MICHEL BUREAU
des ouvrages do Michel Bureau i un écrit auquel il donne ce litre : Statuts ou DJereti iur roharvancê rJffuliirê dâi rêligUuw de Tahhayê de la Couturé au Mans/ il ajoute que ces statuts sont conservés ma« nnscrits dans la Bibliothèque du monastère. J*al lien de croire qu'Ansart a voulu désigner un recueil de régiemenis qui se trouve dans plusieurs manuscrits provenant du fonds de la Couture, et qui a pour véritable ti* Ire : Ordinarium pttœ retigiotœ protêt in numoêterio B. Pétri Cultura, Cenom. Diœcesis observatur^i). Il est probable , en effet , que ce règlement est Tœuvre de Michel Bureau ; cependant il n*y a pas d*autre témoignage à Tappui de cette opinion , que les lignes suivantes , ajoutées par un copiste de la fin du XVI* siècle au texte des statuts : « Hoc Ordinarium vitsc religiosae ac observantiœ regularis ad unguem tempore Michaelis Bureau... obser\'atum est. • — Qu'est-ce qu'un traité De Esu Camium, attribué par Ansart à notre abbé de la Couture? Je ne le sais. Ce traité, suivant Ansart, était au nombre des manuscrits de la Bibliothèque de la Couture : s*il y était, il n'y est plus. Mais Ansart ne s*est-il pas trompé? n*at il pas rédige son article sur des notes mal prises? et ce tmltc l)e Esu Camium n*est-il pas simplement un chapitre de YOrdinaire qui a pour titre : De Getiertbuê cîborum? Je laisse celte difiiculté irrésolue- — Ansart aitribue,en outrc,à Michel Bureau, un Traite' de la refonnation de F Ordre monaêtique, qui, dit-il , se trouvait dans la bibliothèque de labbaye d'IIasnon , diocèse d'Arras. ^'uus n avons aucun autre renseignement sur cet ouvrage.
(I] Dios les IfSS. qui portent les numéros 118 et 01.
ACHÂRD. 253
Au temps où Michel Bureau adminislrail Tabbayc de la Couiore , un certain Gilles d*Âuzeville ou d*Auzon- Yilie (^jEgidiiuf de Audaci Filla) , fut chargé par lui de faire Téiai des revenus de TabbaycCei état se trouve manuscrit à la Bibliothèque du Mans (1). Au frontispice j Tauteur a représenté d*une façon assez grossière le père abbé en robe noire y assis sur un fauteuil de bois sculpté y et recevant ce volumineux registre des mains de Tauteur.
Le siège épiscopal d'Avranches fut occupé de Tannée il62à Tannée 1172, par le docte ACHARD, magister Achardui y chanoine régulier de Saint- Augustin. Ou ne s*accorde pas sur le lieu de sa naissance. D'un côté, les bibliographes anglais , Boston de Bury , Lelaud et Jean Pits (2) , le font naître dans le Northumberland, et ils ajoutent qu'il fil profession de la règle de saint Augustin dans le monastère de Bridlington , au comté d*Yorck. Du Boulay les suivis à la lettre (3) , et Gérard Wossou Vossius , qui sans doute a mal lu Jean Pits, a pris Bridlington pour le lieu natal de maître Achard (6); d'autre côté , Claude Malingre et Jacques
(1) Soas le naméro 220.
(2} Pitseus de Illusl, Angliœ. Script, ad an. il6i.
(5) Hisi. Vtdv, Par. t. ii, p. 715.
(4) De nistoricis latiDis, lib. ii, c. 52.
du Breui, dans leurs Aniiquitèê de Paru (i), aiati que les frères Sainle-Marthe dans leur Gallia Chriê^ tiana (S), le supposent issu de noble famille nomuin^É^ et né dans le vicomte de Ùomfront en Passais , diocèse du Mans. Ces divers témoignages ont d'amaac plus embarrassé les historiens modernes , qu'ib o*ODt rien pu dire pour confirmer les uns ou les autres. Suivant ChauflTepié (5), Torigine de toutes ces contradictions est que Tarchidiaconé de Passais , oà naquit Acliard, appartenait alorsau roi d'Angleterre; et comme nous n avons d*ailieurs aucun motif pour refuser à cet illustre docteur la place que Ton réclame en son nom dans le catalogue des écrivains du Maine , nous accueillons l'explication de Cbauiïepié comme satisfaisante , encore qu elle le soit peu.
Il n*est pas non plus très-bien établi que maître Achard ait fait profession au monastère de Bridlingtoo; mais il est incontesté qu*il fut des premiers religieux qu'ait l'cçus Tabbaye de Saint-Victor, a Paris. Il y a été le condisciple du célèbre Hugues, et y a vécu dans sa familiarité. La considération dont Achard jouissait auprès de ses frères, le fil choisir pour remplacer Tabbé Gilduinou Iliiduin, mort en 1155. Nous ne connaissons rien de relatif à son administration , si ce n V&t qu'il obtint d'Adrien IV deux lettres pontificales : lune on faveur de deux églises, Tautre relative à des usurpations commises p;ir des pei sonnes laïques sur les re\enus des |)aroisses qui dépendaient de Saint-Victor.
(I) Aniiq. de Parii^ par du Brcul, p. 409.
(t) Tome IV, p. î>i5.
(9) Uictiimitaire au luot Acharti,
En 1157, il fut appelé, par le clergé de Seez, au gouvernement de ce diocèse , après la mort de 1 evéque Girard. Mais Henri II, roi d'Angleterre, ne voulut pas ratifier cetie élection , par ce seul motif, dit Thomas de Cautorbéry , qu'Adrien IV l'avait pour agréable , et avait recommandé l'abbé de Saint-Yictoraux suffrages du clergé. Quatre ans après , la mort d'Herbert ayant rendu vacant levéché d'Avrancbes, sa succession fut offerte à maître Achard : comme le pape n'avait, en cette occasion , manifesté aucune préférence en sa faveur, le roi d'Angleterre ne lui fit aucune opposition (1) , et , le 27 mars de l'année 1161 (2),eut lieu son installation sur le siège épiscopal d'Avrancbes. Louis VU ne parait pas avoir appris sans quelque déplaisir une promotion qui enlevait au monastère de Saint-Victor un docte et vigilant administrateur , pour le placer à la tête d'une province anglaise. On peut apprécier quels furent ses sentiments à cet égard dans une lettre publiée par les auteurs de la Gallia Christzana (5).
L'année même de son installation , Achard , évéque d'Avrancbes , et Robert , abbé du Mont-Sainl-Michel , présentèrent sur les fonds de baptême Aliénor , fille du roi d'Angleterre , qui reçut l'ablution canonique en la ville de Domfront , des mains du cardinal Henri , légat du pape : c'était, pour notre prélat, un insigne honneur. En 1165 , il assistait à une assemblée tenue ù Lillebone
(4) Thomas Gantuar. Epist. p. 648.
(9) Dom Bessin, Concilia Rhotomagensis proxinciœ , part. II , de Episcop. Abric. — Gallia Christiana, t. xi, col. 481.
(3) Tome Vil, col. 666.
250 ACUARD.
OÙ fiirciu résolues diverses questions coDcenumi YèA* DiiDisiration séculière de la provioce. Nous Usons, diM noe notice insérée par Dom Brial au tomexiii de ri7i#* ioire Littéraire de la France : • Achardconscm, sur le siège épiscopal, lesprit de son premier étal, et, autant que ses nouvelles obligations le lui pennireiit, les mêmes observances qii*il avait pratiquées à Sainl- Victor. Il y a de Tappareuce que ce fut lui qui inlrodnisit ou rétablit la vie commune et régulière dans la cathédrale d*Avrancbes , car cette église est citée ^ depuis Achard , parmi celles qui , conformément aux canons , embrassèrent, au XH* siècle, cette manière de vivre.* Achard mourut dans sa ville épiscopale,le 29 mai 1 171 . Son corps fut inhumé dans 1 église des Prémontrés de la Luzerne, dont il avait été un des bienfaiteurSi ei celte épitaphe fut gravée sur sa tombe :
Prœtul Abnticentii,/amoiu$ dodar AckardMi ,
liicjacet , ui terrœ rettiiuaimr humus ; Gratia cirUniê dédit ilti dotia sophitr
Ei pra/ecii eum ditjniier EccUMΜ, Piurima nunc lilco bona facia iuœ pktatît
Qutr satii audiia, tita/ture tatit, Abboê ipte/uit tancii Viciotit in utie
Kl comptent opus^ mttribui, ore, pede, Uruviii ejut domui eu harc nobiliiaia ;
tksuper eU Tiobi% tjralia tauta data, Ertfo pater lafUut , Jitiei jurinfue palronui
PaUoralit trat cuju» tn ore »onui , Caudia diiimr contempUtur faciti
l*oniiJicinfue boni mamio deiur ei (I}.
