‹ Histoire littéraire du Maine (volume 3)Chapitre 24 sur 52 · JEAN MAAN · texte numérisé non relu

JEAN MAAN

Le premier , qui appartient ù la jorispmdeDce cano- Diqtie , n'esl memioiiaë y nous le croyons du moins, par auemi biographe. Voici qoeUe fut Toccasion de ce traité.

Ao mois de juin de Tannée 1667, on synode conYoqné i Toart revisa ei conirma les anciens cas réservés do diocèse. Avant de publier et d'adresser à son clergé les articles dans lesquels étaient stipulées ces réserves , Tarcbevéque de Tours chargea Jean^ Maao de joindre au texte des résohitions synodales on coatmentaux explicatif. Noos avons peut-éire besoin d'apprendre & qoelqoes-ims de nos lecteors ce qoe c*esi qo*un cas réservé. Parmi les péchés, parmi les liMMes dom nu chrétien doit demander Tabsotation ao iribooal de la pénitence , il en est qu'un simple pasietu* n'a pas la AMsuhé de remettre. Ainsi , certaines infhicliottsà la loi morale enseignée par l'église relèvent de h juridiction épiseopole : qoelques-ones même , ce sont les ptas graves , doivent être portées devant l'arbitre soprèoM, devant le pape. Or, H importe , en pareBle matière , qoe tai délimitation des pouvon*s soit strictement établie , et qu'il n'y ait pas d*équivoque sur llnterpréiation des termes canoniques. Victor Le Bouihiilier, archevêque de Tours, témoignait iJeanMaan qu'il avait une grande confiance dans la sûreté de son jugement, eu lui imposant la tâche d'annoter les articles do synode : les cas résenés sont une matière fort délicate, fort sobtile; il y a peo de chapitres dans notre code civil qui comportent autant de distin^ions. Le travail de Maan ht pobliéi^en 1668, sous ce titre : Anêiqui eanu rmervmii «n éimeeti imrwnemêi^ a Dom. V. Le Douthillier , areh. reoogniU, ftrmati in synodo dioccrano, etc. etc., corn brevi et accurrata ipsonim elucidaiione ; Turoni, Jac.

ADELHELME.. 117

Poiosot « in-&®. Ce commentaire est en deux parties : dans la première, Tauteur a défini les cas rësei*vés en général ; dans la seconde , U a analysé les cas , au nombre de dix-sept , spécialement déterminés par le synode de Tours comme devant être déférés à la juridiction de Tévéque.

Ce n'est pas à ce traité que Jean Maan doit son ilinstiation , c'est à son histoire de Téglise de Tours , puMiée sous ce titre : Sanela et meiropoUiana Eeelesia iu/ronensiê , sacromm pontificum suorum omata virtnlBNiSy etc. etc. , Auguste Tnronum, 1667 , in-fbl. Ce Une est divisé en deux parties : dans la première , raulear raconte les actes des archevêques de Tours , depuis saint Gatien ou Gratien Jusqu'à Victor Le BouihilUer, c'est^-^lire jusqu'au milieu du XVir siècle. Un appendix à cette première partie contient quelques pièces justificatives. Dans la seconde , il est traité spédalement des conciles diocésains qui eurent lieu soit à Tours , soil dans la province. Nous n'avons pas à faire Téloge de ceue histoire : elle est restée entre les mains des érudits , qui la consultent encore avec fruit.

■Mi

ADELIIELME.

ADELHELME, Adathelme , AdaheUn ou Adelin^ est compté par quelques hagiographes parmi les saints du martyrologe gallican. Quand et à quel tilre fut-il admis par l'église dans ses fastes liturgiques , nous rignorons. Il nous importerait peut-êlre plus encore de

448 ADELHELMK.

connatlre exactement le lieu de sa naissance , et nous ne sommes pas plus éclairé sur ce point . On parait croire néanmoins quil était du Maine. C'est une opinion que nous serions fort empêché de contredire , mais encore ne pouTons-nons rien afBrmer sur les premières années de sa vie y jusqu*à son admission dans Tabbaye de Saint- Calais. Il en sortit pour aller occuper le siège épiseopal de Séez , où il Ait appelé par Charies-leCliauve , en 87€. Telle est du moins , suivant les auteurs de VHistoire Kitéraire de Im France (!)• la date à laquelle il lÎMit nq^HMier la promotion d*AdeHiehiie i Tévéché de Séez. Les oontinuatemrs de Bollandus veulent qu'il ait été conticré en 811 ()), par Chariemagne , mais évidemment ils commettent ime erreur : Adellielme parle , en ellH , d'im empereiurCharleSt auquel il témoigne une vive reconnaissance, mais il Indique clairement que cet empereur est Cliarle»4e-Cliauve , puisqull lui donne pour frère Lonls-le^iermanique. Du reste , toutes ces dates sont fort Incertaines , comme nous allons le fbire voir. A peine Adelbelme était-il mis en possession de son diocèse, suivant les auteurs de VHiêtoirt litiertfire^ qui* les Normands descendent dans le pays , le ravagent , m massacrent les habitants , et emmèneiK févéque (*aptif pour le vendre au-delà des mers. Entre les mains de ces barbares il soulrit » conmic il nous Tappreud, toutes sortes d outrages ; rien ne lui fut épargné , ni les iiyures , ni les coups , ni le froid , ni la faim (5). Aprii» tant de disgribces , il Ait enfin rendu à son diocèse , qu'il

(t) T. vi.p.tSO.

(S) 4nM Smcfomn, tt tprilis.

ADELHELME. 119

gouverna ,dil-on Jusqu'en 910. C'est à celte année 910 que ïHiiiaire littéraire fixe la date de sa mort. Mais rien n^est encore moins fondé que celte hypothèse. En eOet, Tabbé Lebeuf nous fournit un document qui la contredit (1). Ce document est un manuscrit, qui contient un recueil de bénédictions à Tusage des évéques , dont voici le titre : Benedictio Dominiem primœ post natale Domini : et à la suite : • Jnbente gloriosissimo Arcbiepiscppo Domno Francone, bas benediciiones Adelhebnus caplivus Episcopus studuit componere. • On ne doute pas que Tauieur de ce Bénédictionnel , cet évéque captif, du nom d'Âdelbelme , soit notre évéque de Séez; et Ton explique bien que Francon, archevêque de Rouen , son métropolitain , pouvait lui commander (juhenie Franeone) un ouvrage de ce genre. Mais, au témoignage de Mabillon (2), Francon fut constitué sur le siège de Rouen vers 910 , et c'est durant sa captivité ( eaptivus ) qu'Adelhelme rédigea le recueil dont le manuscrit nous est signalé par Tabbé Lebeuf. D'où il Hiut conclure, que si la promotion du moine de Saint-Calais au gouvernement du diocèse de Séezeut lieu en 876, les auteurs de VHisieire littéraire se trompent : d'abord en le faisant enlever par les Normands dans les premières années de son épiscopat, et ensuite en le faisant mourir dans le cours de Tannée 910.

Us motivent, il est vrai, leur opinion eu ce qui concerne l'époque de sa captivité, par uue interprétation libre de ce terme captivité. Il ne faut pas entendre , disent-ils, qu'Adelhelme fut prisonnier des Normands

(I) Dissertaiions de l*abbé Lebeuf, t. i , p. 115. (9) Atia SS, ord. S, Bemed., U iv , p. 9S1.

120 ADELHELVE.

au temps même où il composa son Bénédidiooiiel ; il Tavait été sans doute , mais II ne Tétait plus. Et Yoici comment ils justifient cette assertion : • Il u*étoit non plus captlfi lorsqull traTailloit & ses Bénédictions, quH étoit captif ou moine de Saint-Cahis lorsqull nril b BMiin i la Vie de sainte Opportune , dans laqueie il prend ces deux qualités. • Malbeureusemem celte unique preuve esl fondée sur un contre-sens. Nous voyons iiien y en effet , dans le prologue des Jfmieli» de sninîe Opponime, l^ende composée par Adelbefane après son retour d'Angleterre , que cet éf èque se qualifie : • Beaii larilefl monacbus el senrus. • Mais quimpone ? ce moi ÊêTvuÊ n'est pas ici le synonyme de eapêkmê , et l'on ne saurait exactemeni traduire la phrase incidente que notis venons de citer , autrement que par mmmê H a#rmiêwr 4ê êoimt Calmés. Il sendl manifeste que les auleinrs de l'^ûlatfv lî^l/iWrv OUI en cel endroit commis tme fanpurdonnaUe erreur , quand nous ne lirions pas dans le même prologue (1), quelques lignes plus loin : • Sancta Opportuna el béate Karilei ()), libérale pcreunlem serpum vestnmi ! — Sainte Opportnncet saint Calais, sauva votre êêtriiêur qui va périr ! • Si dom* il n*y a aucime induction à tirer de ce terme êêrpms , à l'appui de la fable inventée par les auteurs àtVHiêimrr tiiieraire ,- sH n'est en rien démontré que , pour avoir totyours présent le sotivenir de ses inbNttmes , notre évéqne se soit lui-même surnommé h Cufiifi il reste établi quH a mb la main à son Bénédiclionnel durant saoqpiivité, et que la dévastation de son diocèse par les

1) Dtat l'Mitisa de* ÀiM.

