoit le baiser et le ris de Cyprine ;
Et plos qae to«s les traku de ta Jeune beanté
Ti taille et ton maiirtleB sentoieat leur reyaocé...
Cette descriptioo des charmes Javéoiles d*Oresie appaitieDt aussi bien à l'école de RoDsard qa*É ceHe de M. Hago. Da reste i noos De la ironvoiu pas plos de nanTab goût qae ce dialogtie ea pointes rimées , dans le denième acte de fj^ndromû^ue de Radne :
.. Qoi foiis a dit qne, malgré mon devoir le fi'ef pas qeeiqnefob aovbalté de tms foir.
ontsTt.
Sonbahé de me ToirTAb! divine prinecaM... Mais de itrftce, est-ce à moi, qoe ee disconrs s*adi OoTres vosyeni. Songes qn*Oreste est devaat Toas, Oreste si longtemps Tol^et de leor coorroas.
Oal, c'est TOUS dont Tamonr naissant avec lenrs cfcannet Lcnr apprit le premier le poavoir de leva anaes, etc., etc.
II bal toiqoars tenir compte à un poète da temps où il écrit I et il est injuste de reprocher aux écrivains d'un ordre inférieur ce que l'on pardonne volontiers à ceux du premier. Quelle que soit la spontanéité du génie, la mode du jour lui dicte des lois. Racine a Areqoenté Tbôtel de Rambouillet : Percheron a eu quelque commerce avec les astres de la fameuse Pléiade. Voilà ce qui explique leur manière diverse , lorsqu'ils parient des mêmes choses, avec les mêmes prétentions au beau tangage : mais ce n'est pas sur ces détails qu'ils veulent être jugés Tun et l'autre.
Après avoir si bien parlé des grâces d'OresIe , HeriQione exprime sa haine contre Pyrrhus , et invoque la flsort. Sa nouirice la reprend :
Madame, appaisez vous, la douleur foos transporfe , Le malhesr est trop grand oli PcspéraDce est morte : L^tipoir est au I Thiants, les morts n*espèrent plus.
HBRMIOHS.
Ha ! aas55 says-je morte. Et qooy ce corps perdus Ne TOUS apparoist-il vue tombe récente Où mon dolent e^rit sans cesse se lamente? Pensez-Tous que la mort ay t rien plus malheureux T
Hooamics.
Nul n^ayt heureux vrayment qui ne se pense heureux. Ces chers mlgBOiis des Dieux , en&nts de la Fortune , Ne l'ont pourtant jamais esprouuée toute une. L*aigre est ? oisia du doux , les jours suyuent les nuiels , Les plaisirs sont comptez auecques les ennuys. Ainsy Ta il de nous ; car ce n'est rien, en somme , Se dire malheureux, que se confesser homme....
Cet entretien , durant lequel Hermione éclate plus d'une Ms en imprécations contre Pyrrhus , tandis que
9i LUC PERCHEROn.
sa nourrice lui conseille la paiience , se prolonge jusqu'au moment où paraît Pylade. Pylade atlend , pour remplir son message, Tarrivée de Pyrrhus : Pyrrhus se présente et demande à Tétranger ce qui Taniène. Les détails avec lesquels Pylade, sous le nom de Phorbas , noonie la mort d*Oreste , sont beaucoup trop circonstanciés. Comme nous ne voulons pas défendre les mauvais endroits de la tragédie que nous avons sous les yeux 9 nous reprocherons à fauteur de s*étre écarté , dans le troisième acte de Pyrrhe , des traditions de la scène grecque , pour suivre , dans une voie moins beu* reuse , celles de la scène latme ; mais , pour que notre critique ne suit pas injustement sévère , rappelons que Lucain fut, avant la venue de Racine, estimé au-dessus de Virgile par tous nos poètes tragiques , même par Corneille. Il y a , du reste , dans la description mensongère de la tempête qui a fini les jours d*Oreste , des vers qui méritent d*élre cités :
Soubz la pasie maison des langoureux hjuert , Loing vers le Pont Euxin , est un peu;ile peniers Quy habite Tauris , et ce («eiiple prufauc Du sang des estrangers sacrifie à Diane. Oreste en recournoil ; nous voguions , à nos yeui Il D*aparoissoit plus que la mer et les cieux. Cesloil deuers le soir, et du liault des monlagoet Ja les ombres tomboient sur les noires campagnes. Quand le vent se cliangea ; lequel premièrement Nous ouismes gronder d\-n laiblet hurlement , Et son murmure sourd , deuancier de Torage , Caché dessoubz les flots , bniyoit sur le riuage : Puys à coup ramassant ses forces dedans Pair , Gros de pluye et d*esclalrs il se print à hurler : Boscoible to«t les vents des quatre colo^ du moadt
Yiorent bouleoener les abysmes de Tonde :
Tout aussy tost le ciel quy luisoil estoillé
Es nuages cacha son ?isage voilé ;
Le vent bruit, Fenrerbouill, Tesclair luist, (oui Tair tonne •.
