‹ Histoire littéraire du Maine (volume 3)Chapitre 45 sur 52 · FINET-DUVERGER · texte numérisé non relu

FINET-DUVERGER

Vers le mois de mai de Tannée 1772 , Tabbé Belin , archidiacre de leglise du Mans , qui était bien conna pour aimer les lettres et pour rechercher le commerce des personnes lettrées, reçut la visite d*un pauvre homme , très-humble dans ses manières et dans son langage, qui se recommandait à lui comme citoyen du Maine et comme poète tragique. A ce double titre , Tinconnu fut accueilli faYoral)lenicut par larcliidiacre, qui voulut être initié aux mystères de bon poriercuille. Quelques jours après, il reçut la lettre suivante :

« IIoii>icur,

» Je ni'acquilU» avec l)'M'n du plaisir do la pnmir^'io quo ji» ^niis ai fuile, saiiuMli doriruT; Iicuicuv bi cv. U'iiiui^'iia^i* do iiinu lî-lc peut vous ôlro aijrôabiti !

• Que lie pui.vjo, par ^c noldos cflorts iurrilor, par la suite , rbonnour do votre proteclioii, cV>t à quui je vais tra^ailtor .vaaf

(1) U'wgraphU inivcrucUc ila Michaud.

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cesse. Né avec une démangeaison de rimer plalôt qa*avec un Trai talent , je n*osc vous présenter mes autres productions ; si cependant cela peut contribuer à vous amuser un seul moment , je prendrai la liberté de vous les faire parvenir. C*esl dans cette confiance que vous envoyé le Passage en Angleterre , épigramme que j'ai faite Tannée dernière.

» Je n'ai point Torgueil ( quoi que j*aye fait une tragédie et quelques autres ouvrages dont on a dit quelque bien ) , de me croire un poète. D'ailleurs, que puis-je faire sans une espèce de bien-être? Les Muses ne se plaisent guère avec Tindigence. En vain mon imagination travaille; au moment qu'elle enfante, la crainte de l'avenir la fait avorter.

» Je ne suis point assez philosophe pour me mettre au-dessus des coups du sort : je n'ai pourtant jamais douté de la Providence; mais comme , jusqu'il ce jour , mes espérances les mieux fondées ont été sans effet , la crainte d'une vieillesse infirme et pauvre me tourmente.

» Quoiqu'il en soit, je vais travailler à chasser de mon esprit ces idées noires , et me livrer tout entier à mon penchant ; et ce dans l'espérance de vous amuser.

J'ai l'honneur d'être votre très-humble et obéissant serviteur,

» FUflT-DUTIRGER.

» A Talon , ce Si mai 1772. »

Nous publions volontiers la lettre du poète , mais non pas ses vers, qui sont fort lestes. En matière deliitéra* ture, Tabbc Belin avait des principes peu rigides; il aimait assez les contes badins , et les pointes les plus graveleuses n*offensaient pas son goût. Il paraît qu'il adressa des encouragements à Tauteur de Tépigramme, et qu'il voulut bien , ayant éprouvé son mérite , lui faire quelque bien : dès lors, il s'établit entre rarciiidiacre et son protégé une relation qui nous parait avoir été

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presque familière. Quelques mois après leur première entrevue , Tabbé Belin recevait quelques autres poèmes de FINET-DUVERGER. Ces poèmes, qui sont restés manuscrits , contiennent sur la vie de lauieur des renseignements assez curieux : nous n*aurions su les trouver ailleurs , car il est mort bien obscur , et ron nous a fait connaître à la fois son nom et ses œuvres (l).

Finet-Duverger, né à Noyen-sur-Sarthe , éprouva iès sa jeunesse des contrariétés domestiques. Nous lisons à ce sujet dans une de ses lettres : « Dans les familles, il y a toujours de certaines raisons d*intéréts qui sont capables elles seules de déranger la tête la plus ferme, et d'autant plus singulières, qu on ne peut souvent les révéler sans faire rejaillir sur soi une espèce de honte qui coûte beaucoup à un homme d*honneur , dont le front n*est pas accoutumé à rougir • ; c*est là tout ce qu*il nous a permis de savoir , et nous ne voulons établir aucune hypothèse sur cette confidence mystérieuse. Si , dès sa jeunesse , son penchant naturel rengageait à cultiver les lettres , la misère lui conseilla de choisir une profession moins aviMiiureuse; il fut quelque leuips orftvre, puis comédien. Ce fut Mademoiselle Clairon qui lui donna les premiers conseils et les premières levons de déclamation tragique;

Ayant eu pour mon guide une autre Melponl^nc Auprès d*elle jadis j*ai paru sur la scène (3).

