PIERRE AMY
Incedis, et qva rura AgaDîppides Actaea lympb» flumioa dividunt.
Et qua arduis occurrit astrU MoDS bifida celebratus arce.
Ulc smolatut quaeque tibi suas
Pimpleis artes muneraque expUcat:
Hinc te Attico rcples lepore»
Hinc Latiae gravilate sceoe.
Utroqoe solert dicere pectine,
Utroque coocinoe agglomerans modo Cœleste opus, atipas superb»
Spem reliqaam Astyaoacta Troie.
Qoid impotent! non facile est lyne
Qaid-¥e insolens? En te duce, te too Dicere plectro ecce opacum Tempe nemus trépidant ciere ?
El quo caocntes sedulo in olio Tenes Camœnas» paralceis tui SarUc sub antris bospitalcs Perpctuum mediiaulur umbras.
Sic de nivosis Sithonii (1 ) jugis
ll.uini e\|>odilas rcddidil a^sculos Errare quocumqtic inJicassct Tbrcici£ fidiccn Tbaliic.
P. Amy est iiiorl en 1608.
(1) Le Mont Sitbon , en Tbrace. -~ Siihoniatqiie niitt; Virgile But. 10.
MERSENNE (MAiim).
Le 8 septembre 1588, sous un humble loit du hameau de la SouUière, dépendant du bourg d*Oizé, nalssaii dé Jeanne MouUère , fenxnc de Julien Mersenne , un garçon de belle apparence, qui, présenté le même jour sur les fonts baptismaux par Samson Ory et René Blauchart, cl par Marie Mersenne, sa lante paternelle, était admis dans la famille chrétienne , sous le nom de Marin , par Pierre Basairdy, prêtre de Tendroit. Plutarque remercie Aniisthène de lui avoir appris le nom de la femme qui fut la nourrice d'Alcibiade : le P. llilarion de La Coste , auquel nous devons ces détails sur le jour natal de Marin MERSENNE, désire que la postérité ne lui soit pas moins reconnaissante du soin qu'il a pris de les enregistrer. Nous ne nous y opposerons pas. Un autre bior'/aphe do. Marin Mersenne (1) nous témolgne'que (^',s sa jeunesse il était « doux et vif, gai et réfléchi ; » que « son âme était aussi aimable que sa physionomie : » nous croyons devoir dire avec franchise que ce témoignage a peu de valeur,el que nous mériterions une égale créance s'il nous plaisait d'attribuer au jeune Marin un naturel morose , inquiet , et une physionomie peu avenante. Un historien ne doit jamais faire de ces portraits de fantaisie ; ils rendent la vérité suspecte.
(1) Klogeskiftoriqucs par Véh PoltS 181 G.
3^2 MARIX MERSE!C5E.
Marin Merscnnc fil ses premières études au collège du Mans, sous la discipline des PP. de fOraloire ; mais il n acheva pas auprès d eux ses buDianiiés. lleori IV venait de faire à la ville de la Flèche une magnifique dotalion : dans la royale demeure où il avait été cooçs , U venait d établir un collège ,dont 11 avait confié h direction aux PP. Jésuites. Julien Mersenneiquldf{i foMfail on grand espoir sur les premiers succès de Marhi , estima que , dans une maison gouvernée par un ordre aussi renommé , le jeune lauréat ferait des éludes meilleures qtfau collège du Mans. Les Jésuites ayant constitué le colh'ge de la Flèche au mois de janvier de l'année !60/i , Marin Mersenncy entra vers celte époque. Sur les mt^mos bniics que lui venait s'asseoir , eo celte année IGO'i, dès les premiers jours du semeslie de Pâques, le jeune Kené Uescartes. Descartes avait alors treize ans , Mersenue en avait seize : ils aimaient to«s deux le travail , ei dès lors ils se sentaient portes Vum vers Tautre par une inclination qui devait plus tard de* venir une amitié vive, et (]iiH(iue chose de plus encore, une association dcsinl(*ressce de part et d*auire |iuiir la défense de quelques nuu\c:uités ^cienlillqties,repuiissées par les pr(''j(ij;rs ri dci'rif4*s par TciTeiir.
Après av4iir t'hidii* «Ik/ li ^ JrM:iio> di* la FIiVIk» la rhélori(]U(\ la p!iili>si>|)!iii>, \v^ m:ilh« inaiiqiie*^, ri quelque piMi la lh»'»i»Ioj;ie, .Mcrst'nne \iiil en Soib »nne, uû il eut pour maîtres An;lié du Val, lMiilipj»edel7aniarhe> et Nicolas Ibanibcrt. Piiis,M* cru) uni :qqK'!t> parla voix de Dieu loin de la snsii^ hnivantc ou sagilcn: h'S \anités m UKîainrs, il quitta I.i Sut Noniif* pour enti rr clir/ li s Minime^, duiu il piii i'li..hii le ITjuilUt lt>ll, au monastère do MgcfMi, près Paiis. Lu 1612, il faisait |>ro-
MARIN 31ERSENXE. • 323
fession dans un convcni pns de Meaix; après un séjour de plus d'un an dans C( ite retraite, il revenait a Paris, où il oblenail la collation des orJres.
Vers le niômc temps , un dessein moins pieux appelait de Rennes ù Paris son ami de la Flèche , René Descartes. Celui-ci , après avoir obtenu de brillants succès chez les PP. Jésuites, se laissait destiner par son père au métier des armes, et pour se préparer convenablement 4 la vie militaire, il était venu prendre à Paris Tair des gens de qualité. Les deux condisciples s*étant rencontrés, s'étonnèrent dès l'abord de la diversité de leurs accoutrements. Mersenne , qui était déjà le P. Mersenne , portait le modeste habit de son ordre ; Descartes avait les allures mondaines d'un cadet de bonne maison. Ils différaient encore plus par les mœurs que par l'habit : le temps que Mersenne employait aux pratiques pieuses, Descartes le passait au brelan ; il jouait, et jouait bien. Mersenne entreprit de corriger ceshar bitudes relâchées : ses conseils furent écoutés et suivis; Descartes laissa le jeu, et prit Tétude pour passe-temps; l'amitié de Mersenne, son commerce agréable et sérieux, lui firent bientôt oublier les compagnies frivoles, les tumultueuses assemblées et les divertissements oisifs (1).
Ainsi , ce sont les sages avis du P. Mersenne qui révélèrent ù Descartes sa propre vocation. On peut croire, il est vrai, que celui-ci ne l'eut pas ignorée, qu'il eût compris tôt ou tard, sans le secours d'un interprète, la voix intérieure de son génie. Mais cette opinion a-t-elle la valeur d*une certitude? Non, sans doute. Il est bien grand le nombre des gens heureusement doués qui s'a-
(i) Vie de J/. Ikicarttt par Baillct.
3ii MAUI.N MKIISHXNE.
buseul 8ur le peutbant naturel de leur ioieUigenoe, et qui s*épuîseui en de vains eObrls bors de la voie qaHs devaieni suivre I
Quand Descaries eui relrouvé le.P. Mersenoe, quand il eui apprécié la sagesse de ses remonlrances, il eai avec lui les relations les plus iniimes. Un Bdieiix incident vint inierrompre leurs niuluelles Tisiles. Le R. P. Jean Prieur ayant été élu provincial de la province de France, à la fêle de saint Mlcbel de Tas* née 161/ii| il enjoignit au P. Mersenne d*a!ler demeurer au couvent de Saint-François de Paule , à NeTers, poor y enseigner la pbilosophie aux jeunes religieux. Cet enseignement dura trois années : en 1618, Mersenna professait la ibéologie dans la ménie maison, et y ayant rempli pendant deux ans environ Toffice de correcteor, il la quittait vers Tannée 1G30, pour s*éiablir au cooTenl de TAnnonciade, près la place Royale, à Paris (!). Ce que le P. Mersenne avait cherché dans la vie monastique, ce notaient ni les douces extases du quiétisoie,ni les titres flatteurs, mais une laborieus^^ retraite. Apm trois ans passés dans I étude et dans le silence au cou* vent des Annonciades, il publia, en 1G23, le premier volume de ses Quctiions sur la Genète (2). Le second n a pas vu le jour. ^*ous avons sous les yeux un exemplaire de la fie du IL P. Marin Mertcfitte par 11. de LaCostc, où nous lisons, dans une note manuscrite, que la seconde partie de ce commentaire était conservée
(I) IlilartoD (le la Coste.
(i, F. M.iriiii MiTMMini ni'i\iimc\ rchbfrrlmr in Ctntdm^ lé§l» ÎD-fui. Djiis It^ iiMiiio \olii(i:(' M' lioiivt* : Mariiii MerMfuai MlÏMNei tl Emttui^aivneê ad t'ruitcOiorffu IVncIi PritUematû,
MAIlîN MF.RSy.NNF.. 32')
à Paris, dans la bibliothùqiîcdcs Minimes. Ta mon n'avait pas permis au l\ Mcrsennc d y nicflpc la dernière main.
Les Questions de Mersenne sur la Genèse ne sont pas une édition nouvelle des nombreuses dissertations que nous ont laissées les ascètes du moyen-âge , el les conlroversistes du XYI* siècle : il nous avertit dans une préface, que si, pour combattre les hérétiques des Confessions d'Augsbourg ou de Dordrecl, certains docteurs ont abordé de préférence les questions concernant Tauthenticité des livres saints, ce sont là précisément celles qu'il a pour sa part négligé de traiter. Les questions qui Tintéressent, et avec lui les hommes de son temps, sont autres, en effet, que celles qui ont causé tant de sollicitude aux adversaires du dogmatisme calviniste : Satan a vomi contre l'église militante une nouvelle légion, plus terrible que toutes les autres; on l'appelle la légion des philosophes, et elle a déjà eu pour chefs visibles Telesio, Campanella, Kepler, Vanini. Le P. Mersenne n'a commenté la Genèse que pour confondre Timpiélé de ces nouveaux ennemis. Il a voulu protiver contre eux que les incrédules ne devaient pas s'arroger le privilège du savoir ; que la philosophie des théologiens de son temps n'était pas une servile observance des formules péripatéticiennes ; et, en outre,qne la philosophie platonicienne de l'école cosentine avait remis en lumière les prémisses de l'athéisme. Ces preuves, les a-t-il fournies? Ce n'est pas là précisément ce qu'il nons importe d'apprécier. Nous avons plus à cœur de connaître et d'exposer quelques-unes des opinions de Mersenne sur les problèmes agités entre les diverses écoles philosophiques qui illustrèrent les premières années
du XVir siècle , époque dont Bacon avait féoottdé les euiraillesy et qui devait enfaoler Descanes et Spioosa.
Mersenne nous eu prévient dans le titre même de tes commentaires, iléciii contre les déistes et contre lea athées : mais il mène fort loin celle discussion , puisque dans les premiers chapitres de la Genèso , il trouve la matière d'une discussion qui remplirait eovbon dovae ou quinze volumes in-S». On n'attend pas de nous om scrupuleuse analyse de celle vaste encyclopédie , dass laquelle Tauleur traite successivement toutes les qoes* tiens qui peuvent être posées, tant sur la nature de la substance divine que sur les divers modes de rétre créé. Le commentaire du P. Mersenne a quelque nfiport avec le Spéculum Doctrinale de Vincent de Beauvais : on ne saurait consulter un manuel pliM oooi* plet de toutes les notions acquises dans les diverses spécialités de la science, au commencement du X VU* siècle» Le P. Mersenne y prouve surabondamment qull les avait toutes étudiées , et avec fruit. Qu'on Tinterroge sur les problèmes de la philosophie première , de la théologie dogmatique , de la linguistique , de la chimie, de la physique , des mathématiques et de raslronomie, il est habile à parler sur les uns et sur les auires , et à démontrer par la révélation , pur la raison» par l'analyse , que les athées sont à la fois de grands criminels et des imposteurs oOTrunlés. Nous écartons à dessein le plus grand nombre de ces démonstrations : s*il est vrai , et nous le croyons fermement , que toutes les sciences ai(*nt une commune origine , quelles emprun* tent les unes et les autres les axiomes sur lesquels elles s'établissent à la science qui a pour objet t'eliide
MARIN mersennj;. 327
de la raison luimaiuc , demandons au P. Merscnnc quel est Targuinenl raiionuel avec lequel il préiend confondre les aillées. Cet argumeni esl-il sans poids? les auires n*en auront guères : est-il valable? les autres seront de luxe.
