HERVÉ
Dom Luc d*Achery a publié , daus le second volume du Spicilegium, une lettre encyclique des moines |u Bourgdeols sur la vie et les œuvres d^HERYÉ , un des plus célèbres commentateurs du XI P siècle. Nous traduirons d^abord cette lettre avec la fidélité la plus scrupuleuse i nous efforçant même de conserver dans notre traduction ime phraséologie que notre goût condamne. Voici comment s'expriment les moines de Bourgdeols :
« Nous venons de perdre un homme non moins vénérable par sa conduite que par sa doctrine , du nom d'Hervé , moine du couvent de Bourgdeols , qui a passé environ cinquante ans au milieu de nous à prêcher les bonnes mœurs. Le Maine était sa patrie. H nous a laissé de nombreux témoignages de sa foi , de sa sagesse et de sa vertu. Versé dès sa jeunesse, dès son enfance , dans toutes les sciences des écoles , il eut à peine mis le pied dans le cloître, qu'il s'appliqua tout cutier à l'élude des saintes Ecritures et de ses fidèles interprètes, Augustin, Jérôme, Âmbroise, Grégoire et autres Pères, employant les jours et les nuits à les lire , ne se fatiguant jamais de les méditer , ne se laissant détourner par aucun empêchement de la recherche de la vérité. Comme il avait un esprit distingué et une mémoire excellente , il commença dès lors à recueillir dans le vase de son cœur bien des choses dont il devait , dans la suite , faire soii profit, a choi-
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sir , cûmme font les colombes , les meilleore graîM , à apprendre et à écrire ce qu'il remarquait le plus daas ses lectures.
• Il fit d'abord une admirable Exposition du livre du B. Denys , de la Hiérarchie des Anges. Ensuite il commenta tout le livre du prophète Isale , les Laoïeotations de Jérémie » la dernière partie d'EzécUd (c est-à-dire depuis Tendroit où s*est arrêté le pape saint Grégoire Jusqu'à la fin du livre), le DeotéroDoiie de Moïse , TEcclésiasie de Salomon , le livre des Joget, oehii de Rnth , celui de Tobie , démontrant par des ai^ giinieRis irréfàtaMes que tous les passages oà les esprits moins exercés ne comprennent que le sens litlémly témoignent en faveur du Christ et de l'église » H contiennent les mystères. En outre , Il fit sur les Epitrès de l'apôtre saint Paul une exposition où ëclale tant de sagesse , que ceux qui l'ont lue déclarent n'ea pas connaître qui lui soit comparable , aticune antre ne se recommandant par une égale précision. Il acquit bientôt un grand renon par son savoir, et personne, ainsi que raltesient ireux qui font bien connu , ne fui considéré comme étant plus habile que lui dans h connaissance des saintes écritures : r est alors qu*il exposa avec tant de bonheur le livre des douze prophètes et la Genèse tout entière , qu on ne rencontre pas un commentaire sur ces livres qui puisse t^ire mis en parallèle avec le sien.
• Il expliqua dans le même temps les leçons di*s évangiles et les cantiques que l'on chante dans Tcglise ; il fit aussi un rapprochement entre certaines variantes , |M>ur montrer que dans quelques églises on avait adopté telle levott non cuolorme au texte sacré.... Ko«savunS|
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en oolre, de lai un livre fort considérable sor les miracles opérés dans l*église de Bourgdeols par la sainte mère do Saoveor : il prenait soin de les consigner par écrit à Tinstant même ou ils venaient de s'accomplir^ selon le récit que lui en faisaient le frère gardien du monastère , ou les religieux en faveur desquels ils avaient eu lieu.
« Alors même qu'il sentit ses forces diminuer peu à peu et approcher le terme de ses jours , il ne put néanmoins renoncer à son occupation habituelle, et quelques-uns de nos confrères,qui le regardaient comme connaissant mieux que personne toutes les saintes écritures , Tinvitèrent à leur dire son sentiment sur la Cène de saint Cyprien , évéque de Carthage , ou* vrage où se trouvent cités presque tous les livres canoniques et dont nous ignorions encore le contenu. U céda volontiers à leur prière, disant, alors quMI avait la main à Tœuvre , que la fin de cette entreprise serait sans doute celle de sa vie terrestre , et que son premier travail ayant été sur les sentences des saints pères (il parlait ainsi de son Commentaire sur Denys TAréopagite) , le dernier serait encore sur le même objet. Ce qui arriva Après qu'il eut passé le temps du carême... dans une grande abstinence, infligeant fréquemment à son corps le supplice de la verge disciplinaire , priant Dieu à toute heure avec la plus ardente piété , recevant une fois chaque jour , avec une feneur profonde , le saint sacrement du corps et du sang....; après qu'il eut verse dans nos cœurs , le jour de la Cène divine , le doux breuvage de sa parole , il célébra, le saint jour de Pâques, la messe solennelle , et prêcha dans le chapitre : le lendemain , il dit la messe conven-
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tuellc; puls,éianiioiubéeo faiblesse^U reçut Tonction le quatnème jour après la Pàque , mais on ne put lui donner b communion. Ayant repris quelque force, il ea remercia la divine Providence , disant que le Seigneur ne devait pas venir à lui , mais qu'il devait aller audevant du Seigneur. Ainsi , le jour suivant ii eoteiidil la nuesse qu'il n'avait pas entendue la veille , et , après s'être confessé , il reçut très-dévotement les sacrés mystères du corps et du sang du Seigneur pour le soutien de son ùme qui allait bientôt partir. De mèmei durant toute la semaine , il assista chaque jour à la célébration de la messe , ayant bien à cœur de n'y pas manquer. Il souhaitait beaucoup voir , avant de quitter la terre, le seigneur abbé, qui était alors absent : celuici étant venu le trouver et lui donner l'absolution , il éprouva , tandis qu'il se confessait, une douleur aiguë , mais qui ne fut pas de longue durée , car il mourut le dimanche de l'Octave de Pùques, se dépouillant de sou enveloppe terrestre pour s élever, comme nous le pensons , au royaume du ciel.
• Pour que cette lettre ne soit pas trop longue, nous résumerons en ce peu de mots toute la vie de notre frère:personue dans ce temps ne se recommanda par une plus grande abstinence , par une pureté plus iiréprochable, par une raison plus droite, par une humilité plus profonde, par une réser\e plus constante, par un langage plus circons{>cct , plus modeste , par des opinions plus irréprochables , c'est-à-dire pus catholiques, et par des mœurs plus honnêtes. >
Au témoignage des moines de Uourgdeols , Hervé laissait, en mourant, une très-grande quantité de manuscrits : nous ne saurions dire ce qu'ils sont tous de-