S) ncctlui kwii^*

ADELHELME. 121

Normands est un événement postérieur à Tannée 910. A moins toucefois que celte année 910 ne soit pas la date exacte de la promotion de Tévéque Françon sur le siège métropolitain de Rouen. Or^on prouverait qu*il faut anti-dater cette promotion avec un passage de la FU de sainte Opportune , écrite par Adelhelme , comme nous le savons de lui-même, après sa captivité. Ed eSet, en cet endroit , Tauteur parie de Charles-le- Chauve comme s'il vivait encore. Or j les historiens s'accordent à faire mourir Charles-le-<^uve en 877. Voilà donc tout notre échafaudage qui s'écroule : celte date admise , les autres doivent être rejelées ; il faut faire monter Francon sur le siège de Rouen, et faire traîner Févèque de Séez au-delà de TOcéan , dans la seconde moitié du IX* siècle , etc. Une plus longue collation de leues serait fastidieuse. Qu'avons-nous voulu démontrer? rien autre chose que le vague , la contradiction de . la plupart des documents qui nous sont fournis par les annalistes sur les origines de notre histoire ecclésiastique. Nous ne hasarderons , pour notre part , aucune hypothèse téméraire sur le jour natal , ni sur le jour tnntibre d'Adelhelme : ceci seulement nous semble incontestable^ c'est qu'il occupait le siège de Séez dans les demi^-es années du IX* siècle, ou dans les premières daX*.

Le recueil manuscrit (1) de Bénédictions qui porte le nom d'Adelhelme,est un supplément aux anciens formulaires, qui paraissentavoiréié tous incomplets. Les additions de l'évoque de Séez furent adoptées par l'église

(1) Ce maDQScrit avait été va par Mabillon, dans la BibKotb. de Tbou : il passa plus tard dans celle de Colbert , et ensaile dans ceUe da Roi, où il ftil consulté par Tabbé Lebeuf.

\ 22 ADELUELME.

de Paris. L'abbc* Lcbeuf parle assez au long de ce fiedictianne/ : inais ce qu*U en dit ii*a pas beaucoup d*inlérél.

Nous connaissons encore deux autres écrits d*Adelbelme : la Fie et les MiraeUê de gainiê Oppariutu. AdeUielme ne doutait pas d'attribuer Tinsigne bienveilbnce que lui avait témoignée Cbaries-le-Chauve , à une secrète influence exercée sur l'esprit de ce prince par sainte Opportune. Dtirant ses jours d*épreuve il avait plus d*uue fois invoqué cette vierge bienbeiuretise , et sa protection » Tavait , pensait-il , affranclii de b senitude. Quand il fut rétabli sur son siège i il se hàu d'accomplir un engagement quil avait pris plusieurs fois : celui d'écrire Thistoire tnlifianle de sainte Opporttine. Cet écrit est divisé en deux parties : dans b première» Tau*teur raconte la vie de cette vierge , sœtu* de Godegraod ou Chrodegang , évèque de Séez , abbesse de Montreuii ( Monasieriolum ) (1) : dans b seconde, il parie des miracles opérés par son intercession. Surius a mis en lumière cette légende (2). L'édition qu*en ont donné Luc d'Achery et Mabiilon (5)» d'après un manuscrit de l'église collégble de Sainte-Opportune, est plus exacte et plus complète ; elle a été aussi publiée, avec quelques variantes , par les continuateurs de Bolbndus (4). Il y en a une autre édition , avec une traduction française , de Nicolas Gosset , curé de Sainte-Opportune a Paris ; Paris , 1666 , 1665 , in-8* (5). Voici l'éloge que U^

(I) • StflMii arbé vidBoiii, q«od est bi iêlia Alfl» dUMi. • Hm

S, O^poH. , ch. 1 •

(f ' tt a|irilU.

^5) À€im iOÊtct. 9td. 5. BfmttI,, t. tv.

(4) tt »|irtlU.

% Tm* 4r MMUr f »yirf— r , fwHràk éti ■KifMifi et Nfitttér

CÉSAU-ÉGASSE DU BOrLAY. 123

anleurs de V Histoire littéraire font de la légende de sainle Opportune :

• On doit dire, à la louange d'Adelhelme , qu*il ne nous reste point d*ouvrages de ce tennps-là qui soit mieux écrit en tout genre. 11 ne s*y est point livré , comme tant d'autres écrivains , à Textraordinaire et au merveilleux. Il ne s'arrête , surtout dans son premier livre, qu'à des faits aussi édifiants qu'instructifs , et les rapporte avec une piété capable de faire impression sur le cœur. Tout ce qu'on peut lui reprocher , c'est que son style est un peu diffus. Du reste , il est clair , agréable, aisé, naturel et assez pur pour le temps (1). •

DU BOULAY (césar-égasse).

cÉSAa-ÉGASSfi DU BOULAY , professeur d'éloquence au collège de Navarre, recteur, greffier, historiographe de l'Université de Paris , illustra par sa naissance , dans les premières années du XVir siècle , le petit village de Saint-Elier , près d'Ernée , aux confins d'Illeei-Vilaine et de la Mayenne. Au témoignage d'Ansart, il était fils de Jean-Egasse du Boulay, et de N. Garnier , de Laval. Baillet avait commis l'erreur de le faire naître à Tours : Gilles Ménage la lui reprocha vivement. D'autre part, Guy Patin l'appelle M. Boulay, angevin : mais il y a lieu ducroire que l'avis de Gilles Ménage est

l'abbaye d'Almenesche, par Nie. Gossct, chefecier et curé de Sainte* Opportune h Paris. Biblioih, Hist. du P. Le Long , t. i , n. 14,854.

(I) llisi. lin , l. VI, p. 13Î.

124 CÊSAR-ÉGASSE DU BOCLÂY.

le mieux fondé. Nous nous y arréUMis , avec deax aulorités considërabies , La Monnoye el M. Noël (1). Le premier écrit de du fioulay fut publié par Denis , en 1650, iii-fol. , iouft le litre de : Z« JfvWrifef romaines : il professait encore k^ homanités au collège de Navarre. Nous Usons dans la prëfaee de oec ouvrage : • Je ne prétends ny honneur ny récompense pour le trauaU <pie je donne au puhHc , et confesse librement d*estre plagiaire , si tant est qu*on charge de ce crime ceux <|ui de plusieurs ouvrages n'en font qtt*vn.... L'ordre et la suite des diverses matières quej*ymesle n*est pas non plus de mon inuention absolAment; Rosin m*en a montré le chemin. • Ce J. Rosin (Roszfeld) » antiquaire d'Eisenach , avait publié , à Bàle 9 en 1683 » un fort volume in-fol., sous le titre de : Antiquitmium Romumamum emrjfm» akmtmtiêêimmm : du Boulay dit moins que la vérité, quand il avoue lui avoir fait des emprunts considérables ; il faut convenir, avec Aosart , que louvrage français est, pour ainsi parler, une traduction libre de Touvrage btin, abrégée dans certaines parties. Du reste, du Botilay n'était pas lui-même très-ravi de son début littéraire : • On dit , écrit-il , que les singes ne trouvent rien de beau à Tégal de leurs petits magotius , et qu'après les auoir mis au monde ils ne cessent de les peigner et de les balsotter , tant ils y trouvent d'agrément et de mignardise : Je sçat« bien que l'on en peut autant dire de la plupart de ceux

qtii escriuent pour le public • Mais, en ce qui \v

concerne , il se défend beaucoup d'avoir cette admiration plus ou motiu paternelle potvle Tnfêor d€$ Amii-

(f) BkÊftmpkÊt méîtrmikàt Michsad.

qmtA; il va plus loin , il criiîque lui-même la méthode qu'il a pratiquée, il cherche querelle au typographe pour les erreurs les plus vénielles; il est mécontent de lui-inéme , et, partant, il l'est d'autrui. Nous sommes moins sévère à son égard : quelques modernes ont publié sur le gouvernement, les mœurs et les usages des Romains, des ouvrages mieux étudiés et rédigés avec plus (te savoir que ceux de Rosin et de notre du Boulay ; mais ilsn'ont pas dédaigné de compiler eux-mêmes les compilations de leurs devanciers; il y a, dans le TrA^r^ des diapilres pleins d'intérêt, dans lesquels plus d'un érudit a trouvé sa besogne faite.