Mais , pour procéder avec médiode , il nous faut d*abord faire connaître les systèmes qu'il entreprend de combattre. Bien qu'il ait fait la guerre à plusieurs noms propres , bien qu'il ait provoqué divers contradicteurs, ces systèmes peuvent éirc sans violence réduits à une thèse unique ; ihoso fort ancienne , quoiqu'elle soit le dernier mot de l'idéalisme : nous voulons parler de l'ideniité dans l'absolu. Ce n'est donc pas sans raison que le P. Mcrsenn(i adresse les mêmes paroles, les mômes inveciives, aux déistes et aux athées de son temps. Définir Dieu à la manière des dialecticiens réalistes de l'école d'Alexandrie et de Jordano Bruno, leur disciple, c'est nier le Dieu des chrétiens^ le seul vrai Dieu , suivant le P. Mersenne : l'hypothèse chrétienne est une substance infinie , distincte de la substance finie i Thypothèse philosophique est l'unité de la substance, Tidentité du fini et de l'infini dans l'ordre réel: pour les défenseurs de cette dernière doctrine, il e t évident que le Dieu de la première n!esi qu'un mot. Ce n'est pas seulement Vanini qui nous fait cet aveu. Vanini fut un imprudent ou un téméraire, et les gens de cette sorte ne sont pas admis en témoignage. Mais interrogeons les plus discrets d'entre les philosophes qui ont afiirmé l'unité de l'être: en est-il un seul dont les déclarations puissent être agréées par une conscience orthodoxe? Or, lorsqu'il s'agit de l'essence et des attributs de Dieu, ne pas croire ce que l'Eglise enseigne,
328 MAUIN MERSENNR.
c*rsl adorer un Dieu nuire que le sien, et elle condamoe ce eulie avec uon moins de rigueur que le scepiidsoie le plus aveuglé.
Dès le XV* siècle , TEglise avait compris le dernier mol de celle docirine , el elle avait cru , par le crael supplice de Jordano Bruno, ioiîmider ses adhéreiilSt el fermer la voie à un dogmatisme téméraire. Cel espoir devait èlre trompé. Un contemporain de Luther, hm moins entreprenant que lui , Théophraste Pancelse , ayant cherché la vériic dans les sciences dites naturel» les , y trouva la matière d*un système peu dilTéreot de la théosophie valentinienne. Les thèses de Paraoehe furent bientôt en crédit parmi les libres penseurs, et il eut le mérite d*éire le fondateur d*une école souvent calomniée , à laquelle toutefois on n*eut jamais à reprocher la pruderie et le défaut de courage. Pour ap* précier quelle éiail la vigueur de cet esprit , il aolBt de savoir qu*il s'éleva a posteriori, c'est-à-dire par la méthode des naturalistes, à ces affirmations transcendentales : — Thomme ne connaît rien, s*il ne se connak lui-même ; « de la noiion qu'il a de lui-même , procède immédiatement la notion qu'il a de Dieu:.... se con* naiire soi-même, c'est cou uaîtœ fondamentalement en soi tout ce qui esi ;.. . Dieu esl la sphère et le centre de tout ce qu'il a produit ; loul découle de lui-, il pénètre tout, il embrasse tout : de même, Thomme est la sphère el le centre de louies les créatures; elles convergent toutes vers lui, toutes elles lui communiquent leurs vertus L'àme intellectuelle est une certaine particule de l'àme divine ; c'est par elle que Dieu 8*engendre spirituellement en nous ; donc il n'y a rien dans 'liomme qui ne pirlicipe en quelque chose de la divi-
lîîlc(l)... • Ces aphorismes nVtaient pas vulgaires an XVP siècle. CependaiU un docte conlemporain de Paracelse, Georgî de Venise, avait été conduit par d'autres prémisses aux mêmes conclusions. Celui-ci, disciple de l'école platonicienne de Pic et de Reuchlin, avait cru trouver la loi universelle dans les diverses combinaisons du nombre ternaire : ce nombre étant donné , il expliquait tout , et si Ton peut condamner sa méthode , on doit lui accorder une rare puissance de dialectique. Brucker Ta bien jugé , lorsqu'il l'a mis au nombre des restaurateurs de la doctrine pythagoricienne. Voici la thèse première de Georgi : « Deus vita tota omnium... Omnia fabricata preexîstunt in artifice... In Deum omnia tendunt... Omnia divini quid habent ( 2 ) ; • il avait reproduit d'après les Alexandrins cette explication de la trinité que M. de Lamennais a , de nos jours , si ingénieusement développée : « Deus unusndintra semet intelligent do produxit Filium , ex quo Amor producitur utrumque eum colligans ; » il formulait ainsi le mystère de l'iden- Uté dans l'absolu , et de la distinction phénoménale : « Identitas omnium rerum existentium in opifice musica proportioue declaraïur ; alteritas rerum produciarum ariihmetica ; alteriiattim unio geometrica. » On trouverait dans les œuvres (3) de Georgi bien d'autres propositions concordantes ; et s'il nous importait de déterminer rigoureusement ce qu'il y a de commun entre sa doctrine et celle des gnostiques , nous pourrions jus-
(1) Bracker, Hitt. critica, T. lY, P. 689 et 883.
(2)Ibidp. 380 et 381.
(3) De Harnundamundi Cantica Tria , Venise, i5S5 — Jn^ Sacrum Script, Problemala , 1530.
330 MARIN MERSEKNE.
lifier , par des preuves nombreuses , une simililttde d*siiUeurs il u a pas lui-même pris soio de Mais les citations que nous venons de bire wm pour foire comprendre ce qui engagea le céoobte ém coQvenl des Annonciades à faire le procàs à €ÊUm doctrine , à la combaïue , à la proscrire comif «Met sor une souche maudite. Les nialédiciionsde rfgtiaa, il fout le dire , n euiient plus très*redootées : Técob 8*éiait émancipée j et elle demandait aux doctewa «r* thodoxes d*auires témoignages en faveur de la tradilioa dogmatique, que les sentences des conciles contre Xër lentin et ses disciples. Si le crédit du néo-pérîpatëiiaaM commençait à s ébranler , ce n*élait pas as profil de renseignement sacerdotal ; lecole n avait jamais pro* fessé plus de respect pour la méthode des philocophea. Il fallait donc, pour être écouté , accepter la ooMreverse sur ce terrain difficile , au péril même de la toi. Le P. Mersenne s*y résigna , mais non pas sans rtotilagr et sans regret. 11 avait du reste bien jugé que les naturalistes de la secte de Paracelse n etaîeoi pes potur Torthodoxie un fléau moins redoutable que k» nouveaux Alexandrins de la suite de Reucblîn el de Georgi. Aussi cnit*il les confondre avec les méiaei arguments.
Parmi les disciples de Paracelse , Valentin Weigiiel avait récemment remis en honneur la doctrine des é nations; il avait trouvé des partisans, au nombre quels on cite E/é<!hiel MviU el Ibaïe Slifel. Mais le plus actif, le plus entreprenant , le plus docte et le plus habile des nouveaux iliéosoplies, celait Tanglais Robert Fludd. Toutes les seieiires lui étaient fauiilières: il
avait surtout étudié les bciences naturelles, et
MARIN BIERSElOiE. 331
adrersaires ont rendu de lui ce témoignage, que s'il tut aouvent égaré par Tesprit de système , il ne chercha Jamais dans son imagination une synthèse plus ou moins satisfoisanle, avant d*avoir éprouvé sur tel on tel problème tous les procédés de l'analyse. Voici comment il répond aux principales questions sur la nature de l'être. Il y a , suivant lui , deux principes dans le monde phénoménal : la lumière et les ténèbres. La lumière est le principe actif, l'universel agent, la forme, Tessence, l'âme du monde; les ténèbres sont le principe passif, inerte , la matière. Dans l'origine, les dent principes étaient confondus ; il n'y avait aucune distinction dans l'être. En se dégageant des ténèbres, en se dilatant, la lumière a communiqué la vie aux choses. En même temps , elle a opéré la distinction , la séparation des deux principes , qui , au sein de l'être primer^ dial , ne possèdent aucun attribut. En eiïet, pour que les ténèbres existent, il faut que la lumière soit: si donc, avant le temps, la lumière était en quelque aorte incréée , les ténèbres l'étaient également. Mais Tordre divin précède l'ordre humain ; l'être subsiste per se, encoi*e bien qu'il ne se manifeste pas. R. Fludd admet donc l'unité radicale de la substance, et il accorde que ces deux principes, la lumière, les ténèbres, ne sont que les manières d'être du dieu phé* noménal : le Dieu absolu , éternel, infini , Deuê laiens, est un ; il est dans tout, il est tout.
Tels sont les prolégomènes du système que Robert Fludd développa dans une série d'écrits dogmatiques on critiques sur l'Écriture sainte, la médecine , la philosophie première, la musique et Taslronomie. Faut-il lui attribuer l'honneur ou le crime d'avoir imaginé ce
332 MAam iieRSBif!ns.
système ? Hion assurément , mais il l'a exposé sons me forme qui lui appartient ; il Q*a ser\'ilemeoi coMmcnte Dî les gnostiques, ni les rabbins, ni Paracebe. Ce m serait pas être équitable à son égard , que de le inîicr comme un humble plagiaire : quand un libre pemtm pénètre dans la région de Tidéal , il y dit presque toujours quelque découTcrte, et Ton peut noter , dans les livres de R. Fludd, un certain nombre dliypothèset pei^ sonnelles qui , pour n*éire pas toujours concordâmes » n*en sont pas moins ingénieuses. Gassendi 1^ a Ibrt habilement mises en lumière ; il a exposé avec toute la netteté désirable les visions de ce ihéosophe qui , fort maltraité par Técole cartésienne , devait plus tard trou* ver un illustre vengeur dans Spinosa.
Dans ses Queitiom sur la Gtnèêe^ le P. s*est proposé de combattre toutes les doctrines tes d'athéisme , et spécialement les thèses de R. Fludd. Quand Use rappelle le supplice récent de Vanini, i approuve la sentence qui la frappé, il maudit roéoie ses cendres: avec R. Fludd, avec Georgi, il discute méthodiquement. Gîtle discussion est importante i plus d'un titre. Si nous ne pouvons en exposer toutes les parties, nous croyons devoir insister sur quelques faits qui n*ont pas jusqu'à ce jour été consignés dans les annales de la philosophie moderne.
Le P. Mersenne estime que le panthéisme peut être confondu par une foule d*argumenis , et il en produit un certain nombre qui lui paraissent tous égaleuMUt démonstratifs. Nous n en rappellerons qu'un. Voici ce que notis lisons dans le premier chapitre de ses Qk iioHêêur la Gcnèêe :
MARIN MERSENXE. 333
« Il n*est personne qui n*accorde à tout homme la ftcuUé de désirer et celle de connaître» et Ton convient que ces facultés ne sont pas Taines , stériles , mais qu'elles doivent s'exercer sur des objets réels. Je ne parle pas en ce moment du désir inné chez chaque individu , je parle simplement de la connaissance commune à tous les hommes. Or tous connaissent que Dieu est , puisque Tesprit de chacun affirme , bon gré mal gré , la présence de kl divinité..* Comme cette opinion est gravée par la nature dans tous les esprits, elle ne peut être fausse. En effet , la nature n'a pas disposé la raison à croire le faux; c'eût été la pervertir : mais à croire seulement le vrai, le vrai étant le souverain bien de l'intellect , de même que le faux en est le fléau. Or aucune chose n'est, par son penchant naturel, mauvaise et défectueuse ; elle ne peut l'être que contre son penchant. Donc les croyances de la raison ne peuvent être fausses (I).