(I) Xtusiria pia, p. 796.
Robert Cenalis, qui occapait, vers le milieu du XYr siècle, le siège épiscopal d*Avrancbes, a faii pour inatlre Achard une autre épitaphe, qui esi supérieure à celle que nous venons de citer ; elle est rapportée dans le tome xi de la Gallia Christiana (1). On peut encore lire quelques vers en son honneur dans le Théâtre des AntiquUéê de Paris de du Breul et dans du Boulay (2). Son nom est un de ceux dont s*est glorifiée davantage la congrégation des Chanoines Réguliers : au témoignage de Gabriel Pcnnot , il a été placé par ses frères au nombre des bienheureux (3).
Des écrits d* Achard , deux lettres seulement ont été imprimées. La première , publiée par du Chesne et par Dom Martène, est adressée à Henri H ; Achard réclame de lui une somme d'argent léguée aux pauvres; la seconde lettre, publiée seulement par Dom Martène, est relative au même objet ; elle est à l'adresse d*Arnoul , évéquede Lisieux(A)- Achard écrivit ces lettres lorsqu'il était abbé de Saint-Victor.
Les bibliographes mentionnent divers traités d'Achard qui sont restés manuscrits, et dont quelques-uns ont été perdus.
Dom Brial a parlé avec quelques développements d'un sermon De F Abnégation de soitnéme, qui se trotivait à la bibliothèque de Saint-Victor sous le titre de : De
(i) Col. 481.
(i) Page 400. — HlH, Vmv. Par. l. il, p. 300.
(3) Generalis loiius sacri Ordinit Cleric. Canon, Ilist, Pars, ii, c.ZI, n. 2.
(4) GhcsD. Script. Rtr. Vranc, t. iv, p. 761.— Mart. Ampl Coll. t. >i, col. S31.
Tetitaitime Chri$H(X).^k Tépoquo où Sandcrus fit le dénombrement des ouvrages manuscrits existant dant les bibliothèques de ]a Belgique,il se trouvait dans Tabbaye de Dune, en Flandre, un Recueil des Serinons d'Acbard; nous ne le trouvons pas dans le Catalogua publié récemment par M. Gust. Haënel, Il y avait aussi à la bibliothèque de Saint-Victor , au témoignage de da fireul , des sermons manuscrits d^Achard. Pits lui attribue un livre d'homélies : llomiliarum doctissimarum librumunum.On luidouue encore un opuscule intitulé: De DirUiotieammœ et êpiritut, éoïïi le manuscrita été vu par Dom Brial dans le fonds provenant de Saint-Victor. Il en existe un autre à la bibliothèque de Saint-BenoitdeCambridge,au témoignage de Casimir Oudin (2). — Dom Brial parle d*un traité sous le titre de : De Jri^ nitate, qui a été ignoré, dit-il, de Casimir Oudin et des autres bibliographes. Il est vrai que Casimir Oudin et Chauiïepié ne font pas mention de ce traité, mais Jean Pits , du Boulay, du Breul cl Ansarl en avaient parlé avant Dom Brial : du Breul connaissait la citation qu'en a fuite Jean de Cornouaille ,^3).
C*osi par enetir, il paraît, que Pits et Vossiusonl attribué à maître Acliard de Saint-Victor une Vie de saint (icselin ou Scul/eliu, publiée par les Bollandistes (6 août) : cette biographie serait , suivaul Oudin et Dom Brial, d*uu autre Achaid , maitre dvb no\ircs à CJairvaux. — Oudin restitue à Adam, prémoutré écossais, un opuscule ayant pour titre : Soliioquium de imtrue^
(1) //i»/. litt, de la Francf, t. XUI, |>. 4r»5.
(i) Cotnmnit. de Sthfti. t.al. t. II, col. 12î)î>.
(3) Dau!» le rUsaurus Anecdvt. de Martonuo, t. v, col. 1668.
DANIEL TAUYRY. 259
iianê animœ, auribué par quelques bibliographes! soit à Achard , soit à Adam de Saiot-Vicior.
TAUVRY (DANIEL).
DANIEL TAUVRY , né en 1669 , à Laval , éiaît fils d'Ambroise Tauvry, médecin de celte ville. Il n'eul pas d*aulre maîlre que son père pour les humanités cl pour la philosophie , et celui-ci trouva dans son élève de si prodigieuses disposilions, quà ràgedeneufansctdcmi, il lui fit soutenir problémaiiquement une thèse de logique. Daniel ne fit pas des progrès moins rapides dans la médeeine,dont son père lui enseigna la théorie et la pratique à l'hôpital de Laval. Envoyé à Paris, à l'âge de treize ans , il y suivit avec tant de zèle les leçons du célèbre Duverney , qu'il obtint à quinze ans le grade de docteur dans l'université d'Angers. Il n'avait que dixhuitans, lorsqu'il publia sous ce titre : Nouvelle Anafomis raisonne'e, un volume qui eut un grand succès (1): • On ne peut s'empêcher, ainsi que le fuit observer Fontenelle, démarquer toujours exactement des dates si singulières (2). • Après avoir fait connaître au public le résultat de ses éludes anatomiques, el avoir provoqué quelques controverses dans le monde savant , par la nouveauté de ses hypothèses sur les fonctions du sang
(I) On en compte sk éditions en peu d'années : Paris , iG87 , i690, 1693, 1698, in-li;1721, in-8o. Traduit en latin, Ulm. 1694, in-8o.
(S) Eloges de Fontenelle» t. v, p. 33.
260 D.VMÉL TAUVRY.
et sur le mécaDlsme staiiqae , hydraulique et pneomt» , tique du corps humain , Daoiel Tauvry se consacra plus parlicullèrenient à Texamen des matières médicales. Il publia bientôt un Traité des Médicaments et de la manière de s'en servir pour la guérison des niala" dies; Paris, 1690, Est. Mlchallet, 1690, in-l2 (1) : U était alors &gé de vingt et un ans. Une ordonnance royale ayant défendu aux médecins étrangers de pratiquer dans la capitale, Tauvr}', pour conser\'er sa clientelle , se fit recevoir docteur à la faculté de Paris. Il publia , en 1698 , in-8^ : Nouvelle Pratique des tnala^ dies aiguës et de toutes celles qui dépendent de la fermentation des liqueurs (2). Cet ouvrage contenait aussi, comme le fil observer le Journal des Savants (S), plus d'une nouveauté.
Ce fut vers ce temps qu*il eut ses premières relations avec Fontenelle. Tous les membres de TAcadémie des sciences avaient la faculté d'y introduire un élève : Fontenelle, qui, dès Tabord, conçut la plus vive estime pour Tauvry, le fil agréer à ce lilro par la docle compagnie. I). Tauvry fut élu membre associé en 1699, à la faveur du nouveau règlement. CVslaloi-s qu'il eut, avec le docteur Méry, une dispuic fameuse dans les annales de rAcadémie sur la question de la ciirulation du sang dans le fu»lus : c csl pour défendre son Miitimenl â ce sujet (jue Tauvry publia son Traite de tu génération et de la nourriture du Fœtus; Paris, ITlO, in-lî. Il
(1) Il y a ou deux autres éJilions ; Paîis, |G!M), in-8" ; cl 1711 , in-li.
.2) Autres Odilions, Pans, 17()<; cl 1720, iu-li.