(4) Le possesseur actuel dos mrinnscriis de Finel-Dnvenrer . proTenaot de la hiblioiluMpie de riihlM* Belin. est M, |jnd**l : il nous les a confiés avec une (tbli^cance a laquelle nous a\ou> a cœur de lémoi{;ner noire gratitude.

(Si Epitre à Mâd, ta comune de la Sn'e

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En 1758, il oblinl la faveur alors irès-ciiviée déjouer devanilacour, à Sainl-Germain , ei , s'il fauifen croire, il remplit aux applaudissements de ce public choisi le rôle qui lui avait été confié :

C*est moi qui fis jadis h ton iUustre père Comme il dit , le premier mouiller son œil sévère , Et qui, dans Mahomet, (jouant à Saint-Gcrmâin Partageai son suffrage à côté de Le Kain (i).

En 1762, il parut sur la scène de Rouen avec Mademoiselle Clairon \ puis il suivit diverses troupes en Allemagne, en Italie, eu Hollande, obtenant partout , dit-il , d'éclatants succès , jusqu'au jour où las de courir le monde , il vint chercher dans son pays naial une retraite pour sa vieillesse prochaine , chargé de gloire , mais non d'écus. Il avait eu pour opinion , durant le cours de sa vie théâtrale , que Tamour du gain est le propre d'une âme mercenaire ,

Soumise à tons les goûts, et faite pour tout (aire (î)*

et quand on professe sincèrement de telles maximes , on amasse peu. Aussi, dès le commencement de ses relations avec Tabbé Belin , ne crut-il pas devoir lui dissimuler le triste état de sa fortune. Celui-ci s'employa pour lui , et le recommanda dans quelques maisons de la province. Finet-Duverger allait frapper à toutes les portes, demandant un asile potir y achever

(1) EpUreà Mad» la comtette de Testé,

(2) Epître ù Mad, de FomilU,

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sa vie, et préférant tout emploi , disait-il, à la nécessité de remonter sur la scène. Nous avons quelquesunes de ses pétitions : elles sont en vers , à Tadresse de Madame la Dauphiue, de M. de Cbemvière,de M. Pasquier, de la comtesse de Tessé , de la comtesse de la Suze , de Madame de Fonville, de Tévéque du Mans. Il s*y rencontre des vers assez bien tournés , mais ils ne sont pas tels , il faut le dire , pour le plus grand nombre. Nous en citerons quelques-uns. Voici 1 eplire à Madame de Fonville :

Relégué par ma faute au milieu d*uD vill^pi , T travaillant tans cesse à Fouibre d*un treillage , Si Ton nomme travail une démangeaison Qui me force à rimer pourtant avec raison , Aimable Fonville, oui ( peu t'importe le tiu-e ] Je vais t*o0rir des vers sous le beau nom d*épltrc.

— Ce dessein , diras>tu , me paroU bien hardi ; S'il n*est pas téméraire, il est bien étourdi;

Mais , puisque tu le veux , il faut par complaisance , Connaître enûn ton siyle et voir ton éloquence.

— Volontiers : s*il n'est pas brillant, harmonieux Pour charmer ton oreille et plaire aux envieux , Il u*cn dira pas moins, et cela sans rien feindre, Le motif qui le fait 5 ce point le contraindre. En effet , et qu'aurois-jo à redouter d'un cœur Qui d'obliger , dit-on , s'esl toujours fait honneur ? Qui , depuis qu*il existe , a nioulré |>our les Mum'S Uu noble atlacliemont dont ollos sont confuses : À protégé, protège en tous lieu\ leurs enfants

Kt les force par là dVlre reoonnai avants 1 Comme j'ai cet honneur d(*s longtemps en partage Tu ne peux refuser d'agréer niun hommage,

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