Et plus loin :
« La perfection absolue est telle sans doute parce qu'elle est conçue ou comprise comme telle par la raison : toutefois elle ne subsiste pas seulement dans l'esprit qui la comprend ; c'est encore une réalité,qui serait alors môme que personne ne pourrait la con. cevoir ; car ce mot est ne signifie pas seulement l'essence ou les prédicats essentiels d'une chose , mais encore le fait d'être ou d'exister.L'idée de la perfection absolue est adéquate à la concep-
(1) « Nullus est qui non falealur omnium hominum desiderium et cognitionem , in quibus omnes conveniuot non esse cassa et inutilia , at circa vcra objecta versari dcbere ; et ut in praesentiarum de desiderio cuilibet innato taceam , tanlummodo cognitionem omnibus communcm perscquar. Omnes ergo Deum esse cognoscunt , adoo ut ipsa uniuscujusque anima volons noiens divinum numen asserere cogàlur
Cum hxc opinio a nalura omnibus insita sit , fieri nequit ut sit ialsa , cum naliira mcnli non inseverit assensum faisi , alioqui mentem perverleret , scd solum veri , quando quidem venim est bouum intcllectiis et vcluti sanitas, sicut falsiim est ejus ma- Inm atque depravatio. Aiqui nialuui et viiium rei non est ex incliuaiione nalunc i sed contra illam ; igitur nec assensus falsus. •
334 MAR17I IfBRSENBlE.
Um d*inie tnliitaBee abiolaiiieiit pariaite : en effet , eoaeevtir la aoafaraiae perfeciion, B*esi-ce pas cooceToir ce au deann éê qatk lien n*est cl ne peut être parrait : or l*èire en réalilé ett plm ^m Tèlro en puissance , de nidme que Pun el Tautrc sent pteaqsili B(M-ètre (t) ••
Noas avons à faire observer plasiears choses dérables dans celte démoDsiraiion de l'exislenoe de Dieu. £st-elle rigoureuse? est-elle supérieure i tomes les objeciîoos du scepticisme ? saiot Thomas Q*a-l-B pas lui-même reconnu qu elle ne résout pas tous Iss doutes (i)? est-ce confondre l'hypothèse de Tunilé dsM l'absolu, que de poser celle de fideniité de Télre ec ds la notion de Téire? toutes les sections de récole rét* Ifstc n*adnictteiil-elles pas en principe cette identité, et le philosophe orthodoxe prouve-t-il bien par le syllogisme ce qu'il se propos;iii sans doute de prouver, c*est-à-dire la distinction substantielle de rétreposé per la conscience , et de Tétre qui tombe sous le criteriMa des sens? Il y aurait lieu de discuter aniplemeot sur œs questions diverses, et do rjp))eler que Bayle n*a pas été contredit, qiiaud il a signalé les prémisses mêmes duspi* nosisme dans la proposition aventureuse avec laquelle
(S] « Optimum sine diil)io ost oplimnm qnii in mont^; conctpienlis Ycl inlcUigt'iitis (>Nt n|iiiiiium ; iit*c miIuiii in iiilclligi^olit animo resiiJet u|>rniHiin , viTini ctiaiii m i|)s;i iv, Umeui nullas id optimum conri|»ial. Itlihl fiiini <«/ non \olum csst'uiiam siT« pnrditaU rei eNSiMitialia , sttl actiiiii i*NM'D«li scu i*\i^ieiidi roc* neclit. Eteiiim «>iin a<-ui ih'ciwsano coiH'ipii i^iii optimum appre» liondit, nunoiiid iMiim iiitollut'ii!» opiitniiin ; illud animo rooripit que nibil moliUNesi aut f>sf poicNi ; ai «mis ariii mrtius est qnaM en« iu potenlia, uiruiiH|U(> veto non ente melius est. »
(1) premières ohjtcti"Ui t\e Gatenis, dans le 1"To!uiiie de la n (Nivelle édition do Descartes.
MARnï MERSEX^Œ. 335
le p. Mersenne a prétendu confondre la doctrine de l'uniié. Mais ici nous fuyons la dispute. Ce qui nous importe davantage , c^est d*apprécier la pan que le P. Mersenne a eue dans la constitution de l'école cartésienne. Les annales de celte école ont été , de nos jours y étudiées avec beaucoup de zèle , par quelques émdits dont les travaux ont obtenu des compagnies savantes un témoignage d'estime qui leur était dû : cependant il s*en faut qu'aujourd'hui même ce vaste siyet soit épuisé , et que tous les détails dignes d'intérêt aient été mis en lumière. On a bien , il est vrai , signalé l'infiuence exercée par le maître sur ses disciples directs ou indirects : mais on a négligé de rechercher si le maître lui-même n'avait pas fait ça et là quelques notables emprunts ; on ne s'est pas demandé si la disgrâce prochaine du péripaiétismc scolastiquc n'avait pas été annoncée avant la venue de Descartes , et si la voie n'avait pas été déjà ouverte à une philosophie nouvelle. Ce serait là lobjei d'une investigation vraiment curieuse. Mais quoi ? n y aurait-il pas déjà presque la matière d'une dissertation sur les origines du cartésianisme dans les passages du P. Mersenne que nous avons rapportés pliis haut ?
Remarquons d'abord ces expressions : « Le désir inné chez chaque individu, desiderio cui/ibet innato; • elles prouvent que la doctrine platonicienne de Tinnéilé des idées avaii élé réhabilitée au XVIP siècle, par l'ami le plus intime de DcscaïUes, avant la publication des £ssaù. Nous insisterons davantage sur la démonstration plus ou moins ri<;oureuse de i existence réelle de Têtre divin par l'hypothèse conceptuelle d'une perfection absolue. On le sait , Descartes a été regardé long-
886 BIÀRGf MEaSBSnCE.
temps comme l*auieur de cette dëmontiratk» i ei en effet I elle est abondamment développée dans la troisième et dans la cinquième Méditation. On sait, ea oih tre, quelle en a éié la prodigieuse fortune : tooie Téeole philosophique du XVI T siècle, aux prises arec la logique audacieuse de Spinosa, lui a opposé TargnoMM de Téire souveraiuement parfait \ et si elle a repoossé quelquefois avec avantage les terribles assauts du pHH théisme , c*cst quand elle a combattu derrière cet axiôac cartésien. Divisés sur tant d*auires points, les dociean catholiques et les protestants s*accordèrent sur celui-là Malebranche et Jurieu professèrent avec une égale assurance, chacun au nom de son parti, que Tidéede l'être souverainement parfait défiait toute critique, et que l'auteur des choses avait confié à la conscience humaine cette prouve manifeste de sa réalité : il y a pea d'exemples d'un tel enthousiasme pour un iugoDÎem syllogisme. Or, voici un fait qui nous semble bien digne de roniarque. Tennemunn rencontra ce syllogisme dans un opuscule tliéulugiqiie de saint AuM'lme, et M. Cousin , rôclaiiiani apivs lui pour le docte archevêque de CantorbiTv riiouiieur de l'initiative , ne cntt devoir néanmoins rien retrancher au mérite de I)escartes, qui ue lui homblait pas avoir connu le Proê» logium(X)\ etfon esicMicure pcM'suailê que le XV II' siècle a trouvé sponlaiiénicut et remis en iuniien* un axiome eoni|in»niis dans le bagage scolastique « dont Técole avait perdu le souvenir. Il n en est rien. Dcscartcs n'eut le loisir de soumettre à sa mtfthode la qucs-
(I) Cours (le lllivtuire «h* la Philostiphio , l8i9 , p. 3iS.— lairoducUonau&Oiiiffi^i ifuJfU d'Aliêlard, i>. 101.
MARIN MEUStN.NK. ' 337
lioD de TexisteDce de Dieu, que diuaiii les premiers mois de sou séjour d;ius la Frise , c'est-à-dire vers la fin de raoDée 1628: il écrivit alors quelques pages de ses Méditations {{) j mais elles furent publiées pour la première fois en 1641 , et les Questions sur la Genèse du P. Mersenne lavaient été on 162:>. Il faut donc reconnaître d'abord que la thèse de l'être souverainement parfait avait été recommandée par le P. Mersenne aux adversaires de la théosophie panihéistique , avant que Descartes prit la plume pour la combattre; et comme le P. Mersenne , après avoir posé ce syllogisme dans les termes que nous avons reproduits, cite à Tappui de son propre raisonnement le passage du Proslogium signalé par Tennemann et par M. Cousin, il faut, déplus, admettre que la philosophie cartésienne a fait publiquement an théologien du XI^ siècle im emprunt considérable, qui n'avait pas été jusqu'à ce jour porté à son inventaire. Du reste , saint Anselme tenait lui-même de saint Augustin cette hypothèse d*une substance souverainement parfaite, démontrée par l'idée de la perfection absolue. Voilà toute l'histoire de cet argument célèbre.
Nous ne pouvons omettre de signaler encore quelques passages des Questions sur fa Genèse, qui furent l'occasion d'une assez vive controverse. Il s'agit des fl'ères de la Rose-Croix. Dans tous les temps, il y a eu des fourbes et des dupes; le métier de fourbe est, de nos jours, d'autant plus facile, que les lettrés eux-mêmes ignorent les traditions du charlatanisme ; aussi voyonsnous remettre en scène, atix applaudissements de
(1) Vrc dt Descariis , Hv. Ui, cli. li.
338 MARIN MERSEKHE.
quelques enihonsiastes , des rêveries cabtUsilqMS qwi oni d(jà subi plus d*un échec devant le tribunal du seoi commun. Le P. Mersenne a fait une rude guerre an frères de la RoseCruix , et leurs défenseurs ne Tont pas ménagé ; il n est donc pas hors de propos de faire ooa* naître ce que Ton sait des doctrines et des gettet de cette confrérie. Ou raconte quun certain Ro8«icrUt allemand de naissance, ayant parcouru la Jodéet TÉgyp(e et la Lybie , eut dans ces pays lointains d*intiaBWft conférences avec les prêtres chaldéens , el revint ensuite dans sa patrie, i^pportant avec lui leur doctrine et leurs seci*cts. Il ne les communiqua , comme on Ta»sure , qu*à un petit nombre d amis avec lesquels il coa* tracta une association mvslérieuse. Les flVères de la
Rose-Croix , comme ou Tapprit bientôt dans qudqnea petits livres publiés sans nom d auteur | prétendaient avoir reçu du ciel des grûces spéciales , à Taide desquelles il leur était donné de pénétrer les p!iis téné» breux arcanes; ils annonçaient en outre la pnxrhaiae venue de l'àgc d'ur. On parla beaurutip de ces fi-errs (le la l\ose-Ci'oi\ , iliirniii les priMiiitMcs anni'*es du XVII' siccîc. ViTî» 1 année 1G19, (]uel<iues>uns d'4nitre eux quillèrent rAllcn)a>;nr pour venir a Vim^ , où , ju>qu'alors, on n'iivail pas vu hi^aiicoiip do fui dans leurs prélcnilues iIliiinin..tioits. On nous parle, du uiuins, de ce voyaj^e, mais on ne saurait afllrnier qu'il eut liru : aucun des sirlaires n'a\aiii avout^ >ou alliliaiion,ni»us possédons din» li\ res ou leurs tulles sont pr.tfes^eesv mais nous ue pourrions designer un seul des Kosc^-Croix par son nom propre. Quoiqu'il en soit , la venue hypotheiitpie tW^ liivisihl s, e elail le nom qu'on leur dun* uait| cùusa dans Paris quelque rumeur. On les invita
MAION MERSENIfE« 339
par des placards à ne pas dissimuler plus longtemps avec le public avide de les connaître : à la cour, à la ville, on iuierrogeaii, on suspeclaii tous les visages nouveaui. Le secret fut, il paraît, bien gardé; aucun des missionnaires de la secte mystérieuse ne se trahit» même par une indiscrétion. Les esprits forts déclarèrent alors qu'ils avaient toujours nié Texistence de ces êtres cbiniériques. Le P. Mersenne , que fiaillet a qualifié « le plus facile des hommes (1) • , avoua naïve* ment qu*il y croyait un peu. Il avait lu certain écrit de Robert Fludd , où se trouvaient exposées avec quelques détails les opinions qui leur étaient vulgairement attribuées , et après avoir causé de cette affaire avec Descartes , qui arrivait d'Allemagne , il inséra dans ses Questions sur la Genèse quelques mots à Tadresse des Rose-Croix.