Les docMAents ^'abondent pas sur la vie d'Egasse du Boulay : nous n'apprenons des biographes que le nom et la date de ses écrits, et nos recherches personnelles n'ont guère pu que nous faire mieux connaître ses mérites littéraires. Après son livre des AnHquHéê Romaineê , il publia , en 1658 , in-&* , un Abrégé ilP Histoire de tUnwerêHé : deux années après , en 1658 , il d(mna son Spéculum eloquenUœ , Paris , Charles ThibODSt , in-12. Il était encore alors professeur au collège de Navarre , mais il avait pris le parti d'abandonner la carrière péniUe de l'enseignement , pour se retirer daus sa Eunille , comme nous le savons d'une épigramme insérée à la suite des préfaces du Spéculum :

Cmn p€ftf emeriiuê mild ,fructuque laborum Rtare iuo ^ et vUa cùmmodiore fnd ^ eic.j etc.

Suivit-il son dessein? alla-t-il chercher le repos dans ses terres, en quittant leccdlége de Navarre? Nous Tignorons : mais il ne paraît pas s'être accordé beaucoup de loisir, car, au mois de janvier 1662 , il publiait

an <:ES.iR-EGASSE DU BOITLAY.

son opuscule De Deeunaîu natêonù gallieatiœ , et , dans le tilre de ce livre , il ^ioutail aux initiales de son nom, ceUc&-€i : R. V. P. Bector Unioerêitatiê parisieMsis. Le rectorat êlanl la plus haute de ttNiles les fonctions universitaires , il avait en peu de temps fras* dû bien des degrés.

La fortune , qui ne paraissait occupée qu a le servir , allait accabler du Boulay d'épreuves cruelles. La vie du professeur .n*avait pas été troublée : il n*y a que des joies dans une solitude laborieuse ; ou du moins , si quelque peine y vient affliger Te^prit , ce désordre inu'*rieur n est pas lui-même sans certains charmes : d*aîlleurs , comme on n*est pas tenu d*en informer le pttbiir, on ne sotiffix» pas dans sa vanité , ce qui est la plus cruelle des sottOirances , et , après que le calme s'est rétabli, lorage n'a pas laisse* de trace. C*est là , c'est dans la solitude que l'on jottit de la plénitude de son être. De même que l'on n'en coomiunique à autrui que la part qui lui est due , on ne lui demande pour soi que le m^ cessaire , et Ton ne s'oblige pas envers le monde audelà de ce qu'on peut lui rendre. Mais tout autre est la vie publique. Qttand un homme qui aime l'fHtide quitte sa retraite et vient s'établir au milieu de la foule , il ne trouve, dans cette existence nouvelle , ni repus, ni profit potir l'intelligence. Habitué au silence , il est blesM* par le tumulte ; n'ayant connu jusqu'alors d'aih tre juge qta' sa conscience , il s'emporte c*onire les jugi* ments aveugles de la multitude ; et plus il s'agite , plus il s'afflige , pinson s'acharne contre sa |)ersonne. Il n'y a rien c|ue le vulgaire aime autant que le suppttrt* du génie!

Kgasse du Bouby ne fut |>as , il est \nii , un de a*»

hommes auxquels on attribue spécialement le don du génie , mais encore doit-il être estimé comme un des crudits les plus distingués de son temps. Or, tant qu'il habita le modeste asile du collège de Navarre , personne ne lui contesta son savoir et son mérite : à peine fut-il élevé à la dignité de recteur, qu'on chercha Toccasion de le décrier.

11 avait renoncé à ses études littéraires, et ne s'occu* paie phis qu'à développer son Histoire fort abrégée de l'Université de Paris. Les matériaux se trouvaient sous sa main -, mais c'était une grande affaire que de les ordonner. Jean de Launoy n'avait encore publié ni ses dissertations De Celebrioribuê Scholis, ni son Histoire du collège de Navarre , et notre recteur ne pouvait faire un grand profit de Técrit récent de Claude Héroéré sur V Académie de Paru. \\ lui fallait créer le plan de son livre , aussi bien qu'en distribuer les détails. Le temps quil avait pu dérober à sa classe de rhétorique , au collège de Navarre , il lavait employé à compulser des manuscrits , à recueillir des pièces ; il nous dit lui-même qu'il se livra, pendant quinze années, à ce travail préliminaire. Le gouvernement de l'Université lui ayant laissé plus de liberté , il mit ses notes en ordre , et publia , en 1665 , les trois premiers volumes de son HUtoire,

H ne peut entrer dans notre plan d'analyser cet ouvrage , qui est resté bien supérieur à celui de Crévier. Nous n'avons pas besoin de le recommander aux hommes d'études , car on trouverait à peine un demisavant qui ne l'ait consulté, et qui n'y ait trouvé des renseignements utiles ; il est superflu d'ailleurs d'en apprécier la valeur littéraire , du Boulay nous prévenant lui-

128 CÊSAR-ÊGASSE DU BOOLAY.

même qu'il n*a pas voulu faire un livre , mais révéler au public de précieux documents enfouis dans les archives universiiaires.

Quand parurent les trois premiers volumes de VBiêiaire de tVntvertiU\ ( Hiêiaria Universitaiis Parisiênsii, Fr. Noël , 1665 , in-folio ) tout le momie n'y trouva pas son compte. La faculté de théologie , plus chatouilleuse que les autres , se sotileva contre certaines assertions de l'auteur, et les condamna publiquement. Du Boulay n'avait pas été fort respectneux à regard des scolastiques , et la factilté de théologie se croyait obligée de défendre leur mémoire; ii avait d'ailleurs manifesté quelques bons sentiments à l'égard de Gottschalc , de Bérenger , d'Abélard, et cela ne pouvait lui être pardonné; eustiite , il avait émis quelques hypothèses sur l'histoire de l'église primitive , lesquelles , bien que justifiables « devaient être mal agréées par les tuteurs de l'orthodoxie; enfin , et c'était là son principal crime , il s'était permis d'avancer et de prouver historiquement , malgré les prétentions de la factilté de théologie , que les qtuitre nations de la faculté des arts avaient droit i quatre voii dans les assemblées de l'Université. Du fiouby stipporta mal la contradiction ; il y répondit par tm libelle qtii a été imprimé sous ce litre : Notœ aiCenêuram^ 1667, in-6*. Il avait dans sa cause le Parlement de Paris qui , le 31 août 1667 , sur l'opposition bite à la censure de la faculté , par cinquante ou soixante docteurs en théologie , se prononça pour les opposants.

Cependant les incriminations continuèrent de pan et d'autre ; du Boulay se plaignant d'avoir été condamné pour satisEsiire aux ressentiments personnels de quel-

qiics orgueilleux , et la Faculté suppliant le conseil du roi dmstruirede nouveau ce grave procès. Telle était , en effet y la condition et le rang des parlies contendanteSy que la couronne crut devoir intervenir pour apaiser une querelle qui avait jeté le trouble dans l'U* niversité.

La Sorbonne y qui avait beaucoup murmuré contre les trois premiers volumes , n'avait rien trouvé à reprendre dans le quatrième : en 1670 , le cinquième était sous presse. C'est alors que le roi chargea Barillon-Morengis , conseiller-d'état , et Mézeray , historiographe de France , de lui donner sur les cinq volumes un avis motivé. Ces arbitres rendirent le meilleur témoignage des intentions de l'auteur ^ mais afin de ménager une cotnpagnie si célèbre que la Faculté de Sorbonne , ils invitèrent du Boulay à expliquer quelques passages de ses premiers volumes dans la préface du cinquième; ce t]u'il fit : et, le 10 décembre 1670, fut réformé l'arrêt par lequel la vente de l'ouvrage incriminé avait été préalablement interdite. Toutefois , malgré cette sentence , le débat continua. Un nommé Rcmi Duret , docteur eu Sorbonne , publia contre du Boulay le plus insolent libelle : celui-ci fit appel à la Nation de France qui, dans plusieurs réunions générales, une du 2li mars 1676, et une autre du 12 mars 1678 , condamna le libelle de Duret en des termes fort énergiques. Du Boulay prit lui-même la plume et publia , pour son apologie , plusieurs factums que nous ne possédons pas (1).

(1) Nous empruntons la plupart de ces détails peu connus à un Faciwn pour jtu ifier la mémoire de feu M* Kgasse du Boulaij , qui se trouve dans un recueil de la Bibliothèque du Maos^no 3,823. f. Ce

130 itMUE DAYOST.

Le si\ièiiie et dernier volume de YHiêimr^ de TVfthertife 'ù\a\i été (Miblîé en 1675; du Bonby mcmmi en 1678 , laltMant à quelques amis le soin de conliiiner le eunibat i*onlre la Faculté de théologie et ses clients. Il avait encore fait paraître, dans les derniers joitrs de sa vie, le Recueil des pritileges dêtVtti^ «^errt/e, 16769 iii-6''; un traité sons ce iWre t Faméathn de tUnineniîdde Paris par T empereur Char, temagme , 1675 , ln-6*; et, la m^me année : Mdmai^ res historiques des bénéfices ^ în-/i .

Kotts lisons dans le manuscrit de Tabbé de la Croëhardlère : • Du Boulay Taisolt les vert latlat assës bien : on trouve du feu et de la latinité dans ce qnH a bit en ce genre , sortoul dans vue élégie qvH It contre ira envicn de sa gloire. Celte pièce est kh ritolée : A4 Zeglasieophantam site BmMêUnrum ôhêreeiaiarem* •

AVOST (JEROME b ).