Le Noth tempestueux quy es voiles s*entonne
Les descouppe en deux parts , sans que poussions preueoir
D\n secours oportun le fauorable espoir :
la nostre roast nroissé toute la nef secoue ,
Et la vague à tous coups donne de pouppe en proue ,
La carène se rompt , les pleurants matelots
Reiectent sans cesser les flots dedans les flots... etc., etc.
Ces vers ne sentent pas Lucain , mais Virgile ; ils ne sont , à vrai dire , que la traduction un peu libre d*iui passage fameux du premier cbant ùeV Enéide. Ce qui suit ne les vaut pas. Les lamentations d'Hermione apprenant la mort d'Oreste sont emphatiques et précieuses : la vraie douleur parle peu; elle s abstient surtout d'équivoquer sur les mots , et Tamante d'Oreste sacrifie même la pudeur sur Tautel du calembourg. Si les demoiselles de Beaumanoir ont pu lire tout haui, et sans rougir, quelques vers de cette longue complainte d^Hermione, leurs oreilles étaient bien chastes ou 1 ciaient bien peu.
A la fin du troisième acte , nous approchons de la péripétie. Au début du quatrième , Pyrrhus et Phœnix occupent la scène. Pyrrhus a eu un rêve qui Tépou- \ante : d'autres signes lui annoncent encore quelque grande calamité. Il fait part à sa mère de se$ inquiétudes :
Les cymes de ce lieu noircissent de corbeaux
Qui croassent sans fin
Depoys quatre ou cinq nuicts Pabominable orfraye Au contour du chasteau, espouuan table, abbaye.
96 LUC PERCHEROlf.
Et mes molotsIeDS d*m iKNTiMe hurlement Me semblent préiaglr tu triste éTénement...
Phœnix lui conseille de faire aux Dieux quelque sacrifice, et de diasser de son cœur un amour qui le remplil d*alannes. Ils entrent dans le temple.
Oreste et Pylade se présentent alors , et forment le projet de massacrer Pyrrhus aux pieds des autels. Dans VAndramaqu€ de Racine , Oreste est poussé par Hermione à porter la main sur Pyrrhus. Malgré les vives instances de cette femme qu*il aime et qui s*offre à lui comme récompense du forfait , il hésite même devant elle ; il discute , même quand elle conmiande :
YeafeoM-noos , J^ cooseo» ; mais par d^antres chemins Soyons set ennemis et non ses assassins.
Aprèt avoir promis, il ne sait encore s*il doit rem* piir sa promesse : une lutte s'engage entre Tamour et le devoir :
Il respecte en Pyrrhns l*bonnear du diadème ; n respecte en Pyrrhus Achille et Pyrrhus même ; n craint la Grèce , H craint TunïTers en courroui , Mais il se craint, dit-il , soi-même plus qne tous... Le seul nom d*aasaastn réponvante et l*arrête.