Enfin , dans son traité contre les Problèmes de Georgi(2), il confondit dans le même anathéme tous les adhérents de la secte des cabalistes, ou, pour mieux dire , des ihéosophes. Dès les premiers chapitres de ses Questions^ il leur avait déclaré la guerre; il les réprouvait , dans ce nouvel écrit, comme des pestes publiques. Voici dans quels termes il interpellait le roi d'Angleterre, au sujet de R. Fludd: • Jacques, mérites-tu qu'on le donne encore le nom de chrétien , de catholique, quand tu vois, quand lu laisses ces livres, ces magiciens infâmes, circuler librement dans ton royaume?... Dieu , qui leur permet de se plonger
(1) Jugements des Savants y c\i. 55.
(i) Marini Mcrscnui Observationes et Emendationet ad Fr. Georgii Ycneli ProbUmaïa. i623, iQ-fol.
dans la sciiline do Ions les aimes, dans rablme de l*inipiéié , les appelle , les inviic au repeulir avec une bien grande patience ; mais s'ils ne lui ouvrent leir cœur , le jour viendra où il épuisera sur leur léle les réservoirs de sa colère , où , par la grandeur de lew supplice, ce juge souverainement équitable el paissant compensera la longanimité de sa clémence (i)... • Un homme qui écrit avec celte véhémence , ne doit pas attendre de ses contradicteurs beaucoup de méojgements : comme il a pris finitiative de Tinjure , on esi autorisé à lui répondre sur le même ton. Si rindille* rence en matière de religion u était pas encore pro* fessée publiquement dans les premières années da XVII* siècle, on n'admettait déjà plus Texcused'uiie sainte colère.
H. Fludd réfuta vertement les critiques du P. Mersenne dans deux écrits où il s'efforça de justifier le mieux qu'il put ses thèses cabalistiques. Le premier de ces écrits a pour titre : Sitphiœ ru m Moria Crriamen. Le second est une apoIoi;ie des frênes de la Rose-Ooix et de k'urs incursions dans le duinaine de l'inconnu à la recherche du souverain bien ; il a pour titre : Summum JJofium quod est rerum Magiœ , etc., etc, ri Fratrum Hoseœ-Crucu fuhjcctum, Nous retri^uvoQS dans ces deux opuscules une exposition nouvelle de tout le s\slème onlologi(]uede H. Fludd ; nous ) vo^oos, en outre, qu*il préleiulait en démontrer avec rigueur lortliodoxie par le texte même des saintes Ecritures que le P. Mersenne alléguait à fappui de son propre
(I] Obunaiionti tl Lti\ândaùum$ in ProbUmata C^orçii; probl.
MARIN MEIISENNE. 341
seniiment. Mais comment ce texte comporlc-t-il deux interprétations aussi diverses? R. Fludd nous satisfait sur ce point , quand il met en présence deux écoles rivales , celle de Platon et celle d'Aristote , continuant leurs combats au sein même de la société chrétienne et travaillant Tune et l'autre avec un zèle égal à faire entrer dans leur parti Moïse et les prophètes. R. Fludd ne dissimule pas ses sympathies pour Platon et pour les Alexandrins : le P. Mersenne suit la tradition , et dans la tradition se trouve Tarrét prononcé contre les gnosiiques par divers conciles où la majorité des arbitres avait plus de penchant pour Âristote que pour Platon. Quelques violentes que fussent les apostrophes de R. Fludd , le P. Mersenne ne lui répliqua pas , mais il fut suppléé par deux de ses confrères , François de La Noue, et Jean Durel , qui prirent sa défense , le premier sous le nom de Flaminius^ le second sous celui û'Eusèbe de Saint-Just, Cette fameuse querelle n était pas assoupie quand, en 1651, Gassendi instruisit de nouveau le procès de la tbéosophie cabalistique, dans une épitre adressée au P. Mersenne que nous connaissons sous le iiire d'Examen p/ùloêophiœ Fluddanœ (1). Cependant , sans vouloir continuer avec le docteur anglais une querelle où il craignait sans doute de compromettre son caraclère, le P. Mersenne ne pouvait oublier que ce fanatique avait pris ses grades dans une école qui avait lancé dans le monde bien d'autres libertins : c'était le nom que les défenseurs de Torthodoxie donnaient alors à quiconque leur
(i) Gassendi Opéra, T. m.
342 ^xnxs ueksesse.
semblait incliner trop vers la doctrine de Tunité. Après avoir publié deux petits livres ascétiques , sous le litre de YAnalyêe de la f te spiriiuetle et tdage Je im Éaison , Paris , 1623 , Merseniio reprit hardimeot b plume pour conlondre Timpiéié qui, suivant lexpressioa ingénue d'Hilarion de La G)ste, « s'augmentait eo œ malheureux siècle. • Ses Quetiions sur la Genèse ne s'adressaient qu*au public lettre : pour avertir tous las fidèles, pour défendre leur conscience contre le terri* ble fléau , il entreprit de rédiger dans la langue vilgaîre un dialogue entre un théologien et un déîsie , qui parut, en 1624, chez G. Billainc, sous le titre de : T/m* pieté' des Deisiee, Athées et Libertins, eombattue et renversée, etc., etc., ia-8« (!;. Le P. Mersenne reconnaît lui-même, en plusieurs endroits de ce livre, qu*il ajoute peu de chose à ce qu*il a dit , dans ses Questions sur la Genèse, touchant lathéisme et les athées ; et , en effet , nous y retrouvons le développement des prinripaux motifs qu'il a dt^à faits valoir en faveur de la théolo|>ii.* catholi(|ue. La démonstration de lexistence de Dieu par l'hypothèse conceptuelle d*une perfi'ction absolue, y est mise en relief avec tm soin tout particulier.
Un passage très-curieux des Questions sur la G#* nèse a été suppriuK' dans pres(|ue tous le^ exemplaires livn'*s au public. Ce pass:i^e, que Xoel (.hauiït*pié a inséré dans son Nouveau Dictionnaire Historique (S),
(1) Dans ce irait»» «o trotivo un po«'ni<» rontrc l'athrisiiM». O pot'inc n*esl |>as du P. \!t*rst*iioe , uiai> du P. Nicola» titraull , niiuiinc.
(S) A rirtidc Marin Sttrs^nne.
MARIN MERSEIVNE. 343
eslunedes pins violenies imprécations que ie P. Mersenne ail proférées contre les athées : on y remarque qu*il dénonce nominativement comme coupables, ou du moins comme suspects d'athéisme , quelques écrivains de son temps qui n*ont pas tous été jugés comme tels. Si (il y a lieu de le croire) c*est Tauteur lui-même qui a corrigé ce passage , à la sollicitation de quelques amis timorés, il s'est repenti de leur avoir fait cette concession , puisqu*en deux chapitres du livre de Vlmpi^'té des Déistes il a renouvelé ses accusations en ne ménageant guères les personnes. Non seulement , en effet , il proscrit tous ces prétendus athées comme « les plus méchmis hommes que la terre porta jamais ) • Bon-seulement il les désigne collectivement par ces qualifications peu courtoises :«.... un tas de canailles, .... des brigands dont il se faut soigneusement garder , etc., etc.; > il va plus loin encore, il incrimine directement, outre Jordano Bruno et Vanini, Charron, Cardan, Machiavel, Gorlieus, Charpentier, Basso, Hill, Campanella. On peut apprécier combien grand était son zèle pour la foi consacrée , et quelle colère ranimait contre les libres docteurs. Dans le chapitre des Questions sur la Genèse reproduit par Chauffepié, nous voyons que le P. Mersenne, faisant le dénombrement de leurs complices , et appelaut sur leur tête la malédiction divine , n'en comptait pas moins de cinquante mille à Paris; il connaissait , dit-il , plusieurs maisons où l'on en eut trouvé bien une douzaine. Voilà iine statistique sans doute fabuleuse , qui devait remplir d'effroi le cœur fervent d'un cénobite : aussi nous para!t-il , durant tout le cours de sa vie , avoir gémi sur l'égarement de son siècle , et s'être préo^upé des
3ii M.UIIN MERSE!CCB.
moyens les plus propres à prévenir les eBeU d*ae propagande auducieusement subversive. On TeiileBdit s*adrcsser lour à lour aux princes, auxévéques, niagislnils , les conjurant de remettre eoire les du bourreau et les sceptiques et les athées , oo da moins de livrer aux flammes leurs coupables écrits , et de condamner à la ruine le tuii (|ui avait reçu qiieh|ve aflilié de leur confrérie. Dans les instants où sa lerresr éuiit moins ;;ran«le et sa haine moins vive, il cooTiaU les docteurs orthodoxes à une <Toisade pacifique, <ni bien il provoquait seul toute la lêi^ion de Satan , plein de conliance dans la vi«;ueur de sa dialectique , ei retranché , pensiiil-il , derrière des arguments ioeipugnables d'où il prétendait accabler les assiégeants : d*autrefois encore , revenu à des sentiments plus ritabics, il priait le Seigneur d edaîrer lui-même âmes possc'dées par res|)i il des t(*nebres, el de rétablir Tordre dans son domaine ti^oidilé par les entreprises de rimpieté.
Tour comprendre les terreurs du 1\ Mersonne vi ses ftuppniaiinii> li\|>erl»oli(]nes , il f.iut a\oir toujours piv>ent ai esprit «ju il nedlMiii^iKiil ni les sceptiques, ni les drisle>,deN xcrilahlrs ;ith «*> : intolérant a Tegnrdde toute nonveaiiie, il jii|;r:iit <'*;:il le crime i\vs hadÎMt ^ «'nninie il les noinuu* , tiui piirlaienl sans rfspt*et « à riinitaiioii de .Munlai^iir et de (liairon , des ero\an4*e» traditionnelle^ , et «ehii (le> //7;f/7//f# enlhousiasies sol lis lie iVi oie de TaiarrlM' et ili* Vaniiii. Il s'efforça lie (leiiionlrcr iiia* lis i!iis et les antres tendaient an inruM* but f't qu ils nu litaii'iil une pareille r(*probatîuo. i/<*st dans ee ileN>iiii cjnil lit smi tiaiti' de La f èriié lits scitNci s cottirv U ■» ^vvplitiuvs tt Iti Pyrrhonicmê^
MARIN BIERSENNE. 345
Paris, 1635 , in-12. li ne paratt pas que celte démoD»traiion ail semblé conclaanle , car on a souvent protesté contre les calculs erronés et calomnieux du P. Mersenne. Cependant, si nous comprenons que des philosophes raient censuré sur ce point, nous nous expliquons mal comment des théologiens se sont associés à leurs récriminations. En effet , n'est-on pas également coupable aux yeux de TEglise, quand on doute avec Pyrrhon, ou quand on affirme avec Spinosa? Disiingue-t-elie l'athéisme de l'incrédulité? A son point de vue, le P. Mersenne ne calculait donc pas aussi mal qu'on Ta voulu dire.