DANIEL TAUVRY. 261
soutieut daus ce livre que la nature eslunirornieduus toutes ses opératious, que ia dislinciion établie par Arîstote entre les animaux ovipares et les vivipares est sans fondement, et que le système des ovaires se retrouve partout. Celte opinion fut vivement attaquée ; il la défendit avec non moins de vigueur.
Daniel Tauvry fut enlevé bien jeune à la science ; il mourut au mois de février 1701, à fàge de trente et uu ans.Fonteneile paraît croire que sa discussion avec Méry abrégea ses jours ; que Icxcès de travail, et que des veilles trop fi*équentes précipitèrent la crise suprême d*one phtisie pulmonaire qui le travaillait depuis longtemps. On trouve dans V Histoire de F Académie des Sciences ^xxïïQ analyse fort abrégée de celle célèbre dispute (i) ; on y tmuve aussi quelques observations de Tauvry sur un cas dliydrophobie (2).
Fontenelle termine en ces termes Télogc de Tauvry : « A ia grande connaissance qu'il avait de Tanatomic, il joignait le talent d*imagincr heureusement les usages des structures , et , en général , il avait le don du système. Il y a beaucoup d'apparence qu'il aurait brillé dans Texereice de la médecine, quoiqu'il n'eut ni protection , ni cabale , ni art de se faire valoir. » Les auteurs de la Biographie Médicale le jugent avec plus de sévérité : • Ses ouvrages, à leur avis, porlcnl en général le cachet de la jeunesse et de l'irréflexion ; on y trouve plus de raisonnements que de faits , et les hypothèses de l'auteur sont presque toutes dénuées de fondement. »
(i) Uiu, de l'Àcad. da Sciencetf 1G90, p. S5. et suiv., 31 et suiT. (2) 1699, p. 46.
26S ROLAND FRËAaT.
FRÊART DE CHANTELOU (rola>d).
aolànd FRÈART D£ CHANTELOU, sieur de chambra y , cul deux frères : Jean Fréart , latué des de Clian- (elou , conseiller du roi et commissaire provincial en Champague, Alsace et Lorraine, el Paul Fréart, conseiller et niaitre d*bôtel ordiuaire du roi , qui fut secrétaire de M. de Noyers , quand celui-ci remplit la charge de surintendant des bâtiments. Leur famille était de Picardie : nous ne saurions dire sur quoi s*est fondé M. Villenave, pour faire natire Koland Fréart à Gainbi*ai (1). Il existe contre cette hypolbèse un témoignage de grand poids ; c*est celui de C. Blondeau , contemporain de Koland Fréart , qui le dit né au Mans, et 1 Inscrit au catalogue de ses Hommes illustres du Maine. Il était le plus jeune des trois frères, et, suivant Tusage, il avuit pris Hiabit ecclésiastique. A ses litres ofliciels de conseiller et d aumOnier ordinaire du roi, Tabbé Fréart de Clianibray en joignit un qui a fait beaucoup plus que les autres pour Muiver son nom de Toubli ; il fut un des amis les |)Uis ardents de N. PousNiii , un de ses protecteurs 1rs pluh éclaiit's. C'est puur la famille de Clianteluu (|ue Poussin a conqiusé ses ou\rai*e» les plus eslimahlcN : un a|)preiid dans ses Leiiris (|u'il fai- Miil assez, de cas de l'opinion des denx phiN jeunes frères,|)onr né}*liger,dans les tra\an\ (|n'il entreprit a leur sc»llieilati(»n , l'emploi île ces iirocedcs niestpiins dont les n*sultatd charment plus le \nlf;aire (pie les beautés
(I) Dti^jruphic iniierulle ôc Micbaud.
ROLAND FAÉART. 263
vraies. Yoici dans quelle circonstance s'établit entr*eux cette honorable intimité.
Paul Fréart, sieur de Cbantelou,et son frère, Roland Fréart, sieur de Chambray, furent chargés , en l'année 1660 y d'aller faire en Italie quelques acquisitions d'objets d'art pour décorer les maisons royales : ils avaient , en outre , l'ordre de traiter avec un certain nombre d'artistes , et de les amener en France où le gouvernement s'engageait à leur fournir des travaux. Poussin habitait Rome depuis seize ans ; il s'y était établi avec sa famille, sans esprit de retour. MM. de Chantelou ne le décidèrent pas sans beaucoup d'instances, à faire un voyage duquel cependant ils lui donnaient beaucoup à espérer. Dans les derniers mois de l'année 1660 , ils arrivèrent ensemble à Fontainebleau : ils avaient fait la route à cheval , ce qui avait iucommodé Poussin , mais ce qui lui avait offert l'occasion d'avoir des entretiens longs et familiers avec deux hommes bien en cour qui devaient le servir avec tant de zèle près du surintendant. A Paris , Poussin fut installé dans une sorte de palais qui avait été préparé pour le recevoir au milieu du jardin des Tuileries ; trois jours après, il était conduit à Saint- Germain et présenté ù Louis XIII, qui lui faisait le plus gracieux accueil , et le 20 mars 1661 , il recevait son brevet de premier peintre du roi (1).
Dans une lettre écrite au commandeur Cassiano del Pozzo, Poussin raconte les détails de sa présentation à Saint-Germain : le roi l'entretint pendant une demiheure, et se tournant ensuite vers les courtisans, il leur dit : « Voilà Vouei bien attrapé ! » Celte phrase a pour
(t) LeUftê de Pouiêin, p. 35, 90 et Se.
264 UOLAND FRLVRT.
coDimentaire tous les écrits de l*abbé de Cbambray. Cest à une réaction opportune contre la manière facile de Simon Voucl que le grave Poussin dût la Tavcur extraordinaire avec laquelle il fut accueilli dès son retour en France , et Tabbé de Chambray doit être considéré comme un des principaux auteui*s de cette réaction. Il avait étudié les vieux maîtres avec conscience; eu ad* mirant leurs ouvrages , il s'était formé le goût et il avait appris à estimer peu le genre précieux des peintres modenies. Quand il crut avoir retrouvé dans N. Pous&in un élève de la grande école , il proclama sa découverte avec* enthousiasme, et rédigea les plus \ioleni& n'H|uisitoires contre ses détracteurs. Cest en 1650 qu'il publia son premier ouvrage ; il a pour titre : ParaUèle de r.4rchit€ciure Antique et de la Moderne; Paris, £d. Martin, in-fol. ; les planches ,(iui sont fort soigmk^s, sont d'Lrrard. Ce parallèle est tout à l'avantage des anciens; il eut du succès, et plusieurs éditions en fureui assez rapidement épuisées. Dans le même temps, l*abl>é de Chambray lit imprimer une traduction des quatre livres d'Arehiteeture dWndré Palladio; Paris, 1650, Ed. Martin, in-ful.; elle est dédiée à ses frères. L*année suivante, il s'occupa d*uiie publication plus importante encore. Dans leur V(>ya<;e en Italie, les frères de Cliaiilelou avaient re(;u en don dnrlie\alier del Po/Z'j, un niantiscrit du traité de Léonard de Vinci ^ur la INiniiire, que Poussin a\ait orné d*un assez grand nombre de ligures explicatives. Ce niannseï il fut eonlH» aux soins de Tiiehet-DulVesnt! , eorreeieur de l'imprimerie ri»yale, qui le publia. I)e son coté , rul»lK.* de CJianibray en lii une traduction (pii fut imprimée in-folio, chez \. Langlois, avec des gravtires d*après
ROLAND FRÉAHT. 265
les dessins de Poussin , et dédiée à ce maître. Au sujet de cette dédicace et de cette traduction , dont le manuscrit lui avait été sans doute communiqué par Tabbé de Chambray , Poussin écrivait de Rome à Paul de Chantelou , le 29 août 1650 :
« J'ai lu répttre liminaire de M. de Chambrai , laquelle m'a fait un plaisir tout particulier... Je n'^urois jamais pensé qu'il eût inséré le nom de son serviteur dans celte noble épltre et dans le courant du livre, aussi honorablement qu'il a bien voulu le faire : c'est un effet de sa courtoisie naturelle et de Tamitié singulière qull me porte. Aussi ai-je abandonné la pensée que j'avois eue de lui envoyer une note sur mon origine ; car ce seroil une grande et sotte présomption que de désirer plus que ce qu'il dit de moi : c'est déjà trop millv^ois. J'espère que vous ne désapprouverez pas ce changement. J'ai cru aussi qu'il éloit plus convenable de ne pas laisser voir le jour aux observations que j'ai commencé à ourdir sur le fait de la peinture ; et que ce seroit porter de l'eau à la mer que d'envoyer ù M. de Chambrai quoi que ce soit qui touchât une matière en laquelle il est si fort expert. Si je vis, celte occupation sera celle de ma vieillesse (i). »
Poussin était peu courtisan , il parlait même aux personnes auxquelles il devait davantage avec beaucoup de franchise et de fermeté : s'il n^avait pas fait quelque état du jugement et de Texpérience de Tabbé de Chambray, il se serait bien gardé d'écrire ces lignes. Nous trouvons dans une autre de ses lettres quelques détails curieux sur le traité de Léonard deVincijCt sur les dessins gravés dans Tédiiion de labbé de Chambray. Cette lettre est adressée à Abraham Bosse (2) :