Tel n*est pas TOreste de Percheron. Pour assassiner le ravisseur de son amante , il ne prend conseil de personne ; il ne délibère pas même avec sa conscience : rinspiration du crime est , chez lui , le fait d'une sponunéité que rien ne vient contredire. Si TOreste de Racine nous touche plus, parce qu'il nous ressemble davantage , Il faut dire que celui de Percheron est
plus vrai| c'est-à-dire plus conforme à l'idéal d'Eschyle et de Sopbocle : on se figure mal TOreste de la fable grecque, Instrument des Dieux vengeurs, ayant assassiné par devoir Clytemnestre , sa mère, poursuivi devant l'Aréopage par les Euménides, défendu par Apollon et justifié , ayant quelques scrupules lorsqu'il ne s'agit que de tuer Pyrrhus , un rival odieux.
Tout l'acte cinquième n'est qu un dialogue entre Phœnîx et le chœur. Pyrrhus a été tué, Phœnix provoque le peuple à la vengeance : puis , accablée par sa douleur , elle se poignarde sous les yeux du public , après avoir toutefois exposé les motifs de sa résolution dans un long monologue où nous remarquons les vers suivants. Elle s'adresse à Jupiter :
*.... Las ! où est ton fooldre , et ce feu si grondant , Que sur ces Êiuli Grégeois tu ne les vas dardant ? N*apperçois-tu d*en bault leurs dires forfaictures ? Que sy tu n*as soucy pour chasser ces iniures, Fay moy tost tresbucber au moins , Olympien , Sy sur ces camaciers ton fouldre ne peult rien. Ores je puys porter d^vne bouche certaine Quel dol enuenliné couve en la face humaine , Quel fard les hommes ont » comme leurs doubles cœurs
Sont freslement masquez de visages trompeurs
He ! Roys, voyez au doigt que la fortune instable , Comme le roturier, abbusez vous accable ! Voyez y et balancez sy la félicité I^ vos tbrones dorez dure en éternité !
La mort de Phœnix est la dernière scène du cinquième acte.
Nous ne nous sommes proposé que de faire connaître par une analyse fidèle la tragédie manuscrite de
Percheron : noire i&che est remplie. L'œuvre do poète inconnu ne valait-elle pas le soin que nous avons pris de la produire au grand jour? On l'appréciera. Pour notre part , nous lavons en estime , et , dans le Parnasse du Maine , nous plaçons Percheron non loin de Robert Gamier. (1)
mm
Al'BERT (CHARLES).
Il rc8ic de cuarlea AUBERT un assez grand nombre d*écriis, mais on connaît peu l*histoire de sa vie. Ansarl nous dit , en peu de mots , qu'il Tut long-temps irrésolu dans le choix de sa profession , et qu*eofin , 8 étant déterminé pour leglise , il reçut tous les Ofdres
(t) La BibUoikèqwi dn Théâtre Framçai» nous révèle rêtiflleace d^une tragédie publiée à Rouen, en 1598 , {n-8«, dont le si^ei tA celui que PerclMroo a traité. Noos n^avons pas tous les jtm\ cet ouf rage , niais voici I aualyse qui en est (aile par Taolevr de la Ai- Mioihttjue du Théâtre Français :
€ Sujet de Pyrrhe, Pi/rrhe , fils d*Acbille , aime HemikNie ; mais cette princesse , ainsi qu'il le dit lui-même dans le premier acte « a donné toute sa tendresse à Oreste, et est insensible à ses vonit. Cette rivalité inquiète Didauiie , ro^re de Pjrrhc , qui de plos a rime agitée par un songe qui lui a présenté les objets les plus fu* nestes. Elle va consulter Helenin , graud prêtre trojeo et esclave de Pyrrhe : elle lui raconte son sunge et celui-ci lui annonce la mort prochaine fie son fils. Désespérée de cette aflVetoe prédiction , elle va trouver Pyrrlie pour l'engager à prendre les plus grandes précautions. Ce prince ordonne alors au grand prêtre Macaré de préparer un sacrifice et de consulter leii oracles. O* grand prêtre est un fourlM* vendu à Oreste, et il le fait avertir que Pyrrhe va se rendre au ten(>ie. Oreste y vole sur le cKanip avec son ami Pilade ; ils surpn'nncnl Pyrrhe au& pieds des autels • ei les y massacrent. Oreste va aussitôt rendre compte è Hermlone dfl crime qull vient de commettre, et un messager vient TapprcMlre à Didamie (iiii se fh'^'^père. • L*auteur de cette pièce est Jets Heiiden» parisien. •IliMiof A. dm Th. franc, : l i., p. SSO.