Quelque ardeur qu'il mit à combattre les athées et leurs proches, le P. Mersenne profitait des instants de trêve que lui laissaient ses contradicteurs et les employait à l'étude des sciences. En 1826, il publiait une traduction des principaux ouvrages de géométrie et de mathématique qui nous ont été laissés par les anciens : celte édition, imprimée a Paris par les soins de Robert £slienne,en trois volumes in-16, contient : les Eléments d'Euclide, les Coniques d* Apollonius, le traité sur la Seci^ion du Cône et du Cylindre de Serenus, les œuvres d'Archimède, les travaux sur la Sphère et la Cosmographie de Théodose , de Mënélas , et de Maurolycus , les livres de Commandino et de Luca Yalerio sur le Centre de gravité des Solides. L'année suivante, le P, Mersenne exposait quelques-unes de sesopinionssur la musique dans un écrit qui a pour titre : Traité de r Harmonie Universelle, où est contenue la musique théorique et pratique des anciens et des modernes / à Paris, 1627, in-8^ Hiceron parle en ces termes du P. Mersenne: « Ce-
346 MARIN lIERSENlfE.
lait rbomue de son siècle qui éioit en rëpuiatkMi d*avoir le meilleur cœur, le plus droit et le plus simple. Jaoïait personne fut plus curieux que lui pour pënétrer Iimu les secrets de la nature et pour porier toutesles sciences et tous les arts à leur perfection. > Guillaume Colleieit le comparant à Gassendi , célèbre aiusi les mérites da Tun et de Tautre : « Dans les sciences étemelles, Boas possédons auiourd*buy deux hommes qui savent exao* temeut tout ce qu ont sceu Eudoxe et Uippurcbus, ces deux fameux antagonistes successeurs de Ptulomëe. J entends parler du K.|P. Marin Mcrsenne,religîeux mi* nime, et PierrcGassendi,espnis qui, malgré rignoranoe du siècle, nous représentent en quelque sorte ces deux fameuses et durables colonnes animées, qui , malgré les eaux du déluge universel, conser\'ent au monde tuas les arts et toutes les sciences, où ils excellent à Vturf l'un de l'autre. » Gabriel Naudé ne parle pas de cea deux écrivains avec moins d admiration : • Marinas Mersennus et Pclrus (lassendiis, viri publico bumi* nuni bono et nobiliorum disciplinarum inrremento
nati « Tliéopliile Keynaud dcfi:iii le V, Mcrsenue:
« («urges disciplinannn omnium.. . quem posteriias cum stupore venerabitur.* (les éloges sont |)cut-étre empliathiquos : telle était crpcndant , nous dovons It* dire, lopiniun que profcssait>iii à IVgard du P. Mt*r^enue presque tous les honniits (|ui, de son tt*mps, a\ aient uu nom dans les sciences ou dans les letlivs : il s était acquis par la loyauté de son caratlere , par son érudition profonde et variée, un crédit fort étendu; on le citait dans tontes les compagnies connue un des plus doctes personnages, on le con.Nuluiii son\ent sur les qutnb* tions les plus graves que l'esprit de nouveauté mellpU
MARIN MERSEmiE. 347
à l*ordrc du jour. En 1628 , il assistait , chez le nonce du pape , à cène fameuse conférence où le professeur de Chandoux avait pris rengagement de pourfendre tous les tenants de la doctrine péripatéticienne , et où Descaries eut foccasion d'exposer pour la première fois les principes de sa méthode (i). Cette même année , Descartes partit pour la Hollande où il allait chercher, loin du monde, des divertissements et des affaires, le cahne et le silence que réclament les fortes études : il ne fit connaître à personne le lieu de sa retraite, si ce n*est au P. Mersenne qu'il établit son correspondant, ou, comme on Ta dit, son résident à Paris. C'est de Tannée suivante que date cette correspondance volumineuse et pleine d'iniérét qui a été publiée par M. Victor Cousin dans sa nouvelle édition de Descartes. On y voit que Descartes et le P. Mersenne n'osaient émettre ni Tun ni Tautre aucune proposition nouvelle , sans s être auparavant consultés , sans s'être réciproque* ment communiqué le résultat de leurs études particulières. Quelque bonne opinion que Descaries ait de lui-même , il prend rarement le ton magistral en s*adressant au P. Mersenne, lequel , de son côté, ne paratt pas se rendre toujours volontiers aux démonstrationB de son illustre interlocuteur , et lui soumet ses objections avec une entière liberté. En lisant cette correspondance, onpeut juger combien les écrits du p. Mer* senne ont été mal appréciés par certains critiques , qui le regardent comme ayant plutôt publié les opinions d'autrui que les siennes : il est plus vrai de dire que le P. Mersenne a consciencieusement abordd
(0 Yhde Deseartei , liv. u. cliap, xtr.
348 BURm BIERSENXE.
lous les problèmes , et que s*ii a quelquefois reproduit des observations scieniiûques déjà émises par Mydorge» Roberral et d*autres , c'est quelles lui ont semblé coq* firmer tel ou tel point de son système personnel. Il faut savoir d'ailleurs qu a celte époque on travaillait pour ainsi dire en commun : avant de livrer un écrit à Timpression , on le lisait d'abord devant divers comités , on sollicitait les objections, et Ion en tenait compte ; chacun des experts entendus en consultation contribuait ainsi , pour sa part , à l'ouvrage qui devait ensuite voir le jour sous le nom et la responsabilité d'un seul auteur. Outre ces lectures et les discussions qu'elles provoquaient, il existait entre les savants un honorable échanp;e de renseignements. Entre ceux-là surtout qui appartenaient ù la même école, ces commiuications étaient régulières et très-fréquentes. Il nous est resté quelques-unes de leurs correspondances; on peut y voir avec quelle modestie on s'empressait alors de confier à un ami la découverte la plus importante, la solution du problème rt'puté le plus difficile. Il n y a dune pas lieu de s*<''lonnor quand on Toil les mêmes faits consignés dans divers écrits publiés a la même date : ces emprunts mutuels étaient autorisés par les mœurs littéraires de IVpoque, qui certes valaient bieu les nôtres, et nous ne siuirions pas toujours déterminer exacioment à qui doit revenir lo ménie de telle découverte dans le vaste dumaine de l'analyse expérimentale, lorsque nous voyons di\ers contemporains transmettre les mêmes observations , prouver ou afiiriner rexistence des mêmes pliénomènes. En ce qui regaide le P. Merseime , il a été le coDildent de tout le monde , et aucun de ses correspon •
MARIN MERSËNNE. 349
danls assidus ne lui a reproché quelque indélicatesse. Il pouvait cependant commettre à son profit bien des détournements , mais les témoignages d*estime qu*il a reçus durant tout le cours de sa vie , de tant dliommes éminents dans les sciences, prouve la confiance que chacun d'eux avait placée dans sa loyauté.
Vers la fin de Tannée 1629, le P. Mersennealla visiter Descartes dans sa retraite : dans les premiers mois de Tannée suivante, il parcourut les provinces catholiques des Pays-Bas. A Anvers , il trouva certains orthodoxes fervents et pauvres d'esprit , qui lui firent un crime d*avoir eu quelque commerce avec des docteurs hérétiques durant son voyage en Hollande , et d'avoir profané par cet impur contact la robe de saint François. Il raconta celle disgrâce à Descaries, qui lui répondit : • Pour votre fortune d'Anvers , je ne la trouve pas tant à plaindre , et je crois qu'il est mieux que la chose se soit passée ainsi , que si Ton eût su longtemps après que vous étiez venu en ces quartiei^ , comme il étoii malaisé qu'on ne le sut (i). » Descartes ne s'alarmait pas beaucoup , comme on le voit , des méchants propos tenus contre le P. Mersenne : celui-ci paraît en avoir été sérieusement affecté. D'Anvers il se dirigea sur Liège , puis il alla prendre les eaux de Spa; ayant ensuite parcouru les provinces du Bas-Rhin , il revint à Paris , au couvent de la place Royale , vers le mois d'octobre.
A dater de cette époque , sa correspondance avec son illustre ami fut des plus régulières. Descartes avait
(1) Lettres de Descarus* T. I. p. 176.
350 MÀRUf MERSEKICE.
imposé à son amilié un emploi diOBcile^eo le choisi pour son chargé d affaires à Paris : le bon Père qàk aTait à cœur de bien remplir son mandat, se fil un maoYais parii près de ccriaines gens , à cause du lèie qai oût à servir les inlérèls de Descaries et à le défendre ses envieux. Alors même qu*il était libre de toute trarîclé , c*était pour lui une occupaiîon laborieue qoe celle d'entretenir un commerce épistolaire avec un fihê losophe toiyours inquiet , souvent mal coniDMKle, qui lai communiquait la plupart do ses doulcs et rinterro{:eait sur les matières les plusdélicaies- Cependant le P. Mersenne trouva le loisir de prendre soin des intérêts de Descaries , de répondis à ses lettres, de lui fouryir ks renseignements qu'il lui demandait, de correspundre avec la plupart des illustres personnages de son lempt , en France, en Allemagne , dans les Pays-bas , en Italie» et, en outre, de li*availler pour son propre compte à des ouvrages considérables. Dans l'année 1634, il mil an jour cinq traités sur divers sujets, ()ui ne si^nt, il esi vrai, ni fort étendus, ni fort iinpoitanis. ix* sont des petits livres dont Tobjet paniit uvuir été d'inUier le profane vulgaire à de récentes derou\eru*s, et a la fois de poser aux savants quelques questions digncb de les occuper.
Le premier de ces traités dont nous parlons a pour {ïilViQuesttoNM Imniyrft, ou litirtatiun dut $^ uvtiPtiê; Palis, J. Villery, !(>. .'i, iii-S" ^l\ Clés (^utsi:t»ttMK'%>u^ cernent la physique , la mécanique , la diopuiipio , l'as* tronomie , la géométrie et quelque peu la philosophie.
(1) Kl non pas m-t» . «ommo l'a cru le P. .Nicoritt. //iMumcj
MAKm IIERSENNE. 351
Elles sont plus souvent naïves que profondes. De ces questions, la dix-huitième nous paraît être la plus intéressante : le P. Mersenne avoue, dans ce chapitre, qu*il u*y n pas d'argument supérieur aux objections du scepticisme contre les hypothèses de la physique et les axiomes mathématiques ; Thomme , dit-il , ne peut affirmer qu'il connaît absolument les lois qui régissent le monde , ou même que les phénomènes naturels lui ap^ paraissent tels qu'ils sont en réalité ; la vérité est en Dieu seul ; peut-être l'esprit de Thomme est-il abusé par des illusions. Comment le docte Père nVt-il pas vu que cette concession faite à la critique pynlionicnne compromettait fort sa thèse de l'être souverainement parfait? — Nous avons peu de chose à dire des Questions Ilarfnontques du P. Mei*senne , publiées à la même date et chez le même libraire que les Questions Ittouyes. L'auteur se demande si la musique est agréable , ou si elle ne l'est pas ; si elle est ou n'est pas une science; si le jugement des hommes du métier sur une composition musicale est ou n'est pas préférable au jugement du public, etc., etc., et il traite ces diverses questions coniradictoirement , présentant tour à tour les raisons des partisans et celles des détracteurs de l'art musical. Les unes et les autres sont ingénieuses; le P. Mersenne fait parler d'une façon fort divertissante les divers interlocuteurs qu'il met en scène, il leur prête une érudition de détail dont ils font emploi avec beaucoup d'esprit. Nous ne voulons pas cependant lui attribuer lou*. le mérite de ces plaidoieries , car il a intégralement inséré dans son recueil le Discours sceptique sur la Musique de Lamoihe Le Vayer, qui était encore inédit. — Outre les Questiotis Jlarmoni"