{iy Lettrti de Potutin, p. 3i6.«»(2} Dans les leUru de Anmmn*
266 ROLAND FRËÀRT.
«... Pour ce qui concerne le livre de Léonard de Yind, il ecC vrai que j'ai dessiné les Ggures humaines qui sont dans celui qal appartient à M. le chevalier del Poizo ; mais toutes les aotres, ioR géométralcs ou autrement, sont d*un certain Dtgli Alkêrti, eelii-là même qui a tracé les plans qui sont an livre de H<me SotÊttnwim, Les paysages mal fabriqurs \y"Jfi: , qui sont derrière les Qguripes humaines de la copie que M. de Chambrai a fait imprimer , y ODI été sgoutés par le sieur Errard (1) sans (|ue j*en aie rien su.
> Tout ce qu'il y a de bon dans ce livre se peut écrire sur une feuille de papier, eu grossies lettres; et ceux qui croient que j*i prouve tout ce qui y est, no me connaissent |)as , mol qui prufc de ne donner Jamais le lieu de franchise aux choses de ou proletikion que je connois être mal faites... >
Nous ne s«tvons pas exactement en quelle année Tabbë de Cliainbray quitta la cour pour se retirer au Mans , mais il est à croire qu*il suivit son frère Paul dans le Maine , loi'S(|ue celui-ci fut nommé gouverneur de Cliateau-du-Loir , c'est-à-dire |)eu après la publioilioa du iraiu* de Léonard de Vinci. Le séjour du Mans ne fut pas pour lui une retraite oisive. Il parut, tMi 1GC2» au Mans, chez .1 arques Isanibart, in-6°, uo livre de rablié de (!liand>ray souscetiire: Idcc de la JUrfre^ iioti de la Pvinturv dt'monfree par Itf principrM tte r.lri, etc., etc. (le Irailé est, en cpichpie sorte, le sommaire de luuies les di>s<'rlaiions dijà puldi('*es par Tauieur , le ri'sumé «le ses doclriiies. Lllcs peuvent être analvMTS encore en moins de mots. — Suivant lahlM* de (Ihainbray , il y a des règles pour tous les arts^ daus
. I } Cliartcs Krianl. pcinlio d'hisloifr, rôdeur di* T Académie de Priuturc, vw lt>:>5. 11 muuiui en it»80, diioclour de rAcadciui« do France, î Rome.
ROLAND FaÊART. 267
toutes 868 œuvres y Tesprit doit procéder avec une certaine méthode ; rimagînation qui ne supporte aucun frein , épuise ses forces dans une stérile débauche. Les règles de la peinture ont été connues par les grands matures : c*est dans leurs ouvrages qu il faut les étudier ; il faut voir aussi , pour bien comprendre la nécessité d*une saine méthode, dans quels écarts sont tombés ceux des peintres les mieux doués qui ont négligé la règle pour s abandonner à leur faniaisie.Quelques toiles de Raphaël réalisent , au jugement de Roland Fréart , l'idée même de la perfection : il pose certains principes, et fait obsener qu'ils ont été religieusement suivis par le maître. Puis il les compare au plus prodigieux ouvrage de Michel-Ange , au Jugement dernier, dont il roodamne Tordonnance et les détails dans les termes les plus véhéments. Voilà, en quelque manière, tout Touvrage de Roland Fréarl : admirer, éiudicr, imiier Raphaël cl proscrire Michel- Ange , cet esprit rustique, mal plaisant, ce fan farott de la peinture, cet homme dont la réputation extravagante a été faiic par une détestable cabale. Voilà en quoi se résume toute sa méthode : suivant que Ton affectionne davantage Tun ou Tautre de ces deux maîtres , on est plus séduit par Tidéal du beau ou par ridéal du laid. Ce sont là des principes très-absolus , et qu'il serait imprudent , à notre sens , d obsener à la rigueur. Mais il faut apprécier les motifs de cette hosiiliié furieuse contre Michel- Ange : ils sont louables , alors nic^rae qu ils entraînent Tauieur à commettre une injustice manifeste. Parmi les ouvrages de Raphaël , ceux que Roland Fréart estime le plus, ce ne sont pas ces compositions juvéniles qui ont été I de nos jours , vantées au-delà de toute mesure ;
268 kolà:cd fréart.
c*eftt le Jugement de Paris » c*e$t le Massacre des InnoceotSi c est TEcole d*Âihènes. Ces ouvrages appartiea- Deui à la oianière grave , savante , et, comme on dit, à la manière proraoe de Raphaël. Il ne faut donc pass*y méprendre ; Roland Fréarl n est pas du parti de nos enthousiastes ; il n*admire pas tant dans Raphaâ le disr ciple de Perugin , que le maître de Jides Romain. D*oi lui vient donc cet emportement à 1 égard de Micbel- Ange? Michel-Ange a Tormé les Josepin , les Lanfranc ; c'est lui qui a été le fondateur de cette école déréglée où Vouet , Resiout et Mignard ont pris des leçons de savoir-faire. Comprend-on bien maintenant dans quelle intention Roland Fréart a écrit son livre , et contre quels abus il a proteste? Il faut l'entendre parler de ses contemporains, cl les comparer aux maîtres fameux de Técole grecque :
• Le temps d*ApeIlcs. dit-il, n*cst plus : les peintres d^ai^oiif*d*bui sont bien d*autresgens que ces vieux matstres qui ne se res* doicnt considcral)1cs en leur profession que par l*estude de la géoinvlrie, de la perspoclive, de l*auatoinie des cor)^* par l'observation coniinuellc des caracti'res qui expriment les passions iH les mouvements de Pesprit , par la lecluro des po<-tes et des historiens, et enfin par une recliercbc as>idue de tontes les choses qui pouvoient servir à leur inslruclion : cecliemiu-là esloit vérilablcment un peu lou};, et il e^t apparemment inaccessdde à une bonne partie des |>etntres Je noNire ^iècIe qui n'ont pas le mcMue génie que ces iUustres anciens, ny le mesnie objet dans leur tra\ail. En effet , ces premiers-là se proposoieul avant toutes choses la belle gloire et rimmortalité de leur nom, |>our princi|iale récomprn^ de leurs ouvrages ; au lieu que presque tous les moilerncs ne regardent que l'ulililc présc^nte. C'est pourquoi il» tiennent une route bien différente , cl lascbcnt i autant qu'il leur c»t posMbki #
ROLAND FRËART, 269
d*arri?er aa but qoMIs se sont uniquement proposé. Pour cet effet, ils ont introduit, par leur cabale. Je ne sçay quelle peinture lil>er-> Une, et entièrement dégagée de toutes les sujétions qui rendolent cet art autrefois si admirable et si difficile , et leur incapacité leur t Ait croire que celte peinture des anciens esloit une Yieille restense qui n*a?oit que des escla?es à son service. Sous ce prétexte, lisse sont fait une nouvelle maistresse, coquette et badine, qui ne demande que du fard et des couleurs pour agréer à la première rencontre, sans se soucier si elle plaira longtemps. Yoilà Tidole dn temps présent.... >
Cela n'est assurément ni mal pensé , ni mal dit. N'oublions pas que Roland Fréan excepte N. Poussin du nombre des peintres dont il censure Tignorance et l'impertinente audace.