JÉRÔME D*AVC)ST , né à T^val , que Ion appelle qoelquiTois Jérôme de I^val, ofDcier de Marguerite de France , reine de Navarre , ne fut |>as un des moins hMiuuinics parmi les poètes du XVI* siècle. Ses contemporains cstimcieni surtout ses traductions. La Croix du Maine , (|ui èlnit son ami , en parle avec

IMmiii ikiMN* Wt iMrrft des ccHU apolof ûtiqact qac da ioalqr Mto coaira k Ubelle d« H. Itarn.

JÉRÔME d'aVOST. 131

ëioge : du Verdier nous fail connatlre celles qui ODt été éditées de son temps. A Tâge de vingt-cioq ans, Jérôme d*Âvost avait déjà fait le plus grand nombre de ces traductions. En 1582 , il publiait : les jimourê ttlstnène et de la chaste Ismine , poème grec d'Eufttacbe , ou Eumalhe, traduit de la version iia- Hernie de Lelio Caranî ; Paris, Nicolas Bonfons, in-16: en 1588 , les Dialogue* des grâces et excellences de t homme ^ i Alphonse Vlloa\ Paris , Robert Colombel ) iii-8* (1). Les Essais sur les sonnets du Divin JVtrarfue^ avec d'autres pièces, Paris, Abel TAnge- Hefi ne parurent qu'en 1584, in-8*. Cette traduction des sonneis de Pétrarque est incomplète. Jérôme d'Avûtt l'entreprit pour gagner le cœur et obtenir la main d'ane jeune personne de condition , que l'abbé Goaget croit avoir été l'une des filles de François du Frai , baron de Thiern ; et il ajoute que les vœux du poète ne furent pas accomplis (2). Cependant , outre la traduction de trente sonnets de Pétrarque , Jérôme d'Avost avait rimé , en l'honneur de Philippe et d'Anne da Prat , plusieurs élégies galantes , que l'abbé Gouget ne trouve pas tomes d'un goftt fort délicat. Il ne recommande pas davantage ses Anagrammes (S), qui paraissent cependant avoir été fort estimées par La Croix da Maine et par du Verdier.

La Croix du Maine attribue encore à Jérôme

(l)Alpbonse de Ulloa n'est pas Tautear de ces Dialogues ; il lésa irMuitsen italien de Pespagnol de P.Mcxia./M.Weiss.fiio//.rmV.)

Mfaat du Verdier , l'éditeur de la traduction de d'Avost est Robert Colonibel ; suivant La Croix du Maine , elle fut imprimée par Pierre Cbevillot.

(S) BébUothèque /rançoiêe , U vu, p. 8S7.

(Q mblkHh.fimiç.i t. Xlt, p. 415.

132 JÉRÔME DAYOST.

d*Avo6l une iraduciion inëdiic du quaiiième volume des Epiires de Guevare^ Anioinc Gucvara, cvéque de Cadix, historiographe de Charl<*s-Quint ; plusieurs quati-ains iuiprimés a Paris, chez Jean le Clerc, sous le litre de De la vie et de la mort (1) ; les EliteM et pluê belles fleuri, recueillies de toutes les œuvres spirituelles duR. P. Trère Loys , de Grenade ; et la iraduciion d*une comédie de Louis Domenichi , LesDeuM Courtiionneê , Due Cartigiane ou Corteggiane , qui est elle-même une version italienne des Baeehidee de Piaule. A la suite de ce catalogue des ouvrages de Jérôme d*Avosl , nous lisons dans la BiUiothèquê française de La Croix du Maine : • Je ferots plos ample mention de luy et de ses louanges , toucbaol les traductions si heureusement faictes par luy de plusieurs liures latins , italiens et espagnols , si ce n*esloit qtt*a«cuns potirroieut penser que ce qu*il a escril laol en ma louange en ses œuvres en fusl cause. • Noos devons doue croire, avec Tabbé Gougct,que nous nepotr sédous pas une liste complète de tout ce qu*a ccrii Jérôme d^Avost. Du Verdier nous raconte qu*êiani a Lyon il a vu , chez Barthélémy Uonnorat, une traduction manuscrite de la Jérusalem du Tasse , sous le litre de La Croisade j par Jérôme d*Avosl, que Toa allait mettre sous presse , cl qu il en a eilrail le iroisièine chant. Nous ne saurions dire si cette iradiMrlioa a <'4é intégralement Mitée, mais du Verdier nous eu a conser\ é , dans sa Bibliothèque , six cents vers environ. Ils ne sont pas des plus remarquables : slb

( I ) Suivant Giiilt. CollciH, citû fiar La Mooiioyc, dans la de La Cruii du Maioo, êditcc |>ar Aigoley de iu^igny.

!)DON. i 33

paraissent Ttieiles , on peut y reprendre bien des né* giigences et bien des incorreciions (1).

Deux voyageurs modesles dans leur équipage , deux moines , Tun chargé de vieillesse , car il a plus qu'atteint sa soixantième année , Tautre jeune, récemment engagé dans la voie du Seigneur , viennent de quitter le couvent de Saint-Pierre , situé sur le Tésin et se dirigent vers la grande ville. Ils cheminent en silence , détachés de la terre sans aucun doute par une pieuse méditation. Cependant, après quelques jours de marche , Tennui les gagnant Tun et Tauire , ils s'adressent de mutuelles questions , et le jeune homme (l'audace et l'indiscrétion sont comptés parmi les privilèges de la jeunesse ) se hasarde enfin à interroger son vénérable compagnon sur sa famille , sur ses premîè-

(f ) On parle d*an GuUlaume d*Avost , frère de JérAme , qui fit aussi , dit-on , quelques vers , et qui , se trouvant à Lyon dans le temps où dn Yerdier livrait à l'impression sa Bibliothèque françoisey ent avec lui quelque commerce. On le témoigne en lui attribuant deux sonnets adressés à du Yerdier, qu'on a lus, assure- t~on, à la tète et à la fin de la Bibliothèque françoise,Ceiie fable est de Tinvention d'Ansart. Nous trouvons , en effet , aux pages indiquées , un sonnet et une épltre en vers, en Thonneur du sieur de Yauprivas ; mais ces deux pi^ces portent la signature de Ilierosme d'Avost , de Laval, et Guillaume d'Avost n'a jamais été, nous le croyons, qu'un personnage imaginaire.

Anibroise d'Altamura • dans la Bibliothèque Dondmccdne , a inscrit Jérôme d'Avost parmi les écrivains de l'ordre des frères préclieurs. Cette erreur a été signalée et corrigée par Echard^ \Script^ ord. pPWdiç, U |I, p. 340'}

4 34 ODOif .

res années , sur les motifs qiU Tont porté h fuir le monde. Celui-ci hésite quelques instants, rougit , et puis commence ce discours d'une voix pleine de larmes :

• Mon père ressemblait peu dans sa manière d*étreet d'agir aux hommes du temps présent. Il savait par cœur les hisioii*es des anciens et les Novelles deJustinien. Quand il s'élevait entre les citoyens quelques contestations litigieuses, il y avait tant d'intégrité dans son jugement , que de tous côtés on venait le prier de les résoudre. Aussi était-il aimé de chacun et surtout du comte Robert (1), qui gouvernait alors TAquitaine et laGotbie. Il avait pour coutume de célébrer assiduement les vigiles des saints. Quant à cette nuit qui rendit la paix aux anges et aux hommes , cette nuit où notre Seigneur Jésus-Christ apparut dans ce monde sortant des entmilles d'une vierge , comme un époux de sa couche , mon père la passait seul , dans les larmes et dans ToraisoD. C'est durant une de ces pieuses veillées quil lui viol i l'esprit de demander au Seigneur qu'un fils lui Tût donné en mémoire de la délivrance de la Vierge. La ferveur de sa prière toucha le ciel, et le sein de ma mère, depuis long-temps stérile , fut fécondé. Un jour, j'étais bien jeune alors , mon père entra dans ma petite chambre et me trouva sur nion lit sans gardien : il regarda de tous côtés, et, ne voyant personne,il me leva dans ses mains :

• Reçois, dit- il, cet enfant , ô Martin, toi la perle des

• ministres du Seigneur! • et puis il me replaça sur ma couche et se retira.

• Quelque temps après , il me remit aux mains d'un prêtre de sa dépendance, auquel il donna soin de m'ële-

(I) Robert-l«- Pieux HabiUon,.

oiK)N. 435

ver et de m'inslruire dans les leilres. Telle est la visioa qo'eut alors ce digne pasieiir : « Voici, a-t-ii raconté ,

• que les princes de TEglise m^apparurent et vinrent

• me nk;lamor Tenfanl confié a ma charge. Comme je

• leur demandais ce qu*iis en prétendaient faire , ci sMU

• voidaient le reconduire a la maison paternelle : — Non

• pas I me dirent-ils, notre dessein est de le transporiei;

• dans les régions de TOrient. — N usant ni leur obéir ,,

• ni leur résister,et ne sachant que faireje me prostcri.