352 MAliLN M£RSEXNË.
ques, le P. Mereeuoc publia, en celle année 165&, autre iraiié sur la musique , sous le tilre de : L^s Pré' ludes de r Harmonie Universelle; Paris, H. Guenon, in-8*. Ce Iraîlé u a pas beaucoup d'iulérét : nous nous inquiétons médiocrenieni de savoir si, par l*asirologie judiciaire , on peut prévoir la naissance procbaine d*un grand musicien ; si le tempérament d un grand musicien doit être sanguin , bilieux ou flegmatique : or, ce sonl lu les questions principales discutées dans les Préludes de fHarmofiie Universelle, Le P. Mersenne, comme Font remarqué tous les écrivains qui ont parlé de lui , inierrogeaii plus souvent qu'il n*uflirmaii : quand il était arrêté dans ses éludes par quelque problème dont la démonstraliou lui échappait , il avait b&te de le noter et de soumetlro le cas à des savants de ses amis; quand il n était pas satisfait de leurs réponses , il s'adressait publiquement à tous les hommes compétents. C est dans celte disposition d*esprii qu*il rédigea ses petits livres de (luesiions. H nous reste à dire un mot de ses Questions Thcologiqnes, Physiques, Morales ci Matiu'matiquvf; P;l^i^, 11. Guenon, 1G34 , in-S". l/auleur nous priMciii (|iie nous trouverons dans son livre • du coiiuiitrniem , ou do l'exercice; • en ce qui icganli' Wjtrrice, ia phiparl des diflicullés qu'il propose oui vW ivsulues avec l'aiilo d'autres méthodes que la siruue , si < e u'ot ecile de la quadrature du cercle : pour le cuntintimtnt, son êerit, avouons-le, nous eu a peu procuré. — Il publiait encore, en 1656, chez lleuri Guenon , une traduction dt^ Mécaniques de Galilve, H pe^>ail beaucoup de hifu deGalilée : au fond de sa conscience, il n'claii pas moins courroucé que Dcscaites contre la sentence de finqui*
MARIN M£RS£NN£. 3ô3
siiioD qui l'avait condamné à désavouer une opiniop que la plupart des géomètres et des astronomes transalpins regardaient comme bien fondée ; mais il témoignait avec beaucoup de réserve son assentiment au système de l'illustre proscrit. Par son conseil , Descaries s était abstenu de protester contre le décret du Saint-Ollice : il se fut bien gardé d'avoir moins de prudence, mais il pouvait, sans offenser les juges de Galilée , le louer comme habile ingénieur.
Le p. Mersenne préparait depuis longtemps un grand ouvrage sur la musique. Doué d'un esprit vaste ei curieux, il avait abordé tour à tour diverses parties de la science , et s'était efforcé de résoudre des questions très-variées , mais son étude préférée avait toujours été la musique. A la siupéfactiou des théologiens qui conservaient le culte des traditions, il avait inséré dans SCS Questions sur la Genèse de fort longues dissertations sur le chant, le rythme, la mesure et la langue musicale : il avait toujours eu à cœur de développer les idées nouvelles émises par lui dans cet ouvrage, et Ton peut voir dans sa correspondance avec Descartes , que c'était là une de ses premières préoccupations. En 1636, il publia le résultat de ses études et de ses expériences en un fort volume in-folio, dont voici le litre ; F. M. Mcrscnm /Iarmontcaru?n /ibri; Lutetias, Guil. Baudry. Cet ouvrage , qui est le développement des idées déjà émises par Mersenne, en 1627, dans un petit 7rai/<?' de rhartnonie Universelle , est divisé en deux parties bien distinctes : dans la première, fauteur discute copieusement les diverses questions qui peuvent être posées sur la nature des sons, les consounanros , les
dissonances, les modes, les geines, le cliant et la
954 MARIN MEESENό.
composition musicale ; la seconde partie est un traité fort intéressant sur les instruments harmoniques (f ). Si le P. Mersenne n a pas toujours été jur;é avec bienveillance par ses biographes^ s*ils1uiont plusd*uoe fois contesté le mérite de ses propres œuvres |>oiir i^outer à la gloire d*auirui , ils ont reconnu que ses di couvertes dans Tart musical lui assignaient une pla<e honorable parmi les illustres iiiveuirurs du XVII* siècle. Il avait démontré la résoiinance da corps sonore longtemps avant que Kamea ut^ùt édifié sur Tobbcrvation de ce phénomène son fameux système de la basse fondamentale. C est au sujet de ses doctes travaux sur la musique que Lamothe Le Vayer lui écri* vait : • Je reconnois que vous avez eu des penst'cs si relevées que l'antiquité ne nous en fournit point de pareilles... Vos profondes rt^flexions sur cette charmante partie des mathématiques ne laissent aucune espérance d*y pouvoir rien adjouster à Tavenir, comme elles ont surpassé de bi*aucoiip tout ce que les siècK-s passez nous en avoieni donné (2)... • Une tr.idnciiDn en français du traité (lui a pour titre llarmonicorum Libri XII, parut à Paris en deux volumes in-fol., la
(r> C/csl sans doiito an snjt'l «li* co Ii\n\ (jn'il t-crixait j Gasseudi, au uioihde il<ceinl>re tlo rjunt'c 165'» :
• Nuslra ulia llaiiiiODk'a p;inris ahliino diflms |>r.iliiin flTugiontia, si lanliiluni tihi a ^rj\ioMl)Ub im** uiuiinnitHis niint^ii (ttiuui, invis4*s : in f)nil>ns, si n<»n «>nini:i. al i*u vi)t< m qui- r^rjni rt|M*rii stiniiiN anuno (u(» |»l.i( ittii.i (.(iiiliWo. t ( iii ^\\, ;iu< iiir«*ii» ft libniniluos halx's. ut«)iH' .-kIco (iIm iiiriiiM]iii' iii.alnii im i[tviux,.ti« rani iucumlHTt* ro|{iiato. ut illius nti-vos quosi iiiit(|iit> f'ii.ii t>ota«t*ris unguii'uli ra tio iult-r 1<'^imi«1uiii iiH'Ui'n riii. «!i' \\^Jt^ \\ ni> >al- U*ni nos opportune nionras. «piitMi^ ntMnfH' adiliiu n^i\o (nlio te prrscritH'nttf niedirinani uluinam ra4Maniii<«. •
Cette lettre setrou\edau!ile.sOEu\rc6de 4jasM.*udi«t. \i, p. A-^},
(t) UUarion de la Co»tc , p. 49.
même année que rouvrage latin. Celle traduciion est du P. Mersenne; elle est inlilulée : VHartnonie Uni-verge lie, contenant la Théorie et la Pratique de la Mti^ique, On rencontre dans l'ouvrage français des additions considérables.
De graves différends s'élevèrent, durant les années 1637 et 16;i8, entre Descaries et Fermât. Fermât contes* lait certaines propositions de la Dioptrîque de Descaries, et signalait des lacunes dans sa Géométrie : il en écrivit au P. Mersenne, qui communiqua ses lettres a Descarlcs, lequel fit parvenir à son résident ses réponses aux objections de Fermai. Cet échange de notes devint bieniôl une grande querelle qui occupa tous les savants; les uns prirent pani pour Fermai, les autres pour Dt'scaries. Lo P. Mersenne voulut demeurer neutre. Des arbitres furent nommés, mais ils ne s'entendirent pas davantage. Suivant Montucla, Descartes avait tort sur quelques points, et Fermât sur quelques autres. L'iniervention du P. Mersenne réconcilia les deux adversaires, au moment où ils paraissaient le plus animés. On peut lire quelques pièces de ce procès dans les Lettres de Descartes (1). A quelqui; temps de là, ce fut le P. Mersenne qui provoqua lui-même une nonvelle controverse entre les géomètres les plus accrédités. Il s'agit ici d'un problème qui a beaucoup occupé les savanis, et sur lequel ont été écrits de très -gros livres ; on nous periueiira d'accorder la parole sur cette question, qui nous est peu familière, à un docte historien que nous avons déjà plus dune fois consulté au sujet du P. Mei*senne. Ainsi s'exprime Montucla : « Parmi
(t) (JEavrcê de Descarlcs , nouY. éUit. T. TI.
oG 3IAKLN ::EHSE.\.Nf:.
les objcis particuliers lie recherche qui ont exercé les géouièlres dans divers leiups, il en esl peu qui aient eu autanl de célébrité que la cycloIJe. Ses propriétés nombreuseset lout-à-faii remarquables la lui niériteraieDt seules, mais elle la doit encore à d autres c:iuses. Semblable à la pomme de discorde, celle courbe ue fut pas plutôt connue des géomètres, qu'elle excita des débats parmi eux, et , par une sorte de fatalité, presque toutes les découvertes faites sur son sujet ont donné iiaiss;ince à quelques contestations sur rhonneur de les avoir faites La cycloide est une courbe dont la génération est facile à concevoir. Qu'on imagine un cercle qui roule sur une ligne droite et dans le même plan, taudis qu*un point pris sur sa circonférence laisse une trace sur ceplan.Xousavons tous lesjours sous les yeux (*es exemples de celle généraiion.I^cloud*uneroue(|uiroide sur un plan, déoriten Tair uuecourbe qui serait uneryrioîde parfaite, si cette roue et la ligne à laquelle elle s*a|»plique étaient un cercle et une ligne mathématique. Un la nomma d*abord trocho'ide, nom que quel(|ues géomètres changèrent en celui de roulette^ on lui a t nsuite donné le nom de cycluïde,(|uV!le a runMi vi»... Le P. Mcrsenne l'avait, dit-on, lemarquéc dès Tannée 1GI5, en conleniplant le niouvenieiil d'uii«* ii»ue (I). • Comment celle obser\aiion , ({ui paraît (riuie granité siinplicilé, n*avail-elle élé laile, ni par les j;«onieires anciens, ni par lesniudeiiies, avant le P. .MtiMniie? Ou ne S(* lexplique pas, niaiscVsl iiic(>iih'>ii'. Le I*. M»'isenne, a\ai)t, en KriiS, l'ail la coiinaissanii* de Kolierval, lui piopos;! ce piobléme a résoudre. Lclui-ii con-
(I) Moolucla, Uiu, dct Muthmnatiqius, t. il, p. ô2 cl Miiv.
fessa ne le pouvoir ; il y réussit nfieiw en 1634, elle P. Merscnue eut Toccasion de publier, en 1636, dans son Harmonie Umverâelle , la démonstration de Roberval sur les cyoloïdes de toute espèce. On a coutume d'attribuer à ce père l'invention de la cycloïde ; s'il n'en est pas précisément l'inventeur, puisqu'en cette affaire le principal mérite est dans la démonstration, il est probable toutefois que sans lui Roberval ne l'eût pas trouvée : il fi\ui d'ailleurs lui tenir compte des démarches non)breuses qu'il fit pour l'accréditer, des lettres qu'il écrivit à Descartes, à Fermât, à Galilée, les invitant à résoudre de nouveau, dans leur particulier, le même problème ou ses corollaires. S'il faut en croire Pascal, Descartes, envieux du succès de Roberval, n'approuva pas sa démonsti*aiion, et en proposa une moins saiisfaisanle. Suivant Monlucla, la méthode proposée par Descaries pour rendre raison de la cycloïde et de ses tangentes, est très-supérieure à celle de Roberval. Il y eut sur la valeur de ces deux méthodes des contestations assez vives. Le P. Mersenne,qui plaçait toujours l'intérêt de la science avant l'amour-propre de ses amis, contribua beaucoup pour sa part à exciter la controverse. Baillet, dans sa Fie de Descartes, fait à chacun des géomètres qui ont pris la parole sur celle quesiion, une part assez équitable. Le P. Mersenne a le premier obsené la ligne qui u été l'objet de ces débats animés et lui a donné le nom de roulette; Roberval en a mesuré l'espace; Descartes en a trouvé la tangente ; après quoi , Roberval en a déterminé les plans et les solides y Wren a mesuré la ligne courbe de la cycloïde et ses parties; Pascal est venu ensuite, qui a découvert le centre de gravité des
358 MARIN MERSEIfNE.
solides de la lip^ne et de ses punies, tant autour de la base qu'autour de Taxe, le centre de la ligne et des surfaces , et la dimension de toutes les lignes courbes des roulettes allongées ou rac(?ourcies.