Voici Topinion de Poussin sur Vidée de la perfee- Han de la Peinture, de Tabbé de Chambray. La lettre que nous allons transcrire est très-flatteuse poiu* l'auteur :
« A ■• m CHAMBBAI,
• De Rome , le 7 mort 1665.
» Monsieur, U fliut à la fin ticher de se réveiller. Après an si long silence , il fout se faire entendre pendant que le pouls nous bat encore J'ai eu tout le loisir d'examiner votre livre de La pwr^ fatie idée de la Peinture , qui a servi d'une douce pâture à mon Ame aiDigée ; et je me suis réjoui de ce que vous étiez le premier des François qui aviez ouvert les yeux à ceux qui ne voyoient que par les yeux d'autrui, se laissant abuser à une fausse opinion commune. Tous venez d'échauffer et d'amolir une matière rigide et difficile à manier ; de sorte que désormais il se pourra trouver quelqu*un qui, en vous prenant pour guide, s'occupera de nous donner quelque chose au bénéfice de la peinture.... »
S70 nOLAÏfD FREAET.
A quelques considérations géoéralet sur les priih cipes de la peinture , qui ne diffèrent pas beaucoup le celles présentées par Tabbé de Chambrey , Pouahi ajoute :
« Je TOUS prie de considérer ce petit échintUloa» el de mte ëm TOtre sentiment sans aocunc cérémonie J*al l^eipérience qwiHi stvez non-seulement moucbcr la lampe , mais encore y vflfsv il bonne huile. J'en dirois davaulagc; mais quand je m'éckaïAi tenant le devant do la iMe par qurUpie forte attention , Je ■ trouve mal. Au surplus, j*:ii iionte de nie voir placé dans votre vrage avec des liouinies duiil le mérite et la valeur sont de moi plus que Téloile de Saturne n*est au-dessus de notre têla* Je dois cela ù votre amitié, qui vous fait me voir plus grand de beai> coup que je ne suis Je vous on remercie , et suis pour toi^|oas» Monsieur, votre trcs-bumblo, etc.
P0CSSI3I (1) •
En IGGS, l'abbé de Clioinbray publia chez J. Isambart
une traduction et un coiniiît'ntaiiv de la IVi'spective d*Eudide, sous te liirc : /m lUrspcctire iVEuclideg traduite en françoh ntn' Ir texte grec, et démontrée par H. Fivarl dr (lliaiilt^luii , sieur de C.hainbray. La dt''dieai*e du prêcrdml uuMai;e est adresM'e au duc d'Oi'léaub ; celle du couuiteulairc d'Luclide l'est uu ruî. A chaque théorème , Tauieur ajoute une druioiislration physi4|tie ou ^éouu'>lri(|ue qui prouve quelle était Té* tendue de ses eonnaissaiices.
Eu IGGG, (loIIxTl, qui a\ ait su appréeier le savoir de Talibé de Chanibray, le ht venir à Paris et le chargi^a dexauiluer les projets préscuK'S pour rachè\euieutdu Louvre. Il s'oeejpa pendant six mois de ce travail,
(I) Ultrcs </«■ /*uii»>m, p. 3i».
JULIEIf TABOUET. 274
reçut da ministre une indemnité de &,000 livres , et re vint au Mans y où il mourut en 1676.
TABOUET (julien).
Après la conquête de la Savoie par François I*' , en 1536, un Couseil-Souveraîu fut institué dans la nouvelle province française, et par lettres-patentes , données à Moulins, au mois de février 1537, la présidence de ce Conseil fut confiée à Raymond Pellisson ; julikn TA- BOUET y obtint la charge de procureur-général du roi.
Julien Tabouet était né au bourg de Chantenay , près le Mans (1). Dans une lettre écrite à P. Danes (2), il nous apprend qu'il fut un de ses disciples : ce qui donne à croire qu'il habita Paris dans sa première jeunesse. Dom Liron soupçonne qu'il étudia le droit à récole de Toulouse , où plus lard il renseigna (3) ; ce soupçon peut être fondé : il nous paraît certain qu*il fit à Toulouse ses débuts comme avocat ou comme procureur du roi. C'est du moins ainsi que nous interprétons cette phrase d'une lettre adres sée à quelques magistrats ds cette ville : « ... In illo (senatu) forensis iudustriro tyrocinium et judicialîs disciplina; rudimenta fcccrim (^). »
(i) La Croix du Maine.
(S) J. Tal)oetii. Epist. Christ, et famil. p. 166.
(3) Singul. liiU. t. 1. p. 495.
(4) Dans TEpitre dédicatoirc de son traité qui a pour titre : De Hepublica et Lingua Francica.
fli JULIE!! TAWUET.
Oo'faisait grand cas de Téradition de Tabonet. U donst lieu de Tapprécier dans plusieurs recueils qu'il poblit durant son séjour à Chambéry. En 1541 ^ parut à Lyon y chez Gryphius , un premier volume de ses Aetionei Forentes / le second fut édité au même lieu , parle même libraire, en iht\2. Ces divers écrits donnèrent quelque célébrité au nom de Tabonet ; mais il devait se faire connaître bien davantage dans une caase personnelle , pleine d'incidents étranges , inattendus , qui engagea dans la querelle des parties les personnages les plus considérables de Tétat , et intéressa vivement le public durant plusieurs années. Nous rapporterons les faits simplement, et ,on peut le croire , sans passion.
Vers Tannée 1565 , un grave dissentiment siu^int entre Julien Tabouet et les autres officiers de sa com* pagnie. Quelle eu fut Torigine? on ne le sait pas bien. De Thou suppose, il est vrai , que Tabouet s'emporla contre Pellisson après avoir reçu de lui des réprimandes méritées (1). Mais cet historien , fils du premier président au parlement de Paris , lequel a joué dans ces débats un rôle fort suspect , a raconté les faits avec le parti pris de mettre tous les torts du côté du procureur-général. Quelle que soit la vérité sur les causes de cette discorde , elle se révéla bieniùt avec un grand scandale dans plusieurs mémoires adressi'S au roi par Tabouet et par les conseillei*s. Ils s'imputaient réciproquement des prévarications judiciaires, qui avaient, à leur dire, sérieusement compromis Tautorité du roi dans la nouvelle province , et (lui appe-
(1) liiitoire Vwixrs, lit), xvii.
JULIEN TABOUET. 278
laient une vindicte promple et sévère. Ces dënonciatîoos réciproques furent acneillies comme elles devaient rétro. L'affaire fut d'abord portée au Grand-Conseil et au Conseil-Privé du roi, et deux arrêts, l'un du 25 mars, Tautre du 12 août 15&5 , statuèrent qu'il en serait informé. En conséquence , Claude Bellièvre , président au parlement de Grenoble et Félix de La Croix, couseUler au même parlement , furent commis par le roi pour procéder à riusiruciion du procès : ceux-ci décrétèrent d'sgournement personnel le président Pellissoa et onze autres officiers du parlement de Cbambéry. Les procédures achevées , le jugement des parties fut renvoyé au parlement de Dyon, par lettres-patentes du 3 noveoibre 15/i9 et du 2 juillet 1550.
Dès rabord,deuxdesconseillers,Guillaume Pellissier et Raymond Servin, déclarèrent récuser tous les membres du parlement de Dijon. Acte leur fut donné de cette récusation, et la cour,admeitaut leur pourvoi près le Conseil-d'Etat , assigna à comparaître devant elle : Raymond Pellisson , président ; les conseillers Benoit Grassus , Jean de Boissoné , Louis Gausserand , et Celse Morin ; Jean Thierry , avocat du roi , Julien Tabouet, procureur-général et Jean Ruffin, greffier civil. Les accusés furent mis chacun sous la garde d'un huissier.
