‹ Histoire littéraire du Maine (volume 3)Chapitre 46 sur 52 · FINET-DUVERGER · texte numérisé non relu

FINET-DUVERGER

D*ailleurs à qui pourrois-je en mon malheureux sort

Confier mieux mes pleurs et confesser mon tort ?

Possédé du désir de Tivre plus tranquille ,

Préférant pour cela la campagne à la Tille ,

Où Je croyois trouver , ainsi qn*au bon vieux temps ,

Les jeux et les plaisirs parmi ses habitapls ,

Fruits , que j'ai vus jadis naître de Taboodance ,

Je n*ai trouvé que pleurs , enfants de Tindigence.

Mécontent cependant de m'ètre ainsi trompé

D'un sombre déplaisir mon esprit est frappé ,

Au point qu'il ne sait plus que faire et qu'entreprendre

Et Yoilh ma tristesse ,

J'aperçois l'indigence assiéger ma vieillesse , El la mort après clic en d'indignes tombeaux Ensevelir mon nom ainsi que mes travaux. Toi seule , si tu veux , tu peux avoir la gloire D*ôtcr de mon esprit une image aussi noire , Contre un si grand malheur tu peux le rassurer Et du sombre avenir l'instruire et l'éclairer. N'ayant encore atteint que mon neuvième lustre , J'espère , près de toi , rendre mon nom illustre , Sans cesse concourir dans le métier des vers Et , guidé par ton goût , éclairer l'univers... Unir , quand tu voudras, cet art que j'idolâtre A celui de monter chaque jour au théâtre , De tes plaisirs toujours me former une loi , N'être auteur et poète , en un mot , que pour toi. Voilà ce que j'avais projeté de t'écrire Et l'unique bonheur en ce jour où j'aspire ; Heureux, si ne mettant point d'obstacle à mes vœux, Tu combles les vertus en faisant un heureux !

Celle dernière pointe est déiestable , et le reste ne vaut guère mieux ; mais nous avons cité cette pièce parce qu'elle nous semble assez bien roprésenier l*au-

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teiir, assez infatué de son latent médiocre, et coanisan des plus humbles à legard des gens dont 11 est ou désire être l'obligé. Nous remarquons que les derniers vers de Téptire à madame de Fonville pourraient être diversement interprétés: de la part d*un autre homme que Finet-Duvergér, on les prendrait pour une déclaralion galante ; mais, afin qu*il n*y ait sur ce point aucune méprise, nous allons publier une traduction de ce passage équivoque, que nous trouvons dans une lettre à l'abbé Beiin :

« Tai été mercredi dernier et jeadi chez Madame de FooTiHe, à qui j'ai eu TUonneur de remettre mon épllre , ftinsi que celle que j*ai faite à M. Cbenivièrr».. Sur ce que je lui ai dit que j*avois joué la comédie , elle ma paru surprise de ce que je Pavois quittée et ne voulois pas la reprendre , en m*ajoutant qu'elle ne pouToit me procurer aucune place dans la province du Maine. Je lui ai répondu que J'étois las de ceue vie ambulante, et que j>n aimerois mieux une plus tranquille , fut-elle moins lucrative. Enfin , comme j'aurai l*bonneur de la revoir, je verrai ce quelle me dira... >

Nous venons d'entendre Finet-Duverger plaidant sa cause devant madame de Fonville en des termes assez mondains. Quand il prend la parole devant un person* nage dont foreille n est pas ouverte à cx?s douces flatteries, il parle sur un autre ton. Voici la proposition étrange qu'il adresse à Icvéque du Mans :

Permels que sous ton aile , à Tombre de tes armes (!}, Pour la rehgion remplissant tout d'alarmes

(1) Cette épitrc est adressée à l'éTÔque Grimaldi.dont récussoa portait : Utojuvante,

rnCET-DUVERGER. 379

TatHqw ett âthelèle an mortel esiimé(l). Que Genève enfanta, que Torgueil a formé. Qui peut mieux qu*un poète à ce noble adversaire Adresser le cartel et rompre la barrière ? Qui peut mieux lui montrer ses funestes écarts Qu'un mortel enrôlé sous de tels étendards , El porter h ses traits un souverain remède En osant lui prouver quMI pen<;e en quadrupède? Mes efforts , si lu veux , loin d'être superflus , Pourront le rendre un jour aux plus nobles vertus : Mais rien sans ton aveu ne me sera facile ; Il faut pour mon projet un protecteur habile...

On le voit , les promesses ne coûtaient rien à Finet- Duverger ; il était vraiment doué de lespril d'entreprise, et rien ne lui semblait supérieur à ses forces :

Je sens que je suis né pour les plus grands projets, écrivait-il à Madame de Tessé ;

Nombres de canevas sont gravés dans ma tète. Et si tu ne mets point néant à ma requête Je compte près de toi , malgré les envieux , Faire passer mon nom à nos derniers neveux \

Hélas ! esl-il vrai que Tenvie ait elle-même attenté au repos de ce pauvre poète. Voltaire, qui avait eu occasion de la connaître , nous représente l'envie cherchant les lauriers pour y verser les poisons de sa bouche : il y a donc lieu de croire que notre homme nous

(1) J.-J. Rousseau.

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dénonce une pcrsécuiion imaginaire, oa que le monstre affamé ne savait où mordre quand il s*esi abatio sur une aussi vile proie. Ovide nous dit bieo que Ten* vie a les yeux louches , mais non pas qo*elle soit aveugle.

Si nous ne connaissons pas la tragédie de Fioet-Da* verger, dans laquelle M. de Chauvelin avait , nous dit le poète , « trouvé bien du bon • , nous rcni*untrons encore, dans les pièces provenant de lubibliuthf* que de l'abbé Deliii , certaine satire inspirée sans doute par la lecture des poèmes les plus licencieui^ de l'aiH teur de la Metromanie, Tout ce que nous pouvons dire de cette satire , c est que fauteur y flt*trit en des termes peu chastes ce vice dont le comte de Sade nous a ré\elê les horribles mystères.

Kous n'apprenons rien de plus sur Fiuet-Duverger.

FRESNKAU (julien).

JiLiE?î FRESXEAU,né on l500,àThorigné, Ct profession de la rè<;le dcs:iinl Dominique, chez le> Jacobins du Mans. IMut envoyé par sos sn|MTieurs â la maison collégiale de la rue Saint-Jacques, à Paris, ou il donna bientôt occasion d'apprécicM* la pureté de ses mauirs et la disliction de son esprit. Après avoir sui\i le cours de tliéolu|;ie de la Sorbount», durant les anm^es IS.'i^ fl lô'iô, il fut nru liceucit* le T^juin lô'iG : de tous les religieux qui subirent en cette année les eia-

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