Voilà,en peu de mois, loiiie la généalogie de ce problème, qui a éio la niaiièn; des plus laborieuses études et des plus iinporianios déniunsirations. Ce fut une affaire très-grave pour le 1\ Mersenne,qued*avoirniis aux prises tant de doctes personnages ; elle lui causa beaucoup de contrariétés et d embarras. On a souvent censuré rexiréme susceptibilité des philosophes : qre n*aurait-on pas eu à dire de celle des géomètres '/Cependant il y eut quelque trêve entre les parties belligérantes, après la réconciliation de Desraries et de Roberval. Le P. Mersenne profita de ce loisir pour visiter quelques provinces de France et d*Italie. £n arrivant à Paris, vers le mois de juin de Tannée IGâO, il sul que MM. de la Compagnie de Jésus, lrès-clairvoyan!s en matière d*orlhodoxie, avaient résolu de manifester le peu de confiance qu'ils accordaient à la méthode de Descaries, cl d(^ combattrt' publiquement certaines assertions des Ksgai< , qui leur senil)laienl contredire les axiomes de la foi. Va\ elfet, un des beaux esprits «le la société donna rende/.-voiiN aii\ amis de M. Descartes pour le oO juin : la dispute eut lieu et dura deux jours. Ce fut le P. Mersenne qui plaida la cause de son ami. Nous ne savons à qui le public décerna la victoire : nous apprenons seulement que Descartes s'emporta contre les Jésuites à la nouvelle de l(Mird<''claraiion de guerre, et qu'il leur re|>roclia fort amèrement de lui avoir imputé des o|)inions(pril n'a>ait pas. Le P. Mersenne, qui était mal porté à l'égard de la dogmatique péripateti-
cîennede rUniversiié de Coimbre, commentée danslous les collèges de la Compagnie de Jésus , se garda bien dVxcuser devant Desraries ses léméraires coniradic* leurs ; loin de là , il ne lui écrivit que pour l'exciter davaniage contre eux, lui disant que Theure était venue de sacrifier à la Vérité, et de confondre les sophistes de l'école. Dans le même temps, le protestant Voëtius, ou Voël , que Descartes qualifie « le plus franc pédant de la terre , • s eflbrçait de persuader au P. Mersenne que Descaries était lombé dans les plus coupables égaremenis ; que sa philosophie nouvelle reposait sur des prémisses favorables aux thèses profanes de Paracelse et de Vanini. Il y avait quelque vérité dans les dires de Yoëlius, mais ou il ne sut pas faire valoir sa démonstration, ou elle ne parut pas saiisfaisanle au P. Mersenne, car il ne pui le convaincre. Telle était cependant la sincérité de ce Père, qu'il prêta volontiers l'oreille aux discours d'un luthérien qui avait demandé à l'entreienir dans l'intérêt de la vérité, alors môme qu'il devait entendre de sa bouche les plus viohnies invec? lives contre l'homme qu'il aimait et considérait le plus (1)! On rencontre peu d'arbitres aussi intègres, aussi désintéressés. Descaries, qui ne paraît pas lai avoir su mauvais gré d'avoir accueilli les ouvertures de Voëiius, lui envoya bientôt le manuscrit de ses Méditation», Comme il n'avait pas une médiocre confiance dans le mérite de ses œuvres, il espérait que le succès de ce livre ébranlerait fort le crédit de la méUipbysique scolastique : « Entre nous, écrivait-il au P. Mersennei ces Méditations contiennent tous les fondements de
(1) rie di DescarUi. T: 2. p. Ct.
360 JfARIN MERSENTfE.
ma physique, mais il ne fani pas le dire s'il tous pbtt; car ceux qui ravorisent Arisioie, feraient peul-élre plus de difficulté de les approuver. J*espère que ceux qui les lironl , s*accouiumeront insensiblenieot à mes principes, et qu'ils en reconnoliront la vérité avant que de s apercevoir qu*iis détruisent ceux d*Arîstole. • Ce stratagème était habile, il réussit ; et la méthode cartésienne est aujourd'hui i*ecommandée par les maîtres de Torthodoxie , qui ont peu à pou |)erdu le souvenir des catégories péripatéticiennes. Mais quand on s'éloigne d'Aristote, on rencontre Platon ; et Platoo marche suivi do disciples dont le commerce est compromettant: c'est là sans doute ce que Yoëtius avait écrit au P. Mersenne, et ce qu'il n'avait su lui faire entendre. Comment l'esprit de ce bon Père n'eut-il pas été rebelle à cette démonstration, quand l'exemple de Spi- Dosa n'apprit pas même à Malebranchc qu'il sciait engagé dans une voie :\ laquelle il n'y avait pas d'autre issue que la doctrine de l'unité?
En faisant panenir au P. Merscnne le manuscrit de ses Meditaitonjt y Dcscartos l'avait invité à solliriter partout des objections , et àd«''fKT tous les contradicteurs. Ce défi éuiit arrogant , maison ne reprooliera pas à Descartes d'avoir eu cette confiance en luimême ; il était du petit nombre des hommes ;ni\quels il est permis de n èln» pas mo(h'sies. Une t<*lle mission convenait au P. Merscnne; il la n^mplii ionsciencieusement , et , |)ar ses soins , Dcscartes eut l)i(*ntôt à se défendre coiitie des adversaires dignes de lui : nous citerons llobbes, Arnauld et Gassendi II se rencontra quelques théologiens auxquels les déinunstiaiions du philosophe semblèrent ou téinéraire;» , on
MARm MERSENKE. 361
insulfîsantes , qui eurent des doutes , des scrupules , mais qui n'osèrent pas se commettre ouvertement avec un dialecticien aussi redouté que l'était Descartes , avec un interlocuteur aussi fâcheux à legard de ses adver* saires. Cependant , par zèle pour la vérité , ils crurent devoir exposer leur sentiment sur les Méditations : ils vinrent donc trouver le P. Mersenneet le prièrent d'être leur interprète. C'est en leur nom que celui-ci rédigea les deuxièmes et les sixièmes objections. Descartes répondit fort pertinemment à tous ses contradicteurs, et ceux mômes qu'il ne réussit pas à convaincre proclamèrent en public la supériorité de son esprit- Quand toutes les pièces de celte polémique furent entre ses mains , le P. Mersenne fil imprimer à Paris le manuscrit des Méditations ^ avec les objections et les réponses. A\ant de se déclarer ouveriement pour la méthode cartésienne , il avait allendu celle grande épreuve : estimant alors que Descaries avait confondu ses inlerlocuieurs, et que désormais sa doctrine reposait sur des bases qu'aucun effort ne pourrait ébranler , il écrivit à Voëlius :
c Monsieur,
> Je commençois depuis quelque temps à croire que vous aviez mis bas les armes , et que vous vous étiez entièrement di'fait de cet es[)rit contentieux que vous Icmoigniez avoir contre M. Descaries , comme ayant perdu tout à fait l'espoir de rien objecter contre sa philosophie ; sur ce que m'ayanl donné conseil et excité à prendre l&^lome pour écrire contre celle nouvelle doctrine , je voyois nemmoins qu'après une aUenle d'un an , ni vous ni vos amis de qui vous m'aviez aussi promis le secours ne m'aviez rien envoyé pour joindre à ce que je pourrois moi-même opposer à
362 BfAKm HERSElflfE.
rencontre. Mais ayant oui dire depuis peu que tous a?iex denelo de composer un livre entier pour combattre de toutes tos forces cette nouvelle façon de philosopher , et que ?ous promettiez que dans peu on me vcrroit aussi m'élevcr contre elle , J*ai cm qu'il étoit de mon devoir de vous avertir de ce que je pense là dessus , et môme de ce que j'ai toujours pensé de cette philosophie.
» Premièrement donc , après avoir lu plusieurs fois ( suivant l*avis de Tauteur ) les six Méditations qu'il a écrites touchant It première philosophie , je lui proposai ces objections qu'il a mises au second rang ( ce qui soit dit s*il vous plaît entre nous , car il ne sait pas d'où elles lui viennent ) auxquelles j'ai encore depuis peu ajouté les sixièmes , à quoi il a fait la réponse que vous avei maintenant entre les mains; ce qui m'a ravi en admiration de voir qu'un homme qui n'a point étudié eu théologie y ait répondu si pertinemment. Ce que considérant en moi-mème, et relUantde nouveau ses six Méditations et les réponses qu'il a faites aux quatrièmes objections qui sont très-subtiles , j'ai cru que Oies avoit mis en ce grand homme une lumière toute particulière...
* Secondement, je vois que dans toutes ses réponses son «sprit se soutient si bien , et qu'il est si ferme sur ses principes , et , de plus , qu'il est si chrétien , et qu'il inspire si doucement Tanioiir de Dieu , que je ne puis me persuader que cette philosophie^ ne tourne un jour au bien et à l'ornement de la vraie religion (1) »
Descaries, qui avait provoque le P. Mersennc à écriie celte lelli e , ne pouvait aiieiuire de lui iitie déclaration dont les leiines fussent plus à son avantage. Avant de s'engager , Mersenne avait pris conseil d'Arnauld , et il est d ailleuis probable qu'il avait obtenu lapprobalioii des digniiaiies de son ordre. Cette profession de foi doit donc être considérée comme un fait
(i) (Jtuvrci de Ducarics^ Doav. édit, l, ix, p. 8i.
HARUf MERSEimE. 363
bîsiorique de quelque imporiance : elle assurait à Descaries qu'il avaii déjà , daus l'église , un parii puissant.
Dans les derniers mois de Tannée 1641 , le P. Mersenne fit un nouveau voyage en Italie. Il ny séjourna pas longtemps : son absence était une cause d'embarras pour ses nombreux amis. Cependant aucune affaire pressée ne l'appelait alors à Paris. C'est la Hollande qui fut, durant les années 1662 et 1643, le principal théâtre de l'agitation provoquée par la propagande cartésienne : le P. Mcrsenne , sans être indilTércnt à l'issue de ces contestations, qui avaient pour objet une cause devenue la sienne, n'intervint pas cependant dans le débat. Lorsquen 1644 Descartes, quittant sa retraite j vint à Paris jouir de sa gloire et remercier les amis qui l'avaient si bien servi , il n'eut rien de plus pressé que d'aller aux Minimes de la place Royale, témoigner au P. Mersenne le contentement qu'il avait de le revoir. Il le trouva s occupant d'envoyer dans les provinces quelques exemplaires des Principes de la Philosophie de M. Descaries, qui venaient de sortir des presses de Louis Ekevier. Ce n'était pas là toutefois la seule affaire qui , dans ce moment , intéressait le révérend père. Il faisait imprimer un recueil de dissertations sur quelques problèmes de physique et de mathématiques qui furent publiées, en cette année 1644, sous le titre de : Marini Merscnni, Minimi, Cogitata Physico-Mailiematica ; Varisiis, Ant. Berihier, en un volume in-4''. Ce volume se compose de six traités particuliers sur les mesures , les poids, les monnaies, des Hébreux, des Grecs et des Romains, sur les phénomènes hydraulico-pneumati-
36i UKîijy
il*lb«
qiios, sur Part iianiique, sur la musique tbëoriqoi' et pratique , sur la niccaiiitiue , el sur les phénooieoe» ballistiques. On ne lil plus guère de nos jours ces monographies diiïuses qui ont ëté| dans une autre époque, étudiées avec profit. Montucla, qui parali en avoir pris quelque connaissance , parle en res termes des écrits du V, Jlersenne qui ont pour objet b-s sciences physiques ei uiathénKiiiques:cVst, dit-il, • un oct'an d'observations de toute espèce, parmi U*s<|uellt s il y en a un grand nondjre d'assez puériles 1^1. • Tu j»iur pcul-éire, Irjle diVou\ crie enfuuic sons» cet ania% de déniunstrations frivoles sera picuscnient (*\hiun«*e par quchpie ddcle invesiijjalcur , et le nom du P. Mcrscnne , que le XVI 1" sicclc associait à ceu\ de iiiiUlfO ^ de Gassendi et de Di^scaries, s<»ra glorifié de nouveau î Nous n'exprimons qu*uu vœu , car il ne nous apparlient pas de nous inscriiv contre la sentence p*)rit^ par Montucla ; c'est un arbitre dont rautoritê est p^mr nous irrécusable.