Celse Morin fut jugé le premier : on le tînt quitte pour une réprimande. On fit ensuite le procès de Tabouet , qui fut , par arrêt du 26 janvier 155 1 , absous de tous les crimes à lui imputés , la cour se réservant de statuer, après le jugement des autres accusés, sur le fidt de calomnie énoncé dans le réquisitoire du procu-
!i74 juLnuf tàbouet.
renr- général de Grenoble. Autres tarent les cinsions de la cour en ce qui concemait RayouMnd PelliMon. Un arrêt du S7 juillet suivant le dédari convaincu des diverses prévarications et lUsilaK tiens de pièces dénoncées dans les mémoires de T»booet (i) : pour ce crime , il était condamné k fidiv amende honorable au parquet de l'audience où seraient hcéféeSy lui présent, les pièces reconnues fausses; à cette peine la cour ajoutait dix mille livres d'amende envers le roi , et deux mille envers Tabouet , la conl»cation de tous les biens du coupable et son bannissement en tel lieu qu'il plairait au roi d'ordonner. L# lendemain , S8 juillet , Peili&son , porté sur une chaise par deux archers , fut introduit au parquet. L'âge , la maladie et le chagrin avaient exercé tant de ravages chez ce vieillard , qu*il devait inspirer à tous les assisr tants une pitié profonde. Quoique perclus de presque tous ses membres , il y avait encorci sous sa robe de taffetas noir, quelque air de nuyesié. Il tenait d'une main son bonnet carré ; dans lautre , les exécuteurs de la sentence du parlement placèrent une torche de cira ardenie,du poids de quatre Uvres,eirinvîièrent à s'agenouiller , puis à crier merci à Dieu , au roi , à la justice et à Tabouet. La condamnation de Pellisson fut suivie de celle des autres conseillers. Depuis le i*' septem* bre 1550 jusqu'au 23 juin 1552, le pailenienl de Dijon n'eut en quelque sorte d*anire occupation que ce proc^, et, toutes les causes entendues , la victoire de Taboeel fttt aussi complète quil avait pu le souhaiter.
(1) L*scciisatioo portait sur ireise cbc& qui loot aenthmaéi dans les Àntm MaMm, dt Fspoo, p« liot.
JULIEN TABOUET. 275
Mais ce n*est encore là que le premier acte d'un grand drame 9 dont les phases doivent élre bien diverses.
Pellisson proteste contre Tiniquité de ses juges , et emploie tons ses amis pour faire adoucir sa condamnation : le 15 août 1551 , il obtient des lettres-patentes par lesquelles il est déchargé de la prison , de l'amende et de la confiscation de ses biens , en considération de son âge et de ses anciens services. Tabouet acquiesce luimême à une transaction. Après que la cause de ses co-acGUSés est entendue , Pellisson invoque divers moyens de nullité et se pourvoit en cassation près du GoDseil-Privé. Celte requête est entendue, et, par arrêt da Ift août 1552 , le procès est renvoyé devant le parle-* ment de Paris.
Des arrêts semblables avaient été obtenus par BoissônéetparduRozet : le parlement de Paris, après avoir longuement instruit l'affaire , statue sur Tappel du président et des deux conseillers, et, le 16 mai 1555 , nonseulement la sentence du parlement de Dijon est annulée en ee qui les concerne , mais encore Tabouet est condamné en tous dépens, dommages et intérêts. Le 18 août , le Conseil-Privé rétablit dans leurs offices Pellisson , Boissoné et du Rozet et les relève de la sentence d'indignité prononcée contre eux. Sur ce, Tabouet réclame , et fait valoir , dftns l'intérêt de sa cause , qu'un procoreur-général ne peut être poursuivi pour fait de calomnie ; qu'en dénonçant les coupables , il a rempli les devoirs de sa charge, et que, sa dénonciation fut-elle reconnue mal fondée,il n'y « lieu de prononcer contre lui aucime condamnation ; de son côté, le parlement de Di^ ion adresse à la courooM de sévères reawntrances : Le
276 JtXIEM TABOUET.
parlement de Paris n*a pas respecté les formes Judiciaires i il a calomnié par son arrêt Téqaité du Iribanal souverain de Dijon. Et que veulent dire ces appels trop fréquents d*un parlement à un autre? Est-ce ainsi qoe Ton fait respecter la Justice , ou plutôt n*est-ce pas ainsi que Ton obtient Timpunité du crime? Cesremootnaoeft sont entendues , et il est décidé , par arrêt du Conseil- Privé du 12 novembre, que Cbrislophe de Tbou , président du Parlement de Paris , et quelques autres juges du procès se rendront à Blois auprès du roi , pour y exposer devant le conseil les motifs de leur sentence , ec entendre les explications contradictoires présentées par les députés du parlement de Dgon. Remontranoes du parlement de Paris contre cet arrêt du 12 novembre ; ordres réitérés du 10 et du 16 février 1556 , signifiant au président de Tbou d*obéir sans délai à Tappel du roi. Le parlement de Paris murmure de nouveau ; Il se soumet néanmoins , et, au mois de mars , les commissaires des deux cours entrent en colloque à Blois, devant le G)nsoil-Privé. Le conseil , par arrêt du 7 mars , décide que le purleniciil de Paris a bien jugé eC lui renvoie les parties , pour qu*il soit procédé sur le principal devant un président cl cinq conseillers de Paris , cinq conseillers de Dijon et six maîtres des requêtes. L aiïaire avait semblé furl grave et fort épineuse : • — Ci*u\ de Dijon , dit le roi , avaient jugé suivant leur conscience , et ceux de Paris légitimement et en justice (1). • Cette opinion était en quelque sorte larrét définitif de Tabouet. Il le comprend ainsi et demande à produire des pièces nouvelles à la charge de
(1) Pipoo, Armu «YocoMm, page llOt.
JULIBlf TABOUBT. S77
Pellisson. Interviennent des lettres-patentes du 15 septembre qai statuent que la cause sera entendue en Tëtat , et qui défendent à la cour d'admettre d'autres charges. Les accusés sont donc interrogés de nouveau j et, le 15 octobre 1566, la cour faisant droit sur le tout, renvoie de la plainte Pellisson et les conseillers du parlement de Ghambéry ; condamne Tabouet à une amende de 2,000 livres parisis envers Pellisson, de 800 livres envers Boissoné , aux dépens , dommages et intérêts à eux adjugés par Tarrét du 16 mai 1555 ; le condamne, en outre , pour le crime de calomnie , à faire amende honorable en son parquet , un jour d'audience , huis ouverts , pieds et tête nus , à genoux , en chemise , la corde au cou , tenant à la main une torche de cire ardente du poids de deux livres ; ordonne qu'il sera conduit en cet état sur le perron de la cour cl de là , dans une charrette , au pilori des Halles , autour desquelles il sera promené trois fois de suite ; ordonne , en plus , qu'il fera la même amende honorable au parquet de la cour de Ghambéry , qu'il sera confiné perpétuellement en tel lieu que le roi décidera, jusqu'au paiement des dites amendes, et que, s'il lui reste quelque avoir après avoir satisfait à la créance de l'état, cet excédant sera impitoyablement confisqué.
En admettant que Julien Tabouet eut réellement calomnié les magistrats de Ghambéry, et que cette indélicatesse méritât une expiation, on devra néanmoins trouver bien sévère à son égard l'arrêt de la cour. Mais est-il bien établi qu'il ait été coupable? Tant de sentences contradictoires laissèrent plus d'un doute dans les esprits , et les historiens eux-mêmes sont partagés entre Tune et l'autre cause. Quelques-uns se sont effor-
S78 julieh tabouet.
ces do pénéirer le mystère de cet conlradidloM. Suivant de Tbou , les arrêts obtenus par Tabouel ûm parlement de Dyon ont été imposés par It brigue , b corruption ou la terreur } mais il donne de urès-oiaQvaises raisons pour prouver que le duc de Guise hit, dans un intérêt personnel , Tagent principal de cette coupable intrigue. Suivant le président Bouhier , qui a écrit un Mémoire fort circonstancié sur raflàire de Pellisson et de Tabouet , Mémoire auquel nous ayons dtijjà fait plus d'un emprunt (i) , les arrêts du parlement de Paris auraient été inspirés par le connétable de Hool» morcncy , protecteur avoué de Pellisson ; et , il but le dire , celte hypothèse est mieux justiûée que celle de rintervention du duc de Guise dans raffaire de Dyon. Au reste , Tabouet vit lui-même , après sa condamnation, attaquer et défendre avec une égale ardeur sa per» sonne et sa conscience. L*arrêtiste Papon ne le aiéiiagea pas : il inséra , dans ses Arrêté NoiabUê , uoe diatribe violente contre le procureur-général de ChaaH béry ; il lui rappela que L. Philon ayant entrepris de ciicr en justice le préteur C. Scrvilius» près dtH|uel il avait rempli les fonctions de trésorier , fut déclaré nonrecevable ; que pareille opposition fut faite à la plainte dif M. Aurclius contre L. Flaccus son supérieur » et à cell«* de Pouipt't* contre T. Albutius , etc., etc. ; à l'appui de ce principe , qu un oflicier hubalterne ne doit jamais provoquer cuntn> son supérieur une enquête judiciaire , il ne mauiiua pas de citer un copieux assortiment de lois romaines , qui toutes établissaient dune
(1) Dans W% Remarqiwn crUiquet dc ioly Siir le Dia^mimrt de Bjylc, \u Tôtf cl ^uivaiitcb.