• Dai à leurs pieds , et l'un deux , touché par mes lar-.

• mes : <— Laissons , dit-il « cet enfant quelque temps en-r.

• eore,pour sauver ce prêtre de la vengeance du père. •> û>mprenant le sens de cet avertissement divin ^ mon. maître me rendit à mes parents. Tous ces détails que ta me demandes , ù mon fils , je les tiens de mon père.'

• Puis vint pour moi Tàge de l'adolescence : œ corps que tu vols aiyourd'hui misérablement défiguré. par la vieillesse « a été celui d'un jeune homme don| on a vanté les allures fières et plaisantes * aussi mon père voulut-il me détourner du service de l'église, et me vouer à l'état militaire. Dans ce dessein ^ il me

plaça dans la maison du Comte Guillaume. Laissante alors l'étude des lettres, j'appris le métier des chas-* seurs et des oiseleurs. Mais le Dieu tout-puissant ,, qui sauve les hommes sans leur demander conseil «; commença à me terrifier durant les nuits et à me^ montrer vers quel précipice je me laissais conduire : de plus , il me rendait la chasse très-fatigante.. Quelques années passées au service du comte GuiK laumct comme je me préparais, suivant la coutume de mon père, à célébrer la vigile de NoëU 11 me vint, subitement à l'esprit ^ vers le milieu de la nuit con-^,

4 80 ODO!f ,

sacrée à cette pieuse veille , d*lmp1orcr en ma fo^ venr la divine nourrice de notre Seigneur Jësos. Et je loi dis : • Reine du ciel , mère do mi.séricorde , » toi qui dans cette nuit as mis au jour le Sauveur » du monde , honore-moi de ton intercession. Je » cherche un refuge près de ton fruit glorieux et

• unique ; prête Toreille à mes prières , vierge pieuse ! » J'ai grand'peur que ma vie ne déplaise à ton fils , et

• puisque c*est par toi qu'il s*est manifesté au monde ,

• que par toi, je t'en supplie^ il ait au plus tût

• pitié de moi ! • Le jour vint , et , suivant l'usage , parut le chœur des prêtres en robe blanche : et tandis que toutes les voix se mêlaient pour célébrer cette fête solennelle , voilà que je m'élançai impétueusement an milieu des prêtres, et que je me permis de chanter avec eux les louanges du roi du monde. Je le tais et je l'avoue, je fis mal. Aussitôt je fus atteint d'une violente douleur de tête , laquelle m'abattit , puis me quitta. Mais quand la lecture de l'évangile fut achevée, la même douleur m'accabla de nouveau , et si je n'avais pas étendu les bras vers la balustrade du chœur, j allais tomber défaillant des degrés on j*éiais monté. J'avais environ seize ans quand cela m'arriva , et, durant trois années, cette souffrance nfassiégea cruellement. Je revins donc à la maison paternelle , et Ton employa en vain toute espèce de remc^des pour me guérir. C'est aloi-s que mon père m apprit, en versant d'abondantes lamics, le vœu qu'il avait fait à ma naissance , et il ajouta : • Bienheureux Martin , » voici que tu réclames ce que je l'ai librement of- » fert ! • Désespérant alors de ma gtiérison , je pensai

(|n*U ne me rcsuiit pins qu*à me précipiter dans les

bras de ce divin confesseur i nia chevelure tomba soua les ciseaux et je m'enga$;eai sous sa discipline. Tu sais maintenant, ô mon fils, et ma naissance et le commencement de ma conversion : remarque que je n'ai rien fait de bien par mon propre mouvement. Aie de mes mœurs Topinion qu'il, te conviendra , -^ mais célèbre et glorifie par d'incessantes bénédictions la miséricorde qui s'est abaissée sur moi. » Ayant ainsi parlé , le vieillard leva vers le ciel sa tète blanche, et pria. »

Des deux voyageurs , celui qui vient de raconter , avec cette modestie naïve , l'histoire de ses premières années, c'est le vénérable Odon , abbé de Cluny; son jeune frère, c'est le moine Jean , disciple bien-aimé du pieux docleur. Et , nous avons hàlc de le déclarer , la narration que l'on vient de lire n'est pas nôtre ; nous n'avons imaginé ni la mise en scène de celte légende , ni le sermon biographique du principal interlocuteur ; nous n'avons fait que traduire quelques pages écrites par le confident de saint Odon, par son compagnon de voyage ; c'est Jean qui nous a lui-même initié au mystère de ce pieux entretien , dans une notice recueillie par les auteurs de la Bibliothèque de Cluny,

Cette introduction à la biographie de saint Odon est édifiante , mais incomplète : nous devons ajouter quelques détails à ceux qui sont fournis par le narrateur. Odon entreprit, avec son disciple, le voyage de Rome vers l'an 939; il avait alors soixante ans : on se tromperait donc de quelque mois au plus, en fixant à l'année 879 la date de sa naissance. Il n'est pas

upsi ^isé d'en déterwiper le lieu. U dévoiiofl de &on

4 38 ODoif .

père ponr saint Martin ne prouverait pas incontestablement qu'il habit&t la ville de Tours; et, en effet, dans la vie de saint Odon , dont nous venons de citer ua fhigment , nous apprenons qu'un jeune parent lui fui enlevé par les Normands , lorsqu'ils ravagèrent les Trontières de la Touraine. Ce ne sont pas là toutefois des témoignages bien concluants. Mabillon nous fbornit un renseignement qui a plus de valeur. Dans un vieux manuscrit de l'abbaye de Cluny , il a lu une biographie apologétique de saiul Odon , du Xr sièclei qui le fait natire dans le Maine, de parents nobles, et il a accepté cette tradition (i). Nous n'aurions aecône pièce pour le contredire , si nous en avioos le dessein. Du reste, l'opinion de Mabillon est aussi celle des auteurs de VHistairt Hitéraire de France (S).

Odon nous a raconté lui-même l'histoire de sa vie. Jusqu'au moment où il entra chez les chanoines de Saint*Martin de Tours. Il avait alors dix-neuf ans. A peine eût-il renoncé à la vie du siècle, qu'il eut bâte d'achever ses éludts littéraires , interrompues duranl son séjour chez le comte Guillaume. Il reprit Virgile» mais le quitta bientôt. Il vit, en effet, dans un songe, un vase dont les parois extérieures étaienl chargées de riches ornements ; mais , au-dedans , s'agitaient d'affreux reptiles : ce vase , dont les dehors ont tant de magnificence , c'est, pensa-t il , le livre du poète ; mais ces reptiles me représentent trop fidèlement sa pensée,

(t) Voici le texte du maooscrit cité pêt Mabillon : • Fuit igitur , ut veridira prioniin relatlune fertur , Dobilf proaapla aatas.in cenotninnica rr{;iono exurtus, artiuin lilieralioM adprime regiilts imbutus, eic , eu*. > Apud Aaa SS, ordinii S, Bt* i, sec. V, p. Ittt.

(t) Uim, (Ht. et frmu, U rî, p. t30.

sa doctrine. II laissa donc les auteurs profanes pour lire les comaientateurs des Evangiles et des prophètes. Mais il fut détourné de celle laborieuse étude par les chanoines de Saint-Martin, qui le persuadèrent de s'en tenir à la lecture des Psaumes. Comme la discipline de ces chanoines n'était pas très-austère , il se fit construire une étroite cellule dans un lieu retiré , où rien ne put le distraire de ses méditations. La nuit , il se rendait seul au tombeau de saint Martin, qui se trouvait à deux milles environ de sa cellule, emportant avec lui ses tablettes, et là , séparé du monde entier par une divine extase^ il écrivait ce qui lui était inspiré dans ce mystérieux commerce avec le saint évéque. Quand il revenait de ce nocturne pèlerinage , il donnait quelques heures au sommeil, couché sur une natte , et n'ayant d'autre protection contre les rigueurs du ciel que ses vêlements.

Odon a composé en Thonneur de saint Martin des hymnes, des antiennes : elles furent, comme nous l'atteste le moine Jean , l'ouvrage des derniers Jours de sa vie. Il serait téméraire de supposer, contre le témoignage d'un contemporain , que ces opuscules ont été composés sur la tombe même du grand évëque. Kous croyons pouvoir néanmoins interrompre notre récit pour faire connaîlre les Antiennes. C'est une œuvre vraiment littéraire , que nous nous efforcerons de ne pas trop défigurer dans une traduction littérale :

SaîDt Martin,sacljant long-temps à Tavance rbeurcdeson trépas, rassembla ses disciples , et leur annonça que sa fin était proche. Voilà que tout-à-coup son corps s'aSaiblit : alors , on entendit

1 40 ûDOif ,

les pleurs, los sanglots des disciples, et Is roli de ceux qui géml:^ ssieDt et qui priaient ainsi tous ensemble :

« Pasteur , n*abandonne pas tes brebis ! •

• Noos taTOfls bien , ô Père , que tu es impatient de monter avprès du Christ. Mais la récompense céleste t'est assurée : Père, aie donc pitié de tes enlîinis que tu délaisses. ■

— • Seigneur, n*ai-je donc pas jusqu'à ce jour assez combattu? Oni , je serTîrai sous ton drapeau tant que tu le commanderas ; iiiais,si tu veux épargner ma ▼ieillesse, tu me rendras plein de joie, et toi-même tu veilleras sur ces enfants pour lesquels je crains. •

Et il contraignait ses membres affaissés par la fièTre à faire le terrlce de son âme, et, étendu sur son lit, ce noble cilice, ne dalgaiBt pas môme contempler la terre , il soupirait de tout son être •près le ciel.