Le r. MtTMMine donna encore, en lC»Vi, une n »uvolle édition de s(»n recueil de> anciens nialli(>niaeirn>, sons le titre de : / iitrcrsœ (ivotnctritr mixtœti^e Mtithemattrœ Synopsis-, Parisii^, Ant. berthitr, in-i*. Nous n'avons pu nous pmctner rediiimi iii-lG , n}ai> si le V. Xiceinii a e\an«Miienl il.nini' le eaialn^ur* il»»* pièces (jnelle contient , Mers«'nne a inséré d;iiiN l'etlition in-V* qiiel«|Ues nou\eati\ iipns<Milei ; enlr*auire>, \\\\ trait*' sur le> Se*lions(!«»!iif|ne>de Mvilor-^*' . l't un miMUoire sur les Hetr.iciionN du prt»fi*>M'ur J.-b. .Mt*rin. On trouve , en otilre, dans ce recueil, deu\ libres sur la
't ) //i«f. i/ci Miith matitjnei t. II.
mahln mersenne. 365
Mécanique et sept sur TOpiique y qui sont l'ouvrage personnel du P. Mersenne. L'impression de ces deux volumes terminée , dans les derniers jours du mois d'octobre, Mersenne se remit en route pour l'halie. C'était le quatrième voyage qu'il faisait au-delà des Alpes: il ne revint à Paris que vers le mois de juillet de Tannée 16i^5, pour prendre part à de nouveaux délats sur la méthode cartésienne. Un jésuite de Flandre , le P. Grégoire de Saint-Vincent, ayant soutenu que la quadrature du cercle n'est pus introuvable , ainsi que Descartes lavait avancé , Robcrval et le P. Mersenne se chargèrent de lui répondre. Cette , double répartie amena une réplique où le P. Mersenne ne fut pas ménagé. Vers le même temps, il reçut une lettre du socinien Florianus Crusius, qui , ayant le dessein d'écrire un livre contre les athées, lui demandait quelques avis. Nous avons la réponse du P. Mersenne à cette lettre de Crusius; elle est trop curieuse pour que nous hésitions à la reproduit e, au moins en partie :
Paris , 13 Dovcrobre 1645.
« J'ai cru qu'il éloit nécessaire de vous avertir que vous ne ciovcz point donner votre lenis à raniasser de ça de là plusieurs raisons , mais vous aUacher seulement à une preuve qui soit demoublralive s'il est possible , et qui convainque tous les lecteurs. Pour cela, il faut commencer par quelques déOnitions et par quelques axiùmes que personne ne puisse nier raisonnablement , et dont vous concluiez ensuite qu'il y a un Dieu. Voyez donc quel axiome vous pourrez établir. Cela est beaucoup plus difficile peul-élre que vous ne pensez. Car si vous dites : « Pélre indépendant est Dieu ; • ou : < rien de uni ne peut être indépendant, * plusieurs vous le nieront. Nos géomètres croient que le soleil et
366 HAlUIf MERSCNHE.
les autres choses poaiToieDt exister d^eUes-mèmes, q«olqi*cilM De fussent ni plus grandes ni plus parfoiles qu'elles le sont présentement , ou que pour le moins la ma&ime que j*ai marquée ne peut pas passer pour une notion commune , de sorte qulbcoacoivent que le soleil est tel de sa nature, sans commencemeot oq éternel , aussi bien que nous le concerons de Dieu Outre eelâ y ayant du mal et du non-ètre , ils ne comprennent pis commeaC Dieu peut exister , car comme un corps intini exclut loot autre corps , ainsi un être inGui exclut tout autre être ou non-étre , et néanmoins nous disons qu'il y a des maux et des êtres partka« tiers. Quand vous direz : « Dieu est on possible ou impossible : s'il est possible , il existe déjà ; s'il est impossible . qu'on nooi montre la contradiction,» ils vous diront qu'ils ne savent s*il implique contradiction ou non, que cela ne se peut pas démontrer. X'ai voulu vous avertir de toutes ces choses , afin que tous ne travailliez pas inutilement. Ces messieurs croient néanmoins par la fbi que Dieu existe , car ils sont chrétiens, mais ils confessent et assurent que par la raison ils n'en peuvent être persmdéi oo vaincus (i). >
Celte leiire est une preuve éclatimle de la grande loyauté du P. Merscnnc. En eflei, la misun founilielle un seul arguinenl en faveur de rcxisienoe de Dieu qui niérile un examen sérieuv? Il en est un, à notre sens, qui a qut'l*|ue poids; c'est eelui que le P. M«*rsenne a rerouiniandê de préfiTence dans ses Queiftioui Jtur la Genèse et dans son livre de IVwpieté dei Dehte», Eh bienî alors même que eel arî;ument a obtenu rad!i<*siun de Descartes, le P. Mitseiuie n*ose plus le donner comme supérieur à toute
(Il L'original de cette lettre est en latin ; elle a été irt luite |>ar B;iylc Nous la trouvons d;ins Ui licpomet ans qiàeuicns d'un iVo-> lincial. Part, m., ch. 15.
MARIN MEESEIfIfE. 367
objeciion; les géomètres oni ébranlé la con6aDcequ*îi avait accordée aux démonstralions syllogisiiques , il est tout près de reconnaître avec eux que fidée de Dieu réside dans la foi. Cette confession devait être recueillie par Bayle, elle était une des meilleures preuves qu'il put fournir de Timpuissance de la raison , et l'on sait que Bayle avait, comme le P. Mersenne, demandé la vérité à toutes les sciences, avant de chercber un refuge dans le mysticisme.
Hilariou de La Coste et A. Baillet (1) parlent d*un cinquième voyage du P. Mersenne en Italie, qui eut lieu dans Tannée 1666 : au mois de septembre de cette année jl était de retour à Paris, et provoquait une nouvelle conirovei*se entre » oberval et Desc^rtes. Il apprit vers ce temps la mort d'un de ses meilleurs amis, J.-F. Niceron , religieux minime, qui laissait inachevé un travail remai^quable sur loptique. Il se chargea de terminer cet ouvrage , mais ses affaires personnelles ne lui permirent pas de s'acquitter de cette commission, qui fut plus tard confiée à Roberval. En 1647, il publia le dernier de ses opuscules sous ce litre : I^^ovarutn Obiervatianum Physico- Mathemaiicarum , iomuê ni/ Parisiis, Ant. Berihier, in-4^ Il avait joint à ses propres observations une nouvelle édition du livre d'Aristarque de Samos sur le système du monde, avec des notes de Roberval. Vers la fin du mois d'août de cette année , il tomba malade : le chirurgien qui fut appelé pour lui donner des soins , lui ayant coupé une artère en le saignant , sa santé déjà chancelante fut sérieusement compromise par
(i) vu di DtMurUi, deoxième partie, p. S86.
celte maladresse. Il put cependant , avant de mourir , assister comme témoin officiel à une scène qui dut lui causer une bien douce émotion. Nous voulons parler de Tentrevue de Descaries et de Gassendi , ei de la réconciliation de ces deux philosophes. Vers le mois de juillet de Tannée suivante, après avoir courageusement lutté pendant plusieurs mois contre la douleur qui affaiblissait peu à peu ses membres stMiilfs, il fut obligé de se mettre au lit. H ne le quitta plus, et mourut le 1*' septembre , à trois heures du soir , âgé d'environ 60 ans. Gassendi et les médecins consultés par lui sur son aiïeciiun , avaient estimé que c'était une fausse pleurésie, et par leur cunstils oo lui avait appliqué de fréquentes saignées ; mais ce traitement ne lui avait apporté aucun soulagenuiil. On fit dauircs expériences curaliMS, qui ne réussinnl pas mieux : enfin on eut rocuurs a une ineibiun au côté droit, mais il mourut peudaiil ropéralioii. Voiei dans quels lermeslc P. Ililarion de La Co^le r..eonie ses derniers moments : ... • La uioiiqui paroisi epou\auiablc à la plu>parl des humilies, se pié^enla a m*s vt ii\ avec des heaule/. ri ilcs charmes, llemhrassa j;rneirusemeni celle lin th' sa vie avec loules les leihhes> > de son ea'ur, layanl pmiiie par une exacle (\mre>si.>n générale de loule su vie, ipi'il me lit le ô d'auusl , iolc de ^oblie-l)anu^des-.\eii;es. Ain>i il se lorliti.i j>ar plusieurs eomuinnionb , par le saiiil \ia!i({!ie et par rexirème-onelijii (piil demanda aNee in>lanri' , e! cpril recul avec un zèle el une hM\enr ineroyable. si bien <|ue sellant aruié de ees armes divines ponr le conduit d'enlre la <hair el IV^piii, cl s'csianl (le^|i« uil!.* li.» toulcs le» alïccliuns humaines pour ^e ^e^e^u^ du siul
Jesus-Cbrist crucifié, il se résolut ù col effroyable moment en parfait cbresiien et en vray religieux. Le Vénérable Père Jean Aubry, correcieur, et tous les religieux de ce couvent de Saint- Francois-de-Paule, près la place Royale , qui font assisté les trente-sept jours qu'il a été malade, et qui luy ont veu finir sa vie , sont encore dans Tadmiration de la force extraordinaire de son cœur. Après auoir dit son intention dans les derniers jours de sa maladie touchant les livres qu'il avoit sous presse , et prié le supérieur de serrer les livres défendus qui estoient dans sa chambre, son esprit libre ne pensa plus qu'à s'ouvrir le chemin du ciel. •
Quelques jours après sa mort , Gassendi écrivait à Louis de Valois , comte d'Alais , gouverneur de Provence :
« Prince , vous vous associerez, je n'en doute pas, à la douleur
que nous cause la perle de notre excellent ami. C'était un homme
dont le cœur était simple et pur , qui ne blessa , qui ne trompa
jamais personne ; un homme qui fut plus qu'aucun autre avide
de connaître , observateur , et plein de zèle pour les eipériences ;
un homme que pleureront à juste litre tous les arls , toutes les
sciences, aux progrès desquels il a consacré toute sa vie • soit en
étudiant, soit en posant des problèmes, soit en excitant les
autres au travail. Voulez- vous une preuve bien remarquable de
son amour pour Thumanilé ? A Theurc de son agonie , il pria les
médecins de faire Tautopsie de son cadavre ; il voulait que par ce
moyen ils connussent le caractère de son affeclion qu'ils avaient
ignoré, et que cette connaissance leur servit pour traiter d'autres
personnes atteintes du môme mal. Ainsi que son âme vivra dans
le ciel , qu'elle vive sur la terre la mémoire de cet homme qui
s'inquiéta de savohr s'il ne pouvait, même après sa mort, rendre
370 JACQUES LÀBiriE.
senrice à lliumanité ! Vous , Prince , qui nous afez connus • toqs pouvez apprécier combien je le regrette : il m^esl presque impossible de TOUS écrire autre cbose par ce courrier ; je n'ai deTini les yeux que Timage d*une tète si obère (i).— >
Mersenne laissait inacbevée , ainsi que nous raTom dit , la seconde partie de ses Qtiestions sur la Genèse. Il avait encore entrepris un commentaire sur Tévangile de saint Mallliieu, et il s^occupalt^ lorsque la mort vint le surprendre , de corriger , d*acbever le Thaumaturge Optique de son ami de J.-F. Nice* ron. Comme il remplissait très-conscienceusement ses fonctions de secrétaire de TEurope savante , Mersenne a écrit , outre les ouvi*ages que nous avons mentionnés, un très-grand nombre de lettres scientifiques ou familières. Quelques-unes ont été Imprimées dans les œuvres de Gassendi, de Descaries , de Martin Ruar et d autres contemporains.