JtJLtKK TASODET. t70
manière péremptoire l'iniquité profonde du procureur* géuéral dénonçant au roi le président de sa cour. On peut être curieux de connaître Topinion de Tabouet sur ce compte-rendu diffamatoire. Dans le recueil de ses Epiîrei chrétiennes et familièrei, nous lisons la lettre suivante adressée par lui à un certain Adrien Discus :
« Mes adversaires Jouissant de leur triomphe judiciaire , ont marqué aYec de la craie et avec une pierre blanche le jour où la foudre a ft*appé ma tête , où fut rendue cette atroce sentence par des juges pensionnés, subornés, contre un homme qui, n^ajant pas d*amis au milieu des puissantes phalanges de ses ennemis , ne pouvait sortir vainqueur de la lutte. Bien plus , ils ont mis beaucoup de zèle et d'empressement à faire enregistrer ce jugement , eomme un oracle de Thémis , dans les archives publiques et à rétemiser par la presse. Celle rapsodie , qui se vend à Lyon et à Paris , est Tœuvre d'un certain Papou ; je dirais mieux /Vi/pon ou Raptm (1). Aux pièces authentiques , au récit exact de la cause , ce fourbe a osé «jouter plusieurs choses de sa fabrique et un eommentaire on ne peut plus ridicule , dans le dessein de provoquer contre moi quelque offense publique, et la haine des gens qui sont nés pour les Muses et pour les études libérales.... etc., etc. (S)
La Croix du Maine publie, dans sa Bibliothèque, quelques vers de Tabouct, dans lesquels ce Papon n'est pas mieux traité que dans Téptlre dont nous venons de citer un fragment. Du reste , nous pouvons opposer à la diatribe de ce collecteur d*arréts le témoignage du docte Mathurin Cordier. Il écrivait à J. Tabouet pour le consoler dans sa disgrâce :
(i) Palpo, flatteur ; Rapo, voleur.
(S!) Bpistolse GiristianaD et fimiliares, p. 154.
A cette lettre MaihurinCordier a joint quelques distiques non moins significatifs :
Juno, Diana, Venus, Proserpina, Bacchus, ApoUo
Aulica corrumpuot judiciale roriiin :
Flora, Laverna, Pytho, Cybole, Silvanus asylum
JusUlia' maculant sordibus innunicrb :
Proleus atque Carus Rhadainanti oracula blandis
PoUiciiis violant, atquc latrociniis.
(i) Dans les EpUrei de Tabooet, p. 104.
fl80 JUUBR TABOOIT.
« Je pois dire I peine. Je puis I peine me rtppeler nai dre des larmes , de quel coup tu as été flrappé pour sToir de fiiox quelques officiers du roi coupables de pécolat, qui méri \ uient d*ètre condamnés à une amende et châtiés par les ceBicm, Cependant après avoir vaincu , tu es tombé, comme chftcaa le ' dit, entre les mMns desCyclopes ; je veux parler de tes adfersairaB qui ont obtenu Tavantage par leur foi punique et par les brigMS de la cour; qui ont changé le blanc en noir , a6u de perdre ib homme qu*ils avaient déjà voué au supplice avant de cooaaltie son visage , tant ils le maudissaient pour avoir dénoncé des geM de leur condiUon et de leur robe. Tous les amis de la verta ei des nobles études , qui t'ont connu dès tes premières auiées, m se lassent pas d*admirer , de louer dans les termes les pies Ittteurs, les plus glorieux , ta merveilleuse patience : on t*a va CMservant toujours le même visage, ferme, invaincu, imperturbable^ même à Theurc fatale , même durant la dernière scène de Tafft>euse tragédie , et les assistants se sont dit qu^iudubitablemeal Tavenir te décernerait Timmortelle couronne do martyre. Adiea« et souviens-toi de cet adage '. « nôppe* Ato< n x%i xif &uv&*j » ; c*i à-dire : « Il dut se tenir loin de Jupiter et de la foudre (i). •
JVUElf TABOUETt S84
Jart probis adinuint pretio stnctumqne tribimil Inflciant bodie gratia, spes et amor :
Pro meritis ouDquam et gratis tribuantar bonores, <4:
Stabis, Homère, foris, si nibil obtoleris.
Le président Boubier soupçonne ^ d*après certains passages des Keitres de Taboi^et , que Dbne de Poitiers joua quelque rôle dans la conspiration ourdie contre lui. Ces vers de Mathurin Cordier nous semblent l'indiquer^ aussi clairement que le correspondant de Tabouet le pouvait faire dans une lettre qui devait être rendue publique.
Banni du royaume, Julien Tabouet se retira, ou plutôt se cacba quelque temps en Savoie , ainsi qu'il nous l'apprend dans ses lettres : « Delitui per dies aliquot apud Allobrogos amantissimos mei (1). » Il y employa ses loisirs à composer divers traités que La Croix du Maine a estimés, il nous semble, plus qu'ils ne le méritent. Nous terminerons cette notice par ime analyse rapide de ses travaux littéraires. En 1551, tandis que le parlement de Bourgogne délibérait sur son affaire , il publiait à Paris , chez Gaiiot-Dupré , une nouvelle édition de ses plaidoyers , sous ce titre : Juliani Taboetii, apud Allobrogos patroni, Orationeê Foreuses et Responsa judicum illustrium, in-8**. Durant une période de huit années , il ne livra rien à la presse. Comme il parait avoir éié contraint à dissimuler son séjour en Savoie , il y a apparence que la date inconnue de ses lettres de rappel correspond à celle du premier livre qu'il édita postérieurement à l'arrêt du 16 mai 1555 : ce qui vient
(i) Epitt, p. 110.
282 JULIEN TABorrr.
à l*appui de cette supposition, c*est qu'il reparatl toat-àcoup avec un porlefeuilic bien garni sur la scène littéraire, et publie dans la même année, Tannée 1559, quatre dissertations historiques, imprimées à Lyon ei sans doute sous ses yeux. La première a pour titre: De Quadruplieis Monarchiœ primis Auctorihuê et Magiêtratibut,in miêcellaneo divini eihumanijwrii corpore disperns,Ephem€rides Ilisfartcœ ; Lugdoofi 1553 , in-4^. Ces Ephémérides furent publiées en trois parties: suivant Dom Liron (i), la chancellerie romaine les mit à Tindex ; le P. Kiceron en fait peu de cas : « c est , dit-il , un vrai pot-pourri où Ton voit quelque érudition , mais sans ordre et sans exactitude (î). • Le second ouvrage publié par Tabouet à la roéaie date que le précédent, a pour titre : De MagistraHhuê post Cataelîsmum institutis deque multiplid per^ êonarum delectu Aphoriêtni ; Lugduni , Theob. Paganus , 1559 , in-4®. Il y en a une autre édition sous ce titre : DePrimigetna magisfratuum Diathesi ; Parisiis. Nie. Edoardus , 1562 , in-4" Ç^), Ce livre, divisé en deux parties , est , presque dans tout son contenu , une nomenclature par ordre alphabétique des diverses fonctions judiciaires : lauteur y a inséré , sans ancuo propos, quohiuos ampliflcations ihéologiqucs sur Dieu et sur la trinité. Nous ne pouvons en conscience recommander, ni ce traité, ni le suivant: De Repuhlica et Lingua Fraucica ab Ilebranêj Grœcis, Âomanis
(i) Simful. lliu,$tUiL i. î, p. 428.