— • Laissez-moi « disait-il , Toir le ciel , afin que mon âme i*élèf e vers le Seigneur : Tennemi ne trouvera rien en moi , et je aérai reçu dans le sein d*Abrabam. >

Or, an milieu de la nuit consacrée au Seigneur» U quitta la terre. Les habitants du ciel vinrent bientôt à sa rencontre ; des voix furent entendues dans les hauteurs de Pespace : et, plus transparent •qie le verre , plus blanc qne le lait , le saint homme parut bien , Même sons son enveloppe chamelle , la perle des ministres du Seigneur.

Ceux qni étaient présents furent témoins de sa glorieuse béatification ; car sa chair, qui avait tot^ours été couverte de cendres, resplendit tellement , qu'au sein même de la mort elle donnait en quelque sorte le spectacle d*uoe éclatante résurrection.

Présente est la fouie des moines et des vierges. Ccux-b surtout le pleurent même dans sa gloire : ils comprendraient qu'il serait plus opportun de se réjouir , si leur vive douleur écoulait la raison.

Qu'on ne dise pas que ce sont-lik des funérailles : non , c*ost un triomphe : car , même après son trépas , le pastenr menait encore la troupe de ses fidèles disciples , qui , sous sa conduite , avaient TaiAco le monde ; et. suivant sou corps jus(|u*à la tombe, ]A% cban* laicplct pleuraient..». •

Nous ne savons si noire traduction fort imparfaite permettra d'apprécier la tournure poétique de cetle pieuse bailade , mais , à notre sens , elle est préférable à bien des antiennes qui ont obtenu un grand succès dans la dernière époque de la littérature ecclésiastique. Nalgod et Udalric, écrivains du XII* siècle, nous témoignent que de leur temps on la chantait encore dans presque toutes les églises (1). Les aih teurs de la Bibliothèque de Cluny^ qui nous ont conservé ces antiennes , nous laissent ignorer quelle en était !a mesure (2).

Après quelques mois passés dans sa retraite , Odon fit im voyage à Paris , où il étudia les arts libéraux sous la discipline de Rémi d'Auxerre. Il s'appliqua surtout à la musique , dans laquelle Sigebert nous apprend qu'il eut des connaissances fort étendues. Mais il ne tarda pas à revenir au couvent de Saint-Martin ; c'est vers cette époque qu'il entreprit, à la prière de ses collègues , un Abrège' des Morales de saint Grégoire sur le livre de Job (o). Il partageait sou

(1)« Fere per omnem ecclesiam celebri tripudio frequentantur«» Nalgodus, apud Mabillon. Aaa 55. ord. S, Bened,, sec. v, p. 197 , n. 46 — Histoire littéraire de France, t. vi, p. S55.

(2) Nous ne devons pas omettre de mentionner une bymnc d'Odon sur saint Bfarlin, qui se lit dans la môme Uibliotlièque^ei qui ne nous semble pas aussi rccommandabic que les antiennes.

Le moine Jean attribue à Odon trois liymnes en I^lionneur de -^aint Martin et douze antiennes. Nous n'en avons traduit que dix, I es deux dernières nous ayant paru moins notables que les autres. Nous ne lisons, dans la Bibliothèque de Clumj^ qu*unc byrane en l'honneur de saint Martin. Mabillon en a publié une autre dans s es Annales ordinis S. Bened.^ t. m, A pp. p. 711 ; cette bymne se compose de neuf stropbes de quatre vers.

(3) Cet abrégé fut édité en 1617, par les soins de dom Marrier. Nous lisons dans VUisi. UiL t. vi, p. 255 :

« Doni Martin Marrier n'avoit aucune connaissance de cet

ieOÈfê eDlre les travaux thëologîqucs , la direciîoo de l'école, et les fonctions de grand-cbanire.

Cepeodani le train de vie un peu séculier des du- Boioes de Saint- Martin, offensait depuis long-temps noire saint homme. Il résolut de chercher une retraite plas solitaire , et celle qu*il choisit fut le monastère delaBaume, en Bourgogne : il s y rendit , emportant avec lui , pour occuper uiilement ses loisirs monasiî* ftteSy cent volumes, trésor considérable au X* siècle (i). Le bienheureux Bernon gouvernait alors le monasièi*e de la Baume : il accueillit Odon avec la joie la plus vive , et, après lui avoir confié Técole du clotire , il réleva, malgré lui, au sacerdoce. Quand, après la noil ipû suivit le Jour de son ordination , Odon s*évetUa, et vil autour de son cou 1 etole qui y avait été placée par Tévéque, il se prit à pleurer, comme s'il lui fftt arrivé quelque malheur, et pendant longHemps il n'osa meure le pied hors du cloître. L'abbé Bernon pensa que, pour corriger cette excessive modestie, il lerail bien de l'envoyer en visite chez Tévéque qtd lavait ordonné. Dans une conférence qu'il eut avec ce prélat, Odon lui commenta de vive voix une des lamentations de Jërémie, et disserta fort éloquemment sur la dignité du sacerdoce et sur letat de 1 église. Ces pieuses re-

Abrèges lorsqu'il publia^arec Ducbesner la Bihliotbèqiie deClony. L*a>ant trouvé dans un ancien manuscrit , il le fil imprimer à F«ri«, cb<*z Nivellif • l'a» i(il7 , en uo volume in-S*. Depub celte édition, TAbrt^é est pasj»^ dans b BibUoth, de* Pères, • Il se trouve au tome ivii de r«Mlition de Lyon, p. 315—456.

^1) Ou peut appnVior la riclicfwe d*noe telle collectioii à cette épooue, quand on lil ce que Pabbé Lebeuf rapporte de la rareté des livres au XI* siècle. Ce critique ne puralt pus d'ailleurs avoir connu la bibliothèque d'Odon. — Diê9$riatkm $» l'Hoi du kanê m rmm^ p* 0f sa tune ii dns UiêttHM. ds l'abbé Lsbnnf.

oDOîî. . 1 43

moDlraoces plurent à Tévéque, et il le pria de les rédiger; ce qu'il fit.

Cet écrit a été imprimé dans la Bibliothèque de dum/ , sous le litre de Collutiones ( Confth'ences) : il est divisé en trois livres. Dans quelques manuscrits , le titre de ces livres est Occupationes ^ au témoignage de Pûssevin , des auteurs de la Bibliothèque de Cltmy et de Mabillon. Quelques modernes^ suivant YHûfioire litiéraire , leur donnent encore celid de TriUié du Sacerdoce {V). Nous n'analysons pas ce traité I qui est fort long et fort diffus. Odon Ta entrepris, par déférence pour la volonté d'unévéqne, mais il a en pour but , en le composant , la réforme des nœnrs du clergé régulier. Il ne faut pas y chercher des thèses dogmatiques; il n*y est parlé que de morale. Sur ce point, Odon n*a pas épargné les reroonirances à ses collègnes , et nous voulons croire qu'il goarmande leur dérèglement avec plus de zèle que de vérité* On a remarqué plus d une fois Télrauge liberté de langage des plus chastes moralistes : on ne trouvera peut-être pas un plus notable eiiemple de cette liberté que dans le second livre des Conférencee d^Odon ; malgré le privilège attribué ù la langue la^ Ihie , nous n*oserions reproduire , dans leur naïveté

(1) Voici le texte de V Histoire littéraire : « Dans les manuscrits d^Angletcrre, il porte encore d*aulres litres que ceux qu*on a déjà marqnés.TMlldt il esliDtitulé,l>« virtutibas viiiixque animœ ; d'autre* fois. De perversiiaie pravorum, 9 Ailleurs* on le trouve encore ainsi désigné : De hujus vitœ qualitate , De inxtitutione divinn , De enn" temptu mwuli. Un ii]anuscril,qui n'avait pas sans doute été consulté par ces auteurs , car ils ne le citent pns , et qui se trouve probablement encore aujourd'hui à la Biblioibc'que du monastère de Saint-Bernard à Alcoliaza (Portngal). porte aussi le titre de Cotln^ dontê , qui noos paraît préférable à tout autre.— Toir le CauUofftu li^iwum mamucripi. a Gttst. Hsnel*

(lethoiiiiéle f quelques périodes oraioires et quclcfues hiftlorietles dont le secoud livre est le comniebiaire. Si la distribution de Touvrage n'est pas irréprochable , nous avons il louer , pour le détail , la correction du style 9 et surtout la propriété , la vigueur de lexpression latine ; qualité rare chez les écrivains du X* siècle.