des mains de Tévêque Charles de Beaunianoir. A celle noie biographique il syouie qu'Auberl éiail du Mans , et qu'il publia le dernier de ses ouvrages en 1653 , âgé de quatre-vingl'Six ans. Cesl dire qu'il naquit en 1567. Ce dernier ouvrage de Ch. Aubert , que nous n*avons pas sous les yeux , a pour tilre : De la vie uniHve de F âme du serviteur fidel avec son Dieu. Bans réptlre qui ie précède , Ansarl lit que l'évéque Ch. de Beaumanoir eut recours à la médiation d'Auberi pour constituer une maison de religieuses Ursulines dans la ville du Mans. Or , avons*nous besoin d'une indication plus précise pour savoir que le Charles Aubert, né en 1567 , ordonné préire avant 1629 , comme il nous l'apprend lui-même , n'est autre que le Charles Aubert avocat, qui publiait au Mans, en 1622, chez Gervais Olivier, sous le litre de : Etablissement des religieuses de sainte Ursule en la ville du Mans , le récit fort circonstancié des démarches faites par lui soit auprès de l'évéque du Mans , soii auprès de la supérieure des Ursulines de Laval , au sujet de cet établissement ?
Du reste, si M" Ch. Aubert se sentit porté vers le mînislère ecclésiastique par une irrésistible vocation , à an âge où d'ordinaire on a pris son parti d'une manière irrévocable , nous devons dire , pour expliquer cette conduite , que , même sous la robe de l'avocat , il s'était toujours montré fort ardent pour les intérêts de l'église. Cela nous est prouvé par son écrit en faveur des religieuses Ursulines.
Comme pièce historique, cet écrit veut être consulté. Nous trouvons , dans Icpîire dédicaioire , celte facétieuse apologie des habiiants du Maine : « Le nom de Mauseau semble proprement auoir quelque conue-
nance au naturel des personnes , qui sonld*une conuersatîon remplie de douceur et de mansuétude. • Un autre passage du même opuscule nous apprend que Ch. Aubert appartenait à cette famille des Aubert de Versé (1), dont nous aurons occasion de parler plus d*une fois.
En 1629 , Ch. Aubert , qui a quitté le barreau pour le service des autels, adresse une lettre au clergé régulier pour lui recommander Tobservance des vœux monastiques , et la plus grande réserve dans la fréquentation des laïques. Notis n*avons pas le titre exact de ce traité, mais il nous est indiqué dans la préface d'une antre Exhortation, publiée en 1650 , sous ce titre : Seeotide Eroriation de Charles Aubert, presire ^ à ses eiifans religie^ix, à la vie spirituelle ^ au Mans, Gervais Olivier , in-S"*. Ce petit livre est une paraphrase fort indigeste de quelques versets de TEcrittire. Une dissertation dogmatique de Ch. Aubert : Traiie du Sacrement de Pénitence et de Confession, le Mans , Michel Dorizon, 1659, in-i2, se trouvait à lu bibliothèque de Saint-Vincent ; elle nous manque aujourd*hui.
Lhins les dernières années de sa vie , Ch. Aubert amplifia diverses thèses d« morale. En 1665 ,U publia un Discours consolatif de ta vieillesse y le Mans, in-i!! , adressa' au P. François Bourgoin , supérieur-général de la coiigré^aiion de rOrntoire. En 16&6, Jérôme Olivier rdiiuii un autre |H'iit livre du même auteur, sous le litre de : Brief discours de Charles .'iutert; Du respect et honneur de» rnfants enrers leurs
(1) tjtiHisumcnt (U% r%i {{•jittut» , ol'- , iMc. Page il.