(î) llummei iUutiref, t. ixxviii, p. 245.
(3> Ia» p. Nici»ron et Joly croient it tort qiio ces Jem lUres apt parlieoneot à deux ouvrages diflércnls.
JULIEN TABOUET. 283
ei Gotthis dertvata, etc., etc.; Lugd., 1559, în-4® (1) : « rien , dit le P. NiceroD, n*est plus maigre, plus pauvre et moins instructif ; » nous sommes tout-à-fait de son avis. Le quatrième opuscule de J. Tabouet , qui porte la date de 1559 , a pour titre : TopicaMethodus Divini Juris , in disciplinant et Eurichidium contracti; Lugduni , Theobald. Paganus, in-^**. — Il n*a pas moins publié Tannée suivante. Nous ciferons d*abord : 7bpicon militiœ forensis et disciplines legalis Enchiridian; Lugd., 1560, in-4**. DeuK opuscules fort in signifiants , publics à Paris et à Lyon , chez Nicolas Edouard, in-4®, portent la même date. Le premier a pour tiire : Historica regum Franciœ Genesis , duplici dialecto; c'esl-à-dire en prose et en vers, et non pas en latin et en français , comme Ta cru le P. Lelong. Voici le titre du second : Salaudiœ Prineipum Genealogia Romanis versihus digesta. Ce sont des abrégés historiques où Tauteur a résumé en quelques mauvais vers les principaux faits de chaque règne. Il les estime à leur valeur, dans uneépitre adressée à Emmanuel Philibert :
Stemmata roagorum impense cclebrata, caducis
'Atque luam genesin versibus cxposui; Versibus exposui rudibus crassaquc Minerva..,
Mais , pour tout dire , il s'excuse autant qu'il peut de il'avoir pas mieux fait, en ajoutant qu'il a composé ces vers lorsqu'il était en prison :
(1} n y en a une autrç édiUoa ; Paris, Nic« Edouard » en i56S*
S84 lUmOf TABODETt
Ctreere eom ftiero erepios mellort profeelo, Auspicibiis Musis, caitniiui poUicaor.
La Généalogie des Princes de Savoie a été tridoile en Ihmçais , en prose et en vers , par P. Tréhédaa ; Lyon y Nicolas Edouard , 1560. J. Taboaet publia bi même année deux autres opuscules dont nous ne connaissons que les titres : l'un est un recueil d'Epigrimmes j Epidietica ad Chrtstianos pacU auiores Efi^ grammata , Lugduni , Nie. Edouard y 1560 in-&* ; l'autre concerne les privilèges des rois et des magistrats : Paradora regum et summi magisiratuê /Vtpilegia/ Lugd. 1560 , in-^"*.
En 1561, Julien Tabouet habitait la ville de Toulouse j où il donnait des leçons particulières (prtvalûn) de droit. C'est ce quil nous apprend dans le titre même d'un traité qu'il publia cette année , 1561 , à Toulouse , chez G. Boudevîlle, in-4* : Fiducîaria ehristianœCi' viliê et Politicœ Jurisprudentiœ Methodui, Noos avons sous les yeux cet ouvrage qui est peu étendu , et dont il paraît que la première partie seulement a été publiée. On ne lit plus, et c'est justice, ces compilations indigestes. Nous avons parcouru avec plus d'intérêt , un recueil de lettres de Tabouet publiées sous ce titre : Epistolœ Christianœ , Familiares et MisceUaneœ , continentes ecclesiœ militanti» .^potogiam, eic.,etc.; Ludg. Barth. Molina^us, 1561 , in-4® (1). Suivant La
(1] Joly prt^tcnd contre Dom Uron et le P. Niceron , que la première (Hiition des Epitm chretienmet est de 1564. Il se irooipc* L'eiemplaire de U Bibliothèque du Mans p porte U date de i5«fl •
mCHEL BAULDRY. 285
Croix du MaiDe, J. Taboaet a écrit en français une HU^ toire de France, qui n'a jamais été imprimée et dont le manuscrit se trouvait entre les mains de G. de Minut ou Minuti , fils d'un premier président au Parlement de Toulouse. Le même bibliographe nous apprend que J. Tabouet mourut à Toulouse , sous le règne de Charles IX : Dom Liron suppose que la date de sa mort est l'année 1562. Il eut un fils , Raymond Tabouet , avocat au parlement de Chambéry , qui a inséré quelques vers latins de sa façon dans les écrits de son père (i).
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BAULDRY (mchel),
MICHEL BAULDRY , né dans le Maine i nous ignorons en quel lieu , entra chez les Bénédictins d*Evron dans les premières années du XYir siècle. Il s'appliqua particulièrement au droit canonique i et obtint le grade de licencié en cette faculté. Il fut ensuite grand-prieur dans les maisons de Lagny et de MaiUezais. On a la preuve qu'il embrassa la réforme , dans un mémoire cité par Ânsart et attribué à Jacques
(i) Nous lisons à la fin de la Notice publiée par Dom Liron : « i*iï trouvé dans quelques Mémoires du Mans , que. Tan 1599 , Jean Taboûé , avocat , fut chassé de la yille comme séditieux. L*an 1050, U y avoit , au Mans, un Taboue conseiller en Pélectioiu»
286 MICHEL BAULMT.
Gaichon , âTocat ao pariement (1). Dom Tâssin et Doii Leclerc ont omis de compter Michel Bauldry parmi 1m écrivains de la congrégation de Saint-Maur : c'est M oubli dont nous devons signaler l'Iiyostice.
Ch. de Montchai, archevêque de Toolonse, ayuc pnMié an rituel à Tusage des prêtres de son diooàa09 invita Dom Bauldry à donner sur cette matière iib ouvrage plus étendu. Bien qu*elle eàt été traitée phi d*ane fois, des lacunes et des imperfections ëtaiaM signalées dans tous les manuels en usage. Dom Btoidfy accepta la tâche laborieuse qui lui était confiée , dans le double but d*instruire les clercs, et de recommander robser\'ance rigoureuse des pratiques ecclésiastiques aux fidèles dont la dévotion avait pu être inquiétée par la controverse protestante- Il ne négligea rien pour con* naître la matière, ^t visita les églises les plus renommées du monde chrétien. Après quelques années de s^oor à Rome , il vint a Paris , et se mit en rapport avec les hommes les plus considérables par leiu* savoir » observant tout , consultant les experts sur les choses les plus minutieuses. Il mit ensuite eu ordre les notes qu*il avait prises en divers lieux , et les publia eu uu volume doni rimpression fut achevée uu mois de décembre de Tanuée 163G. En voici le lilre : Manuale sacrarum Ctrremoniarum jtixta rit uni Romanum; Parisiis , J. Billuiue , 1657 , iu-S^. Ce Manuel est dédié à Ch. de
(1) Le titre de ce mémoire est : Factum pour Jf. BaMUry, pritur de l'tffliie coiUyiaU et ugubtre et MatlUzau, etc., etc,, oppt-^ tatUi comme d'abuê de la bidie dt xeitduriinuion de ladite lyliat eu 14 jatukf 1833 » cic.| etc., cotun Bauul | Mqu4 dudU Mêiliguiâ; iSS4 »
io-fol.
JEAN DE SAINT-MELOm. 287
Montchal. (i) Noos lisons dans l'Avertissement au lecteur la plupart des détails que nous avons rapportés concernant la biographie de Dom Bauldry : le P. Hila<* rion de la Coste nous apprend , en outre, qu'il était dea amis du P. Mersenne.
MM
SAINT-MELOm (jean de).
Nous ne savons sur lui que ce que nous apprend La Croix du Maine : « Jean de Saint-Meloir , natif de la ville de SainctOalais au Maiue,homme des plus renommez pour le droit et consuliatious qu'autre du parlement de Paris. Il n'a point fait imprimer sesPlaydoierê et Recueih d'arréU prononcez en divers cours et parlements de France. Il mourut en Tan de sa* lut 1570 1 ou enuiron , âgé de plus de soixante ans. »