Peu de temps après l'entrée d*Odon au monastère de la Baume, Tabbé Bcmon , atteint d*une maladie incurable et sentant sa fin approcher , abdiqua , et ses moines lui désignèrent pour successeur le nouveau frère que le Seigneur leiur avait envoyé. Cependant i après la mort de Bemon , son héritage fut partagé ; parmi les monastères qui dépendaient du prietu^é de la Baume , Odon eut en charge ceux de Cluny près Màcon , de Massai et de Deols en Berri. Il alla résider à Cluny , dont il fut le second abbé. Cette abbaye avait été nouvellement fondée par Guillaume comte d'Auvergne ; Bemon y avait introduit les premiers frères.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de la discipline rigoureuse qu'Odou mit en vigueur dans ce monastère : nous ne pouvons omettre cependant que Cluny devint par ses soins la plus célèbre école de toute la Gatile : il y créa cette observance régulière qui a été suivie par tant d'auires abbayes de fondation pins ancienne ou plus n'H:eulc , dont Cluny devint en qtielque sorte la métropole (1). Le nom du réformateur fut bientôt si illustre , que Ton vit même des évéqties

(i) litbilloD parle fort au long de ces réformes , dans son £1»gimm S (Mkmiê i Àcta , sec. v, p. 129-158. — BaUlct, Vus du SamU, tSttOV.

quiiler leurs sièges pour venir se ranger sous sa discipline.

Cest à Cluny , telle est du moins l'opinion des auteurs de VHisioire littéraire , qu*Odon écrivit l'histoire de la conversion et des miracles de saint Gérald , ou Gérauld , comte d'Aurillac , que Dom Marrier et Duchesne ont publiée dans leur recueil , sous le titre de : De trita taneti Geraldi , j^uriliaeeniie eamitie liiri quatuor (1). Le premier livre concerne la vie militaire du preuK chevalier, défenseur du faible , diaritable envers les pauvres , vainqueur dans toutes ses entreprises , agréable au Seigneur dans tous ses actes. Le second est consacré au récit de ses miracles. Dans le troisième, Odon raconte le détail de sa mort : dans le quatrième , les prodiges opérés par son intercession ; si Ton peut ainsi parler , ses œuvres posthumes. Nous avons encore à remarquer, dans cet écrit, combien Tétude des écrivains de Tantiqulté avait été profitable au docte abbé de Quny.

Dans les divers 'lieux où notre saint docteur était

(i) • Les deniers éditeurs de Surins Tont ajouté à son recueU, au dix-huitifeme de aovembre, jour de la mort de saint Gérauld. IKwi VabiUoo n*a pas jugé à propos de la réimprimer... Il semble néanmoins qnil nedevott pas ometlre les deux derniers chapitres de cette même vie, qui manquent dans Tédition de dom Marrier , et qui se lisent dans un manuscrit de CIteaux. — Il y a deux traductions finiiçaises de la rie de saint Gérauld par saint Odon. La plus ancienne, qui n*a jamais été imprimée , tùi faite par ordre de Philippe , due de Bourgogne, et comte de Flandre. Elle se trouve dans deux manuscrits ; Tun autrefois de la Bibliothèque Colbertine , at^ourdliul de celle du roi , sous le nombre 4904 ; Tautrc , qui ayant appartenu à Christine , reine de Suède , est maintenant k la Bibliothèque du Vatican et coité 787. L*autrc traduction est due au travail de M.fCompoing , cucé de Savencs au diocèse de Toulouse , et a été imprimée in-8<» , à Àurillac , chés Tialanc cti 1715 • Hiitoire littéraire de france, t. VI , p. SiO.

i 46 ODON.

appelé pour la reforme des monaslères , on Tinviuiit à parler aux fiilèlcs qui éiaienl avides de rentendre. Sigeberl fait le plus grand éloge de ses sermons et de Tart avec lequel il savait les réciter (1) ; suivam Tritbème , il n*eul pas dVgal dans les homélies, « dedaluator bomillaruui praccipuus (2). • De ces sermons , il ne nous en reste que quatre : trois imprimés dans la Bibliothèque de Cluny et dans celle des Pères, et , je quatrième, dans les Aneedoteê de Dom Utrienne. Les auteurs de la Bibliothèque de Cluny publient, il est vrai, quatre sermons qu'ils attribuent i Odoo. Mais il faut eu retrancher un , le premier , q«l ne appartient pas (5).

(I) Sigcb€rtiis,dr///tf</. Ecd. Script, (i) TrilUcmias , de Script. Ecct.

(S) Ce premier st^rmon a pour litre !n cathedra umai Pttri, Boa llarrier et Ducbesne nous apprennent , dans la préûice des notes (^vA forment Uaiipendice de leur BiNiothèqae (poge 0), qa^ls en o«t trouvé le manuscrit dans Tablraye de Saint-MarUnHm-Champs A Paris. Ce sermon n*est pas de l*abbé de Ctnny , mais du pape taim JLéoo. Il est d*autanl plus singulier que les doctes sutaurs de Plfiilocre littéraire de France niaient pas signalé celte grave méprise qu*ils onl Tait sur ce sermon l'ubsorvation suifante : • L*auleur avait lu avec fruit ce que les anciens Pères , nommément saint AugusUn el saint Léon, disent sur les paroles de r Evangile qui reftfdent les prérogatives de ce prince des apôtres. •

On le trouvera dans les ceuvres de saint Léon , éditées per Pascliase Quesnel , page Si, sermo 3 , In amtéverêorio die rjmâdtm ûUKmpihmê II y a cependanl,dans le sermon publié par Dom Marner et Bochesne, trois plirases qui u'appartieunenl pas à celle boméne de saint Léon. Mais de ces trois phrases , la plus longue se lit dans une autre homélie du même pape in natali oposi, t^etH h PamU , el il ea à croire que de plus curieuses recherches feraient découvrir les deux autres en quHque autre eodroil des œuvres de saint Léou. Théophile Raynaud , dans ses l^vtematm d« wMliê ac boni* iibriê , avait averti le public de Terreur commise par les éditeurs de la Bibtiotkèqm de Uun^ ( Partiiio i. Erol. 10}; celle obïiervalion avait été depuis consignée dans le Ott*U<tym IVifiicMif • MitorMM Vinct*ntii Placcii : noiu» ne ika\ uns comment elle a iiu écha^- |ier aut auteurs de Vllmoirc Hittraire de è'rtmct.

Le second sermon publié par la Bibliothèque de Cluny , est en l*honncur de sainte Marie-Madeleine. Odon confond Marie de Bélhanie et Marie-Madeleine (1). Ce sermon avail élé publié dans la Bibliotheque de Fleuri y avant de l'être dans celle de Cluny. Il se trouve aussi dans la Bibliothèque des Pères et dans la continuation de Bollandus^ au 22 juillet. — Le sermon sur saint Benott, De sancto Bénédicte abbate^ prononcé à Fleuri le jour même de la translation de ce saint, n'est pas plus que les précédents digne de l'auteur des Conférences. La latinité en est vulgaire. Ce sermon a été aussi extrait , par Dom Marrier et Dncbesne , de la Bibliothèque de Fleuri. Mabillon l'a publié de nouveau. — Le dernier des sermons édités par les auteurs de la Bibliothèque de Cluny a pour titre : De Combustioné Ecclesiœ beati Martini. Cet incendie eut lieu en 904 : il fut l'ouvrage des Normands. Odon parle avec beaucoup d'emphase des magnificences du monument qui fut dévasté par les flammes. Ce sermon , qui ne parait pas avoir été fait pour être prononcé en chaire , est d'un meilleur style que les deux autres.

L'homélie publiée dans les Anecdotes de doqi Martenne (2) , est une exhortation morale fort courte , et d'im médiocre intérêt.

(i) Cette confusion existe aassi dans une hymne riroée d'Odon sur sainte Madeleine, qa*on peut lire dans la BibUoihèque de Cluny, ■<■

Cette bynine est précédée par quelques vers sar le Sacrement de l'autel , attribués aussi à Odon , qui sont d'une incontestable faiblesse.

(«) T. V. p. 617-GîO,

Les iravaux liaëraires de l'abbë de Clany , et le succès de sa réforme lui méritèrent la consldëmiion des papes, qui rappelèrent à Rome trois ou quatre fols , le suppliant de venir remplir Toffice de médiateur daos leurs querelles avec les princes d*Iialle.

Les fatigues de son dernier voyage abrëgèreot sa vieillesse. Atteint k Rome d*une fièvre violente, il pria le Seigneur de lui permettre de visiter une dernière fois le tombeau de saint llartln. Il revint donc en France et fut reçu dans Tabbaye de Saint-JuBen de Tours , qui avait récemment adopté la règle de Qnny. La fête de saint Martin, son patron, était proche : il eut la douce consolation d'assister à TolDce de b nuit , dans l'église consacrée à la mémoire de cet QInstre confesseur, et, quelques jours après, il trépassa, regrettant bien peu la vie, s*il est vrai que telles furent set paroles:

Mon mUii qoando datnr , req«ies non pœnt ptraUir ; Mors igitor reqaies, Tiverc pœnt oiUiJ(l).

Son corps fut déposé par Théotolon , archevêque de #oors, dans b crypte de saint Julien , au côté droit de Tautel. Le moine Jean ne marque point Tannée de sa mort, et plusieurs chroniquoitrs se contredisent sur ce point. Les auteurs de YHhtoire littéraire de France pensent qu*il faut croire FlodoiTd , et adoptent , sur la foi de cet historien , Tannée 942 : c'est aussi b djte que nous donne b chronique de Dul. Le nom de

(1) {Jmcmkam fWrotinur. lu tcsiiimmiU fclenini de 0«lu«e Ùibitotk. amma€. \k 60.

Tabbé Odon fui bientôt inscrit dans' la plupart des Martyrologes : rbonneur d'un culte spécial lui fut accordé dans le monastère de Quny , aussitôt après que la mort Teul ravi du milieu de ses frères (1).

Il nous reste à parler de quelques ouvrages d*Odon qui n'ont pas été imprimés , et dont nous ne savons pas bien si les manuscrits existent encore. Uabbaye de Cluny et les Carmes déchaussés de Paris possédaient un poème manuscrit , en quatre cbants , sous le titre d'Occupations , dont on faisait honneur à notre abbé de Cluny. C'est probablement cet ouvrage qui a été confondu par quelques bibliographes avec les Conférences (2).

Sainte-Palaye et les auteurs de l'Histoire littéraire de la France lui attribuent un traité en forme de dialogue sur la Musique, coté dans la Bibliothèque du Vatican sous le numéro 1995 (3) , et Odon nous dit lui-même , dans son Abrégé des Morales de saint Grégoire , qu'avant de travailler à cet ouvrage il avait écrit déjà un commentaire sur le livre des Rois (û).

Nous apprenons du moine Jean , qu'Odon avait fait un récit de la translation du corps de saint Benoît à Tabbaye de Fleuri. Le même historien raconte qu'à

(t) Mabillon Acta^ S4ec. v. p. 145.^

(S) Mabillon. Elogiam Odonis , in Actis. — HUt Uudela France , tome Ti.

(s; Suivant Tabbé Lebenf,il existe, d*an abbé Guy, de Ctteanx, nn manuscrit sur les règles da chant, dans lequel Touvrage d'Odon sur la Musique est cité. G*est un témoignage qu*oot omis les auteurs de VHiMtoire littéraire, — Dissertations de l'abbé Lebeuf, tome tt, p. 114.

(4) Odonis Moral, pr. p. 316. 9.

la prière de Beaiidoin , abbé de Sainl-Paul , à Romev (Mon corrigea cl aonola au manuscHi des Dialogues sur la \ie de saint Mariin , attribués à Gallus cl ù Pus* thumicn.

Dans Xe^Âttecdoieê de Bernard Pez (1) , Il est fait mention d*unc homélie d'Odon de Cluny, sur ces pa* rôles de levangile de saint Jean : Siahat jiuria crueem. Nous croyons , avec les auteurs de la BiUioihè^ que littéraire de la France^ que les quatre sermons dont nous avons parlé ne sont qu'une trèsfiiible partie des opuscules parénétiques de notre docteur, et qu*il y en a eu beaucoup dVgarés. Dés le XY* siècle , Trithènie ne les connaissait déjà plus que par la tradition (2).

Il faut , du reste , ne pas avoir une grande confiance dans les divers catalogues des œuvres de notre saint docteur, publiés par les bibliographes les plus accrédités. Il y eut, durant le moyen-&ge, un très-grand nom* bre de moines qui portèrent le munie nom que lui , et dont les (ouvres ont pu lui être attribuées : dans Tintervalle de deux à trois siècles, Tabbaye de Cluny compta cinq ou six abbés ou prieurs qui, en divers endroits des j4nnales et des y/ttes de Tordre de suint Benoit , ne sont pas désignés autrement que (>ar cette apiRHlatRui commune : Odo Cluniaeeiuis, Les auteurs de {'J/ittoire littéraire de la France ont corrigé qiK*lqneb erreurs auxquelles a donné lieu cette identité de nom :

(1) ToiM V , ptri. 3 p. Sli«

(S) • Sermoaet et boniUiaf |>lares H rlegantr« c<mipOMks« dk-itar. • Tiilbeuiius, t^ rire* tUmu, Uni. u*Kli BcoedicU , lib. Il c. S3

ODON. 1 Si

mais il est à craiudrc qu*il$ ne les aicnl pas toutes signalées (1).

(i) Yoici suivanl VHistoire Uuéraire de la France^ la liste des écrits attribués faussement à sainl Odon , abbé de Ciuny :

1» BUioire de la translation du corps de saint Martin en Bourftagne^ publiée dans la Bibliothèque des Pères, dans celle de Ciuny , et dans plusieurs autres recueils. Le titre sous lequel elle se trouve dans la Bibliothèque de Ciuny est : De reversione beati Martini a Burgundia traciaïus. L*opinion que ce traité est Touvrage d'un imposteur a été, pour la première fois, émise par Fauteur des Dissertations sur la mouvance de la Bretagne.

So Le traité Quod beatus Martinus par didiur apostolis , qui se trouve dans la Bibliothèque de Ciuny , à la suite du précédent , a été restitué par Dom Martenne à Adam, abbé de Perseigne.

o« Le P. Leiong, dans sa Bibliothèque françai.^ , attribue à notre Odon une Chronique manuscrite : Chronicon ab exordio mundi ad annum Christi 937. Le véritable auteur de celle chronique est Thomas de Loches.

4» La vie de saint Mari on Marius, attribuée à saint Odon par Jacques Branche , dans ses Vies des Saints d'Auvergne, et publiée par les Bollandistes ( 8 juin ) , ne parait pas non plus être de cet auteor.

S<» Un sermon sur V Assomption de la Vierge , qui se tronve dans Vappendice de la grande édition de saint Augustin, a été attribué à Fulbert et à Odon.

6** Le P. Leiong ( Bibliothèque sacrée ) a mis parmi les œuvres d*Odon un Commentaire sur Jérémie , qui n'existe pas. Ce sont, sous un antre titre , les trois livres des Conférences.

T* EnGn , suivant VHistoire littéraire de la France, la Viedesairf Jfaiir, écrite par Odon , abbé des Fossés, et une Exposition du Canfln de la Blesse , qui est l'ouvrage d'un autre Odon , évèque de Cambrai , ont été inscrits à tort par divers auteurs au catalogue des œuvres de saint Odon.

Les auteurs de VHistoire littéraire de la France , pensent qu'il faut considérer, comme étant de notre abbé de Ciuny, une Vie de saint Grégoire , qui se trouve dans l'édition des œuvres de ce saint, publiée par Dom Ruinart ; mais le P. Leiong {Bibliothèque française),d\i positivement : « 11 n'en est pas l'auteur. » Les motifs invoqués à l'appui de l'une et de l'autre opinion nous paraissant peu conclaants, nous laisserons le problème irrésolu.

BESNIER (julien).

iULiB?i BESNIER, né au Mans^ 22 janvier 159/^ , prii lliabît de carme déchaussé dans le coovenl de Paiîs, le 14 septembre 1613 : après une année révolue, son noviciat achevé , il fit professioD som le nom de Julien ou Julian de la Crois. Le premier emploi qui lui fut confié fut renseignement des écoliers; il eut ensuite sons sa discipline les profèt admis au second noviciat ; il fut enfin élevé k la charge de maître des novices , qu'il exerça pendant seiie années. Il mourut le 19 décembre 1663 , au couvent de Paris. L'auteur des .annales Jes Carmes Deeekamsset , Louis de Sainte-Thérèse, parle du R. P. Julien de la Croix dans les termes tes plus honorables, mais les choses qu1l raconte de sa vie le recommandent beaucoup moins. Nous devons dire , pour expliquer cette apparente contradiction , qtie le père Louis de Sainte- Thérèse a compromis toutes les notabilités de son ordre par les notices biographiques où II a prétendu célébrer dignement leurs vertus et letirs mérites : porté par b totunure mystique de son esprit k ne recueillir stur leur compte que des anecdotes frivoles, il les a en outre rédigées dans un style à nul autre pareil ; q«ant aux faits graves , aux détails vraiment édifiants , ou du moins dignes dlntérét , il les a complètement négligés. De toute la notice qull a consacrée i Joliea Besnier , voict le passage le moins burlesque : — «On ne peut expliquer la joye et satisfaction qu*U témolgnoit , lorsqull se vit accablé d un rhumatisme qui le conduisit à b mort. Comme il commença (Ktr les duu-

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